CHAPITRE II
MARCOTTAGE ET BOUTURAGE
Définition et but du marcottage.—Le marcottage est un procédé de multiplication qui consiste à déterminer l'enracinement d'une branche encore fixée au pied-mère et à la séparer ensuite. Ce mode de multiplication n'est pas très usité dans notre province. On devrait Pourtant y avoir recours; car c’est le meilleur moyen de multiplier le Groseillier à Maquereau, par exemple.
Les pieds-mères de groseillier sont taillés sévèrement en automne, ce qui détermine au printemps suivant une pousse vigoureuse de jeune b.s. Lorsque les nouvelles tiges ont atteint une certaine hauteur, au
Fix. 9. — Marcotte simple, marcotte incisée à droite.
commencement de juillet environ, on ameublit le sol autour et on élève la terre jusqu’à ce que le haut des jeunes pousses soit seul à découvert. Cet apport de terre formant butte autour des groseilliers et couvrant leurs rameaux permettra à ceux-ci de prendre racine, ce qui les transformera en sujets complets. Il faudra avoir soin de bien tasser la terre au fond de la butte et de maintenir meuble la couche supérieure, ce qui retiendra l'humidité. La plupart des variétés américaines (Pearl, Dawning, Red Jacket) seront bien pourvues de racines dès l'automne. On pourra alors sevrer les jeunes plants et les repiquer en rangs de pépinière durant le même automnz ou au printemps suivant. On doit les laisser là toute une saison, avant de les transplanter à demeure fixe. Les variétés anglaises (Industry, White Smith) ordinairement prennent deux ans pour former leurs racines. Pour ces variétés, on n'enlèvera la butte de terre qu'au bout de deux ans.
és,
Les souches-mères de groseillier occuperont des carrés réservés ou des lignes de bordures dans un sol riche, bien aéré et bien éclairé. En aucun cas on ne devra les laisser dans le verger. Elles nuiraient à la culture du sol et seraient d’ailleurs trop a l'ombre.
Pour ne pas épuiser les plarites-mères, on ne les recépera pas tous les ans, mais on leur laissera une année de repos sur deux.
On peut facilemenr faire enraciner l'extrémité des tiges de Framboisiers noirs en les recourbant jusqu'à terre. On les maintient en position avec une petite cheville de bois et on les recouvre de quelques pouces de terre. A l'automne, il se forme une couronne ou gros Pouton qui formera la tige l’année suivante. Au printemps, on sèvre la vieille tige en la coupant à quatre ou cinq pouces de terre: ceci facilitera la transplantation.
La marcotte n'est pas employée ordinairement pour la vigne, les boutures de celle-ci s'enracineat si facilement. Cependant on peut pratiquer la marcotte par coi chage simple. On ouvre une rigole au pied de la souche-mère. On cline la pousse de l'année autant que possible et on la recouvre de terre en laissant émerger deux yeux à l'extrémité. Il faut supprimer tous les bourgeons depuis la souche jusqu'à la partie en terre. Cette partie doit être aussi courte que possible, pour éviter la formation d’un trop grand nombre de racines; car elles se développeront d'autant moins qu'elles seront plus nombreuses. On arrache au bout d’un an et on ne conserve qu'une touffe ou deux de racines.
Bouturage.—Plus encore que le semis et le marcottage, le bouturage est usité pour la reproduction des plantes. Il faut dire aussi, qu'à quelques exceptions près, il est bien plus pratique ct plus expéditif que le semis; dans la majorité des cas, aussitôt enracinée, une bouture est plante faite. En arboriculture et surtout en floriculture, le bouturage sert à multiplier une foule de plantes d'ornement, telles que le Rosier, l'Hydrangée, le Géranium, le Coléus etc., et d'arbres ou d'arbustes fruitiers, tels que le Cognassier, porte-greffe du Poirier, le Pommier Paradis et Doucin, porte-greffes du Pommier nain, le Groseillier à Grappe (communément appelé Gadellier), le Cassis et la vigne,
Le bouturage consiste à fixer dans le sol un fragment de végétal — d’un an qui, placé dans des conditions déterminées d'humidité, de chaleur et de lumière se couvrira de racines à sa base et de rameaux à son sommet, de telle sorte qu'il finit par constituer un plant à peu près identique à celui dont il provient.
Différentes sortes de boutures.—On divise les boutures en trois classes: boutures par rameaux, boutures par feuilles, boutures Par racines. Les premières sont les plus usitées en arboriculture fruitière.
La bouture par rameau esi constituée par un fragment Je tige ligneuse, par exemple, une bouture de Vigne. Sa longueur varie selon les espèces, de huit à dix pouces et quelquefois plus. (fig. 1)
Les rameaux de l'année sont sectionnés en autant de fragments que l’on veut faire de boutures. Si à l'extrémité inférieure du fragment 9n conserve une partie de vieux bois, c'est une bouture crossette; mais
très souvent, on ne réserve qu’une petite partie, l'empattement du rameau sur la branche ou un fragment de vieux bois: c'est alors une bouture à talon. On la détache de la branche soit en l'arrachant, soit en pratiquant une incision autour de l'empâttement. L'agglomération de cellulles, de vaisseaux et de fibres qui s’y trouvent, favorise l'émission des jeunes racines; mais dans un rameau, il n'y a que la bouture inférieure qui puisse être ainsi constituée à talon; les autres sont coupées
Fig. 10.—Pommier ‘‘Mcintosh' nain, greffé sur pommier ‘“Doucin’’.
immédiatement au-dessous d'un œil (à l'exception des boutures de vigne) ce sont les boutures simples.
Reprise des boutures.—1a rcsrise de la bouture consiste dans la formation des organes propres à eu assurer la végétation normale. Plantée dans un sol convenable, elle entre en activité par l'utilisation des substances de réserve qu'elle contient pour son alimentation et pour la production d'organes nouveaux. Pendant que la section supérieure, exposée à l'air, se dessèche et que ses vaisseaux s'obstruent, la sève se porte en grande quantité vers la base où elle détermine la production d’un bourrelet verruqueux de tissu cellulaire, le callus des arboriculteurs. Ce bourrelet prend naissance dans la zone du liber
et du cambium. Rappelons ici que si l'on examine la section transversale d'une bouture ou d'un scion, on distingue en allant du centre à la périphérie, la moëlle, le bois, la couche ou zone génératrice appelée aussi cambium. le liber et l'écorce. Des racines adventives apparaissent bientôt sur la partie enterrée du rameau en des points indéterminés, mais plus particulièrement au niveau des nœuds. Plusieurs conditions doivent être réalisées pour que la reprise ait lieu: les unes se rapportent au temps de la plantation de la bouture, les autres au milieu dans lequel on la place.
Fig. 11.— Bouturage—1, vigne; 2, crossette; 3, simple; 4, avec talon.
C'est surtout en novembre, après la chute des feuilles et avant les gros froids qu’on détarhe les boutures ligneuses. On choisit des rameaux d'un an, vigoureux, bien aoûtés (dont le bois a bien mûri), et de forme régulière. La section doit être nette et exécutée avec un inst: iment tranchant, pour que la cicatrisation en soit plus facile. Certaines boutures seront plantées immédiatement à l'automne telles que celles du Cognassier, du Groseiilier à grappe et du Cassis. Les boutures de Vigne doivent être coupées d'autant plus courtes que le sol ?uquel on les destine est plus humide; d’ailleurs, en principe les boutures les plus courtes sont les meilleures. Il suffit de laisser trois yeux, en faisant les coupes à un pouce environ de l'œil du haut et également de celui du bas. Ces boutures, étiquetées et mises en bottes,
seront conservées dans du sable légèrement frais suivant.
jusqu'au printemps
La plantation des boutures de Vigne s'opère dela manière suivante: on creuse une petite fosse à bords légèrement inclinés au fond de laquelle on à mis de la terre bien meuble; on applique les boutures sur le bord incliné en tassant fortement de la terre meuble sur leur extrémité, soit avec le pied, soit avec un petit maillet; car le contact de la terre avec le bois des boutures est très important. La fosse est ensuite comblée, et la couche superficielle est conservée meuble.
De quelque façon que l'on plante, on laissera toujours un œil audessus du sol et on le buttera ensuite avec de la terre meuble.
Les lignes de boutures sont géaéralement espacé de distance et de six pouces dans le rang, et le d'intervalle les unes des autres.
est généralement de un an.
es de trois pieds s boutures à six pouces La durée de culture en pépinière
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Fig. 12. Section d'un tige d'une an— (très grossi) A, écorce; B, aubier et bois; C, moëlle; D, rayons médullaires; E, épiderme: F, liège; G, couche intérieure de jeune écorce; H, liber; K, fibres; I, vaisseaux.