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alors par un appareil non moins simple: ajoutons seulement à notre premier outil un triangle formé de lattes et dont les extrémités se croisent (fig. 65); il sera adapté à la planche au moyen de charnières. Comme précédemment, nous fixons l'appareil au sol à l'aide de piquets par les deux trous des extrémités de la planche, le V formé par les bouts croisés des lattes enserrant le jalon, relevons le triangle, creusons, puis, le triangle rabattu, nous indiquera, par ses extrémités A, le point précis ou passera la tige de l'arbre.
Habillage des racines avant la plantation.—Immédiatement avant de planter un pommier, il faut rafraîchir les coupes des racines; tenant l'arbre par son tronc, verticalement, avec la main gauche, de façon à se servir du sécateur de la main droite; il ne s'agit pas ici de faire une taille des racines, mais simplement de s'assurer que chaque coupe soit faite correctement. Au moment de l'arrachage, il y a neuf chances sur dix pour que les racines soient endommagées. On rognera les racines meurtries, jusqu'à la partie saine. Les coupes au sécateur sont faites horizontalement de façon à ce que les cicatrices reposent à plat sur le sol. On a parlé longtemps de la méthode Stringfellow: qui consiste à rogner toutes les racines de façon à ne laisser qu'un moignon. L'expérience a démontré qu'il ne fallait jamais agir de la sorte. Récemment encore, aux Etats-Unis, on a essayé de répandre une nouvelle thévrie. Suivant M. Picqering, il résulte d'expériences faites à la station expérimentale de Woburn, 1. que tout chevelu aux arbres est inutile lors de la plantation, puisque toutes les radicelles ont perdues leur pointe et qu’elles sont mortes ou sur le point de mourir; 2. qu'en conséquence, les racines qui assurent la reprise de l’arbre sont des racines neuves, nées des parties épaisses des racines maîtresses, que le chevelu et les racines fibreuses ne signifient rien, qu'il vaut mieux les supprimer et raccourcir les racines ellesmêmes, car ce n’est pas au bout de celles-ci qu'elles naissent, mais vers leur origine et même vers la tige”.
‘De là, à conclure que les racines sont inutiles et qu'on peut impunément les supprimer ”’, dit notre éminent collègue, de la Société Pomologique de France, M. Nomblot-Bruneault,! “il n'y a qu'un pas et ce serait une formidabie erreur.
Examinons donc d’un peu près les choses. Qu'entend-on d'abord, par chevelu, radicelles, racines fibreuses et racines? En dehors des grandes divisions de piantes à racines pivotantes, ou à racines fibreuses, on peut dire que les racines d'abord principales s’allongent, se ramifient en racines secondaires, puis encore en plus ou moins grand nombre de fois pour se couvrir enfin, sur leur dernière ramificatiou, d'une foule de petits filaments appelés radicelles, fibrilles radicales ou fibrilles, dont l'ensemble constitue le chevelu.
Ainsi interprété, le chevelu nous parait comme à M. Picqering inutile, et on peut le supprimer sans crainte, ce que nous faisons nousmême sur les jeunes sujets plantés chaque année pour greffer.
Mais pratiquement, les cultivateurs appellent chevelu toutes les divisions des racines et ainsi on ne peut plus admettre la théorie
(!) Revue mensuelle de la Société Pomologique de France, No. de février 1914.
de M. Picqering sans un grave danger et il semble bien que l'auteur lui-même tombe dans ce travers, lorsqu'il dit que les racines qui assurent la reprise des arbres sont des racines neuves, nées des parties épaisses des racines maîtresses ou vers leur origine ou même de la tige.
Or cette conséquence, déduction théorique, est fausse et dangereuse, nous en avons mainte fois fait l'expérience en levant au printemps, pour les replanter, les arbres arrachés à l'automne et jaugés en attendant leur mise en place. Nous avons toujours constaté que les racines nouvelles étaient plus belles et plus nombreuses À mesure qu'on se rapprochait de l'extrémité des racines, abstraction faite du chevelu, et nous en avons depuis longtemps déduit la théorie suivante: la faculté d'émettre des racines nouvelles et de favoriser la reprise des arbres nouvellement plantés est d'autant plus grande que l'arrachage conserve plus intactes les racines des arbres.
Bornons-nous donc, en faisant l'habillage des racines avant la plantation, à rafraîchir les coupes mal faites avec les outils du sol et à enlever les parties meurtries. Quant au chevelu proprement dit, s'il n'existe pas sur les racines des arbres fruitiers après l'arrachage, au surplus, il ne peut pas nuire et les racines même ténues, sont toutes utiles à la reprise et à la fructification ultérieure des arbres.
Conseils de prudence.—On ne doit pas exposer inutilement les racines d’un arbre au soleil, au vent ou à l'air. L'inobservance de ce principe, peut amener la faillite complète d'une plantation surtout si l’on ne reçoit les arbres qu’au printemps. On s'imagine qu'il n'est point nécessaire de prendre bien des précautions, sous prétexte qu'on doit commencer la plantation sous peu. Cependant, il est plus sûr de mettre les arbres en jauge dès qu'on les reçoit; car il faut toujours compter avec l'imprävu, les retards dans la plantation et alors, en jauge, les arbres ne souffrent pas. Ne sortir de la jauge que ce que l'on est certain de planter immédiatement, puisque l'exposition prolongée des racines à l'air, est d'un effet très pernicieux pour ces dernières.
Exécution des travaux de la plantation.— Pour bien planter un pommier, il faut être au moins deux, un pour tenir l'arbre en position pendant qu'un autre jette la terre dans la fosse. Si l'on pouvait obtenir facilement de la main-d'œuvre, on pourrait planter par groupes de quatre, parce qu'il est bon que quelqu'un se trouve au bout des deux rangs qui se croisent pour mirer et vérifier l'alignement.
Sur le terrain jalonné en entier, on ouvre, aux emplacements choisis, des trous assez vastes et assez profonds pour que les racines de l'arbre s'y trouvent à l'aise et non repliées. Celles-ci doivent être placées à une profondeur telle, qu'après le tassement du sol, l'arbre soit exactement à la même hauteur que pendant son séjour en pépinière. Il n'est pas nécessaire de faire de très grandes fosses. La dimension varie avec les différents sols. Dans un terrain dur, à fond plus ou moins perméable, on fera les trous plus larges et plus profonds, de façon à ameublir le sous-sol. Nous ne saurions recommander l'emploi mal à propos de la dynamite pour creuser les fosses. Très souvent on fait plus de tort que de bien à la constitution physique du sol. Dans
les sous-sols imperméables, la dynamite pourra améliorer une plantation, en brisant le galet. Comme l'emploi de l'explosif est dangereux entre les mains de l'inexpérimenté en la matière, nous conseillerons À ceux qui veulent en user de se procurer l'aide de quelqu'un de compétent. Après l'explosion, ne pas planter immédiatement, mais laisser la terre se reposer quelques jours. Le moment de la plantation venu, ne mettre en contact avec les racines que de la terre de la couche arable, qui est suffisamment aérée, Ce point est très important.
Fig. 64.— Plantation d'un pommier âgé de 2 ans, de pépinière, a et b, piquets; c, planche.
Dans les terrains secs et brûlants, on enfonce les racines davantage que dans un terrain humide. Généralement, on enfouit les arbres à une trop grande profondeur quand on les plante. Les racines se trouvent ainsi privés d'air et l'arbre végète au lieu de pousser vigoureusement. On ne gagne donc rien à planter plus bas qu'il ne faut.
Parfois on est bien embarrassé pour planter un pommier à la profondeur voulue. En se servant du triangle fig, 65, an trouve facilement le niveau du sol et il ne reste plus qu'à mettre le collet de l'arbre à deux pouces environ au-dessus du triangle: ce qui permet à la terre de se tasser naturellement . Autrement il arrive souvent que le plantage terminé, on s'aperçoit qu'on a placé l'arbre trop bas ou trop haut.
On doit bien se garder de mettre des pierres dans le fond de la fosse, sous prétexte de drainage. Au bout d’un certain nombre d’an-
nées, a la suite d'hivers rigoureux, l'arbre est soulevé presque hors de terre, les racines n'ayant pu prendre un pied-à-terre assez ferme pour soutenir la charpente de l'arbre.
Nous ne conseillons pas davantage de mettre du fumier, même décomposé, en contact avec les racines. Le fumier frais engendre une inaladie terrible, le ‘‘pourridié'’ ou ‘blanc des racines’ par suite de l'échauffement produit dans le sol par manque d'air. Cette maladie amène infailliblement la mort de l'arbre. Le fumier décomposé, non intimement mélangé avec la terre végétale, laisse trop de trous d'air: ce qu'il faut absolument éviter lors de la plantation d'un arbre quel qu'il soit. Nous ne saurions trop insister sur la nécessité de s'assurer qu'il n'y a pas de vides dans la terre de remplissage et l'unique moyen de le faire est de descendre dans la fosse, et de bien fauler, (non pas légèrement, comme on a si souvent tort de le pré: ndre), la terre autour des racines sans les meurtrir,au besoin, en étendant cellesci avec la main, de tous côtés, à mesure qu'un aide remplit les intervalles avec de la terre fine.
Pour faciliter l'opération, on forme d'abord, au fond du trou, un monticule circulaire, de bon:
terre meuble, de hauteur con venable. Tandis qu'un aid maintient l'arbre à la hauteur voulue, on dispose avec soin les racines autour du monticule, en tassant le sol à mesure que l’on comble la fosse. Quand le tiers
, ' inférieur environ du trou est
Fig. 65.— Plantation d'un arbre avec la °
planche triangulaire. rempli, on peut fouler sans
crainte le sol avec les deux
pieds, et fermement: alors il ne reste plus de doute au sujet des
vides ou pochettes d'air. A mesure qu'on approche de la couche
superficielle du sol, dans le haut de la fosse, on cesse de tasser la terre,
de façon à ce qu'il y ait environ trois pouces de terre meuble un peu
plus élevée que le niveau général du terrain. En ménageant un mince
paillis de terre meuble à la surface, on maintient facilement l'humidité dans le sol.
Très souvent on commet une grosse erreur en plantant les arbres. Au lieu de fouler le sol du tiers inférieur de la fosse, c'est seulement après avoir tout terminé, qu'on le fait. C'es là, un moyen infaillible
: faire dessécher le sol en peu de temps. Une terre piétinée dans sa couche superficielle durcit, se crevasse bientôt et l'humidité qu'elle contient s'échappe vite dans l'air par capillarité. Ce qu'il faut empêcher, si l'on veut conserver ses arbres.
On peut aussi étendre nn peu de fumier bien pailleux autour des arbres après la plantation, qui fera comme un paillis, toujours dans le but de conserver l'humidité du sol. Mais un paillis de terre ameublie
le
suffit, puisqu: l'on devra faire de fréquents binages, comme nous aurons l'occe sion de le dire plus tard.
Parfois on est obligé de se contenter d'un site très exposé à de grands ents, qui soufflent presque toujours du même point. Dans ces conditions on pourrait incliner la tige des arbres légèrement du côté de ces vents dominants. Peu à peu, sous l'action de ceux-ci, les tiges se redresseront naturellement. Sans doute, dans de telles conditions il faudrait planter un brise-vent. En parcourant les régions fruitières de la province, l’unanime inclinaison des arbres de vergers entiers nous révélait la direction du vent.
Article II