PLAN DU VERGER
Le choix du site, la préparation du sol et l'achat des arbres sont autant de travaux qu'il faut avoir exécutés l'automne qui précède la plantation des arbres. Pendant l'hiver, on pourra préparer sur papier le plan du verger, de façon à être prêt pour l'exécuter dès les premiers beaux jours du printemps.
Plan du verger.—Les pommiers se plantent par rangées. Si la disposition du terrain s'y prête, il est préférable d'aligner les rangs du nord au sud, afin que le soleil du midi puisse pénétrer plus facilement entre eux.
L'espace entre les rangs et les arbres, se calcule en raison de la fertilité plus ou moins grande du sol, et, du développement plus ou moins étendu qu'il en résultera pour les pommiers. Il doit dépendre en outre, de la destination cultur1le que le propriétaire compte donner aux intervalles entre les lignes.
Pour un verger de Wealthy, le moindre espacement que l'on puisse adopter, est de 25 pieds en tous sens. Nous espacerons de 30 pieds, également en tous sens, les rangs d'arbres d'un verger destiné à être planté de Mclntosh ou de Fameuse, indistinctement. Dans l’un et l'autre cas, nous oréférons 30 pieds en tous sens, surtout si le sol est tant soit peu fertile.
Quand les pommiers, au lieu de s'enchevêter les uns dans les autres. sont assez espacés pour que l'air et le scleil puissent librement circuler autour de chacun d'eux, et pour que les racines ne se croisent pas entre elles, il est reconnu qu'ils sont sensiblement plus productifs, que les travaux des arrosages, de la culture du sol et de la cueillette, n’en sont que plus faciles à exécuter. Ce serait donc sans profit, qu'on surchargerait le cerrain outre mesure.
Quand on parcourt la province, on est frappé de voir combien on rencontre en général, peu de vergers dont les arbres ne sont pas plantés trop près les uns des autres. S'il est vrai de dire que les racines d'un arbre s'étendent plus loin que le diamètre entier de la tête, on se demande quel fouillis doivent présenter les racines de ces arbres, puis que déjà les têtes se rejoignent de tous côtés. Il est {acile de se convaincre que l'erreur est grosse de conséquences en cette matière et pourtant, quand on plante un nouveau verger, il nous semble toujours que c'est une perte de terrain que de mettre d'aussi petits arbres à 30 pieds les uns des autres. Il suffit seulement d'envisager un instant l'avenir et de se figurer le verger avec les têtes qui se rejoignent peu à peu, pour comprendre combien on a été sage en laissant à chaque arbre l'espace nécessaire pour s° développer convenablement.
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Naturellement, ici, comme en toutes choses l'excès est à éviter. Dans notre province où l'on doit lutter contre les gros froids de l'hiver et les grands vents de l'été les arbres ne gagneront relativement pas autant que ceux de la province voisine à être plantés trop loin. Il faut qu'ils puissent se protéger mutuellement sans trop se nuire quand ils seront en rapport. Si l'on conseille en Ontario de planter à quarante pieds les arbres permanents d'un verger, nous croyons rester dans un bon milieu en ne conseillant que trente pieds dans notre province.
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Fig. 57.—Plantation qui donne le plus de pommiers dans'une acre de terrain—112 arbres
Lorsqu'un cultivateur est parvenu à résister à la tentation de trop diminuer l'espace dû à chaque arbre, il succombe dans un autre faux pas: en plantant des arbres temporaires. L'arbre temporaire dans un verger est un arbre de vigueur moyenne, précoce et productif que l’on se propose de couper plus tard quand il commencera à gêner ses voisins les arbres permanents.
En théorie, l'idée est excellente: on voudrait retirer tous les profits possibles du terrain. Mais en réalité, au moment critique, on n'est pas toujours à la hauteur de la situation et les résultats sont alors désastreux pour le verger. Ordinairement ces arbres temporaires ne sont pas enlevés à temps: on attend encore une récolte et après on se décidera. Mais on ne saura presque jamais se résoudre à abattre un arbre qui donne des fruits, même si, en principe, ce n’est qu'un
bouche-trou. Un autre embarras surgit également. Les arbres permanents réclament parfois un traitement différent de celui des arbres temporaires, soit pour les pulvérisations, soit pour la taille et la cueillette des fruits. Car très souvent ce sont des pruniers ou des cesiriers qu'on met entre les lignes de pommiers. Nous ne conseillons pas ce mélange d'espèces de fruits dans un même verger (il ne s’agit pas ici de petits fruits). Si l'on tient absolument à planter des pommiers moins vigoureux, tels que Wealthy ou Duchesse, comme
208 Pieds 9 Pouees
49 Arbres à l'acee
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Fig. 58.—Plantation en carré.
temporaires dans un verger d'arbres permanents à pousses vigoureuses et à port étalé, nous n’y mettons pas trop d'objection, à condition de se décider à les enlever à temps.
Le professeur Macoun, d'Ottawa a eu plein succès en plantant un petit verger de pommes Wealthy en rangs serrés. Les arbres, en effet, au début, furent mis à dix pieds d'intervalle les uns des autres, soit à raison de 435 arbres à l'acre. Le verger occupe environ le tiers d'une acre'et comptait 144 arbres à son début. Ilen restait en 1910, 108 seulement et depuis, on en a supprimé à mesure qu'ils se nuisaient.
En évaluant à l'acre les profits de ce petit verger, M. Macoun a a enregistré un profit net de $108.98 par acre, toutes dépenses payées.
6 L'arpent carré est de 180 pieds sur 180 pieds français on couvre une superficie de 32400 pieds français. L'acre vaut 1.1937 arpent et un arpent est la 0.8380 partie d'un acre. L'acre couvre une superficie de 43.560 pieds anglais.
Nous ne pourrions recommander la plantation en rangs serrés dont il est question ici au cultivateur, mais pour un spécialiste dans la culture fruitière, cette méthode, appliquée à la culture des variétés de pommes hâtives, promet d'être rémunératrice autant que la plantation en rangs à distance de 30 pieds d'intervalle.
Mode de plantation.—Doit-on planter en carré, c'est-à-dire en rangées ayant toutes leur point de départ sur la même ligne ou doit-on planter en hexagone? Dans la plantation en carré, toutes les tiges se trouvent au coin de carrés égaux: chacune est aussi équidistante de ruatre tiges voisines. Dans la plantation en hexagone les tiges sont situées aux coins d’hexagones réguliers. Une tige quelconque 1 se trouve ainsi équidistante de six tiges voisines, 2, 3, 4, 5,6, 7.
Le simple examen des figures 54 et 56 nous fait voir que, lorsque les racines des arbres voisins se seront rejointes, il restera, dans la plantation en carré, un espace vide beaucoup plus grand que celui compris entre les rangs des arbres plantés en hexagone, figure —. Par conséquent, par la plantation en hexagone tous les arbres sur le terrain sont espacés à une égale distance les uns des autres et par suite on donne à chacun d'eux le maximum possible d'étendue pour se développer, mais cette méthode a contre elle un grave inconvénient : la difficulté de placer les tiges de façon à constituer un hexagone parfait. Cette opération demande un soin et une attention extrêmes. Il ne suffit pas comme certains le pensent, de placer les tiges de telle façon que les arbres D, E, F d’une même ligne se trouvent en regard des espaces vides laissés entre les arbres A, B, C et G, H, I des deux lignes voisines. Il est facile de se rendre compte que l'arbre situé en E est placé à une distance plus grande de D et de F que de A, B, G, H. (fig. 59). Cette plantation n'est donc pas hexagonale, bien que les tiges soient alternées sur deux lignes voisines. C'est une plantation en quinconce et défectueuse.
Dans la plantation en hexagone bien exécutée on peut mettre 15% d'arbres de plus que dans la plantation en carré, le terrain étant mieux divisé en parties égales.
Plantation en carré-Jalonnage.—Voici une façon de procéder qui a ses avantages, surtout quand le terrain est accidenté et vallonné car, quand il s'agit de jalonner un très grand verger, le bon alignement de pommi?rs, si agréable à l'œil, est parfois assez difficile à réaliser. Pour obtenir cet alignement et cette régularité, on établit d'abord avec des jalons assez longs (six pieds, si possible), une ligne A, A’ (fig. 58) constituant la base de laquelle doivent partir toutes les rangées; puis on indique par des piquets espacés de trente pieds sur cette ligne, le point de départ de chacune d'elles, en avant soin d'espacer la première et la dernière A, A’ à distance convenable de la limite du terrain.
Sur un de ces points de départ B, choisi vers le milieu de la ligne de base, on élève, au moyen d’une équerre d’arpenteur ou de tout autre procédé, une ligne très exactement perpendiculaire B, B'. On la jalonne et, au moyen d'une chaîne d’arpenteur, ou d'un fil de fer marqué tous les 30 pieds, d'un ruban à mesurer, on déterminera avec beau-
coupde précision, tous les 30 pieds, le point que chaque pommier doit occuper sur cette ligne, puis on enfonce un piquet assez haut pour être vu à tance, à chaque point, 1, 2, 3, 4, 5 sur la ligne B, B’. Aux deux xtrémités de cette même ligne doivent se trouver deux jalons de six pieds de hauteur, comme d’ailleurs aux extrémités de toutes les lignes qui prennent naissance sur les lignes de base À, A’. De chaque coté de la ligne B, B’ on piquette une autre rangée parallèle à la première, et on a alors trois rangées jalonnées.
Fig. 59,—Plantation en quinconce, (défectueuse).
L'alignement des trois premières rangées est l'opération la plus difficile à accomplir; les intervalles, (30 pieds) doivent être d’une précision rigoureuse. Toute erreur initiale s'’augmenterait, et effet, en raison de la distance, et aux extrémités du verger il n'existerait aucune trace de symétrie. C'est pour ce motif que nous conseillons de commencer par établir le rang situé au milieu du verger surtout si le terrain est accidenté, car les erreurs, possibles des deux câûtés de ce rang, auront moitié moins d'amplitude que si l’on commençait par l’une des extrémités. Les trois premiers rangs établis avec précision, on piquette tous les autres, ce qui se fait avec beaucoup de facilité, puisqu'il suffit de mirer chaque point, dans les divers sens, avec les premiers rangs pour déterminer son emplacement exact et maintenir les alignements parfaits.
Quand vient le moment de creuser les fosses et les tranchées, on doit n’enlever les piquets qu'au fur et à mesure des besoins, et les remettre de suite en place, afin de conserver les alignements obtenus jusqu'à ce que les tiges des pommiers viennent se substituer aux piquets pro'isoires.
Les rangées extérieures du verger doivent être à une distance d'au moins 12 pieds des clôtures, afin de permettre une plus grande facilité pour faire les travaux de la culture du sol, la récolte des fruits, etc.
56 Arbres à l'acre
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Fig. 60.—Plantation en hexagones.
Plantation hexagonale.—Il suffit de bien considérer le schéma de la plantation en hexagone de la figure 60 pour voir qu'avec cette méthode on peut planter plus de pommiers dans une acre de superficie que dans la plantation en carré, comme l'indique le schéma figure 58. Supposons que nous nous trouvons en présence d'un champ d'une acre de superficie. Comme l’acre couvre une étendue de 20814 pieds, en réservant une partie des terrains mesurant 195 pieds de largeur par 183 de long (ainsi que dans le schéma), il reste une marge de six pieds et neuf pouces de long de chaque côté de la longueur et de douze pieds et quatre pouces de chaque côté de la largeur.
Pour procéder au jalonnage du verger, d'après la figure 60, on plante tout d'abord le premier piquet à gauche, en haut, en A. Pour trouver la position exacte de ce premier piquet, on mesure 12
pieds, + pouces, à partir de la limite du verger dans un sens et et 6 pieds 9 pouces dans l'autre. On tire une ligne droite A, B, et on plante des piquets entre ces points à 30 pieds d'intervalle les uns des autres de façon à avoir en tout 7 piquets. Prenant la moitié de la distance entre le piquet A et C c'est à-dire 15 pieds, au moyen d'une équerre ou de toute autre façon, en mesurant bien perpendiculairement 26 pieds 3 pouces, à partir de la ligne de base, et on obtient alors le point D. Ce point est le plus difficile à trouver, car entre les points A, C et D il doit y avoir exactement 30 pieds de distance. Le jalon posé, on piquette également la ligne entièrement comme la première, en plaçant un jalon tous les 30 pieds, jusqu'au point F. Avant d'aller plus loin, il sera bon de vérifier si tous les points E et H,OcetN,Pet M,Qet R sont bien à 30 pieds les uns des autres. Prolongeant la ligne des points C et D on trouvera facilement G, en mesurant 30 pieds également sur cette ligne de D à G. En prolongeant aussi la ligne A et D on la piquettera tous les 30 pieds jusqu'à J. Puis jalonnant la ligne J et F en son entier on possède aloi , assez de points de repère pour trouver la place précise de tous les piquets des autres rangs.
Pour ceux qui tiennent aux arbres temporaires, nous donnons dans la figure 57 un schéma de la plantation de 56 arbres permanents et autant d'arbres temporaires formant un total de 112 pommiers à l'acre,
Cette plantation en hexagone permet de labourer et de cultiver le sol en trois sens, tandis que dans la plantation en carré on ne peut labourer qu'en long et en travers.