TAILLE ET EDUCATION DES JEUNES ARBRES
Rétablir l’équilibre.—Dans bien des circonstances, nous avons pu constater par nous-même que, certains plantent un arbre t:1l qu'il l'ont reçu du pépiniériste, sans aucune taille, ni des racines ni de la tête. Comment veut-on qu'un pommier de trois ans, qui a eu la plupart de ses racines mutilées au moment de l'arrachage, puisse ne pas languir et mourir si on ne lui enlève pas nne partie des rameaux qui forment la tête de l'arbre.
On ne semble pas penser que, lorsqu'on arrache un pommier dans la pépinière, on laisse une grande partie du système radiculaire dans le sol. L'équilibre entre les racines et la tête, se trouve, par le fait même, rompu et, nécessairement pour rétablir celui-ci, on doit supprimer, lors de la plantation, une partie des rameaux et raccourcir les autres. Pratiquement, tous les éléments du sol qui aident à la nutrition et à la formation d'un arbre, à l'exception du carbone, sont puisés dans le sol par les racines, sous forme de sève qui monte dans les cellules et la tige de l'arbre principalement par l’aubier ou le jeune bois en formation. Arrivée dans les feuilles qui sont à proprement parler, le laboratoire chimique d’un arbre, la sève se transforme en hydrates de carbone et redescend de nouveau jusqu'aux racines en passant par les vaisseaux du liber. Entre le liber et l’aubier, se trouvent les zones génératrices ou cambium de l'arbre. C'est uniquement à cet endroit, mais dans toute la tige de l'arbre, que se fait la croissance. A mesure que le cambium croît, il se forme à l'intérieur, de nouvelles assises de jeunes bois ou d’aubier et à l'extérieur, de nouvelles assises de liber. Le liber, à son tour, fait partie de l'écorce qui ne croît pas en épaisseur, mais qui n’est que du liber transformé et vieilli. A mesure que la pression de nouvelles couches de liber arrive à la vieille écorce, celle-ci se fendille et meurt.
A l'automne, il y a une certaine quanti : d'éléments nutritifs qui se trouve emmagasinée dans l'arbre, comme réserve jusqu’au printemps suivant. Or, quand on plante un jeune pommier, on ne songe pas toujours qu'il doive vivre uniquement de cette réserve amoncelée dans ses tissus. Aucun élément nutritif nouveau ne rentrera par les racines, avant la formation de nouvelles radicelles. Il n’est donc pas surprenant
de voir un arbre, ayant la même quantité de feuilles, (par où se produit la même évaporation) tout en n'ayant qu'une faible partie de ses racines primitives, faiblir et mourir par suite de négligence et d'ignorance de la part des cultivateurs.
De toute nécessité, il faut rabattre les rameaux d'un arbre après l'avoir planté. Nous conseillons de ne laisser que la moitié ou mieux encore que le tiers de la longueur de chaque rameau. Le nombre de rameaux lui-même varie suivant chaaue arbre: mais en général, il y en a trop le long du tronc. Quatre ou cinq au plus, suffisent amplement pour forme: une charpente solide. Il faut avoir soin de choisir ces rameaux le plus éloignés possible les uns des autres sur la tige, afin d'éviter les fourches, (fig. 65A).
La formation d'une bonne charpente, est une des raisons pour lesquelles on doit toujours diminuer la longueur des rameaux lors de la plantation. L'importance des arbres à basse tige ne saurait être ici trop prise en considération. Des centaines d'arbres meurent chaque année, par suite de la longueur exagérée de leur tronc dénudé. Ils sont exposés à l'ardeur du soleil pendant Presque tout le jour, soit directement, soit par réflexion du sol, aride en été, et de la neige en hiver. Un arbre à charpente basse fournit suffisammant d'ombre pour prévenir ces inconvénients.
Si l'on juge nécessaire de protéger, contie les rayons du soleil les troncs des arbres nouvellement plantés on peut le faire assez facilement en les enveloppant de paille de seigle, de toile grossière ou encore en faisant de l'ombre au moyen d'une planche fichée verticalement dans le sol du côté sud-ouest. Un badigeon de lait de chaux, appliqué sur les troncs remplit le même office. Quelle que soit la méthode adoptée, on l'emploiera immédiatement après la plantation et on protégera ainsi l'arbre jusqu'à la fin du second hiver. A ce moment, les feuilles pousseront en assez grande quantité pour ne plus nécessiter d'ombrage artificiel.
Formes.—Quand on fait la charpente d'un arbre, il faut savoir quelle forme on veut donner à cet arbre. Il existe deux formes: celle à tige centrale et celle à centre ouvert. Pour obtenir la première, on conserve le prolongement de la tige principale. Cette forme a l'avantage de favoriser le développement d'une plus grande quantité de boutons fructifères, puisque le prolongement forme un arbre pour ainsi dire à deux étages. Ceci ne signifie pas qu'il faille former une charpente haute.
Dars les arbres à centre ouvert, en forme de vase ou gobelet on a supprimé le prolongement de la tige principale au moment de sa plantation. On obtient ainsi un arbre dont le centre est plus où moins ouvert; mais, par une taille habile, tout cet espace libre est occupé par des branches charpentières donnant de nombreux boutons à fruits.
À mesure que l'on plante les pommiers, il faut procéder à une taille. Nous conseillons, pour cette opération, d'attendre que chaque arbre soit planté, parce qu'il est plus facile de tailler un arbre en demeure et que l'on peut juger plus facilement de l'orientation à donner à chaque coup de serpette ou de sécateur. Après avoir supprimé
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tous les rameaux inutiles, on conserve les autres au tiers de leur longueurs, fig. 55 en ayant soin de couper chaque rameau de façon à laisser le dernier bouton du côté extérieur. On doit éviter avec soin d’endommager les boutons en faisant une coupe. Si l’on conserve le prolongement de la tige, on l'écime à la moitié de sa longueur, fig. 55. Cette façon de tailler ne s'applique naturellement qu'aux arbres de trois ans, au moins, de pépinière; ceux de deux ans n'ayant pas encore de ramifications. La taille des arbres de deux ans est très simple: on écime la tige à trois pieds environ de hauteur du sol, comme nous l'avons dit aux pages 95, 96 à propos de la taille des arbres en pépinière; nous ne reviendrons donc pas sur ce sujet. Mais il est au moins douteux que cet arbre de deux ans, qu'on vient de planter, puisse pousser aussi
Fig. 65.—Taille et formation de la charpente d'un pommier à tige centrale, A, printemps de la seconde année; b, €, troisième et quatrième années,
vigoureusement que s'il avait été laissé en pépinière. L'arbre demande quelque temps pour se remettre; il faut cependant favoriser l'émission des branches charpentières et choisir de bons points de départ. Ceci est en somme assez facile, puisque l'arbre possède une grande quantité de boutons qui sont échelonnés le long de sa tige. La charpente de l'arbre doit se former dans la moitié supérieure de la tige, en utilisant toute cette longueur autant que possible. De cette façon, le rameau le plus bas sera à dix huit pouces environ du sol, et le prolongement de la tige principale de l'arbre prendra naissance à une hauteur de tren*e-
six pouces de terre, Nous
! ü que nous avons affaire à un arbre que l'on forme avec une tige centrale, (fig. 55). Les trois autres rameaux seront distancés entre le premier et le dernier à quatre pouces environ. Ces données peuvent paraître méticuleuses à certains; mais, remarquons qu'il s'agit ici de former la charpente d'un arbre, opération qui ne doit se faire qu'une fois et soigneusement.
Plus tard, quand les rameaux auront été supprimés ou laissés à tort, il ne sera plus temps.
Après avoir choisi les boutons qui donneront naissance à ces cinq rameaux principaux, comme on le voit dans la fig. 55, on supprimera tous les autres boutons dans la moitié supérieure de la tige. Ceci doit se faire dans les deux ou trois premiers jours qui suivent la plantation du petit pommier. Ordinairement, les boutons situés dans la moitié inférieure de l'arbre, restent latents et l'on n'a pas à s'en occuper. Si plus tard, on s'apercevait qu'il pousse des boutons à cet endroit de la tige, compris entre le sol et le premier bourgeon de la charpente, on les supprimerait. Contrairement aux arbres du même âge en pépinière, il n’y à pas à craindre de rejeter la sève trop vigoureusement dans le haut de la tige; car ici, il faut plutôt tout faire pour favoriser une pousse forte et vigoureuse de chaque bourgeon dans le haut de l'arbre, afin d’avoir à l'automne, un rameau bien formé pour devenir la base de la charpente.
On ne devra pas songer, par conséqueni, à faire pousser des arbres de deux ans en les plantant dans un terrain laissé en prairie. Au bout de peu de temps, le gazon aura étouffé le je” > arbre. Tout le système de la création du verger se tient, comme au.int de mailles d’une longue chaîne. Si l'on ne se décide pas à tout adopter, mieux vaudrait ne pas commencer la chaîne car elle se romprait bientôt sur bien des points, comme nous aurons encore l'occasion de le répéter, en parlant de la culture du sol, des .ngrais verts, de l'éclaircissage des fruits, de l’arrosage des arbres et de la cueillette des pommes.
Au moyen de la culture du sol, on entretiendra assez d'humidité dans la terre pour favoriser une pousse de très bonne heure au printemps, après la plantation des petits arbres. C'est là une chose essentielle, et le moyen unique d’avoir, à l'automne, un arbre en bonne voie de formation.
Avant d'arriver à la taille de la seconde année, nous voudrions rappeller ici, que, faute de prendre des dispositions nécessaires pour préparer les arbustes à hiverner, on perd beaucoup de jeunes arbres. Si l'on craint la neige, on devra attacher les rameaux à l’automne, comme nous l'avons déjà dit. Mais ce qu'il ne faudrait jamais manquer de faire chaque année, avant que le sol ne soit gelé, c'est de butter les arbres nour empêcher les mulots de venir ronger les écorces à la fonte de la neige. Il suffit de fouler un petit monticule de terre que l'on forme autour de l'arbre à un pied environ de hauteur. Il n'est pas nécessaire, après cela d’entourer le tronc des arbres avec du papier; mais, en mettant du papier à bâtir autour des tiges jusque vers la première ramification de l'arbre, on obtiendra un surplus de protection qui n'est pas à dédaigner. Nous ne conseillons pas l'emploi de papier à bâtir goudronné. Il est dangereux en ce sens, qu'au printemps, pour une raison ou pour une autre, si l’on néglige d'enlever ce papier goudronné, on risque de perdre ses arbres; le soleil du printemps est fort, ses rayons chaufferaient le papier qui brûlerait l'écorce. Tout papier épais est excellent. Dès la fonte complète de la neige, au printemps, on enlève le papier et on déchausse le pied des arbres.
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Si l’on mettait du fumier en mornticule autour des arbres, il faudrait le faire seulement quand la terre est bien gelée, et cela n'arrive ordinairement que lorsque la neige recouvre déjà la surface du sol. Pour des arbres de six à sept ans de plantation, il n’y a aucun inconvénient à mettre du fumier ainsi formant butte autour du pied des arbres, pour les protéger contre les mulots. Mais, nous ne le conseillons par pour de petits pommiers, car, à la fonte de la neige, le fumier empêche celle-ci de se fondre, et le poids du fumier mis en bloc gelé peut faire plier les arbres et les casser. Quand leurs troncs seront plus vigoureux, cet inconvénient n'existera plus. Il faut fouler énergiquement le fumier autour des arbres, autrement, les mulots pénètreraient jusqu’à l'écorce. Ne pas tarder, au printemps d'épandre ce fumier sur le sol, car ici encore, il faut éviter de chauffer le tronc des arbres.
Seconde année après la plantation. —A la fin de la première année de la plantation dans le verger, les petits arbres devront avoir une charpente dans le genre de celle de l'arbre représenté dans la figure 55 (B). Tous les rameaux sont vigoureux, ne forment pas de fourches et s'étendent dans quatre directions différentes.
Au printemps de la seconde année, il ne faut pas tarder à pratiquer la taille des cinq rameaux de la charpente de la façon indiquée dans la figure 65 (A). On écime chaque prolongement à la moitié de la longueur totale; nous croyons que c'est suffisant, bien que l'on pourrait écimer un peu plus fortement encore, au tiers de la longueur, mais l'expérience montre qu'il faut favoriser la formation d'une charpente plutôt évasée. Après la taille, l'arbre aura l'apparence du pommier dans la figure 65 (A). Remarquons qu'en faisant la coupe du prolongement nous avons coupé à côté d'un bouton extérieur. Ceci encore, force la charpente à s'étendre davantage. Pendant l'été, ne laisser pousser que trois bourgeons sur chaque rameau écimé au printemps: un au bout et les deux autres de chaque côté, à intervalles réguliers si possible. Il n’y aura donc que quinze rameaux à la fin de l’année prenant naissance sur les cinq branches charpentières de l'arbre.
Si l'on avait planté des arbres de trois ans de pépinière, au lieu d'arbres de deux ans, comme nous le supposions en décrivant la formation de la charpente, on taillerait ces arbres une fois plantés de la même manière que is arbres de deux ans au commencement de la seconde année dans le verger fig. 65 (A): après la taille, les arbres auront l'apparence indiquée dans cette figure.
Troisième année après la plantation.--Les arbres seront taillés en diminuant encore de moitié les rameaux ligneux qui ent poussé sur les cinq branches charpentières primitives fig. 65 (B); mais, durant le cours de l'été, on ne laissera pousser que deux bourgeons sur la nartie écimée au printemps. Au printemps de la quatrième année nous avons déjà un arbre fig. 65 (C), à tige centrale, en assez bonne voie de formation.
Dans les années subséquentes, on pourra rabattre encore un peu les prolongements et l'on supprimera tout bourgeon qui aurait tendance à rentrer à l'intérieur ou a pousser trop verticalemert. Il
ne faudrait jamais supprimer rez-tronc une des cinq branches charpentières primitives, car, n'oublions pas que nous avons en vue la formation d'arbres à basse tige. Puisque les quatre branches des côtés montent obliquement, jamais elles ne gêneront les travaux de la culture du sol, etc., fig. 72, on doit les conserver, sous peine d'avoir plus tard des tiges hautes.
Fig. 66.
Les jeunes arbres n'on pas besoin d'une forte taille Avant la taille,
annuelle,
De peur de faire fausse route, on doi user largement de son jugement personnel dans toute question relative à la taille, ment, nous pouvons donner les principes; m les arbres ne prennent pas toui
ouiours les di
Théoriqueais n'oublions pas que
ctions prévues; il faut tirer partie des circonstances ct faire pour le
le but qu'on poursuit: 1
mieux; sans négliger a formation d'aibres à tige centrale et basse.
On pourrait peut-être dire, que rabattre l'arbre pendant ses quatre ou cinq premières srnées, c'est l'affaiblir inutilement.
Ce serait une erreur grossière que de le croire.
Plus on taille un arbre, plus ILS
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de voir
Piper tit
on provoque l'émission de bourgeons et de rameaux vigoureux, et plus la charpente est solide. Combien ne voit-on pas, dans un verger, de ces arbres à longues tiges grèles dépourvues de productions fruitières rapprochées du tronc! En rabattant les tiges les premières années après la plantation, on obtient un arbre dont les fruits sont beaux et se rapprochent des rameaux de la charpente.
Fig. 67.—Après la taille.
Pour la formation d'arbres à centre ouvert, on ne laisse que quatre branches charpentières que l'on peut distancer de six en six pouces dans la moitié supérieure de l'arbre dont le tronc mesure toujours trois pieds de hauteur. Dans les tailles subséquentes on fera comme pour les autres arbres, en tenant compte du fait que, n'ayant pas de tige
centrale, les arbres auront une tendance à s'e er par le haut;
ï on s'habituera facilement, par la pratique à la différence de taille.