LES TROUBLES DE RÉSORPTION DES ŒDÈMES
le cerveau dont l’œdème a été constaté dans certaines observations d’Andral -et de Barié (1).
Dupré (2), Claude (3), Dopter (4) se sont demandé s'il ne s’agissait pas d’une imprégnation toxique de l’écorce par résorption des hydropisies périphériques déplacées. Ces diverses théories peuvent difficilement s’appliquer aux cas où les troubles surviennent après une déshydratation et une déchloruration excessives. D’ailleurs, dans le cas de Bouveret, où des accidents convulsifs violents avaient coïncidé avec une grande polyurie et avec la fonte rapide des infiltrations, l’absence d’œdème papillaire excluait l’idée d’œdème cérébral.
Huchard (5) a vu les accidents survenir à la suite d’un simple déplacement d’œdème sous l’influence de la compression. Par contre, Léopold Lévi les a vus éclater par évacuation d’une ascite par ponction, ce qui exclut, dit Achard, toute idée de déplacement de la sérosité.
Pour Carnot (6), le pouvoir fixateur des éléments anatomiques, très comparable à l’affinité tinctoriale de certains tissus pour les matières colorantes, serait modifiable suivant la concentration saline et une déchloruration des cellules tendrait peut-être à augmenter ce pouvoir.
Pour Dufour (7), le chlorure de sodium mis en circulation en trop grande quantité, dans un temps trop restreint, produirait les troubles fonctionnels des cellules nerveuses.
Ilirtz et Lemaire ont accusé la déshydratation trop brusque des centres nerveux. Cette opinion nous parait la plus défendable, et nous pensons que la déchloruration trop rapide joue aussi son rôle par l’énorme perturbation moléculaire quelle doit parfois déterminer dans les milieux qui baignent les organites et sans doute dans ces organites euxmêmes.
(1) Barié, Bull, el mém. de la Soc. mëd des hop., 1904, p. (j]0.
(2) Duiuié, Bull, el mém. de la Soc. mëd. des hop., 1904, p. 013.
(3) H. Claude, Bull, el mém. de la Soc. méd. des hop., 1904, p. 614.
(4) Dopter, Bull, et mém. de la Soc. méd. des hôp., 1904, p. (H fl.
(3) Huchard, Notes sur les accidents cérébraux du la résorption des
ÎÏoTp8 09)CZ lGS Calfliaf|UCS {liulL el mém- cle la Soc. méd. des hop..
(6j Carnot, Bull, et mém. de la Soc. méd. des hôp., 1904, p. fil 4. (/) Dufour, Bull, cl mém. de la Suc. méd. des hop.. 1904, p. fl 15.
Mais comment expliquer l’apparition sous l’influence de la déshydratation, des mêmes phénomènes convulsifs que l’on observe après l'hydratation des centres nerveux au cours de la chlorurémie? On sait que Fcré a autrefois émis l’opinion (pie toutes les crises convulsives évoluaient toujours sur un terrain prédisposé; l’un de nous (1) a soutenu que la tare névropathique jouait souvent son rôle dans l’éclosion des phénomènes éclamptiques observés au cours des états urémiques, et Dufour a rapporté récemment que l’on retrouvait souvent ces convulsions infantiles chez les brightiques frappés d’éclampsie. On peut donc admettre l’hypothèse que le choc résultant d’une compression ou d’une décompression trop brusque dans l’atmosphère péricellulaire peut, après une déshydratation trop précipitée, tout comme à la suite d’une hydratation trop rapide, révéler, chez certains sujets, la débilité native des cellules nerveuses et aboutir, dans l’un et l’autre cas, suivant les prédispositions, aux mêmes phénomènes convulsifs.
En résumé, ces troubles de résorption n’ont pas d’autre importance que celle qu’on doit accorder à des accidents d’exception. Ils ne doivent pas, bien entendu, faire perdre de vue les bienfaits traditionnels que nombre de malades sont en droit d’attendre de la polyurie provoquée par la théobromine ou la digitale. Les brightiques et les cardiaques hydropiques n’ont, en général, que soulagement à retirer en remplissant leur bocal d’urine pour se déshydrater rapidement. Il faut cependant retenir que, lorsque le régime déchloruré détermine, comme c’est le cas fréquent, une déshydratation suffisante, il est inutile d’augmenter scs effets par l’action de diurétiques puissants. Les médicaments diurétiques peuvent parfois déterminer un drainage trop brutal des tissus chez certains brightiques dont les reins viennent à nouveau de s’ouvrir largement aux chlorures; il est bon de ne pas chercher à faire perdre chaque jour à un brightique plus d un kilogramme à un kilogramme et demi de son eau d’hydratation.
(1) F. WTrui., Bull, el mém. de la Soc. méd. des hop., 1899, p. 5/4.