CHAMONIX
De Paris à Genève ; de Genève-Eaux-Vives à Cluses en chemin de fer. De Cluses à Cliamonix par diliircnce en quatre heures et demie.
Si Chamonix était [)lus facile à aborder (et il le sera prochainement, quand le chemin de fer y arrivera), ce serait certainement une des premières stations d'altitude du monde entier : cette localité réunit en effet presque toutes les qualités exigées. Elle est extrêmement proche de Genève oîi arrivent les trains rapides; elle est en France, ce qui est apprécié au moins des Français; sans être très élevée et difficile à atteindre, elle jouit d'un climat absolument alpestre; enfin le passage d'un très grand nombre de voyageurs en été y a développé les installations qui vont toujours en s'améliorant et on y jouit d'un véritable confort.
Quand on quitte la plaine de Sallanches au niveau du village du Fayet, on s'engage dans une gorge sauvage où l'Arve coule en formant une série de cascades superposées. Cette gorge est complètement boisée et rappelle le magnifique trajet qui conduit à la Grande-Chartreuse. Sur cette route même, à Servoz en particulier, se trouvent deux ou trois modestes pensions situées en plein bois et qui peuvent être très avantageusement habitées par des malades [)ea fortunés à qui on conseillerait la montagne.
Le village môme de Chamonix est à peu près au centre d'une longue vallée presijue absolument horizontale, ou du moins les changements de niveau y sont à peine marqués. Cela permet les promenades à pied prolongées et surtout les promenades en voiture, qu'on ne retrouve guère que dans les stations de l'Engadine.
De plus, le fond de la vallée est garni de prairies et môme de forêts dans lesquelles il est possible de faire des courses sans monter ni descendi-e sensiblement.
Le climat de Chamonix est doux, il y fait même un peu
LA CLIŒ D ALTITI DI-:
chaud en |)lein miJi et en été, mais la grande facilité qu'on a de gag-ncr inpidenicnt les forcis de sapins tempère un peu cet inconvénient. Bien (jue l'altitude soit faible, le voisinage immédiat de très grands glaciers donne à la station un climat de liante monlagnc. On y est iiien garanti des vents du nord par la chaîne des Aiguilles-Hoiiges et des vents du sud par la chaîne môme du mont Blanc. En revanche le vent d'ouest souftle ({uehjuefois ainsi que le vent d est. La neige, en été, ne tombe (jue sur les montagnes environnantes, jamais dans la vallée même.
A quelques kilomètres de Chamonix, au village des Plans et à Argentière, on trouvera quelques pensions qui se recommandent aux malades que les prix pourtant très raisonnables de Chamonix pourraiiMil faire reculer.
Iiiil iculnins. — (Ihaïuonix répond à peu près à toutes les indications des stations moyennes. Il est à recommander aux nerveux, aux convalescents, aux anémi(|ues, aux candidats à la tuberculose. On le choisira j)our y envoyer les malades que l'on ne veut pas trop éloigner, qui redoutent un trajet long ou compli(jué. Le séjour sera complété (juelquefois par un séjour au Montanvert, station de grande altitude.
(Médecin à Chamonix.)
CHAMPÉRY (lOSa^")
iJe l^aris à Uijoii, Pontarlier, VallorI)e, Lausanne, Bex en cliemin de fer. — De Be.v à Monlhey, diligence, de Monthey à Champéry également 7)ar diligence en trois lieures environ.
Champéry, à cause de son éloignement de la voie ferrée, a été longtemps ignoré et peu fréquenté; aujourd'hui ce pays se développe parce qu'il a deux avantages. D'abord c'est une des premières stations de hauteur que l'on rencontre en arrivant de France; ensuite la vie y est à très bon marché, au moins jusqu'à présent, et cela permet au médecin d'y diriger des malades que les prix pourtant assez modérés des grands kurhaus
STATIONS D'ÉTÉ
pourraient effrayer. Chanipéry est situé au milieu de i)rairies ■dans le magnifique val d'Illiez, célèbre par sa verdure et ses forêts et fermé d'un côté par l'énorme Dent du Midi. Cette situation protège beaucoup le village contre le vent, ce qui fait que l'air très pur de cette localité est en même temps des plus tranquilles. Le vent est très rare : le vent du nord ne s'y sent jamais. La forêt de sapins n'est malheureusement pas très proche du village, mais en revanche on y voit une grande quantité de petits bois d'essence plus tendre.
Ce qui pourra donner à Champéry une valeur spéciale, c'est qu'on y rencontre une source sulfureuse de quelque importance encore assez médiocrement exploitée. Cette eau est à la fois alcaline, sulfureuse et légèrement lithinée, de sorte qu'on pourra la faire servir en même temps que l'altitude chez des malades sur lesquels on voudrait combiner les deux éléments thérapeutiques. Elle contient en effet près d'un gramme de bicarbonate de soude, ce qui en fait une eau alcaline faible; je ne la crois pas très utilisable quant à cette qualité. En revanche elle tient un décigramme par litre de sulfhydrate de sodium. Ceci en fait une eau sulfhydrique forte très apte à traiter les affections catarrhales de l'appareil respiratoire.
Indications. — Le climat calme et peu agressif de Champéry permet d'y envoyer des gens de toute espèce. Lombard le considère comme parfait pour les scrofuleux, les enfants chétifs, les dyspeptiques. Nous pourrions ajouter qu'on aura avantage à y envoyer les gens qui, en même temps qu'ils font la cure d'altitude, voudraient traiter une bronchite chronique, un asthme, une laryngite. Champéry possède beaucoup de promenades dans ses environs, mais il n'a pas d'autres ressources pour la distraction que la contemplation d'une superbe nature.
(Il y a généralement un médecin résidant à Champéry.)
Regnard. — La cure d'alLitude.
STATIONS d'ÉTK
MORGINS fl343")
De Paris à Dijon, Poiitarlier, Lausanne et Bex en chemin de fer. — De Bex à Monthey en diligence et de là, aussi par diligence, à Morgins en trois heures et demie.
La roule qui conduit à Morgins est la même qu'on prend })Our aller à Ghampéry; seulement, en arrivant à Ïrois-Torrents, on hifurque vers l'ouest et on prend une vallée latérale qui monte bientôt rapidement du côté de la frontière de Savoie. En arrivant à Morgins on est frappé de la fraîcheur de cet endroit; la forêt de sapins arrive jusqu'au village même, ce qui est excellent pour les promenades quotidiennes à pied.
Bien que Morgins soit à une assez grande altitude, la vue y est presque nulle, les parois des montagnes voisines cachent les grands sommets. Donc pas de neige, ni de glaciers en vue. Gela, qui peut être un inconvénient, a ici un avantage; l'air est frais sans qu'on ait jamais à craindre ce qu'on voit dans la haute montagne, un froid subit survenant après une tourmente de neige sur les sommets.
Il fait pourtant quelquefois chaud à Morgins; on y signale des températures de 27° au mois de juillet, mais c'est très rare.
Morgins possède une source ferrugineuse célèbre; elle n'aurait pas beaucoup d'importance si elle ne se trouvait justement à un endroit où on envoie des anémiques. Malheureusement elle est vraiment très faible, un centigramme de carbonate de fer par litre. Des clous dans une carafe donnent une eau plus chargée.
Ge que je considère comme beaucoup plus important, c'est qu'on a installé à Morgins un établissement hydrothérapique. Il est donc possible de faire là, à une altitude déjà importante, un traitement puissamment adjuvant de la cure d'air. On notera cela et on y fera plus attention qu'a la qualité de l'eau minérale elle-même.
Indications. — On enverra à Moi^gins les anémiques de toute nature à qui on voudra éviter, pour le début, les hautes stations.