LA CURE D'ALTITL'DE
Stations.
Indication du liaromotrc.
Altitude en mètres.
Popocatepelt (5420™)
Passe de Karakorum (oOoO'")
Passe de Parang (oHlîu")
(Le plus haut point fréquente habituellement par l'homme.)
Cotopaxi (4915°")
Le MlSti (olUU"'j
Chimborazo (6420"' j
Cerro de Potosi (6(r2U"' i
Robertson (le ballon de] (7170""].
Chamalari (7300™)
Le Sorale (7950'»)
Le Barathor (8185'»)
Le Dawalaghiri (75()0"')
Tissandier en ballon
(Mort de Groce-Spinelli et Sivel.)
Mont Everest (8840-")
(Le plus haut point du globe.)
Glaisher en ballon (8838"').
(Le ]ilus haut point atteint par l'homme vivant dans l'itmosphère. — Paul lierta été soumis à la même dépression dans la cloche de la Sorbonne.)
Nous rappelons, pour mémoire, que la quantité pondérable d'oxygène contenue dans un litre d'air diminue en raison directe de la baisse de la pression.
La diminution de la tension de l'air influe aussi sur le point d'ébullition des liquides. A Saint-Moritz, par exemple, l'eau distillée bout à 80° au lieu de 100°.
L'air moins dense conduit mal les ondes sonores : de là le silence extraordinaire des grandes altitudes. Le bruit du vent à travers le feuillage, le bourdonnement des insectes, les craquements des branches des arbres ne s'y font pas entendre.
Ces détails ne sont pas sans importance pour le médecin. J'ai vu des gens goûter un repos profond au milieu de ce calme
DU CLIMAT n ALTITUDE
extraordinaire; d'autres au contraire, pour qui le fracas de la foule est nécessaire, en prenaient une véritable nostalgie.
C'est un élément dont il est besoin de tenir compte dans le choix d'une station de cure.
Les nombreux observatoires de montagne ont noté que les variations du baromètre y sont moins brusques que dans les pays de plaines. Cela n'a pas beaucoup d'intérêt pour l'étude physiologique que nous allons entreprendre.
Température. — A mesure que l'on s'élève sur le flanc d'une montagne, la température de l'air prise à l'ombre décroît. La loi de cette décroissance n'a rien d'absolu. Suivant Lombard, pour obtenir une diminution d'un degré, il faut monter aux hauteurs que voici :
Sur le Venteux 141"'
— le Rigi ii9
— le Géant 1(54
— le Golhard 168
Au Spitzberg 172
Sur le Faultiorn 170
— les Andes 175
— le Saint -Bernard 188
La moyenne est donc de 166 mètres pour un degré de diminution : mais cette moyenne est un peu vague.
En effet, rien que dans les Alpes, Gaudier a observé des nombres que l'on trouvera dans le tableau ci-dessous. Pour une diminution d'un degré, il faut s'élever :
Au Gothard de 1G5™
— Simplon de 165 ,7
— Julier de 171 ,5
— Saint-Bernard de 181 ,8
— Rigi de 204
- Chaumontde 206 ,4
— A rUetliberg de 227 ,6
Ces chifîres ne sont pas absolument ceux de l'autre tableau :
LA CL'HE d'altitude
ceci nous prouve que si la moyenne varie avec les régions, elle varie aussi avec les années. Il nous aura suffi d'en avoir indiqué le sens i^énéral.
Il faut aussi noter que la loi de décroissance ne va pas toujours en se continuant tout à fait dans la même proportion. Les météorologistes ont essayé de prendre la température des I)lus hautes régions de l'atmosphère que nous puissions atteindre ; on a récemment lancé dans tous les pays d'Europe des ballonssondes, porteurs de thermomètres enregistreurs destinés à rapporter le degré thermique recueilli dans les espaces célestes. h'Aréophile vient de nous faire connaître qu'à 15 500 mètres de haut la température était de — 66". Si la loi était absolue, le thermomètre eût donné — 83".
Le voisinage des lacs tend à adoucir la température, les masses d'eau emmagasinant une certaine quantité de chaleur qu'elles restituent à l'air quand celui-ci tend à se refroidir. Les lacs sont donc des régulateurs. Leur influence est très heureuse en automne; elle l'est moins en été, où elle contribue à rendre quelquefois la chaleur torride; exemple : l'influence fâcheuse du Léman sur les basses stations vaudoises au mois d'août.
Ce qui fait également varier la température à une altitude donnée, c'est réchauffement des pentes. Jamais, à notre latitude, le soleil ne paraît au zénith, il est toujours plus ou moins incliné sur l'horizon : de plus, même s'il atteignait le zénith, il n'y serait jamais qu'à midi juste, tout le reste du temps ses rayons tomberaient obliquement sur le sol.
Les pentes des montagnes reçoivent au contraire ces rayons plus ou moins perpendiculairement; leur action est donc plus utile dans ces conditions, et les pentes, de ce chef, s'échaufîent davantage. Il n'est pas de touriste qui ne l'ait senti quand, posant sa main sur un rocher ou sur une pelouse sèche d'une pente de montagne, il les a trouvés brûlants, alors que les prairies de la vallée étaient encore presque fraîches.
Température en hiver. — Ce dernier détail a la plus haute importance en climatologie montagnarde : il nous explique en
DU CLIMAT d'altitude
partie la température étonnante des hautes régions pendant l'hiver quand elles se trouvent exposées directement au soleil.
En revanche, à ce moment, le fond des vallées est très froid, bien plus froid que les sommets plus élevés qui les environnent. Les montagnards le savent bien et le voyageur est frappé souvent de ce fait que leurs maisons ne sont pas construites juste au fond de la vallée, où le sol plat serait bien plus facile à habiter, mais à flanc de coteau à 150 ou 200 mètres d'altitude.
Ce fait n'a rien que de naturel : en hiver l'air est très calme, l'air refroidi coule le long des pentes et, en raison de sa densité plus grande, il vient s'accumuler dans le fond des vallées, tandis que les couches chaudes, plus légères, demeurent finalement un peu plus haut.
Les brouillards vont se condenser dans cette couche froide, si bien que les vallées restent ensevelies sous une couche de brume humide et glacée pendant que les sommets étincellent dans un ciel pur sous un soleil radieux.
Celte influence de l'action directe du soleil nous fait encore comprendre la grande différence qu'il y a entre les endroits exposés directement à ses radiations et les lieux situés à l'ombre. Cette difTérence est quelquefois énorme en pays de montagnes.
C'est ce que témoigne ce tableau emprunté à Frankland. Les températures ont été prises au thermomètre à boule noircie, en Angleterre et en Suisse.
Hauteur.
Oml>rc.
Soleil.
Whitby
Oatland-Park
Pontresina
IHOO
Bernina-Hospice , .
Rifïelberg
Hœrnli
Diavolezza
Gornergrat
Pour ne prendre que les extrêmes, nous voyons que, en
LA CUHE d'altitude
Angleterre, tandis que la température au soleil est de 37", 8, elle est à l'ombre au chiffre élevé de 32", 2; à la Diavolezza, il fait S9'',5 au soleil : à l'ombre d'un rocher, il ne fait plus que 6°. Ces résultats vont nous expliquer comment à Davos on se promène sans pardessus (au soleil) par — 10° de froid (à l'ombre), et comment l'excursionniste qui se lient à l'ombre au Bernina-IIospice jouit de la délicieuse température de 15", juste au moment 011, à l'ombre aussi, son compatriote étouffe sous une chaleur de 32" en Angleterre.
L'action directe des rayons solaires est le facteur de ce fait si étonnant sur lequel nous allons maintenant insister, à savoir la température élevée des hauteurs pendant l'hiver.
Vous arrivez à Davos par une belle journée d'hiver, le sol est couvert d'une couche épaisse de neige qui scintille sous le soleil. Vous vous approchez d'un thermomètre à l'ombre, il marque — 5°, et pourtant vous avez si chaud que vous enlevez les fourrures qui vous ont servi au voyage; les gens qui se promènent n'ont que des pardessus légers : beaucoup tiennent une ombrelle, tous ont le teint absolument bronzé. Regardez le thermomètre qui est au soleil : il marque -j- 12", ot même s'il est noirci -|- 30" et davantage : c'est presque ce qu'il donne à Menton ce jour-là, en plein soleil aussi.
G. Lauth a donné une excellenle explication de ce fait si étrange, qu'il m'a absolument étonné la première fois que j'en ai été témoin en passant le Simplon en plein hiver.
L'air est diathermane; il se laisse traverser par les rayons calorifiques sans s'échauffer; le sol est couvert de neige qui réfléchit la chaleur sans la conserver. Voilà pourquoi il fait froid. Mais plaçons sur la neige un morceau de charbon ou une simple feuille sèche : voilà des corps qui arrêtent les vibrations calorifiques, qui les emmagasinent et s'échauffent vivement : c'est à ce point qu'ils fondent la neige placée sous eux et s'y enfoncent rapidement. Tout le monde a vu cela, même dans nos pays.
Eh bien, le corps humain couvert de ses vêtements remplit
DU CLIMAT d'altitude
le môme office : il arrête les vibrations solaires directes ou réQéchies par la neige, il s'échauffe dans l'air froid et pratiquement à ce point que pardessus et fourrures tombent d'euxmêmes, et qu'on voit à Davos, à Leysin, à Arosa, des phtisiques qui se promènent avec des chapeaux de paille et des ombrelles blanches au mois de janvier par 10° de froid.
Le corps au chaud dans l'air frais et sec, voilà la caractéristique de la vie à la montagne pendant l'hiver.
La température ne reste d'ailleurs pas égale tout le jour. Le matin elle va de — 5" à — 10". Vers midi elle monte à + 5" pour retourner à + 1° au coucher du soleil : ce sont là, bien entendu, des chiffres moyens. Chose curieuse, toute la soirée la température demeure assez haute et les malades restent souvent dans les galeries de cure jusqu'à onze heures du soir, exposés à l'air, couchés sur leurs chaises longues, endormis quelquefois sous leurs couvertures. Lauth raconte s'être laissé entraîner à se promener dehors, dans la neige, au clair de lune, avec des malades jusque vers minuit.
Pour nous un pareil résultat ne peut s'expliquer que par la sécheresse de l'air. L'air très froid est sec, il ne dépose pas sur nous, dans les mailles de nos vêtements, cette couche d'humidité de condensation que nous recevons à Paris par exemple et qu'il nous faut réchaufTer de nos propres calories. L'air froid et calme possède une chaleur spécifique si faible que celui qui reste prisonnier entre les couches de nos différents habits ne nous prend qu'une très faible quantité de chaleur. Disons donc que, la nuit, en montagne, et l'hiver, si nous ne nous réchauffons plus au soleil, nous ne nous refroidissons pas à l'humidité, et que l'effet obtenu est le même : nous avons chaud.
C'est ce qu'éprouvent les personnes qui, comme moi-même, ont pénétré dans les cuves de M. Pictet, où règne une température qui peut dépasser — 60". On s'attend à être gelé, et on est tout étonné, pendant le temps qu'on y reste, de n'éprouver aucune sensation excessive de froid, bien moins certainement