CHAPITRE VI
Théories simplistes. — On conçoit sans peine qu'une maladie aussi singulière, aussi générale, aussi subile que le mal de montagne, une affection qui naît spontanément et qui cesse instantanément sans laisser de traces, ait dû occuper la sagacité des observateurs et qu'ils en aient cberché l'explication.
Il est bien certain que les guides, les coolies, les péons qui ignorent jusqu'à l'existence de l'atmosphère et de sa pesanteur n'ont pas pu attribuer à sa diminution ce mal de la montagne. Ils ont été chercher ce qui frappait leurs regards immédiatement.
Ainsi, dans les Indes, la végétation très riche des pentes montagneuses a fait croire aux naturels du pays que ce qui donnait le mal de montagne c'était l'exhalaison toxique de végétaux vénéneux. Cela leur semblait d'autant plus évident que, chez eux, le mal des montagnes survient dans des régions où n'existe pas la neige perpétuelle.
Dans les Andes les minéraux, et souvent les minéraux toxiques, sont très abondants; les gens les plus frappés par la imna sont les mineurs qui travaillent à grande hauteur. De là à supposer qu'ils sont empoisonnés par des exhalaisons méphi-
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tiques, il n'y a qu'un pas, et on n'a pas manqué île le franchir.
Il y a des régions où des gaz sortent en abondance des fissures du sol, c'est surtout d'acide carbonique et d'acide sulfureux qu'il s'agit. Or comme ces crevasses sont justement à grande hauteur et dans la région où commence le mal de montagne, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'on ait cru à une simple asphyxie toxique.
J'imagine que le lecteur n'a pas besoin d'une réfutation en règle de ces opinions. Si les émanations des plantes et des minerais étaient causes du mal de montagne, le mal devrait s'observer en plaine oîi sont souvent et les mômes piaules et les mômes minéraux. Or il n'en est rien.
Théories physiques. — On a aussi attribué le mal de montagne à l'électricité. A ce propos Paul Bert dit une cliose bien vraie : quand les gens ne savent plus quoi dire il y a grande chance de les voir indiquer et mettre en cause l'électricité. Des auteurs ont soutenu que les montagnes étant terminées en pointes, l'accumulation d'électricité qui s'y faisait était la cause efficiente des malaises que l'on éprouvait en arrivant à leur sommet. Sans parler de ce qu'a de peu physique cette explication, il est certain qu'on ne devrait pas avoir le mal des montagnes sur les hauts plateaux des Andes et du Thibet, qui ne sont pas eu pointes, mais au contraire dominés par des pics. Or c'est justement là qu'on l'éprouve le plus. Cunningham déclare que, dans l'hémisphère nord, l'électricité attire le sang à la tète et aux pieds dans l'hémisphère sud, d'oîi le mal de montagne, d'oîi aussi la possibilité de guérir le malade en le couchant par terre.
Des gens plus sérieux ont attribué cà la maladie une cause moins absurde a priori. Ilumboldt n'avait trouvé au sommet du Ghimborazo que 20 \^. 100 d'oxygène au lieu de 20,8, et il attribuait à cette légère ditTérence tous les malaises qu'il avait éprouvés. Mais le fait lui-même est inexact : une analyse bien faite donne la même composition centésimale de l'air dans les hauteurs et dans les régions basses, nous l'avons vu.
Boussingault avait remarqué que l'air contenu entre les aiguilles fines tle la neige ne tenait plus que 16 p. 100 d'oxygène, le reste s'étant dissous dans l'eau. Il en concluait que l'air que l'on respirait dans la région des neiges perpétuelles était asphyxique et causait les troubles si connus. Mais cette explication ne tient pas debout, car il faudrait qu'on n'eût le mal de montagne que dans les régions neigeuses, ce qui n'est pas, tant s'en faut, et ensuite on devrait l'avoir en hiver dans les plaines couvertes de neige, ce qui n'est pas non plus. Enfin l'ail- recueilli seulement à un centimètre au-dessus de la couche de neige a juste la teneur normale en oxygène, et cela tranche la question.
Quelques auteurs donnent pour cause au mal de montagne simplement la fatigue, et ils excipent de ce fait que l'on n'a pas le mal des montagnes quand on ascensionne à cheval, et que c'est l'animal qui l'a dans ce cas, parce qu'il se fatigue. Le fait observé est vrai et nous en donnerons plus loin la raison expérimentale. Mais l'explication est fausse; car si elle était vraie on aurait le mal de montagne aussi bien en plaine quand on s'y fatiguerait qu'aux altitudes. La fatigue n'intervient que comme un puissant adjuvant.
Lortet etDiifour vont plus loin. Lortet remarque que quand il exécute le grand travail d'une ascension en montagne sa température propre s'abaisse. Elle tombe de 2" dans l'ascension du mont Blanc. Pour lui ce refroidissement est la cause du mal de montagne et sa cause à lui c'est la transformation d'une trop grande quantité de chaleur en mouvement et en travail effectif dans le fait même d'élever très haut son propre poids. Cette application de la théorie mécanique de la chaleur est très séduisante,, mais comme il est facile de l'attaquer! On a pris la température centrale de pas mal de gens atteints de la puna. Or, loin d'être diminuée elle est augmentée. Voilà la base de la théorie qui s'écroule. Et puis on devrait aussi diminuer la température quand au ras de la mer on exécute un violent exercice, dans les haubans d'un navire, je sup-
pose, et on devrait y être malade; or rien n'arrive de pareil.
Dufour pense aussi que la grande fatigue éprouvée par le touriste est la cause du mal, mais par un mécanisme particulier.
L'alpiniste doit fournir une masse de travail en un moment : pour cela il lui faut brûler la réserve d'hydrate de carbone qu'il a dans ses muscles. Quand cette réserve est détruite lapiaia survient. Mais, encore une fois, pourquoi la même chose n arrivet-elle pas en plaine, dans les basses altitudes où le travail musculaire et la consommation d'hydrate de carbone sont au moins aussi abondants que sur les hauteurs?
Théories mécaniques. — Et voici venir maintenant la |)lus fameuse théorie du mal de montagne! Elle affirme la diminution de la pression. Nous supportons normalement, au niveau de la mer, une pression de 1 kil. 03 par centimètre carré de la surface do notre corps, soit 18 000 kil. sur la totalité de sa superficie. Si nous ne sentons rien, dit-on, c'est que la tension de notre sang fait équilibre à cette pression et l'annule. Que celte pression vienne à diminuer, plus rien ne vient con- Ire-balancer la tension du sang dans l'intérieur de nos vaisseaux, ceux-ci se gonflent à la périphérie, la peau se congestionne, et, dans les cas extrêmes, les muqueuses, plus délicates, se rompent; de là les hémorragies si fréquentes. Nous verrons qu'expérimentalement rien de cela n'est vrai. D'abord les hémorragies sont rares et elles ont un tout autre mécanisme. Mais il est certain que cette explication était tentante et elle a tenté beaucoup de monde. Sur l'Etna, par exemple, la pression est diminuée d'un tiers, le corps ne supporte plus que 12 000 kilogrammes, c'est cette dénivellation de 6000 kilogrammes entre les tensions intérieures et extérieures qui amène les accidents. Le corps, dit-on, s'y trouve plongé comme dans une énorme ventouse. Les médecins ont accepté avec enthousiasme cette manière de voir et Saussure lui-même admet le relâchement des vaisseaux produit par la diminution de la force comprimante de l'air.
Cette théorie serait vraie si c'était de l'air qui circule dans nos A'aisseaux. Mais le sang et les tissus sont incompressibles, par conséquent l'extension qu'ils subissent du fait de la diminution sur une de leurs faces d'un tiers d'atmosphère est absolument insignifiante. Valentin a même calculé que le fait de monter sur l'Himalaya et de diminuer la pression qui pèse sur nous d'une demi-atmosphère, n'augmente le volume de notre corps que de 0,00003. Le fait de prendre un bain un peu chaud aurait largement le même résultat et ne causerait aucun accident. Il est certain que si la pression diminue sur la surface extérieure des vaisseaux, elle diminue du môme coup sur leur face intérieure, et rien n'est changé dans l'équilibre du corps. Le fait de la ventouse qui attire le sang à l'extérieur n'est en aucune façon comparable; c'est la pression sur le reste du corps qui pousse le sang dans les vaisseaux placés sous elle. Mais rien ne se passerait si la ventouse enveloppait toute la surface de la peau, puisqu'il n'y aurait pas un seul point qui ne fût en équilibre de pression.
Si cette théorie physique du mal de montagne est absurde, il n'en est plus de même de la suivante, bien qu'au fond elle ne soit pas moins erronée; quelques auteurs ont pensé que, sous l'influence de la diminution de pression, les gaz dissous dans le sang, n'étant plus retenus, devaient s'échapper et produire dans le liquide une sorte de mousse qui entravait la circulation; de là la dyspnée et les autres accidents du mal de montagne. La première idée en vint à Robert Boyle, qui avait très bien constaté que le sang mis dans le vide se mettait à écumer et qu'il en était de même de tous les autres tissus animaux. Son idée fut acceptée plus tard par Borelli, par Rostan, par Guilbert et même par Gavarret.
Ce dernier auteur fait même du dégagement des gaz du sang la cause des hémorragies que l'on voit quelquefois en montagne. Selon lui, à une certaine hauteur, les gaz dissous quittent le sang, et, comme ils tiennent un volume plus grand quand ils sont dégagés que quand ils sont dissous, ils font gonfler les
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parois des vaisseaux et finalement les font éclater, surtout quand elles sont minces, comme cela s'observe dans le poumon.
Il est certain que si on place un animal sous la cloche de la machine pneumatique et si on fait le vide d'un seul coup, on le fait mourir et on constate la présence de huiles gazeuses dans son sang; mais cela n'arrive que quand la raréfaction de l'air dépasse de hcaucoup celle qui existe aux hauteurs où l'homme s'aventure. De plus il faut, pour observer des accidents pareils, faire le vide assez vite pour que les gaz dégagés n'aient pas le temps de s'échapper par la ditTusion pulmonaire. Voilà un ascensionniste qui met neuf heures à gagner une hauteur de 3000 mètres : chez lui les gaz dégagés petit à petit auraient cent fois le temps de se diffuser. Il pourrait n'en être pas de même chez les aéronautes qui subissent d'un seul coup de grandes dénivellations. Or précisément ils n'ont pas le mal d'altitude ; la question est donc jugée : le mal de montagne n'est pas causé par le dégagement de gaz libres dans le sang.
L'idée que, sous l'inlluence de la diminution de pression, les gaz de l'estomac et de l'intestin se dilatent est venue à plusieurs de ceux qui ont cherché la cause du mal d'altitude. Celle dilatation devait refouler le diaphragme et les muscles abdominaux et du même coup causer la dyspnée et les vomissements. On a même prétendu que celte dilatation était telle qu'il pouvait survenir des ruptures de la paroi abdominale. Les physiciens qui ont ainsi raisonné, l'ont fait comme si le tube digestif était une cavité close. Mais il faut noter que ce tube a deux extrémilés qui s'ouvrent sous la moindre poussée. Il me faudrait la plume de Rabelais pour exprimer convenablement ce que tant de voyageurs ont éprouvé dans leurs ascensions de montagne ou en ballon. Rappelons seulement à ceux qui ont escaladé à cheval quelque col ou quelque pic ce qu'ils ont observé sur leur monture, à mesure que la distance franchie augmentait et que la pression atmosphérique diminuait d'autant.
La môme pression atmosphérique maintient l'une contre
l'aulre les surfaces articulaires dans les jointures : si la pression diminue, a-t-on pensé, il faudra un plus grand etîort musculaire pour les retenir; d'où l'extrême fatigue que l'on ressent dans les grandes hauteurs. Théoriquement et pratiquement, cela est faux. Farabeuf a mesuré exactement la surface de la cavité cotyloïde de l'os coxal; elle est d'environ 20 centimètres carrés : le poids de l'atmosphère sur cette surface est donc de 21 kilogrammes; or le membre inférieur ne pèse que 6 kilogrammes. Il faudrait donc aller bien plus haut que l'Himalaya ou que le Zénith pour voir les deux surfaces se disjoindre. Et puis les muscles travaillent à faire mouvoir les membres et pas du tout à appliquer les surfaces articulaires l'une sur l'autre, et la fatigue que l'on ressent dans une ascension résulte du travail musculaire effectué pour transporter le corps de bas en haut. Si la diminution de pression permettait aux surfaces articulaires de se disjoindre, ce qu'on observerait, ce seraient de perpétuelles et nombreuses luxations. Or on n'en connaît pas un seul exemple.
C'est encore à la diminution mécanique de la pression que l'on a pensé en édifiant la théorie pulmonaire. On a remarqué que ce qui retient le poumon appliqué contre la paroi thoracique, et ce qui lui fait suivre cette paroi thoracique, c'est le vide pleural. Si, dans une ascension, la pression atmosphérique n'était plus capable, à un moment, de vaincre l'élasticité pulmonaire, les deux plèvres se décolleraient l'une de l'autre, et le poumon se recroquevillerait vers son pédicule, juste comme cela arrive quand on ouvre la cavité thoracique. Or l'élasticité pulmonaire ne peut vaincre qu'une pression d'environ G millimètres de mercure. Pour que les deux plèvres se séparassent, il faudrait donc que le touriste arrivât à une pression de 6 millimètres, ce qui est impossible. Du reste le mal de montagne commence à un moment oii le baromètre marque encore 560 et oii par conséquent la pression est encore près de cent fois supérieure à celle oii le décollement des plèvres aurait lieu.
Théories chimiques. — M. Gavarret ne s'occupe pas ici de
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la dépression et il explique le mal de montagne d'une tout autre manière. Pour lui, dans le mécanisme de l'ascension, la quantité même du travail produit oblige à la comijustion d'une (juaiilil('' ('■(|uivalenle de carbone. De là la production d'une masse d'acide carbonique qui s'accumule dans le sang et donne lieu aux pbénomènes de l'asphyxie, de là aussi le bien-être qui suit imniédialement le repos, l'acide carbonique pouvant de suite s"(''liiniuer.
Il est facile de répondre à cette manière de voir et de la réfulcr. D'a])ord il y a des cas de mal de monlag-ne sans travail produil à i;r;inde hauteur chez les aéronautes tranquillement assis dans leur nacelle, par exemple.
Ensuite le mal d'altiturle ne ressemide pas du tout, (juant à ses symptômes, à l'asphYxii» carbonique.
Enfin si le travail seul claiL cause des malaises, on les observerait aussi bien en basse allilude qu'en grande hauteur, on les verrait môme au niveau de la mer. La quantité de carbone brûlée pour aller du sol de Paris au sommet de la butte Montmartre est la même que celle qu'il faut détruire pour aller du rocher llouge au sommet du mont Blanc. On a le mal d'altitude au rocher Rouge et on ne l'a pas à Montmartre. Du reste l'acide carbonique ne peut pas s'accumuler dans le sang; il s'en échappe avec une extrême facilité, ainsi que le démontra C. Bernard en en injectant des masses énormes dans le système veineux. Ce n'est donc pas encore du côté de l'accumulation de l'acide carbonique qu'il faut chercher la cause du mal des altitudes.
Tout récemment Mosso, de Turin, a proposé une théorie du mal de montagne qui s'appuie aussi sur l'acide carbonique; non plus sur son excès, mais bien au contraire sur son absence. Pour lui, aux grandes altitudes, l'acide carbonique s'échappe du sang en telle abondance qu'il n'en reste presque plus. C'est cet état qu'il appelle Vacapnie. Dès lors le sang n'a plus les qualités nécessaires pour provoquer le réflexe respiratoire, de là l'état nauséeux, le vomissement, l'asphyxie.
i'athogéxif: nu mal de montagne
Il est facile de répondre à Mosso par l'expériiTientalion. On a analysé le sang de chiens placés à des dépressions bien plus grandes que celles où on subit \a pnnn. On a dosé les gaz de leur sang artériel; l'acide carbonique y est encore dans la proportion de 33 c. c. 2 pour 100 c. c. de sang au lieu de 40 c. c, chitïre moyen et ordinaire. C'est une diminution insignifiante. De plus si l'acapnie diminuait le réflexe respiratoire au point d'amener l'oubli de respirer, il pourrait bien y avoir asphyxie, mais pas dyspnée : or dans le mal de montagne ce symptôme est à son maximum.
S'il faut abandonner l'idée de l'intervention de l'acide carbonique on peut penser à l'oxygène, et c'est ce qu'ont fait, chacun de son côté, de Saussure et Martins.
De Saussure a remarqué qu'à une demi-atmosphère un litre d'air contient en poids juste moitié moins d'oxygène qu'à 760 millimètres : cela est vrai. Selon lui, pour compenser cette diminution, nous respirons plus vite; de là une dyspnée intense, des nausées, etc. L'objection que l'on peut faire à cette explication de la pnna, c'est que si vraiment la quantité d'oxygène était pondéralement insuffisante pour maintenir l'hématose, le fait de respirer souvent ne la rendrait pas plus abondante. La conséquence est donc fausse. Le principe l'est aussi. Martins, en etîet, reprenant l'explication de de Saussure, la transforme : pour lui la dyspnée ne vient pas de l'etîort fait par l'individu pour compenser par une ventilation plus rapide la pauvreté en oxygène de l'air qu'il respire, mais bien de ce que, même, quand tout cet oxygène est dissous dans le sang, il est encore insuffisant à donner à celui-ci une hématose complète. Or ceci est encore inexact. A la pression de 500 millimètres {vers laquelle commence le mal des altitudes), il y a encore dans l'air beaucoup plus d'oxygène, en poids, qu'il n'en faut pour hématoser le sang.
Si nous ne sommes pas encore à la vérité, nous n'en sommes pas loin, et c'est à Jourdanet que nous devons d'y arriver. Ce célèbre médecin fait en effet remarquer qu'à une pression diminuée correspond une solubilité moindre des gaz
Hegnard. — La cure d'altitude. 7
08 LA cLRi: D'.VT/nTi rjp:
dans le sang. A 500 milliinèlics de pression l'oxygriio va se dissoudre moins qu'à 760 millinièircs. Va-l-il se dissoudre juste un tiers en moins? non; car il no siiil |ias cxaclemenL la loi de Dallon, étant donné (ju'en iiariic il se combine à riiémoglobinc; mais cutin il se dissoudra moins. Pravaz avait déjà enlrev 11 ce lait, mais il s'était incliné devant les expériences de Fernet, (jui scnildaienl dénu)ntrer que rowuénalion du sang, étant un l'ait purement cliimi([ue, échapi)ait a la loi d(^ iJalton. Jourdanet résista et il continua à soutenir que même la com])inaison chimi(]uc qui forme l'oxy-liémoglobine devait se faire moins complètement en présence d'une atmosphère pondéralemenl pauvre en oxygène qu'en présence de l'oxygène à la pression normale et que, le nombre des globules restant le même, une plus petite (juantité d'Iiémoglobine devait, dans le même temps, se transformer en oxy-bémoglobine. La théorie tout entière se ii'suine dans celhi [)lirase de Jourdanet : Une ascension au delà de .'!()U0 mètres équivaut à une désoxygénation barométri(|ue du sang, comme une saignée est une désoxygénation globulaire.
Cette manière d'expliquer le mal de montagne par une véritable //no.ri/hi'iitie aujuë appartient ])ien à Jourdanet; certes, il a eu des pr(''ciii'seurs, de Saussure, Martins entre autres, mais seul il a vaillamment combattu pour faire ti'iom[)lier son idée. C'est à lui que nous devons la connaissance de la cause du mal de montagne. Seulement, comme les médecins de son époque, il s'est contenté d'affirmer, en ne donnant pour preuves que des raisonnements, des rapprochements, des observations un peu vagues, il faut l'avouer.
H fallait faire intervenir ce qui est la preuve de toutes choses ; 1 expérience. C'est Paul Bert qui s'est chargé de nous la fournir, et ce qui va suivre sera le dév(>lo|q)emeut de la marche accomplie parce pbvsiologisle émincnt dans la voie qui l'a conduil à pitniver (jue l'allitude produisait une anoxyhémie véritable, une anémie avec conservation des éléments histologiques du sang.
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