RADIOGRAPHIE (PI. LXXII—CITT
PREPACE
Lorsque j'ai ouvert à Leysin, en 1903, la première clinique destinée à la cure solaire des tuberculoses chirurgicales, inauœurant ainsi l’héliothérapie systématique, ce mode de traitement n'avait pas encore gagné la confiance du monde médical. A vrai dire, on lavailt déjà préconisé, mais avec une telle timidité ou avec si peu d'autorité, qu'il était inexistant. Pour ma part, in-— prégné de l'esprit de méthode qui caractérise l’enseignement de mon vénéré Maître Théodore Kocher dont j’eus lhonneur d’être l'assistant pendant plus de quatre années, j'ai voulu lappliquer avec rigueur et en faire une thérapeutique qui repondît aux exigences de la science comme à celles de la clinique.
Convaincu que la tuberculose n’est pas une aflection locale, qu’elle exige avant tout un traitement général, que les formes osseuses, en particulier, sont toujours consécutives à une infection primitive des glandes mésentériques, des ganglions trachéo-bronchiques ou des poumons, j'ai vu, dans la cure de soleil associée à la cure d'altitude son traitement rationnel, parce qu'il place l'organisme dans des conditions idéales de
défense : il stimule la nutrition de tous les tissus ; 11 active les échanges ; il rend la peau à son milieu naturel dont on l'avait si longtemps sevrée et en fait plus qu'un instrument d'élimination et d’excitation : un organe d'absorption chargé de puiser dans Pair et dans les radiations solaires toutes ces formes d'énergies dont hier encore nous ignorions l'existence.
inappliquant systématiquement lPhélothérapie, jesuisarrivé à supprimer les appareils plâtrés parce qu'ils privent du bain de soleil et du bain d’air précisément les régions du corps qui en auraient le plus besoin : ils constituent par là un non-sens physiologique après avoir été un non-sens orthopédique et ils surajoutent une atrophie arlificielle à celle qui résulte de lévolution normale de la maladie.
De même, après un siècle d’oubli complet, j'en suis tout naturellement venu à ressusciter ce décubitus ventral qui donne des résultats remarquables, dans le mal de Polt particulièrement, parce qu'en augmentant la lordose physiologique il tend à réduire la gibbosité et à transformer les muscles des goutlières en une solide attelle dorsale physiologiquement supérieure à tous les moyens de contention artificiels. Quand les lésions atteignent le membre inférieur et rendent nécessaire Pimmobilisation la plus stricte, Fextension continue, combinée avec le repos au lit, m'a toujours permis d'obtenir les meilleurs résultats orthopédiques sans avoir recours aux appareils ambulaloires, parce que la cure de soleil, jointe au climat d'altitude, rend aisément supportables ces longs mois de repos absolu qui ne sauraient êlre prolongés sous le climat de Ta plaine sans diminuer les forces de résistance de l'organisme.
Grâce à ces procédés, j'ai réussi à mettre en évidence un des plus beaux titres de gloire de lhéliothérapie. Jusqu'à présent, les tuberculoses articulaires ne guérissaient le plus souvent
qu'avec ankvlose: le soleil, lui, rétablit presque loujours la fonction, car il restitue aux muscles leur tonicité primitive ; il augmente par conséquent leur action sur les leviers osseux et favorise, par un processus éminemment physiologique, la reconstitution des surfaces articulaires.
La cure de soleil m'a donné une autre satisfaction : je n'ai vu qu'une seule fois, chez les deux mille malades que j'ai soignés à Leysin, un fover tuberculeux donner lieu à une imfection secondaire. |
Tous ceux qui ont soigné des tubereuloses chirurgicales savent combien l'infection secondaire aggrave le pronostic. Aussi apprécieront-ils comme moi la haute valeur d'une méthode qui amène la guérison presque toujours intégrale des arthrites sans risquer de favoriser, comime Île traitement opéraloire, la pénétration des germes qui augmentent la virulence du bacille de Koch. Lorsque ni curelages, ni plombages, n1 injections de pales ou de fiquides modificateurs n'ont réussi à tarir les suppuralions interminables, consécutives à louverture spontanée ou à lintervention, c'est encore la cure de soleil qui donnera les plus beaux résultats. Les plaies atones prennent avec une rapidité surprenante un aspect de bonne nature. Les articulations qui étaient des éponges de pus, deviennent le siège d’un travail de réparation intense et les tissus mortifiés Ss’éliminent sans qu'il soit besoin d'intervenir par une opération sanglante. En un mot, les lésions profondes commeles lésions superficielles se détergent el se nettoient sous l'influence du soleil.
L'observation de ces phénomènes de défense et de réparation
m'a déterminé à supprimer les pansements occlutifs qui macèrent el étoulfent les tissus et à les remplacer, le plus souvent possible, par un treillis métallique qui favorise l’action désinfectante et sclérosante de l'air et du soleil.
En somme, l’héliothérapie que nous préconisons constitue la plus haute expression de l’orthopédie et de la chirurgie conservatrice. Elle évite les mutilalions 1rréparables ; elle sauvesgarde au maximum lintégrité des fonctions articulaires ; elle conserve à l’organisme lPharmonie de ses lignes ; elle rend à la vie active non plus des êtres incomplets, déjetés et difformes, mais des individus normaux, aptes au travail et à la lutte pour l'existence. Elle n’est donc pas réservée à la clientèle fortunée : elle est socialement économique, car 1l en coûte moins à la communauté de guérir complètement un des siens, fût-ce par un an ou deux delit, degrand air et de soleil, que d’en amoindrir définitivement la valeur par une résection où une amputation. Elle constitue enfin le plus actil des moyens prophylactiques contre ces maladies du jeune âge qui, trop souvent, ouvrent la porte à la tuberculose.
Tels sont, brièvement résumés, les progrès que. soutenu par l’active sympathie de chirurgiens aussi éminents que César Roux, de Lausanne, et Fritz de Quervain, de Bâle, J'ai fait réaliser au traitement de la tuberculose chirurgicale. Et, aujourd'hui, m'appuyant sur une expérience déjà longue et étendue, je livre au publie médical le résultat d'observations
scrupuleusement contrôlées et de recherches minutieuses.
Quelques chapitres de ce volume ont déjà paru au cours de ces dix dernières années sous forme de mémoires dans difierentes publications ou de communications à des congrès ou à des sociétés savantes. On les retrouvera ici complétés et développés. J'ai notamment insisté, plus que je ne Par fait Jusqu'à présent, sur la pratique de Phéliothérapie qui, pour donner tous ses résultats, doit être appliquée suivant une méthode très stricte dans laquelle il convient de ne rien livrer au hasard. Les
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praticiens qui voudront en faire bénéficier leurs malades trouveront donc dans cet ouvrage les éclaircissements nécessaires.
J'ai donné également un développement considérable aux illustrations pour que ceux mêmes qui n’ont pas le temps de lire puissent cependant, simplement en feuilletant cet ouvrage, se rendre compte avec précision de la méthode et de ses résullats.
Qu'il me soit permis d'adresser publiquement le témoignage de mon affectueuse gratitude aux amis fidèles et aux dévoués collaborateurs qui m'ont aidé dans ma tâche :
au D' P.-E. Morhardi qui a contribué, pour une grande part, à la rédaction de ce travail et dont expérience et les connaissances m'ont elé précieuses :
aux D Grætz, Guye, Leuba, Rollier-Werner, L. Schmidt et Vodoz, mes chirurgiens-adjoints et mes aides detous les instants dont le concours m'a rendu tant d’éminents services :
au D°J. Schmid dont la compétence toute spéciale en radiologie m'a constamment été d’un si grand secours :
au D' Rosselet qui, en qualité de physicien, a bien voulu entreprendre les recherches physiques et biologiques nécessaires pour constituer à la cure de soleil une base scientifique ;
au D’ G. Borel, l’oculiste distingué, qui suit avec autant de dévouement que de science mes malades atteints d’affections des yeux.
MN. Decaux et Rossier ont droit également à ma reconnaissance pour m'avoir fourni, au cours de ces dix dernières années, la plupart des belles photographies qui ont servi à illustrer ce volume.
Je tiens à remercier encore MM. Morel et de Villelles, mes fideles secrétaires, pour le dévouement et le zèle avec lesquels ils me secondent.
Enfin mes éditeurs, M. Constant Tarin, à Lausanne, et MM. J.-B. Baulière & fils, à Paris, qui n’ont pas épargné leur peine pour rendre aussi parfaite que possible lexécution de cet ouvrage, trouveront ici l'assurance de ma sincère recon— naissance.
Bevsin- Juin 191
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