‹ La cure de soleilChapitre 37 sur 82 · ALLIE TITI TES · texte numérisé non relu

ALLIE TITI TES

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Fig. 36. Convalescents au tennis de la clinique « Les Frênes ».

et revêtus par-dessus leur calecon ou leur combinaison d’un manteau, les” enfants se rendent sur une colline bien ensoleillée. Arrivés Ia, ils mettent leurs skis ou enfourchent leur luge. On peut imaginer comment la peau fonctionne dans ces conditions. Entre les ravons ardents du soleil, réfléchis et comme multipliés par la blancheur de

la nappe qui couvre le sol d’une part, et d'autre part la sensation de

Fig. 37. Nos convalescents. — Promenade dans le parc de la clinique «Les Frèénes,

Fig. 38. Nos convalescents. — Travaux de jardinage.

fraicheur que fait éprouver le contact de l'air frais ou de Îla neige, il se passe toute une série d'actions et de réactions, au milieu”"desquelles le physiologiste le plus avisé doublé du physicien le plus compétent se perdrait sans doute, mais où le clinicien retrouve tous les facteurs de l'entrainement et de l’endurcissement contre les germes de la maladie.

Fig. 99. Les jardinets des enfants.

Jamais; en ellel;.ces/exercices qui, *à première VUe.-pourralenbeparaitre dangereux à cause” des écarts de température, n'ont donné ‘lieu au moindre rhume ou à la plus petite indisposition. Il y à là un rapprochement intéressant à faire entre limmunité des peaux pigmentées contre l’acné, contre les furoncles, ou contre la varicelle, et l’immunité des gorges ou des bronches de nos enfants contre l’angine ou contre le rhume. Ces deux phénomènes sont étroitement connexes, et ils expliquent le mécanisme des résultats que nous obtenons en associant la cure de soleil aux effets du climat d'altitude.

Fig. A0. Les sports d'hiver. — Un

saut en skis.

REA ICUREN DE MSOLRETE SAC POIRU DE VUE SOUL

Les résultats que la cure de soleil nous a donnés ont dépassé les espérances qu'à l’origine nous fondions sur elle et ils nous ont amené à donner à cette thérapeutique une signification véritablement sociale. Les médecins ne doivent pas être seuls à l’appliquer à leurs malades : les villes ou les Etats doivent se préoccuper de faire bénéficier les déshérités qui en ont besoin de cette source de santé et de richesse. Deux problèmes se posent donc : en premier lieu, comment faut-il que les hôpitaux urbains organisent l’héliothérapie et comment les administrations de bienfaisance doivent-elles songer à créer dans les climats privilégiés des institutions où la cure de soleil pourra être pratiquée dans les meilleures conditions ? En second lieu. que faut-il faire des tuberculeux guéris. mais qui cependant risquent, en reprenant leurs habitudes de vie antérieure, de retomber dans un état d'infériorité vis-à-vis du bacille de Koch ?

La cure de soleil et la bienfaisance publique. — Si les conditions climatériques de la plaine ne permettent pas d'y pratiquer l'héliothérapie avec autant de succès qu'à l'altitude, il n’en est pas moins vrai que ce mode de traitement, introduit dans les hôpitaux, peut améliorer notablement la situation des tuberculeux chirurgicaux qui s’anémient et s’affaiblissent dans des salles insuffisamment aérées. «La galerie de cure

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solaire, a écrit Jaubert, deviendra dans les services de chirurgie de demain une nécessitéaussi capitale que le laboratoire et le service de radiographie. » Toute direction d'hôpital qui voudra assumer la responsabilité du traitement des tuberculoses externes devra donc prévoir l'installation de galeries spacieuses et bien abritées. sur lesquelles les malades seront amenés dans leurs lits pour v retrouver, dès l'aube, l'influence bienfaisante d'une aération complète et, lorsque l’état atmosphérique le permettra, de linsolation générale. On assurera ainsi aux malades les avantages d'un puissant facteur de reconstitution organique. Et même dans ces circonstances un peu défavorables au point de vue climatérique linsolation locale associée, quand la température ambiante est trop basse, à la thermothérapie ou à la photothérapie avec de simples petites lampes électriques de quartz pourra donner de bons résultats. Il sera dans tous les cas facile d'organiser les toits des hôpitaux à cet effet. C'est ainsi que déjà à la clinique infantile de Vienne. de vastes solariums plantés d’ar- DUSLÉSSC AIRIS MON MÉLÉMAMÉNATÉS AMNOL el LeADon DEEE SCErS seurs y transportent les petits malades, qui y passent des journées CUNICTe SOUNMONUAMÉNMENANULL ACER eMPIENMTCITROTEURMMASDANEMES hôpitaux où l’on dispose de jardins, des pavillons ou des baraques de construction très simple pourront être édifiés en vue de la cure solaire. Le premier résultat de ces réformes serait pour le malade une aug: Mmentationsde sa force de résistance, qui contribuérait dans unelarse mesure à favoriser l’action des autres traitements.

On ne saurait trop le répéter : l’héliothérapie n’est pas seulement praticable à l’altitude ou à la mer: on peut bénéficier aussi de ses effets dans la plaine et jusque dans les orandes villes. Poncet et son école ont enreoistré, à Lyon, de beaux succès. Bardenheuer, après avoir vu ce que nous obtenons à Levysin, commença, lui aussi, à faire de l’héliothérapie à l'hôpital de Cologne, au très grand bénéfice de ses malades. Le traitement solaire est d’ailleurs en. honneur, depuis bien des années déjà, dans #la-plupart de nos hôpitaux suisses : à Pinchat sur Genève, dans l'asile modèle du D' Martin, à l'hôpital des enfants de Zurich, à l'hôpital Pourtalès de Neuchâtel, à l'hôpital cantonal et à l'hospice de l'enfance à Lausanne, à l'hôpital de l'Isle et à l'hôpital des enfants de Berne et de

Zurich; bref, à peu près partout où la présence de galeries ou de pavil-

PANMCURE DE SOLEIL AUMPOINT DE MUE SOCIAE 209

lons permet de transporter en plein air les tuberculeux chirurgicaux. Malheureusement, les conditions climatériques de la plaine n’autorisent pas en toute saison la pratique de la cure solaire : on doit linterrompre durant les trop fortes chaleurs de l’été, et lorsque les brumes de Fautomne et les rigueurs de l'hiver rendent les terrasses inaccessibles. Les malades réintècrent alors mélancoliquement leurs salles d'hôpitaux. Enfermés CHIrOMQUATTeNMULS Tans une Atmosphère continée, etRenMTOouLR CAS Sur chauüffée, ils vont perdre la plus grande partie de l’amélioration laborieusement acquise pendant la belle saison.

Si ces demi-mesures qui, d’ailleurs, constituent déjà un réel progrès, ontleurraisontdeétredans tes tcontrées qui mont ni mer nimontannes, elles sont tout à fait insuffisantes dans une région aussi privilégiée que la Suisse sous le rapport de l’insolation. Notre pays, le plus montagneux du monde, dispose en effet d'une quantité de stations dans une situation climatérique merveilleuse, et éminemment propice, toute l’année, à la cure de soleil. Aussi, dès que nous eûmes constaté les résultats que nous donnait la cure de soleil à Leysin, avons-nous énergiquement préconisé pour les tuberculeux chirurgicaux la création d'établissements héliothérapiques populaires, convaincus qu'ils permettraient à l'Etat d’épargner un capital précieux.

Depuis que nous militons en faveur de la création ae ces établissements populaires destinés aux tuberculeux chirurgicaux, nous espérions que la Suisse, pays de montagnes par excellence. et toujours prête à seconder les initiatives d'ordre philanthropique, aurait à cœur de se placer elle-même à la tête du mouvement. Notre clinique populaire est beaucoup trop exiguë. Avec ses cinquante fits, elle est depuis longtemps hors d'état de faire face aux innombrables demandes que nous recevons : et chaque jour s'allonge une liste de candidats dont il nous faut, à notre orand regret, ajourner l'admission, souvent urgente, à des mois ou même à une année entière. Pour répondre à ce besoin, nous avons prévu l'établissement d’une nouvelle clinique populaire dont la construction est commencée et qui comptera cent cinquante lits.

Nous savons qu'un des vœux les plus chers de Bardenheuer était de créer à Leysin un établissement héliothérapique aux frais de l’Assistance publique de Ia ville de Cologne, Cette administration entretient

d'ailleurs depuis plusieurs années dans une de nos annexes une colonie JÉMAOUZÉMENATISONDTOMETDATLURUCRE 0 T1 MBUTOELÉDILAMLERS0 ITA OCT plupart de pauvres enfants qui, après de multiples opérations, étaient voués à une mort certaine, et qui ressuscitent littéralement sous l’influence: du soleil et de l'altitude. De même l'hôpital de Bâle, grâce à l'initiative du professeur de Quervain, nous à envoyé également une colonie de petits malades qui sont installés dans une autre de nos annexes, où ils bénéficient largement de la cure solaire. Le Professeur Borchard. de Berlin, suivant cet exemple, a décidé. après avoir visité nos cliniques il y à peu de temps. de nous envoyer une vingtaine de tuberculeux indioents de Berlin. Le professeur Roux. de Lausanne, a confirmé dans une récente conférence sur le traitement des tuberculoses chirurgicales que pour lui. dans ces matières. l'idéalc'estle traitementconservateurassocié à l'héliothérapie et à l'altitude. Il à ajouté quil espérait bien, le jour où sa main Commencerait à “trembler et "ou lMserait oblioé dénprendrensanretraite comme chirurgien actif, trouver à diriger un grand sanatorium chirurgical populaire dans lequel le traitement consisterait à faire vivre les enfants au grand air et au soleil. Enfin le gouvernement autrichien s’est prononcé en faveur de la fondation d'un établissement similaire au Tyrol. Si, dans chaque pays, l'administration chargée de répartir les crédits nécessaires à l’entretien des malades dans: lés “hôpitaux était bien convaincue qu'une cure de soleil systématique. dût-elle se prolonger au delà d’un an ou deux, guérit de la manière la plus économique, en permettant au malade de conserver ou de recouvrer la faculté de subvenir à ses besoins, elle n’hésiterait pas à utiliser dans ce but les ressources dont elle dispose: Or, l'efficacité de cette cure est manifeste, Son économie est LÉONÉ AP une MA ULIERONnLRE LES TÉMONMTEeSDAMIC MrESULLA LS AUUNERNOUS avons parlé plus haut : et la question budgétaire, si importante pour les administrateurs des deniers publics. se trouve sur ce point d'accord avec

la théorie médicale.

L'avenir des convalesceuts. — [Le second problème que nous avons à examiner est d'une extrême importance, tant au point de vue social que médical : c’est celui de l’avenir de nos convalescents et de leur retour à

la plaine. Les résultats remarquables obtenus par l'héliothérapie n'ont

de valeur que s'ils sont durables, et la guérison est plus nécessaire encore lorsqu'il s’agit d'enfants ou de jeunes gens peu fortunés qui devront vivre de leur travail. Pour atteindre ce résultat il nous a paru indispensable de soustraire nos convalescents aux milieux antihygiéniques dans lesquels leurs organismes débilités sont devenus la proie de la tuberculose : ateliers privés d'air, appartements étroits et insalubres,

Fig. 41. La colonie de travail. — Les convalescents sont occupés à des travaux de vannerie qui peuvent se faire en plein air et au soleil.

ruelles sordides dans lombre desquelles l'infection les guette sans compter cette promiscuité navrante qui dissémine la maladie et la misère et où pourraient sombrer tout à la fois leur relèvement moral et leur reconstitution physique. C'est pour parer à ce double danger, en leur procurant les bienfaits d’un travail régulier en plein air et au soleil. que nous avons voulu créer des colonies de travail et des colonies agricoles ou maraîchères.

. 48. Nos convalescents en éle. — Les « Noisetiers » et la « Colonie agricole » occupés à faire les foins.

Tout d’abord, par la « Colonie de Travail », que nous avons fondée avec M. Eugène Hoffet, alors pasteur à Leysin-Feydey, nous nous sommes eflorcés de remédier à ce triste état de choses en offrant à nos convalescents sans ressources le moyen de prolonger leur cure par le travail. On les emploie spécialement à des ouvrages de vannerie et notamment à la confection

Fig. 44. Les mêmes. — La fin de la fenaison.

de corbeilles, de paniers, et surtout de chaises-longues. C'est là un travail sain, peu fatigant et qui, lorsque les circonstances atmosphériques le permettent, se fait en plein air, c’est-à-dire dans d'excellentes conditions. Grâce au salaire qu'ils en retirent, ils peuvent subvenir, au moins en partie, aux frais de leur entretien : ils perdent l’idée si déprimante qu'ils sont des non-valeurs et ils reprennent peu à peu contact avec la vie active en achevant de se rétablir définitivement.

Nous inspirant de ces mêmes principes, nous avons établi à 4000 mètres d'altitude, dans la pittoresque contrée d'Ormont-dessous, une colonie agricole consistant en deux chalets-fermes et en un chalet d’habi-

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lation. L'exploitation est entre les mains d’un chef agronome, ancien malade lui-même, qui nous fut envoyé jadis immobilisé par un mal de Pott grave, et qui, aujourd hui, porte sur ses épaules de pesants fardeaux. Nos robustes petits cultivateurs se livrent à tous les travaux des champs

et de laferme avec un zèle infatigable que vient encouragerile succès. Ceux

Fig. 45. La lecon de gymnastique.

mêmes que leur vie antérieure n'avait nullement préparés à ce genre de besogne s’y consacrent avec d'autant plus d’entrain et de plaisir qu'ils en ressentent bien vite les heureux effets. (Voir Album planches CIV-CVIL.)

L'exploitation de la ferme comprend lélevage du bétail, Ta production du lait, l’apiculture. Nous y avons ajouté la culture maraîchère, sous la forme d’un vaste potager qui fournit d'excellents légumes à nos cliniques désevsin Cestun-travailmoins#ærudetque ceux deéndatierme-et de léle-

e et nous le réservons de préférence aux convalescents encore un peu

Vao'e délicats ou insuffisamment entraînés.

LA CURE Dh SOLRILOAUCPOINTADE (NUE SOCIAL 21

Le succès de cette modeste tentative, les encouragements qu’elle nous a valus nous autorisent à la considérer comme une des solutions les plus favorables du problème si grave que constitue l'avenir des tuberculeux chirurgicaux. La création de colonies de travail, agricoles ou maraïchères, est en outre un moyen de lutter contre l'abandon de la terre et d'arrêter dans une certaine mesure l’exode toujours croissant des campagnes vers les villes. On réalise donc ainsi ce double avantage : placer d'une part les convalescents dans des conditions idéales de défense et leur permettre de se maintenir en parfait état de santé: fournir, d'autre part, aux Campagnes la main-d'œuvre qu'elles ne peuvent plus se procurer qu'à prix d’or, Ce qui constitue une des principales raisons du renchérissement de la vie.

Ces colonies peuvent être établies partout, dans la plaine comme à la montagne, sous la forme de fermes bien organisées et capables de préparer ces ouvriers agricoles si recherchés par les cultivateurs. Des exploitations maraîchères installées à proximité des villes fourniraient à cellesci les fruits, les légumes et toutes les primeurs dont elles ont besoin.

Pour rester réellement dans leur rôle, ces colonies compléteraient en quelque sorte les hôpitaux consacrés à l'application de la cure de soleil. Elles ne recevraient par conséquent que des convalescents sortant de ces hôpitaux pour en parfaire la guérison.

Ainsi les Etats, les administrations d’hôpitaux ou d'assistance publique arriveraient à réaliser des économies considérables, en guérissant complètement et en rendant ensuite susceptibles de se livrer à un travail rémunérateur une multitude d'infirmes, qu'ils entretiennent à grands frais dans les conditions les moins faites pour améliorer leur santé. Le professeur Bardenheuer, leplusinterventionniste des chirurgiens, a soutenu la même cause. «Le traitement des tuberculeux chirurgicaux dans les » stations d'altitude, a-t-il écrit après une visite à Leysin, loin de coûter » plus cher aux communes, est en réalité moins onéreux. Non seulement » il sauve la vie à de nombreux malades, mais, en évitant bien souvent » l’amputation d’un bras ou d’une jambe, l’atrophie d’un membre, l’an- » kylose d’une articulation, il rend à l'Etat des hommes sains, aptes au » travail, qui, sans le secours de l’héliothérapie, auraient dépéri miséra- » blement dans les salles d'hôpitaux. »

Enfin, nous ne pouvons, en terminant, nous dispenser de citer le professeur Wittek, de Graz, dont le témoignage autorisé vient plaider d'une façon concluante en faveur de notre thèse. « Lorsqu'il s’agit d’en- » fants pauvres surtout, écrit-il, l’essentiel n’est pas tant d'obtenir une » guérison rapide qu'une guérison complète et durable. J'entends par là » remettre dans la circulation un individu avant recouvré la mobilité de » ses articulations, capable de travailler, de lutter pour gagner son pain » et assurer son existence. Quiconque a observé de ses propres yeux ei » sans parti pris les malades des cliniques de Leysin est obligé de » reconnaître que Îles résultats obtenus par la cure solaire au point de vue » fonctionnel n’ont jamais encore été atteints par aucune autre méthode

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