DÉFINITION — PRINCIPES GÉNÉRAUX
La cure libre de la tuberculose pulmonaire est, selon Lalesque, « la mise en pratique de la méthode Ry giénique, hors et sans le sanatorium ».
Elle emprunte donc au sanatorium ferméses éléments de traitement : l’aération, le repos, l’alimentation ; elle lui emprunte sa technique, sa discipline, tout en laissant le malade libre, dans son milieu, à son médecin habituel, maïs sous une surveillance étroite,sévère, de tous les instants.
Elle peut et doit pouvoir se faire partout, car partout le médecin doit savoir trouver les moyens de la réali-
ser, et cela au mieux des intérêts de celui qui se confie à ses soins, |
La cure libre constitue un traitement long, complexe difficile qui exige du malade, comme du médecin, beau-
coup de qualités.
« Elle paraît facile à suivre, dit Faisans et les malades à qui on la recommande croient qu’ils n’ont besoin de personne pour manger, rester étendus sur une chaise longue et garder la fenêtre ouverte,.…ils se trompent et
leur erreur leur coûte souvent très cher. o réalité, ces
À cures sont difficiles, et elles sont mal observées par les | | malades qui sont livrés à eux-mêmes: Le repos, l’aération, l'alimentation, sont au même titre que les médicaments, susceptibles d'être dosés suivant des indica- . tions qui échappent à l’appréciation des malades, et qui nécessitent la présence continue d’un médecin expérimenté: > (Rapport au Comité permanent de préservation contre la tuberculose, 1904. ) | Appelé au chevet d’un tuberculeux, le médecin doit parler franchement. Il doit apprendre au malade de quelle affection il est atteint, et au prix de quels efforts il pourra triompher de son mal. Cette franchise, tout enveloppée de tact du reste, le médecin la doit au malade et à son entourage. On a discuté beaucoup sur cette question de savoir si oui 5e non on devait informer le malade de la nature exacte de son affection. Le professeur Grancher a été très catégorique à ce sujet. « J’enseigne, a-t-il dit, que /e médecin doit au malade la vérité; et j’ai voulu ainsi réagir contre la très dangereuse habitude contraire de dissimuler le mal et d’endormir malade et famille dans des espérances trompeuses. Cette habitude était excusable, bonne même, quand on croyait la tuberculose incurable, et elle était toujours de mise dans un cas désespéré. Il faut agir tout autrement si on croit avoir des chances d'amélioration sérieuse ou de guérison. Je réconnais que cette vérité qui met les points sur les iet appelle la tuberculose par son nom, n’est pas toujours possible à dire, par exemple quand le malade lui-même ou sa famille ne veut pas l’entendre ; mais il faut tou-
NPA .
jours en dire assez pour obtenir obéissance ou persé-
vérance dans le traitement. C’est affaire de tact et de
mesure.» (Presse médicale, 7 mars 1903.)
Done, toutes les fois que la chose sera possible, le malade sera averti qu’il est tuberculeux ; mais aussi on l’avertira qu'il peut sûrement guérir s’il veut accepter un traitement, se soumettre à toute une discipline. |
Quand il aura accepté, quand on sera sûr de son énergie, de sa persévérance, quand l'entente sera parfaite entre le malade, sa famille d’une part, et le médecin de l’autre, il faudra établir un programme de cure.
Car, ainsi que Guiter l’a bien dit, « la cure libre n'existe pas, si elle n’obéit à un programme d’existence dont tous les détails doivent être réglés par le médecin traitant avec précision et minutie ; elle n’existe pas si elle n’est pas l'observation d’une discipline librement consentie, dont les multiples exigences doivent être débattues et imposées dès les premiers jours. Cure libre ne signifie pas cure livrée aux hasards de la vie courante, aux fantaisies des malades, aux sollicitations imprudentes des proches ou des relations mondaines, »
Donc, cure libre, mais non cure en liberté.
Ce n’est pas tout.
Pour que la cure libre puisse donner tous les bons résultats qu’on peut attendre d’elle, il faut encore «un directeur de cure instruit, attentif, convaincu, bon, en
même temps que ferme dans l'exécution de ses or-
évérant que Je malade, qu vil ait assez de
ee en lui-même et dans le traitement, Lo ne
1, P. “Touchard, Revue de la Tuberculose, janvier 1906.
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On peut affirmer que, en règle générale, la cure li
. bre ne reconnaît que des indications ; en principe, elle
peut être appliquée à tous les tuberculeux, et on peut la réaliser partout. Si, dans la pratique, il y a quelques contre-indications à la cure libre, elles sont fort réduites, très restreintes. l
Parmi les tuberculeux, il y en a à qui la cure libre
s’adressera tout particulièrement : ce sont les person-
. nes qui, en raison de. circonstances spéciales, d’occu-
pation, de fortune, d’infirmités particulières, ne peuvent quitter facilement leur foyer. Ce sont encore des enfants, trop jeunes, trop faibles, dont on.ne voudra pas se séparer, des jeunes filles pour lesquelles on craindra les dangers moraux de la promiscuité dans un sanatorium, |
D'autre part, certains malades ne pourront pas bénéficier de la cure libre : les malheureux, les deshérités de la fortune ; chez les uns ce sera l’exiguité du logement, le manque de place, l’insalubrité du logis ; chez d’autres, l'impossibilité d'obtenir une alimenta-
tion saine et abondante par pénurie d’argent absolue.
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- Enfin, quelles que soient son énergie, sa ténacité, un pe” médecin ne pourra jamais faire pratiquer, avec efficacité et méthode, la cure libre à un malade apathique et irrésolu, ou « crédule,indéeis, qui essaiera toutes les drogues dont on lui dira le nom, ou ira voir tous les charlatans qu’on lui indiquera » (Touchard). Jamais non plus, malgré la plus grande volonté, le médecin ne pourra réaliser la cure d'air dans une famille inintelligente encourageant les faiblesses, les écarts de régime du malade. Ce sont ces contre-indications d'ordre psychique qui sont les plus sérieuses et les plus graves. Donc, la cure libre pourra être faite par beaucoup de malades, par la plupart des tuberculeux. Mais où la : pratiquer ? Chez le malade, en ville,ou dehors de chez
lui, à la montagne, à la mer, dans des stations clima-
thérapiques ? J : Re. On organisera la cure libre :à la maison même du à malade, si ce dernier. riche ou dans Plaisance, possède une maison confortable, bien située, avec un jardin ou cour, permettant -la cure d’air dans de bonnes condi- n tions. Ainsi, cette organisation ne pourra procurer que des avantages au malade : il sera chez lui, dans sa fa- F4 mille, dans son milieu habituel, avec ses habitudes, sa cuisine journalière, soumis à l'influence de son médecin. Le moral y gagnera, et les bénéfices de la cure seront les mêmes que si elle était faite au dehors. Bu. Si une telle cure, faite dans les conditions que nous avons indiquées, est bonne en ville, à la campagne 1 elle sera excellente. Là, on trouvera air pur, soleil,
calme, voisinage d’un bois, etc., tous facteurs difficile-
ment réalisés à la ville, et qui font que la cure urbaine est souvent très difficile à organiser et donne peu d'améliorations rapides. |
« Quoique la cure deville nous ait donné deux bons résultats (dont une guérison), écrit M. Brunon, nous considérons que le séjour à la ville ne permet pas au malade de se mettre dans de bonnes conditions de traitement. Cette cure de ville ne peut être acceptée que comme pis-aller, et lorsqu'il est impossible d’en faire une autre.IÏl est remarquable qu’un séjour, même très court, à la campagne, a toujours donné un coup de fouet à la médication, et s’est traduit immédiatement par une augmentation de l’appétit et du poids. Au contraire, chaque fois qu'un malade installé à la campagne est descendu à la ville,son poids a immédiatement baissé, .même quand le séjour à la ville n’était que de quelques ‘ours. Il serait illusoire de compter sur la cure urbaïne pour obtenir des succès nombreux et durables. Il faut remarquer encore que la petite ville est manifestement moins nocive que la grande ville. La loi de Fahr est toujours vraie : la rapidité de la tuberculose est en raison directe de la densité de la population par unité de surface métrique.» (Tuberculose. Essai de cure libre en Normandie, Congrès de Naples, 1900.)
Done, toutes les fois que la chose sera possible, organiser la cure libre à la campagne. Même pendant la mauvaise saison, le malade pourra faire sa cure d’air el de repos partout, à condition d’être protégé du vent et de l'humidité. La campagne normande a donné d’ex-
cellents résultats à M. Brunon ; une installation de tor-
in ee
tune suffit. Un simple abri, tente, cabane au coin d’un bois, dans une cour, un verger, permet de réaliser la cure libre, partout où il y a de l'air pur. En effet, ü n°y a pas de climat spécifique de la tuberculose. « On améliore partout les tuberculeux par la cure d’air, dit Renon, aussi bien à la plaine, à la mer, à la montagne, que dans le climat méditerranéen. En préconisant l’altitude comme spécifique de la tuberculose, on s’est mépris. S'il y avait autrefois peu de tuberculeux dans les altitudes, cela tenait à l'absence de contagion ; mais depuis qu'on a transporté les baciilaires dans les stations élevées, la tuberculose est devenue aussi commune qu’en plaine, et elle y exerce les mêmes ravages. Dans certaines localités du Jura où l’industrie s’est développée, on trouve un nombre de tuberculeux égal à celui des villes industrielles des plaines, souvent mème un nombre plus grand, en raison des mauvaises conditions d'hygiène des habitants se claustrant pendant les froids de l'hiver dans des locaux encombrés et contaminés.»
(Conférences pratiques sur les maladies du cœur et des
poumons.)
C’est done bien plus l'air pur, l’observation des règles d'hygiène que les conditions climatériques, qui sont nécessaires dans le traitement de la bacillose.
Pourtant, il y a des indications plus précises pour certains climats que pour d’autres : elles ne tiennent pas à la tuberculose en général, mais bien aux tuberculeux en particulier (Renon) ; et dans certains cas, on se trouvera bien d’envoyér tel malade sous tel climat,
de le faire changer de milieu en l’envoyant à la mer,
PET ALERT:
dans la montagne, ou encore dans une station du Midi. Les avantages de ces déplacements sont réels. Certains tuberculeux qui guériraient très difficilement dans leur milieu habituel, même dans l’atmosphère la plus pure se trouvent, tout à coup améliorés en changeant de
climat, en allant vivre sous un ciel plus clément que le
leur, dans une région où ils trouvent, en plus du calme
et du repos, des adjuvances climatériques dont le rôle est indiscutable sur la régression des lésions pulmonaires et la transformation de l’état général.
Étudier en détail les indications et contre-indications spéciales à chaque climat, à chaque région, spéciales à la mer et à la montagne, serait sortir du cadre de notre travail. Nous poserons ces indications seulement dans leurs lignes générales.
Tout d’abord, il y a, en matière de climatothérapie tuberculeuse, un principe fondamental qui doit être bien connu : c'est que le tuberculeux qui s’en va chercher la guérison sous un autre climat, doit y trouver, avec l'air pur, le repos et le calme. Il faudra donc éviter soigneusement d'envoyer un malade dans ces stations fréquentées par la foule turbulente des oisifs du monde, où les plaisirs et les distractions abondent. Mieux vaut laisser le tuberculeux chez lui que de le placer dans de sem-
blables milieux.
Stations climatiques
« On peut affirmer, écrivent Landouzy et Carnot, qu'aucune eau minérale, aucun climat n’ont d'action
bactéricide directe sur le Bacille de Koch. C’est done uniquement en modifiant le terrain tuberculisable ou tuberculisé qu’ils seront utiles (1). »
De ces stations, les unes fortifient le sujet et Le rendent plus apte à la lutte, ce sont les cures chloruréessodiques, cures marines, cures arsenicales, etc. Les autres sont sédalives, reposantes, comme ‘les stations .
, de la Côte d'Azur, le bassin d'Arcachon. Ces stations
. conviennent aux tuberculeux éréthiques, de souche
arthritique ou nérveuse, aux réactions congestives faciles, aux tendances hémoptoïques. On réservera les cures fortifiantes, stimulantes, de moyenne ou de haute altitude, telles que Cauterets, Challes, Allevard, les Eaux- Bonnes aux tuberculoses à formes torpides, sans réac-
tions vives. *
Cures d'altitude
La pureté de l’air, sa sécheresse remarquable, sa limpidité, la rareté du vent, la grande luminosité, en font, ‘ en hiver, des stations idéales, mais médiocres en été, en automne et au printemps.
L’altitude a une action tonique sur l'organisme. Elle accélère la réspiration et la circulation, exagère les
échanges nutritifs.
« La montagne aide le tuberculeux en . modifiant sa
nutrition, grâce à l’activité régénératrice qu'elle imprime
1. Cures crino-olimatiques chez les tuberculeux,in Crénothérapie, thalassothérapie, climatothérapie, Baillière, Paris, 1910.
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à ses fonctions, tonifiant la circulation, dissipant les
stases, ventilant les sommets, stimulant les oxydations,
le fonctionnement de la peau, les sécrétions diverses. »
| (Dumarest.)
Les formes torpides, les formes fibreuses bénignes, les formes localisées sans tendance à l'extension se trouvent surtout bien de la montagne.
Les contre-indications sont les tuberculoses fébriles, à marche continue, la forme pneumo-caséeuse, la tuberculose aiguë ou « phtisie galopante ». Le nervosisme, l’éréthisme du malade, en sont d’autres ; et surtout l’hémoptysie qui correspond à une marche rapide de la maladie, l’hémoptysie dite active.
En tout cas, comme le recommande Renon, la prudence est de règle lorsqu'on envoie un tuberculeux à la montagne. Il ne faut pas lui faire gagner les hautes altitudes brusquement, mais procéder par étapes, par échelons.
Cures marines
« Je suis convaincu, disait Laënnec, que dans l’état actuel de la science, nous n’avons pas de meilleurs moyens à opposer à la phtisie que la navigation et l’habitation des bords de la mer, dans un climat doux, et je les conseille chaque fois qu’ils sont praticables. » Barthezet Rilliet partagent la manière de voir de Laënnec ; Rochard, Fonssagrives, Bergeron par contre sont
opposés à la cure marine de la tuberculose : pour eux,
le séjour, soit en mer, soit sur le rivage, ne peut être que préjudiciable aux phtisiquest Aujourd'hui les médecins semblent d'accord sur l’action bienfaisanie du elimat marin sur les lésions bacillaires. Là, en effet, on trouve la pureté de l'air, la luminosité, une tempéraiure uniforme, un état hygrométrique élevé, tous facteurs qui jouent up sigrand rôle
dans la cure hygiénique de la bacillose. Il faut y joindre
les émanations marines, certes discutées, chargées de
chlorure de sodium, de brome, d’iode, d'ozone, qui ont peut-être un rôle bacillifère. Le climat marin a encore unrôle tonique indiscuiable : il augmente le tauxde l’hémoglobine, le nombre des globules rouges, active ainsi l’hématose et favorise la renuirition de Vorganisme.
Quelles sont les indications de la cure marine ? Quels tuberculeux faut-il envoyer à la mer?
« Pour les uns, dit Lalesque, il faut un climat atténué par une position relativement abritée des vents, une luminosité modérée, un éloignement relatif de la
mer, une atténuation des facteurs stimulants, excitants,
des climats miligés : Arcachon, Menton, Cannes. Pour
les autres, le climat marin, intégral aussi bien qu’atténué, convient à la cure de la tuberculose pulmonaire ; mais, selon les formes de la maladie, le tempérament du malade, telle zone du littoral convient mieux que telle auire. » { Sur les BORDS DE LA MER DU NORD ET DE LA MANCHE, on enverra les tempéraments mous, lymphatiques; et on réservera d’autres stations aux malades excités, aux nerveux. Il est à remarquer que nos côles normandes,
À Delebrousse ‘ 4
cuebe © .
es ue g se ; si discréditées par Bergeron et Fonssagrives, pourraient
être utilisées plus souvent qu’elles ne sont, pour la cure
marine de la bacillose. « Tout aussi bien qu'Arcachon
et que la Côte d'Azur, dit Fistié, les plages de la Man-
HT", che peuvent se prêter à une cure des tuberculeux, sauf
à modifier bien des détails dans l’hygiène et l’adminis- ‘tration du traitement. »
Le LITTORAL DE L'ATLANTIQUE, presque partout bordé
de dunes et de forêts de pins, aux propriétés sédatives
HG et toniques si marquées, est désigné, d’après Renon,
MORE « pour les prédisposés constitutionnels et pulmonaires,
pour la phtisie scrofuleuse, la tuberculose pulmonaire
on. : chronique à ses trois périodes, la pneumonie caséeuse
‘ dans la période de fièvre, les formes fébriles, et la forme
a : hémoptysique. Les contre-indications s’étendent aux,
formes lentes en non-activité, à la granulie, à la cachexie