L.\ CURE d'altitude
qu'en une journée d'humidité à Paris, quand le thermomètre est encore au-dessus de 0".
On me dira qu'il ne fait pas toujours soleil et sec, qu'il pleut, qu'il vente et qu'il neige quelquefois. Il serait trop heau qu'il en fût autrement. Certainement il y a de très mauvais jours à la montagne, quelquefois en séries, où le brouillard couvre le sol. Alors il fait très froid, très humide et il faut garder la chambre exactement comme à la plaine et comme dans les stations du Midi : que celui qui n'a jamais grelotté à Nice me donne un démenti; toute la question consiste à choisir une station où les circonstances mauvaises soient le plus rares possible.
Température estivale. — Je ne me suis occupé jusqu'ici que de la température des altitudes en hiver. Au printemps arrive la fonte des neiges. C'est le mauvais moment : il faut partir : il pleut, le sol est trempé de glace à moitié fondue, l'air est humide, les vêtements s'imbibent d'eau, les matières végétales, qui couvrent le sol et qui sont mortes en hiver, se mettent à pourrir : c'est l'instant où triomphent les pays méditerranéens. Il se passe alors en montagne un phénomène qui n'intéresse que le naturaliste et le poète. La terre dépouillée de neige s'échauffe subitement sous le soleil ardent, la végétation part d'un coup et les pelouses se couvrent de fleurs : la môme chose se voit dans les steppes de Sibérie : c'est un des plus beaux spectacles que nous offre la nature.
Si on ne se fie (pi'à l'inspection du thermomètre, les étés de la montagne peuvent paraître très chauds. Le thermomètre monte parfois à 25" au mois d'août. Le plus ordinairement il se tient vers 20". Mais le moindre exercice amène la sueur et, comme à pression diminuée l'évaporation se fait très vite et que l'air est très sec, on conçoit que le dessèchement du corps se fasse vite aussi et que le rafraîchissement soit très rapide.
Il n'en est pas toujours ainsi : quelquefois, après la pluie ou avant l'orage, l'air est saturé : alors il fait plus chaud qu'en plaine, ce sont les mauvais jours; mais ils sont rares.
DU CLIMAT d'altitude
En revanche les nuits sont fraîches : si le ciel est clair, le rayonnement nocturne est très intense, il amène la rosée et quelquefois le givre. Quand la pluie commence et dure, le temps peut devenir très froid : il peut aux grandes altitudes neiger en plein mois d'août. J'ai personnellement supporté trois jours d'une tempête de neige à Andermalt les IG, 17 et 18 août : il faisait 3". Un jour de soleil suffit pour fondre les couches glacées et les routes furent rapidement rétablies. Mais on aura toujours présente à l'esprit la possibilité du froid en été et on devra se munir de vêtements en conséquence.
La fin de l'été, en montagne, doit être fixée au 30 septembre pour les stations que nous appellerons intermédiaires, et au 15 pour les hautes stations. Mais on ne peut rien arrêter de bien positif. Il y a des années où septembre est superbe, d'autres où il est assez pluvieux vers la fin pour n'être plus supportable. Du reste les stations se vident du 15 au 30; à ce moment elles sont assez tristes; elles ne sont plus supportables dans la suite. Ce que je dis là ne s'applique pas, bien entendu, à celles qui sont aménagées en stations hivernales. Pour celles-là le malade trouve des procédés de chautTage et de préservation qui manquent absolument dans les autres.
Sécheresse de l'air. — En montagne, ce qui frappe tout d'abord le voyageur, c'est, par les beaux jours, l'extrême sécheresse de l'air. A peine arrivé à l'altitude de 1500 mètres, on voit la peau se sécher; les lèvres se fendillent, les cheveux et la barbe deviennent durs : les sécrétions pathologiques exagérées disparaissent de suite : on a vu des eczémas humides prendre la forme sèche et, ce qui est bien plus fréquent, la disparition très rapide de coryzas ou de trachéo-laryngilcs qui s'éternisaient depuis longtemps.
Une autre preuve de la sécheresse de l'air, c'est ce fait que des substances qui chez nous pourriraient rapidement si on ne prenait des précautions spéciales, se momifient pour ainsi dire instantanément aux altitudes. Ainsi les montagnards du Valais, quand ils tuent une vache, n'en salent pas la viande; ils se con-
tentent de l'étaler en tranches minces sur le sol, au soleil : elle perd immédiatement son eau et se transforme en copeaux secs qui se conservent intacts. Au Saint-Bernard, à la morgue où on recueille les restes des gens perdus l'hiver dans les neiges, les cadavres se momifient sans se putréfier et pourraient ensuite demeurer indéfiniment si on ne les ensevelissait au bout d'un certain temps.
Les picotements des yeux, de la gorge, pendant les grandes ascensions, relèvent de la même cause, et résultent du dessèchement trop rapide de la conjonctive et du pharynx.
Ce phénomène de la sécheresse de l'atmosphère tient à plusieurs causes. D'abord à l'altitude, qui augmente beaucoup l'évaporation, celle-ci étant d'autant plus active que la pression est moindre. Dans nos laboratoires et dans l'industrie on dessèche dans le vide, en quelques instants, des corps qui à la pression normale ne perdraient jamais leur eau d'imbibilion.
Celle activité de l'évaporation est quelquefois assez intense, en hiver, sous les rayons du soleil, pour qu'on voie fumer la neige dont les couches superficielles, fondues, s'évaporent dans l'atmosphère et se recondensenl aussitôt dans les premières couches froides qu'elles rencontrent.
Une autre preuve de sécheresse de l'air (sans parler des indications de l'hygromètre) est encore tirée de la pureté de l'atmosphère aux altitudes. L'absence de poussières et d'humidité donne à l'air une transparence qui trompe tous les débutants. Le but d'une promenade semble quelquefois si rapproché qu'on est persuadé qu'on l'atteindra en quelques minutes. Il faut une bonne heure pour y arriver.
Le degré hygrométrique est encore plus faible dans les appartements que dehors, et cela se conçoit si on veut bien réfléchir que l'air est d'autant plus sec qu'il est plus chaud. C'est ce qui fait que les meubles apportés de la plaine se mettent à craquer dès qu'ils sont installés dans la montagne : leur bois se dessèche avec une grande intensité.
Il résulte de ce que nous venons de dire que la sueur qui
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s'élale sur notre corps sous la forme d'une légère perspiration, s'évaporant avec une grande aclivité, nous refroidit sans cesse quand nous sommes peu couverts, en été par exemple. Voilà pourquoi dans cette saison, même au soleil, on se sent léger, l'air vous porte, comme disent les malades qui vivent à l'altitude, la température n'est pas étouffante, et tel qui, dans la plaine, ne ferait pas 4 kilomètres sans être épuisé par la chaleur en fait facilement dix en plein soleil, surtout dans les vallées hautes où le sol est plat.
Ce que nous venons de dire s'applique aux heaux jours. Mais s'il pleut il n'en va plus de même.
L'air chaud des plaines se sature d'humidité : il arrive au contact des glaciers ou des pitons montagneux refroidis par le rayonnement nocturne. Il abandonne alors son humidité, qui se condense en fines gouttelettes, lesquelles, flottant dans l'air, constituent les nuages, qui restent isolés dans le ciel, ou les brouillards qui traînent sur le fond des vallées ou s'attachent au flanc des montagnes.
Brouillards. — On lit un peu partout que les brouillards n'existent pas dans les altitudes. Il y a là une forte exagération. Disons qu'ils y sont rares en été et en hiver, mais malheureusement très communs au printemps et en automne, les deux saisons qui ne valent rien à la montagne.
En hiver et en été il se soulève de temps en temps de la vallée un nuage léger qui vient s'accrocher sur la pente, à mi-hauteur et qu'on en voit se détacher pour aller plus loin, ou bien encore s'évanouir petit à petit en se dissolvant dans l'atmosphère. Les gens du pays appellent cela des nuages secs, parce qu'en effet ils sont si peu denses qu'ils ne s'attachent pas aux vêtements et ne les mouillent pas. On traverse très bien ces nuages sans avoir l'impression de froid humide. Les malades sortent par ces temps-là sans beaucoup s'en préoccuper. « J'ai observé, dit G. Lauth, que seuls les malades qui s'enferment, au plus léger brouillard s'enrhument, ont des grippes, des angines, et je suis persuadé que ces accidents, du
reslc légers, tiennent beaucoup moins à l'action directe des brouillards qu'au changement de vie. »
A côté de ces légers et peu durables brouillards, il y a ceux qui précèdent, accompagnent et suivent la pluie. Ceux-là sont la véritable plaie des altitudes. Sans eux la médaille n'aurait pas de revers. La montagne serait irréprochable.
Quand il va neiger, en hiver, le brouillard apparaît; il dure tant qu'il neige et disparaît de suite après. En été, malheureusement, le temps, après la moindre pluie, se dérange pour plusieurs jours, quelquefois pour des semaines : il n'y a pas d'alpiniste qui n'ait éprouvé cette disgrâce. Alors le mieux est de ne pas sortir, de rester à la chambre, de lire, car à peine dehors on est trompé. De vraies bronchites peuvent alors survenir ou encore des réveils de rhumatisme. J'ai vu ce temps horrible où on manque de chaleur, de sécheresse et forcément de gaîlé durer dix-sept jours de suite. Les courageux tiennent bon, les moins résolus descendent dans la plaine, gagnent les villes d'eaux, où ils trouvent la môme température avec la boue en plus et la pureté de l'air en moins. Il n'en est pas moins vrai que vers le 15 septembre, quand commence une série de pluies avec brouillards tenaces, le mieux est de s'en aller, à moins, bien entendu, qu'on ne soit destiné à passer l'hiver.
De la pluie. — En hiver, il ne pleut pas aux altitudes, il neige. La pluie est répandue d'ailleurs d'une manière très inégale sur les Alpes. C'est le vent d'ouest qui amène à ces montagnes l'air saturé sur l'Océan; ce sont donc les premiers contreforts montagneux qui arrêtent et condensent les nuages. Le Jura est à cause de cela froid et pluvieux. Nous en parlerons quand nous traiterons de chaque station en particulier. Les nuages qui ont passé sur le Jura rencontrent les Alpes vaudoises : ils se condensent sur leur flanc ouest et bien peu passent de l'autre côté. Le tableau suivant le prouve abondamment.
Il tombe par an, côté ouest des Alpes vaudoises :
Lausanne 1038°"° d'eau.
Montreux 1384 —
DU CLIMAT d'altitude 65
Cùlc est (les Alpes vaudoises :
Le Sépey 1064™'" d'eau.
Aigle... 817 —
Alors commence le Valais : c'est une région extraordinairoment sèche. Il tombe à
Zermatt 540™" d'eau.
Louèche 765 —
Il en est ainsi jusqu'à Brigue : quand commence le massif du Gothard, les pluies deviennent plus fréquentes. C'est que là se trouve le carrefour où aboutissent les vents venant du nord par la vallée de la Reuss et du Rhin, du sud et de la Méditerranée par l'Italie et le Tessin.
Un pays très bien situé, c'est le massif central des Grisons. Quand le vent y arrive, il a à peu près condensé toute son eau. A ce titre les deux Engadines et les vallées de Davos et d'Arosa peuvent être considérées comme privilégiées.
Voici d'ailleurs un tableau, emprunté à Mûller, qui indique la chute de pluie suivant les saisons dans les divers pays.
'our 100 centimètres d'eau
tombée.
il y en
a eu :
En automne.
Dans les Grisons
Dans le bassin de la Reuss.
Au Rigi
A Engelberg
li,/t
Vallée de l'Aar
Au Léman
Dans le Valais
Lac de Lugano
On peut se guider sur ce tableau pour choisir une station à habiter dans une saison donnée, mais il ne faut pas s'y fier absolument. Il y a en effet des années où. tout se trouve ren-
Regnahd. — La cure d'altitude. O
LA CI RE n ALTlT['I)Ii
versé. Ceux qui ont passé l'élé aux altitudes en 1888 et en 1896 ne me contrediront pas. Ces deux années comptent comme les plus fâcheuses qu'on ait jamais eu à supporter.
Neige. — J'ai déjà dit qu'il tombait quelquefois de la neige en été aux grandes altitudes. C'est un phénomène passager qui n'a pas d'importance, puisqu'il ne dure que quelques heures.
En hiver, au contraire, la neige est l'élément météorologique dominant. Elle commence à tomber dès le mois d'octobre, mais par petites fractions qui disparaissent vite. C'est en janvier et février que les grandes chutes ont lieu. Alors la neige tombe des semaines sans discontinuer, à ce point que la couche qu'elle forme sur la terre peut atteindre plus de 2 mètres de haut : les maisons en sont alors couvertes et demeurent ensevelies sous elle jusqu'à leur premier étage, à moins qu'on ne prenne soin de la repousser à mesure. Après la période de chute arrive immanquablement le beau temps : la neige balaye le temps, disent les montagnards. Le ciel est alors d'un bleu d'azur, le soleil brille et la température prend le caractère dont nous avons déjà parlé. Janvier, février et mars sont donc les beaux mois d'hiver à l'altitude. En avril commence le dégel. Il se fait de deux manières : dans le fond des vallées hautes, la neige fond assez vile mais le sol, saturé d'eau, ne sèche pas et reste boueux et froid. L'humidité survient alors avec tous ses inconvénients. Sur les pentes inclinées, au contraire (Leysin), la neige s'évapore pour ainsi dire sans fondre quand le soleil est ardent, et on la voit disparaître sans qu'elle ait été liquéfiée. Dans tous les cas, si la fonte est brusque, ce qui peut arriver, l'eau produite ruisselle par son propre poids et tombe dans la vallée sans trop encombrer la localité. On pourra tenir compte de ce fait pour les malades que l'on voudra voir séjourner longtemps à l'altitude.
« J'ai vu, dit Lauth, une épaisseur de neige de deux mètres disparaître dans le courant d'un mois environ sans que le sol ait été seulement mouillé; il suffît pour cela que l'air soit très sec, le temps beau, le ciel découvert. »
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La neige, outre son rôle frigorifique, a encore celui île maintenir l'air très pur au point de vue des poussières qu'il contient; quand le sol est recouvert d'eau g-elée, le vent ne peut plus soulever aucune poussière, de quelque nature qu'elle soit. Les larynx délicats s'en aperçoivent de suite et ont une tranquillité dont ils étaient loin de jouir la veille.
Lumière. — L'homme le moins observateur et le moins artiste, en contemplant les tableaux peints par les Norvégiens ou par les Suisses, est frappé de l'extraordinaire luminosité de leurs toiles. Elles ne sont comparables qu'à celles qui représentent certaines régions de l'Orient. Ce fait tient à la pureté extrême de l'air, à la rareté de la vapeur d'eau. En hiver celte transparence est plus grande encore (ju'en été. Des héliomètres, placés dans les stations d'hiver, permettent de recueillir jour par jour la quantité d'heures ensoleillées dont a joui la région. En janvier, le soleil plein peut luire trois ou quatre heures; en février quatre à cinq heures; sept heures en mars. Je ne parle pas de l'été, où dans les beaux temps l'insolation est perpétuelle au point d'en être pénible.
Les radiations calorifiques sont également très intenses puisqu'elles ne sont pas arrêtées par la vapeur d'eau, absente de l'atmosphère. Quand pourtant l'air est saturé d'humidité, ce qui arrive avant ou après la pluie, les rayons solaires donnent lieu au lever et au coucher de l'astre à un merveilleux phénomène optique sur les neiges. Les radiations colorées par l'air humide teignent d'abord les sommets glacés en rouge vif, puis en rose, en jaune, en bleu, en violet. Au moment où toute insolation va disparaître la neige prend une teinte livide plombée, lugubre que décrivent déjà les poètes de l'antiquité. C'est ce superbe phénomène que nous appelons aujourd'hui l'Alpenghlûen.
Les rayons chimiques sont également plus intenses en montagne qu'en plaine. Depuis qu'on fait partout de la photographie, il n'y a pas d'amateur qui n'ait remarqué que les temps de pose sont beaucoup plus courts aux altitudes que dans les
LA CI RE d'aLTITI DE
vallées. Nous verrons plus loin que les corolles de fleurs y sont beaucoup plus colorées. Enfin il n'y a pas de femme élégante qui ne contemple avec horreur ses toilettes claires retour de St-Morilz : la couleur est rongée en quelques jours, quelques fois en une après-midi. On est parti de là pour créer une cure de lumière dont nous dirons plus laid (pielques mots.
Du vent. — ■ Le vent est chose pénible en montagne : c'est malheureusement aussi chose fréquente.
Il faut encore ici distinguer l'hiver de l'été. En hiver le vent du nord esl froid et insupportable. Il augmente l'évaporation à la surface du corps dans des proportions qui peuvent amener un refroidissement dangereux : toute station d'hiver bien aménagée doit donc s'en garantir absolument. La chose n'est pas difficile dans les vallées [trofondes comme celles de Davos et d'Arosa, elle l'est davantage pour les stations situées sur des pentes. Leysin est cependant très remarquablement placé à ce point de vue. En été le vent du nord est très rare. Il n'y a pas beaucoup à s'en préoccuper. Le vent d'est est assez habituel au printemps et en été. Le vent d'ouest amène le mauvais temps, il est humide et chaud.
Pour qu'une station fût préservée de tous ces vents, il faudrait qu'elle fût au fond d'un entonnoir, et encore des remous de toutes sortes ne lui seraient pas épargnés. Lèvent n'est du reste pas difficile à éviter. Une simple paroi rocheuse peut l'arrêter. Les stations situées dans une forêt de sapins en sont tout à fait dispensées, le vent se brisant à travers les branches avec la plus extrême facilité.
Pour les séjours d'été le vent n'a pas grande importance quand il n'est pas perpétuel, comme dans certains endroits. Pour les sanatoria d'hiver il est plus grave, car il peut refroidir les malades au delà de ce qui est convenable. Il pourrait donc entraver pendant de longs jours la cure d'air et de soleil, si on n'avaitimaginé les galeries et les abris dont nous parlerons quand nous traiterons des sanatoria.
L'étude des vents de la montagne serait incomplète si je ne
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(lisais un mot d'un vent célèbre dans les Alpes : le Fœhn. Il se trouve fort heureusement qu'il ne souffle qu'au printemps et en automne, période oii les étrangers et les malades sont absents. Je ne l'ai jamais senti qu'une fois, et j'avoue qu'il m'a semblé très pénible.
C'est un vent du sud brûlant et sec. Il souffle de Genève à Salzbourg, mais inégalement, et surtout dans les vallées ouvertes du sud au nord. Voici, d'après de La Harpe, les endroits oii il faut le redouter le plus :
1° Le Valais, de Villeneuve à Martigny;
2° La vallée de la Kander ;
3° La vallée des Lutschines;
4° La vallée de TOberhasle;
5° La vallée d'Engelberg;
G» La vallée de la Reuss;
7" La région du Rigi.
Quand le fœhn se met à souffler, il dure pendant deux ou trois jours sans arrêt ; il est d'une violence extrême, il tord les arbres, déracine des forêts : c'est lui qui propage quelquefois la flamme d'un incendie au point que tout un village est brûlé.
Il fond la neige d'un seul coup : // mange la neige : en un jour il en fait disparaître des couches de 60 centimètres. Il est très rare en été : il ne souffle que cinq fois en moyenne dans cette saison : il intéresse donc plus les montagnards résidants que les touristes ou les malades.
Très sec, il dissout rapidement l'humidité du sol et se charge de nuées qui tombent en masse dès qu'il a fini de souffler : le fœhn annonce donc la pluie. Autrefois on le considérait comme venant du Sahara. S'il en était ainsi on le percevrait en Italie, ce qui n'est pas. C'est en réalité un courant cyclonien qui escalade les Alpes par le sud.
En passant sur les sommets glacés, il abandonne son humidité qu'il déverse sur les Alpes du Gothard, du mont Rose et du Bernardino sous forme de pluies torrentielles, puis il s'échauffe
LA cunE d'altitcde
en descendant sur le versant nord et, devenu très sec, il exerce l'action que nous avons décrite.
Le fœhn n'est d'ailleurs pas le seul vent qui s'échauffe en tomhant dans les vallées et en se comprimant pour ainsi dire sur lui-même. Dans la vallée de Poschiavo il existe un autre vent qui, en tournoyant, escalade les Alpes par le nord et tomhe vers le sud : c'est nn reitl du nord chaud.
Le fœhn exerce une grande influence sur la végétation : c'est g'ràce à lui que la vigne mûrit tout d'un coup dans le Valais et donne des vins pareils à ceux de l'Italie, c'est grâce à lui que le châtaignier remonte presque sur les flancs du Pilate et du Rigi. C'est grâce à lui qu'au printemps la végétation part d'un seul coup dans les monlag'nes où il souffle et dont il fond la neige.
Il agit moins heureusement sur l'homme et les animaux. Dès qu'il paraît le système musculaire est alourdi, on est envahi par une véritahle dépression physique et morale. On est fatigué, oppressé, on a mal à la tète : l'appétit diminue, le sommeil est agité, on est incapable de travailler physiquement et mentalement. C'est donc un vent fâcheux pour les malades, mais, nous le répétons, il souffle dans une saison et dans des endroits où ils ne sont pas.
Résumé de la climatologie des altitudes. — Je résume ici ce que je viens de décrire en détail :
1° Sur la montagne l'air est raréfié, il contient en poids moins d'oxygène par litre qu'à la plaine, il conduit moins bien les ondes sonores;
2" Il est plus frais en été, il est plus chaud en hiver au soleil : très froid à l'omhre;
3" L'air est très sec l'hiver; il est sec en été, sauf pendant les périodes de pluie, où il est, comme partout, saturé;
'i° Il fait très peu de vent en hiver, l'air est d'un calme presque absolu. Il n'en est pas de même en été, mais cela n'a pas un aussi grand inconvénient;
5" Le sol est frais et humide, en été, dans les régions boisées ou en pelouses : il est couvert de neige en hiver, et cela est
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cause de la grande pureté de l'air que nous avons conslalée au chapitre précédent (micro-organismes de l'atmosphère);
6° L'insolation est très vive, l'air sec laissant passer presque tous les rayons calorifiques du soleil : de là la chaleur des régions neigeuses où ces rayons calorifi(|ues sont réfléchis sur la surface blanche du sol.
Tous ces éléments concourent à un degré variable aux résultats, physiologiques d'abord et thérapeutiques ensuite, qu'on a réunis sous les noms de cure <r(illilit(le.