INTRODUCTION
Le cancer de l’estomac est une affection chirurgicale à toutes les périodes de son évolution. L’extirpation du cancer au début est une opération bénigne et efficace. Le cancer de l'estomac guérit par la résection.
Il est au pouvoir du chirurgien d’abaisser la mortalité opératoire à zéro; si la mortalité opératoire est encore assez forte, cela résulte de la prolongation trop grande des soins médicaux qui font perdre un temps précieux. De la vigilanee du médecin dépend la longueur de la survie. Aux seuls malades mal renseignés ou inintelligents appartiendront, dans un avenir prochain, les opérations palliatives.
C'est en France, il y aura bientôt vingt ans (Péan, 9 avril 1879), qu'a été faite la première gastrectomie pour cancer, etil faut arriver jusqu’en 1898 pour trouver dans un traité français cette phrase, axiome en pays étranger : « Tout cancer de l'estomac doit être opéré dès qu'il est diagnostiqué, à moins que l’état général du malade ou l'extension trop grande de la lésion ne constitue une contre-indication à l'intervention » (1).
(1) HARTMANX. In Zraité de chirurgie Duplay et Reclus, 2° édition, t. VI.
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Si le cancer de l'estomac avait une marche rapide et maligne au point de rendre illusoire a priori toute tentative d’extirpation, s’il était d’un autre côté compatible avec une survie, courte sans doute, mais exempte de troubles fonctionnels graves et de trop vives souffrances, on compréndrait là résérvé (que ‘montrent encore un certain nombre de médecins et de chirurgiens vis-à-vis de son excision. Mais il n’en est rien, c’est classique.slie cancer de l'estomac évolue en général d’une façon remarquablement lente quand il tue d'infection cancéreuse ; on le dénomme’ alors quelquefois latént./Le plus souÿent, au échttalre, le terme de l'infection n’est pas atteint : les cancéreux meurent de fa parce que le néoplasme constitue un obstacle mécanique à l'alimentation. D’après nos relevés, 30 p. 100 de ces malades meurent opérables, sans métastases viscérales, uniquement de sténose pylorique ; ils succombent peu à peu d’inanition après en avoir éprouvé toutes les angoisses.
Il fallait à l'abstention‘de bien graves motifs pour qu’une affection dont la cure s’imposait dans des conditions exceptionnellement bonnes, fût abandonnée à elle-même. La raison de cette réserve doit être cherchée dans les résultats opératoires pitoyables des premières années, qui, nous voulons le croire, passent encore chez nous pour les résultats actuels. Ces statistiques d’un autre âge appartiennent à l'histoire. Les années écoulées ont été mises à profit à l'étranger ; le manuel opératoire y a été réglé, les conditions du succès y ont été déterminées ; si de nombreux malades ont payé d’une vie misérable ces tentatives légitimes, aujourd’hui les résultats sont acquis et ce n’est pas sans quelque apparence de raison que certains chirurgiens peuvent se flatter d'opérer presque à coup sûr. Nous affirmons que nous sommes aujourd’hui suffisamment armés en France pour arriver rapidement aux plus brillants résultats : MM. Hartmann, Defontaine, Perier, Peugniez, Ricard, Roôchard, ont bien voulu nous confier 15 observations, récentes pour la plupart, qui représentent leur pratique tout entière de la résection du cancer del’estomac ; 12 malades ont guéri. Des trois opérés morts l’un a payé son tribut à une méthode ancienne et les deux autres aux soins médicaux prolongés dont ils furent entourés.
Alors quel obstacle y a-t-il à l’intervention? Réclamerait-on par hasard non seulement un soulagement immédiat, mais encore de
ne. Ps
longues survies? Il y a des guérisons; plusieurs datent de 8 ans au
moins. Reste l'éternel argument, la répugnance de nos malades pour les entreprises chirurgicales ; c’est encore là une erreur; les malades s’adressent à qui les guérit et nous les DÉRONE plus aptes qu'on ne le dit à juger de leurs intérêts; nous n’en voulons DOUX preuve que la deuxiême observation de M. Peugniez.
HN est grand temps, aujourd’hui que la PÉPURE héroïque de la résection du cancer de l'estomac est close après avoir exercé ses ravages ailleurs qu'en France, que nous songions à faire bénéficier nos cancéreux de l'expérience acquise. Mais le succès est actuellement entre les mains du médecin plus, sans aucun doute, qu'entre celles du chirurgien ; celui-ci n’a pas toujours le don de faire des miracles et de ressusciter des moribonds ; mais il a le pouvoir de guérir quelquefois les cancéreux au début et toujours celui de prolonger considéra-
blement leur existence. C’est aux médecins à les lui soumettre ; c’est
pourquoi M. Kocher pouvait dire de sa voix autorisée, un jour où il fat plus applaudi que cru : « De grâce, Messieurs les médecins, permettez-nous de guérir vos malades » (1).
Afin d’étayer de preuves les propositions que nous avons avancées, nous nous sommes proposé d'étudier dans ce travail les deux questions suivantes :
Quels résultats thérapeutiques immédiats et éloignés pouvons-nous aujourd’hui attendre des résections de l'estomac dans le cancer?
Quelles sont les conditions du succès immédiat et éloigné de ces
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résections ?
Nous ne nous dissimulons pas qu’il est périlleux, sinon prétentieux de traiter des conditions de succès en pareille matière. Le nombre des inconnues est encore considérable ; nous ne pouvons nous flatter de pouvoir apporter une précision mathématique dans le résultat de nos entreprises chirurgicales ; cependant si ce but ne peut être atteint, tous nos efforts doivent tendre à s’en rapprocher indéfiniment et c'est à cette œuvre que nous voudrions apporter notre faible
contribution.
(1) Congrès français de Chirurgie, 1896, p. 431.
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Afin de n'étudier que des faits comparables, nous avons été amené à diviser en deux périodes l’histoire des résections de l'estomac; l une, de 1879 à 1891, représente en quelque sorte la période héréique des résections ; l’autre, du commencement de 1891 à nos jours, peut être considérée comme la période moderne.
La première, qui ne saurait plus nous intéresser qu’au point de vue
historique, a été étudiée dans le remarquable mémoire de notre parent M. A. Guinard (1892) (1) ; le travail de A. Guinard, qui n’étudie que les indications et les résultats de la résection, a été complété au point de vue opératoire par la consciencieuse revue de Jonnesco (2), parue vers la même époque dans la Gazette des hôpitaux.
Ce n’est pas d’une façon tout artificielle que l’on peut faire partir la seconde période du commencement de 1891. À ce moment les chirurgiens, instruits par une expérience d’une dizaine d’années, n’en étaient plus à la période d’essai ; l’asepsie se substituait à la méthode antiseptique, progrès aussi considérable dans le cas particulier que l’apparition de l’antisepsie elle-même à une époque plus reculée ; von Hacker avait depuis plusieurs années (1885) (3) mis en évidence l'influence néfaste des adhérences étendues sur le taux de la mortalité ; Kocher commençait à employer sa suture continue à deux
plans, la meilleure que nous ayons encore aujourd'hui ; Doyen et .
Defontaine, chacun de leur côté, imaginaient le surjet à points renforcés et la suture continue spiroïde segmentée. Enfin à côté du procédé de pylorectomie primitif de Péan-Billroth-Wôlfler, entraient dans la pratique le procédé de Billroth (2° manière) et celui de Kocher. À
Nous complèterons ce rapide exposé des progrès accomplis dès le début de la deuxième période, en faisant ressortir que c’est également dans cette période que Roux d’abord, puis Kraske, ont montré l'influence du défaut d'alimentation des opérés sur leur mort rapide, et que médecins et chirurgiens ont cherché, avec plus de persévérance que de succès il est vrai, les éléments d’un diagnostic précoce du cancer de l'estomac.
(1) GuiINARD. Traitement chirurgical du cancer de l'estomac. Paris, Asselin et Houzeau, 1892.
(2) JONNESCO. Gazette des hôpitaux, 28 et 80 mai 1891.
(8) V. HACKER. Zur Casuistik und Statistik, etc. Arch. j. Al. Chir., Bd XXXII, H. 3, p. 618.
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