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CHAPITRE HI GREFFAGE

Article I.—Préliminaires

Définition, but et avantages du greffage.—Greffer, c'est fixer ou enter une portion d'une plante, œil ou rameau, qu'on nomme greffon sur une autre plante, qui lui servira de support, de telle sorte que les sucs nutritifs doivent passer de l'un à l'autre et les faire vivre en commun,

Au point de vue pratique, on peut distinguer dans toute greffe: 1. le sujet c'est-à-dire la plante fournissant le système radiculaire; 2. le greffon, c'est-à-dire la portion du rameau d’un arbre greffé sur le sujet et destiné à former la charpente de l'arbre.

Le sujet et le greffon tout en vivant en commun ne perdent pas pour autant leur individualité propre. En effet, tandis que les ramifications qui naissent au-dessous de la greffe, sur un pommier McIntosh enté en tête sur un pommier Hyslop, reproduisent les caractères de cette dernière variété; ceux issus du greffon Mclntosh conservent les carac'ères propres à la variété Mclntosh.

Les avantages du greffage sont multiples. Non seulement les variétés, mais encore les variations accidentelles et même les anomalies accidentelles peuvent être reproduites avec le greffage. Il permet de modifier un végétal dans son bois, ses organes ‘uliacés, ses produits utilisables; de garnir de branches, de fleurs et de fruits les parties d’un arbre qui s’en trouvent dépourvues: de restaurer la charpente des plantes ligneuses; d'assurer ou de hâter la fructification; d'améliorer la qualité des fruits, et enfin, de réunir sur le même sujet, les fleurs des deux sexes dans les variétés dioïques. Ces avantages expliquent l'importance considérable que le greffage possède en arboriculture fruitière et l'intérêt que le praticien doit attacher à sa technique.

Conditions de réussite du greffage. Pour qu'une greffe réussisse, il faut remplir certaines conditions qui se ramènent à deux principes. L'un est d'ordre anatomique; il est absolu. L'autre ayant trait à la parenté, est d'ordre relatif.

1. Dans la réussite d'une greffe, pour que la soudure se fasse, il faut que les tissus jeunes, en voie de formation, soient en contact. Or c'est seulement dans Ja zone génératrice (cambium) que le tissu cellulaire a une activité assez grande pour continuer la formation de nouveaux tissus. Ce n'est donc que par la juxtaposition des zones génératrices des deux individus que le greffage peut réussir.

Les conditions essentielles, absolues pour obtenir le succès se résument donc ainsi:

La mise en contact des zones génératrices du sujet et du greffon (œil ou rameau),.

Tous les efforts du praticien doivent donc tendre vers ce but, d’ailleurs assez facile à atteindre dans la plupart des cas.

La soudure du greffon au sujet assure le passage de la sève du sujet dans le greffon dont les yeux peuvent alors se développer. Cette soudure comprend deux phases:

Fig. 13. - Greffe anglaise. 1,2,3, greffes ligaturées; 4,5, mise en contact des deux “ones génératrices.

Il se produit d'abord une union provisoire du sujet et du greffon, par l'agglutination des débris des membranes déchirées et du contenu cellulaire, Ces matières disparaissent ensuite Par résorption et il se forme dans la moëlle et le parenchyme cortical des tissus jeunes, localisés. Les rayons médullaires peuvent donc dans une certaine mesure aider à la soudure, par la production de jeunes cellules, mais ils seraient insuffisants pour l’assurer à eux seuls.

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ijet ure

L'union définitive est déterminée par la multiplication des cellules des assises génératrices du cambium du greffon et du sujet; l'activité de ces assises détermine la réunion et la soudure des méristhèmes (jeunes cellules) ainsi constituées, et par suite, la mise en communication définitive du bois et du liber des deux individus.

On dit souvent que pour réussir une greffe, les deux liber doivent être en contact. ‘‘La vérité est”, dit M. Passy, “que le liber (tel qu'on l'entend ordinairement, c'est-à-dire, entièrement formé) n'a rien à faire dans la greffe. Si dans certaines greffes telles que dans la greffe en fente, ou la greffe anglaise, la réussite est assurée lorsque ces deux zones sont en contact, cela tient à ce que dans ces deux cas, particulièrement, il est à peu près impossible que les libers soient en contact sans que les zones génératrices ne le soient aussi. (LOT ARE VE 1 n'en est pas moins vrai que dans un certain nombre de greffes, telles que la greffe en écusson, il n'existe aucun point de contact entre les liber au moment de la pose du greffon (œil), ce qui n'empèche pas la soudure de se faire parfaitement.

Si l’on examine attentivement une greffe anglaise un mois après sa mise en stratification dans la cave, on s'aperçoit qu'il y a un commencement de soudure entre le greffon et le porte-greffe; on voit sur la ligne de soudure, tout autour du biseau, comme une ligne de bourrelet verruqueux. Si l'on écarte le greffon du porte-greffe pour mieux examiner la section du greffon, on voit sur ses bords le bourrelet verruqueux d’un blanc jaunâtre sale, soit tout autour de la section, soit sur quelques points seulement. Le biseau du sujet présente le même aspect. Ce bourrelet est la véritable soudure provenant du cambium ou zone génératrice, qui forme un anneau de cellules très éiroites entre le bois et l'écorce. Si le sujet et le greffon sont de même grosseur, les deux zones génératrices coïncideront en réunissant les deux écorces ensemble; mais si le sujet est déjà vieux (greffe en tête sur les branches d’un vieux Pommier), il faut placer le greffon sur un côté du sujet pour que les deux couches génératrices coincident au moins en plusieurs points.

Si intime que soit l'unior du greffon avec le sujet, leur bois et leur écorce continuent à se différencier après comme avant, et on en retreuve toujours les lignes de séparation, avec plus ou moins de facilité cependant, suivant que les caractères des tissus des arbres unis sont plus où moins différents, et l'on peut même distinguer la marque d’une mauvaise soudure, bien longtemps après l'exécution de la greffe.

2. Pour que la greffe réussisse, il faut encore qu'il existe entre les deux © dividus un certain degré de parenté et une sorte d'affinité rendant la soudure possible. Cette affinité tout en exigeant un degré de parenté assez étroit, n’est pas en raison directe de cette parenté.

L'affinité est ja sympathie, l'union intime, l'harmonie qui doit exister entre le sujet et le greffon, de telle sorte que la végétation de ce dernier n'éprouve aucun trouble résultant du greffage. Si l'affinité est bonne entre les deux individus, l'association sera prospère, la plante tout entière sera vigoureuse et fertile. Si au contraire l'affinité est mauvaise, l'association périclitera et sera de courte durée.

Les lois régissant l'affinité ne sont pas encore connues, on ne peut se fier qu'aux règles acquises par l'expérience. Or l'expérience montre que seules, les plantes d'une même famille botanique, peuvent s'unir par le greffage; mais, dans une même famille, certaines plantes du même genre se greffent mal ou pas du tout, et des plantes de genre différent, plus éloignées par conséquent se greffent bien. Ainsi, le Poirier prend très difficilement sur Pommier qui est du même genre; il reprend assez bien sur Cormier qui est encore du même genre ou sur Aubépine (Senellier) qui est d’un genre voisin. Or sur Cognassier, qui est d'un genre très différent, bien que de même famille, le Poirier prend très facilement; c'est même le sujet universellement employé pour le Poirier nain. En intervertissant les rôles, on voit que le Cognassier prend très difficilement sur Poirier; par contre, le Pommier prendra aussi très difficilement sur Poirier comme dans le cas inverse. A titre de renseignement pratique, voici les sujets les plus employés pour les différentes greffes:

Pommier franc.

Sujets du Pommier... .. À Pommier Paradis et Doucin pour pommier nain.

[ Poirier franc.

Sujets du Poirier... { Cognassier et Aubépine pour les Poiriers nains.

Prunier domestique.

| Prunier St. Julien.

Prunier Myrobolan (plus rustique que St- Julien

Sujets du Prunier

Suite du Cestitée. . Mahaleb ou Ste-Lucie.

Cerisier Mazzard.

Influence mutuelle du sujet et du greffon.—Il va de soi que, comme la bouture et la marcotte, la greffe conserve au nouvel individu toutes les qualités et tous les caractères de la plante dont il provient. Cela n'est pas étonnant puisque le greffon est une partie du pied primitif. Ainsi, un greffon Mclntosh sur un eujet Hyslop, donnera plus tard des pommes Mclntosh en tous points pareilles à celles de l'arbre dont il provient.

2. La greffe permet le transport d'un faible greffon sur un sujet vigoureux, mais inférieure au point de vue de la qualité de ses produits. On profite ainsi de toute la vigueur du sujet qui sert à constituer très rapidement un individu nouveau, utile et fructifiant rapidement. Ainsi, un sauvageon de Pommier qui donne des fruits sans valeur, mais est d'autre part très rustique et vigoureux, greffé en tête avec un faible greffon de Pommier Mclntosh donnera en quelques années un arbre bien forraié, produisant des fruits de première qualité.

4. La greffe permet de hâter la fructification de certaines espèces ou d'améliorer la qualité des fruits en choisissant à cet effet certains

sujets comme porte-greffle. Par exemple, le Poirier et le Pommier franc fructifient tard. Greffé sur Cognassier, le Poirier donnera de beaux fruits, de bonne heure, et le Pommier se comportera de même du ? sur Paradis.

nre 4 4. La greffe permet parfois d'adopter certaines variétés peu le rustiques à des conditions de vie plus dures. Ceci s'explique de la me façon suivante: parce que la maturation plus hâtive du sujet active me l'aoûtement du bois des greffons.

sur Le Pommier Duchesse est un Ile, sujet excellent pour y greffer ent une variété de pommes plus oit 1 tendres. De même, dans la prole vince d'Ontario, on recommande le de greffer la Northern Spy sur le les pommier Tolman Sweet, ce der- ? nier étant connu pour sa vigueur et sa rusticité. Mais il ne fau- ; drait pas trop compter sur cela ge dans notre province.

L'influence du sujet sur la qualité des fruits, sur le dévelop- pement général de l'individu

{ n'est pas contestable: celui-ci : CSt cependant incapable de

modifier les caractères de la

variété. Il ne rapproche pas, “8 = comme on l'a dit, les produits du greffon de ceux w'il avait pu donner auparavant. Le pommier Mclntosh greffé sur un pommier sauvageon en donne un exemple. On sait que les

oi ! pommiers sauvageons ont un el - fruit petit, aigre et sans saveur; it * or les pommes Meclntosh obteie nues après le greffage en tête ; ; ?, d'un tel sujet a belles Fig. 14. Racines de pommier pour la greffe S Savoureuses. Si sur ce même

anglaise, pommier, on greffe un scion de

t Fameuse, de Duchesse et de Jaune Transparent, chaque greffe se . développera avec ses caractères propres.

Si l'on examine la manière dont se comportent le sujet et le greffon, l'un par rapport à l'autre et quel est le degré d'union existant entre

eux, on observe les faits suivants:

s 1. Les écorces ne se mélangent jamais; si celles-ci sont différentes, la ligne de séparation reste très nette, quel que soit l’Age du sujet. Si as les deux écorces sont semblables, la ligne de démarcation subsiste

également, mais elle peut être difficile À distinguer.

2. Le bois aussi ne se mélange pas: chaque individu, encore ici, conserve ses caractères propres. Les éléments anatomiques des deux individus s'unissen: ‘sans se pénétrer. Si par exemple la couleur des deux bois est différente, une section longitudinale montre la ligne de séparation très”nette entre le sujet et le greffon.

Si l'on examine comment les deux individus se comportent par rapport à leur vigueur respective, on constate que toutes les fois qu'il y à différence de vigueur entre le sujet et le greffon, cette Cifférence subsiste apres l'opération et se manifeste visiblement par l'accroissement respectif des deux individus.

Dans la pratique, il ne faudrait pas choisir un pommier Wealthy pour greffer un Mcfntosh ou un Fameuse, ces deux dernières variétés étant plus vigoureuses.

De tout ce qui précède, on doit conclure que les caractères fondamentaux du sujet et du greffon ne sont pas essentiellement modifiés nr le greffage. Chaque individu conserve son anatomie et se comporte comme ayant sa \ie propre.

Choix du greffon.—Il ne faut pas choisir les greffons à la légère, ni les couper dans de mauviases conditions, car le succès du greffage dépend dans une grande mesure de la condition et de la qualité

des greffons. Choisissons-les de la meilleure qualité possible. Pour cela, il faut prendre des greffons sur des arbres sains, exempts de maladies et n'emplover que du bois de la pousse de l'année, qui s'est bien aoûté et qui contient, par conséquent, les éléments de réserve nécessaires à la reprise. Il n’est pas du tout nécessaire de prendre les rameauxgreffons sur des arbres en rapport, si l’on est absolument certain de la variété elle-même. Parce qu'un tel arbre donne des récoltes très fortes, ce n’est pas une raison évidente, pour conclure que les scions

Fig. 15.—Greffe anglaise, choix du greffon.

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pris sur cet arbre, feront des sujets aussi productifs. Les raisons invoquécs par les promoteurs de ces arbres “‘pédigree"”" pour nous convaincre de la valeur de leur théorie, n'ont aucun fondement. 1 y a une sélection possible et À consciller dans le cas de graine: de semence, mais non dans le choix des greffons pour l'exécution des greifes. Toute la sélection consiste À s'assurer que ces greffons soient vigoureux ct bien aoûtés. Les rameaux-greffons destinés au greffage d'hiver et de printemps seront coupés à la fin de l'automne quand les arbres sont dépourvus de toutes leurs feuilles ou durant le cours de l'hiver, avant toutefois que la sève ne se soit mise en mouvement, au printemps. On choisit une température sèche et pas trop froide; lorsqu'il gèle fort, une partie du cambium se retire des jeunes rameaux et ils s'en ressentent presque toujours. Pour les conserver en bon état jusqu'à l'époque du greffage, on les enterre en cave dans du sable frais, complètement où aux deux tiers de leur longueur, après les avoir réunis en bottillons bien étiquetés.

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