‹ La cure d'altitude [electronic resource]Chapitre 40 sur 101 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

STATIONS D'ÉTÉ

Distribution générale des stations de montagne. — Il y

a des stations importantes dans presque toutes les chaines de montagnes du globe, ceux de mes lecteurs que leur description complète pourrait intéresser la liront avec intérêt dans la Climatotliérapie de Weber (traduction française). Ils y verront rénumération de tous les points du Caucase, de l'Himalaya, des montagnes Rocheuses, des Andes, où se trouvent des installations pouvant recevoir des malades. Nous ne saurions suivre cet auteur dans cette longue étude, parce que nous avons voulu écrire un livre surtout pratique et pour les médecins français. Or jamais un praticien de notre pays n'enverra un malade résider dans le ïhibet, les montagnes d'Abyssinie ou les Cordillères. Ses prescriptions se rapporteront toujours à la France ou à quelques pays tout à fait voisins, comme la Suisse ou le nord de l'Italie. On ne pensera même pas au ïyrol ou aux Alpes autrichiennes, attendu que pour les atteindre, il faudrait passer devant cent localités qui leur sont supérieures. Les renseignements que je vais otîrir se rapporteront donc uniquement aux pays facilement abordables pour nous et les plus rapprochés de notre pays.

Je dois commencer par dire que la France est le pays où les stations d'altitude devraient abonder, car elle possède tous les

Regnard. — La cure d'altitude. 16

LA critK n'Ai/rniDi-;

climats de monlagnes el tous les dciirés d altitude depuis les chaudes collines des Alpes-Maritimes où fleurissent les citron niers et les orangers, jusqu'aux pics désolés de la Savoie où se trouve le plus haut sommet de l'Europe. Et pourtant il n'en existe pour ainsi dire aucune, car celles que nous décrirons (mi leur lieu ne sont encore que des emi)ryons d'installations, fort petites, peu fréquentées, peu confortables, mais (ju'il serait facile de faire développer rapidement en y envoyant des malades.

11 n'y a pas de plus merveilleux pays pour la cure de hauteur que les Pyrénées françaises. La limite des neiges y est plus élevée que dans les Alpes, d'où possibilité de s'établir plus haut sans être incommodé par la présence immédiate des glaciers. Le foehn n'y existe pas et les vents du midi y soufflent très rarement. La saison d'été s'y prolonge jusqu'en octobre, le mois de s('|)l(MnI)ie y (>sl superbe et assez chaud; la neige y est rarement iurrucc; dans tous les cas elle ne dure pas. Les malades pourraient donc y demeurer beaucoup plus tard. Malheureusement il n'existe aucune station d'altitude habitable dans ce merveilleux pays et il ne semble pas qu'il doive s'en établir de sitôt. Et pourtant certains endroits semblent indiqués. Au pont d'Espagne, près de Cauterets (1488 m.), on pourrait installer près de torrents et de cascades admirables, au milieu d une forêt de sapins de grande allure, une station qui serait d'autant plus fréquentée qu'il n'y a plus que (juelques kilomètres de roule à faire pour qu'on puisse y arriver en voiture. Un peu plus loin, au lac de Gaube, on aurait un établissement de grande altitude (1790 m.), d'autant meilleur que la vallée est très élargie, très ensoleillée et très iVaîclie néanmoins. La pèche et même la chasse y sont faciles : grande ressource pour les fatigués intellectuels. Dans le même pays on aurait grand avantage à créer un lieu de séjour dans le val de Lutour (1546 m.), longue vallée presque plate qui commence de suite au-dessus de Cauterets, pour s'avancer très loin dans la montagne et dont les flancs sont garnis de merveilleuses forêts, fort bien tenues. Pendant

STATIONS d'Été

plusieurs kilomètres la marche à plat serait possible au bord d'un torrent dont l'eau est d'une merveilleuse limpidité.

La proximité de Cauterets donnerait à ces stations des ressources de toutes sortes pour les soins et les vivres, enfin pour les moyens de transport.

Gavarnie (1350 m.) serait aussi un lieu de séjour agréable, bien qu'un peu sévère. Mais il faudrait qu'il y eût là un établissement qui ne fût pas encombré par les touristes, les guides et même les muletiers. Jamais il ne viendra à personne l'idée de demeurer dans un endroit où les arrivées ou les départs nocturnes ou ultra-matinaux sont incessants.

En allant sur Luchon on rencontre le col d'Aspin que l'on passe en voiture (1497 m.). Là encore la nature est très belle, les pelouses et les forêts sont aussi riches qu'au-dessus de Cauterets. La proximité de la plaine de Bigorre y assurerait des ressources certaines pour le confortable de l'existence. Il n'y existe rien aujourd'hui où on oserait installer un malade ou un convalescent.

Autour de Luchon c'est par douzaines que les sanatoria trouveraient des places. Sur les contreforts de la vallée du Lys (1100 m.), en plein soleil et en terrain tout à fait plat, il y aurait maint endroit boisé où on pourrait construire un sanatorium ou même un simple hôtel qui se trouverait à deux heures de voiture de la gare. Plus haut, au lac d'Oo (1500 m.), il n'y aurait qu'un petit effort à faire pour que la route de voitures arrivât jusqu'à un hôtel facile à imaginer devant la cascade, en pays boisé et très frais dans les grandes chaleurs. Du côté de l'Hospice de France (1360 m.), du Portillon, les forêts sont superbes et bien plus abordables que dans les Alpes. La grande ville si mouvementée de Luchon se trouverait à peine à deux heures de voiture, reliée par des routes superbes et faciles. Et je ne m'occupe là que des endroits les plus connus, mais autour des Eaux- Chaudes, des Eaux-Bonnes, dans l'Ariège, que de merveilleux sites, faciles à aborder, à climat bien supérieur à celui des Alpes!...

LA CLIŒ d'altitude

Seulement il n'y a rien et rien ne se prépare. Les villes d'eaux, jalouses de leur clienlèle, de leur saison, craindraient d'en perdre un fragment si léger qu'il fût. En réalité elles y gagneraient en peuplant leurs environs déserts et elles n'y perdraient pas un seul client. Elles deviendraient un lieu de passage et forcément de séjour pour une foule de gens qui actuelment vont à l'étranger chercher ce qu'elles leur refusent.

Les Vosges ne sont pas assez élevées pour qu'on puisse y faire des lieux de cure d'altitude, mais elles sont excellentes pour préparer les malades délicats à monter ensuite plus haut. Je recommande particulièrement Gerardmer, destiné, je crois, à un grand développement par ses forêts, son lac, ses prairies, son climat de Lasse montagne qui y permet l'hydrothérapie.

Il y a sans doute bien d'autres localités oîi on pourrait s'établir à de faibles hauteurs ; il est fort probable qu'elles seront fréquentées quelque jour, car les populations de ces pays ont beaucoup plus d'initiative que celles du midi.

L'Auvergne, les Cévennes, le Plateau central, régions volcaniques, déboisées, assez sèches, peu élevées, ne semblent pas très favorables à l'établissement des stations de hauteur, sauf peut-être aux environs du Mont d'Or.

Mais c'est dans le Jura, sur cette magnifique route qui rejoint la Côte d'Or à la Faucille par les Rousses, que d'interminables forêts situées vers 1000 mètres, sillonnées de petits ruisseaux, de cascades, percées par des clairières sinueuses dont quelquesunes contiennent des lacs, c'est dans le Jura, dis-je, qu'il y a beaucoup à faire. On pourrait établir là une véritable concurrence à toutes les basses stations de la Suisse.

En somme, nous ne possédons en France que huit stations que j'ose recommander comme suffisamnient installées pour recevoir des pensionnaires : le Montanvert (1921 m.), Chamonix(10oO m.),leRevard (1545 m.), le Salève (1171 m.), les Voirons (1456 m.), Pralognan (1424 m.), laGrave (1526 m.), le Laularet (2070 m.) et le Monnetier (1493 m.), et encore les trois dernières sont assez primitives pour qu'on ne puisse y envoyer

STATIONS d'Été

(les gens trop amoureux de leur confort. On trouvera la description de ces stations à leur rang.

Partout ailleurs, j'entends dans les régions élevées et audessus de 1000 mètres, on ne rencontre que des auberges bonnes pour les touristes peu diftîciles, mais où jamais un médecin soucieux de la santé de ses malades n'enverra quelqu'un ayant besoin de soins.

Groupement des stations. — Dans la description qui va suivre, j'ai groupé les stations par région géographique et par ordre de hauteur, de telle sorte que le praticien puisse, dans un tableau synoptique, juger des moyens qu'il possède de porter son malade de la plaine aux plus grandes hauteurs sans être obligé de le faire changer de pays.

J'appelle stations intermédiaires entre la montagne et la plaine toutes celles qui sont situées au-dessous de 1200 mètres. Pourquoi cette limite? Elle n'est pas complètement arbitraire, ce p'est guère en effet qu'à cette hauteur que commence la végétation de montagne ; c'est à ce niveau encore que se fait sentir ce que nous avons appelé le climat d'altitude.

Il y a bien quelques stations qui sont très alpestres, un peu plus bas que 1200 mètres, ainsi Chamonix, mais nous le faisons savoir dans la description de la localité.

Nous appelons station d'altitude toute localité située entre 1200 et 1800 mètres. Ce sont celles-là qui jouissent au plus haut degré du climat de montagne. Elles sont habitables par presque tous les individus, même délicats, enfin elles ne sont pas sujettes aux catastrophes atmosphériques subites.

Enfin, nous appelons hautes stations les localités situées de 1800 à 2600 mètres. Celles-là ne sont destinées qu'à des personnes fatiguées, mais robustes au fond et qu'on peut risquer dans de pareils climats. Elles servent fréquemment à terminer une longue cure passée plus bas, mais elles ne doivent être indiquées qu'avec prudence, en toute connaissance de cause et pour un temps court, car les bouleversements météorologiques y sont fréquents. Ce sont des lieux d'endurcissement

246 LA Criil-: D'ALTlTrOK

après guérison, plutôt que de traitement proprement dit. Il faut pourtant excepter les localités de l'Engadine, qui, tout en étant très élevées, sont liabilaldes à peu près par tout le monde.

J'appelle sta/ions (fêlé celles qui sont fragmentées, surtout pendant cette saison : un certain nombre d'entre elles (S'-Moritz, Zermatt, Grindelwald, les petites stations d'Engadine, etc.) sont aussi fréquentées l'hiver, mais beaucoup moins.

Je nomme stations dliiver celles qu'on a instituées pour la cure d'endurcissement, d'air et de soleil, particulièrement pour la cure de la tuberculose. Mais on voudra bien noter qu'elles sont aussi des stations d'été extrêmement fiéquentées.

Il fallait bien leur donner une j)lace dans la classification ; je l'ai lixée par leur principale caractéristique.

Page 1