‹ La cure d'altitude [electronic resource]Chapitre 60 sur 101 · BÉRISAL · texte numérisé non relu

BÉRISAL

De Paris à Dijon, Pontarlier, Lausanne, Brigue en chemin de fer. De Brigue à Bérisal par diligence ou voiture en trois heures.

Bérisal est un charmant hameau valaisan situé sur la route du Simplon et animé par le passage si fréquent des diligences et des chaises de poste qui se rendent en Italie.

C'est en môme temps un séjour peu coûteux et simple, mais agréable pour quiconque aime la nature grandiose et le séjour dans la forêt. Celle-ci en etîet est très proche de la station; de plus, de magnifiques prairies alpestres bordent la route qui monte vers l'hospice du Simplon.

Bérisal est bien moins isolé, malgré son modeste aspect, que beaucoup d'autres stations alpines; cela tient au grand mouvement des voyageurs et à la présence d'un relai de poste auquel sont forcées de s'arrêter toutes les personnes qui passent le col.

Le climat de Bérisal n'est pas très frais, malgré sa hauteur, cela tient au puissant courant d'air chaud qui lui arrive de la vallée du Rhône. Il pleut très rarement dans cette région. Le pays est un peu exposé aux vents du nord et de l'ouest, mais

STATIONS d'Été

il esl tout à fait garanti conlre le vent du sud, souvent brûlant, et contre celui de l'est, au contraire assez froid.

Indications. — Sauf les phtisiques, que j'engage comme toujours à vivre plutôt en sanatorium, on peut envoyer à Bérisal tous les malades pour qui l'on désire la cure d'altitude.

(Médecins à Brigue.)

GLETSCH 1761")

De Paris à Dijon, Pontarlier, Lausanne, Brigue en chemin de fer. De Brigue à Gletsch en sept lieures par diligence.

Quand on quitte Brigue et qu'on monte dans le haut Valais, la route qui traverse de longues prairies, dans un pays un peu chaud et un peu poussiéreux, remonte successivement une série de stations de plus en plus élevées, sur une pente dont le sommet est à la Furka; ce sont Fiesch (10"1 m.), Niederwald (1254 m.), Munster (1380 m.), Ulrichen (1349 m.), Oberwald (1358 m.), Gletsch (1761 m.), la Furka (2436 m.).

Il est malheureux qu'on ne puisse utiliser une pareille gradation : toutes ces stations, sauf les deux dernières, manquent vraiment trop de ressources pour qu'on puisse y installer des étrangers. Ce sont des villages où presque tout le monde ne parle que l'allemand et où il n'y a pas d'autres distractions que le passage de diligences sur une route extraordinairement poussiéreuse ou boueuse suivant l'état du ciel. Le fait même que peu d'étrangers s'y arrêtent est cause que les installations y sont très primitives, la nourriture plus que simple. D'ailleurs, malgré l'altitude il y fait chaud, l'insolation de la vallée étant très active, et l'ombre y est rare, les arbres étant rejetés uniquement sur les flancs des montagnes. Nous déconseillons donc le séjour de ces localités, sauf pour les personnes à bourse modeste qui ne craindraient pas l'ennui.

Arrivé au bout de la vallée du Rhône, il semble qu'on se trouve au fond d'un cirque et qu'il n'est plus possible d'avancer, mais on voit, sur la gauche, l'ouverture d'un ravin étroit par où

LA CURE n'ALTITrOE

descend le fleuve en cascades. On le remonte et tout d'un cou|> apparaît un spectable absolument admirable. Un glacier colossal descend du groupe du Gothard comme un escalier immense taillé dans du cristal bleuâtre et entouré de pics couverts d'une neige éblouissante. Au bas une grotte d'azur; un torrent en sort avec fracas : c'esl le llbùne. De tout temps, depuis le moment où les légions romaines s'arrêtèrent émerveillées devant lui jusqu'à nos jours mêmes, ce lieu a élé le but d'un véritable pèlerinage : un grand établissement très bien tenu y recueille chaque jour une grande quantité de touristes de passage. Les diligences, les voitures de poste, les chaises, les caravanes à pied s'y croisent et je jurerais que dans ce désert glacé il circule jtlus de monde on élé que sur la promenade de la plupart de nos préfectures.

Il résulte de là que quelques personnes s'y sont arrêtées, séduites par l'étrangeté du lieu, et qu'une station climatérique s'est constituée.

Ses avantages sont : le confortable relatif de l'installation, la nourriture soignée, grâce au passage de continuels convois qui du Gothard gagnent le Valais, enfin le mouvement considérable de personnes qui fait de Gletsch un endroit très fréquenté. Or on verra souvent des personnes qui reculeront absolument devant la solitude que comporte le séjour aux très grandes hauteurs.

Ses inconvénients sont : précisément ce remuement perpétuel pour ceux qui cherchent la grande tranquillité, le resserrement de la vallée qui fait que le soleil s'y lève tard et s'y couche tôt, enfin la dénudation des flancs des montagnes, dépourvues des arbres, dont les plus robustes ne peuvent aborder un pareil climat. L'air est rude, il n'y a pas de vent en général, la vallée étant comme le cratère d'un volcan. Quand le brouillard survient il intercepte presque complètement la lumière et Gletsch devient sombre et d'une profonde tristesse. Ce n'est pas sans raison que les anciens en faisaient la porte de l'éternelle nuit.

Iiidicaliona . — Elles se tirent de ce que je viens de dire. Je

co co

ce Q

STATIONS d'Été

ne considère pas actuellement Gletsch comme un séjour de gens vraiment malades; ils n'y resteraient pas.

C'est un lieu de reslauration pour les fatigués et les surmenés, et encore ils n'y séjournent pas bien longtemps. Je considère Gletsch comme faisant partie d'un voyage de haute altitude à conseiller à quelqu'un qui n'aimerait pas à rester en repos et qui. encore robuste, préférerait se déplacer, pour qui le changement constituerait un repos d'esprit. Le médecin se souviendra que dans le haut Valais il peut organiser un programme de séjour dans les hauts lieux en ne restant que quelques jours dans chacua : Bclalp, Biederalp, Riederfurka, Eggishorn, Gletsch, la Furka et le Grimsel sont les phases de cette cure de haut sommet.

Nulle part ailleurs, même en Engadine, ils ne trouveraient les mêmes ressources. Mais il faudra bien avertir le malade de ce qu'on lui fait faire, pour éviter tout malentendu.

(Médecins à Andermalt.)

RIEDERALP fl933")

De Paris à Dijon, Pontarlier, Lausanne et Brigue en chemin de fer. — De Brigue à Mœrel en voiture (une heure). — De Mœrel à Riederalp par mulet en trois heures.

Très jolie petite station de grande hauleur au milieu de pelouses alpestres remplies de fleurs. Les vents du nord sont interceptés par la chaîne de l'Eggishorn : la vue est admirable et dans le genre de celle de Belalp. — Les indications et contre-indications sont d'ailleurs les mêmes que pour celte dernière localité. L'hôtellerie est beaucoup plus petite, partant plus tranquille.

(Médecin à Brigue.)

RIEDERFURKA (2000'")

Même itinéraire que pour Riederalp, seulement on monte vingt minutes plus haut, sur le bord du glacier d'Aletsch.

Petite station de très grande altitude à conseiller aux personnes qui désirent s'isoler complètement dans un grand paysage alpestre. Quiconque ne renoncerait pas complètement à voir du monde devrait éviter cet endroit : bien que Riederfurka soit tout à fait rempli pendant l'été, il y passe peu de touristes; c'est un lieu de très grand repos.

Mêmes indications que pour Belalp et Riederalp. On n'ira pourtant à Riederfurka qu'au commencement de juillet au plus tôt.

(Médecin à Brigue.)

BELALP (2137°')

De Paris à Dijon, Pontarlier, Lausanne, Brigue en chemin de fer. De Brigue à Belalp à mulet en six heures.

Il est difficile d'atteindre la station de Belalp, sans quoi ce serait certainement une des plus suivies par les malades parmi les plus élevées. La vue y est admirable. D'un côté le Valais avec la vue sur les Alpes du mont Rose et du Cervin, de l'autre un aperçu général sur le grand glacier d'Aletsch, qu'on voit presque dans toute son étendue.

Malgré son éloignement, Belalp est extrêmement fréquenté par les touristes. On peut y aller de juillet à tîn de septembre; dès le 15 de ce mois les chutes de neige nouvelle sont à craindre.

Le climat de Belalp est celui de toutes les stations de très grande hauteur. Les nuits froides, les soirées très fraîches, le jour chaud avec des sautes de température extrêmement marquées dès que tombe la pluie. Aussi convient-il d'y prendre de grandes précautions.

STATIONS d'Été

La société qui fréquente celte station est tout à fait anglaise. Il est difficile d y trouver de la place en pleine saison.

C'est à quelques centaines de mètres que le professeur Tyndall avait fait construire le chalet Lûsgen, où il a fait la plupart de ses beaux travaux sur les glaciers.

Indications. — Il est bien certain qu'il ne faut pas envoyer de malades à Belalp. Ils n'y arriveraient pas. Mais quel merveilleux endroit pour reposer les intellectuels fatigués, neurasthéniques, pour tonifier les faibles, les anémiques, les prédisposés ! Je ne crois pas qu'on puisse faire de longs séjours dans ces endroits sauvages : mais il est facile de changer. Ainsi quand l'intérêt de Belalp sera épuisé on se rendra à Riederlalp, puis à Riederfurka, de l'autre côté du glacier, enfin à la station de l'Eggishorn.

La cure pourra se terminer par une visite à Gletsch, puis finalement à la Furka, où on passera quelques jours. Il y a là pour un marcheur et un ami de la nature de merveilleuses étapes et des endroits privilégiés pour la restauration de l'organisme et des facultés intellectuelles.

Je dois à la vérité de dire qu'on n'y rencontre pour ainsi dire pas de Français. Anglais, Américains et quelques Allemands, forment la clientèle ordinaire de ces résidences très élevées.

(Médecin à Brigue.)

EGGISHORN (2193")

De Paris à Dijon, Pontarlier, Vallorbe, Lausanne et Brigue en chemin de fer, trains rapides. — De Brigue à Fiesch par diligence, en deux lieures. — De Fiesch à la station de l'Eggishorn à mulet, en trois heures et demie.

Voilà une des stations climatériques les plus extraordinaires que j'aie jamais vues.

A près de deux mille deux cents mètres, au milieu de prairies et de rochers, en face d'un immense panorama, se

STATIONS d'Été 313

trouve un grand établissement contenant deux cents personnes avec toutes les commodités de l'existence, un certain luxe même dans la table. Au niveau des neiges éternelles, on trouve là une hôtellerie pourvue de tout et remplie de gens qui sont venus chercher la santé, le soleil et la fraîcheur en môme temps.

Malheureusement la localité n'est pas facile à atteindre; on

Fig. SG. — Slation lie rEggiNluirn (21'.):!'").

prétend qu'une route de voitures est projetée : le pays y perdra certes en pittoresque, mais la station d'altitude deviendra abordable.

Aujourd'hui il faut aller de Brigue, terminus du chemin de fer, à Fiesch en voiture et prendre des mulets qui vous montent par une route raide, mais bien entretenue, d'abord à travers une grande forêt, puis par des prairies très en pente, jusqu'à la station. Il faut trois heures et demie pour faire ce trajet, qui ne laisse pas que d'être fatigant.

L'hôtellerie contient cent soixante chambres, dont les deux

Page 1