‹ La Cure Libre de la Tuberculose Pulmonaire: Principes, Indications, Technique, RésultatsChapitre 49 sur 51 · LA CURE LIBRE DANS LA LUTTE ANTITUBERCULEUSE · texte numérisé non relu

LA CURE LIBRE DANS LA LUTTE ANTITUBERCULEUSE

La cure libre donne des résultats indiscutables ; ceux qui y sont opposés, ne peuveni le nier ; aussi leur seule objection est celle-ci : vous pouvez certainement améliorer et même guérir les tuberculeux riches, aisés, par la cure libre, mais les pauvres, les deshérités, que pouvez-vous faire pour eux ? Est-ce que pour ceux-là le sanatorium n'est-il vraiment pas nécessaire, indispensable?

Avant de répondre à cette objection que la cure libre est peu applicable ou pas même aux malades de la classe populaire, il me sembe nécessaire d'envisager ce que vraiment, réellement, le sanatorium peut lui-même pour ces malades,

Aujourd’hui, nous sommes loin de l’époque où les

Brehmer, Dettweiler, Leysen, Mœæller, Knopf et tous les médecins allemands vantaient les triomphes du sanatorium ; l’enthousiasme des premiers jours s’est refroidi devant la réalité des faits.

En 1901, au cours d’une conférence faite à Lille, quand M. le professeur Landouzy s'écriait :« Voulez-vous sa-

Delabrousse 8

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* voir si nous nous illusions sur le rôle curateur du sanatorium populaire ?...», il se basait sur quelques heureux résul tats obtenus au sanatorium de Hauteville, et surtout sur lesrésultats donnés par les statistiques allemandes indiquant que plus des deux tiers des maladés entrés au premier stade de la tuberculose étaient sortis après trois mois de séjour « remis en pleine capacité fonctionnelle >. Mais ces malades déclarés guéris, qui les suivait, qui s’assurait du laps de temps durant lequel ils étaient réellement valides? — Comme l'ont dit -. avec justesse les professeurs Grancher et Robin, ces malades, blanchis seulement pour la plupart, et non guéris, entraient dans de nouveaux sanatoriums à la moindre rechute ou s’en allaient mourir chez eux, si bien qu’en définitive les « statistiques de sortie quirelèvent 70 °/, de guérisons, se transforment d’année en année en 50, 40,30 et15 4».

Et quand G. Sersiron, et E.-A. Weill réclamaient «la multiplication des sanaloriums, l'assistance au tuberculeux pendant son hospitalisation, et la fondation par les départements, les municipalités, des établissements spéciaux pour chaque catégorie d'individus tuberculeux, soldats, marins, instituteurs, employés des postes, etc., on leur objectait avec raison les formidables dépenses qui en résulteraient pour le pays, et cela pour des résultats aléatoires. |

« Si l’on se rallie à cette opinion, disait M. le profes-. seur Robin, dans une conférence à l’école des Hautes- Études, nous devons construire peu à peu chez nous

assez de sanatoria pour hospitaliser tous les tuberculeux + LU

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au début. Leur nombre n’est pas connu, mais on est certainement au-dessous de la vérité en les estimant à 250.000 pour la France entière. Or, admettant que la cure dure quatre mois, il faudra environ 83.000 lits, soit 332 sanatoria de 250 lits. En prenant les chiffres des trois établissements populaires existants, On arrive à 8.900 francs par lit. Réduisons le prix à 6.000 francs, et nous voici déjà à l'immobilisation d’un premier capital de 500 millions. Mais ce n’est pas’ tout que de construire et d'installer. Il faut entretenir et traiter. D’après l'Office Impérial de Berlin, le prix de revient du traitement d’un tuberculeux, dans un sanatorium populaire, est-de 4 fr. 40 par jour, soit 1.600 francs par an. - A Bligny, on table sur 3.000 francs par an. Prenons la moyenne, soit 2.300 francs, et l’on arrive pour l'entretien et le traitement à une somme annuelle de 191 millions ; et je ne compte ni les secours d’assistance aux familles, ni la somme à dépenser pour créer et entretenir les hôpitaux-asiles où il faudra bien soigner les tuberculeux plus avancés que repousse le sanatorium. Et, notez que j'ai pris comrne base de calcul les chiffres les plus faibles, puisque certains admettent que, pour hospitaliser tous les tuberculeux de France, les frais du premier établissement seraient de près d’un milliard et les frais d’entretien annuel de 800 millions ! »

MM. Roux et Letulle proposaient bien certaines combinaisons financières, très intéressantes, pour rendre ces colossales dépenses moins lourdes au pays; mais, malgré elles, les sacrifices restaient encore très grands et disproportionnés avec les résultats pratiques qu’on

pouvait espérer. Aussi, dans le pays, se produisit-il, contre l'extension que certains voulaient donner aux sanatoriums, un mouvement très net de réaction, qui fut rendu très manifeste par le referendum adressé aux médecins de France, par le D’ J. Helme, sur la question des sanatoria, dans la Revue moderne de médecine et de chirurgie (avril 1904). Si 156 médecins se montraient partisans du sanatorium, 426 s’en déclaraient les adversaires; et sur cette question : Trouvez-vous que les dépenses nécessitées par les sanatoriums soient en proportion avec les résultats obtenus ? 60 déclaraient que, de ce côté, tout était bien, les résultats en proportion des frais, alors que 380 trouvaient, au contraire, que les dépenses étaient hors de proportion. RRE

Cette opinion que les sanatoriums, en matière de lutte antituberculeuse populaire, donnaient des résultats discutables et incertains, eut pour effet de décider certaines municipalités, certains départements à renoncer à la construction de sanatoria. C’est ainsi qu’en 1904, le département de Vaucluse ne donna pas suite à un projet de sanatorium populaire sur l’avis de la Commission permanente de la tuberculose que «le sanatorium pour indigents ne donne qu’un nombre restreint de guérisons et que son rôle d'agent de prophylaxie est également assez effacé ».

Aujourd’hui, l'opinion générale est que le sanatorium, s'il se montre très utile dans certains cas particuliers, ne peut à lui seul constituer une arme de combat contre la tuberculosé, et que son extension donne matière à réflexion, les dépenses qu’exige sa construction

AG Ce étant hors de proportion avec les résultats obtenus.

Mais alors comment envisager la lutte contre la tuberculose ; quelles armes lui opposer ? |

Certains gardent le sanatorium comme arme principale et groupent autour de lui des œuvres annexes. Ces œuvres sont nécessaires : d’abord pour faire la sélection ‘des malades et n’envoyer au sanatorium que ceux qui sont curables, puis pour soulager les familles privées d'un père, d'une mère, de membres qui en étaient le gagne-pain, enfin pour permettre aux tuberculeux guéris de perdre le bénéfice de leur cure par la reprise d’un travail dur et pénible, en leur trouvant des emplois faciles et peu fatigants. C'est ainsi que M. le professeur Robin a créé l'Office antituberculeux qui utilise toutes lés œuvres charitables déjà existantes et fonctionne avec un minimum de ressources, tout en donnant des résultats indiscutables. L’Ofice antituberculeux fournit aux malades les soins médicaux, les médicaments, la viande crue, le lait, l'huile de foie de morue, leur donne des secours de loyer et de vêtements, assure le placement gratuit dans les sanatoriums de ceux qui sont susceptibles d’en retirer un bénéfice, assure la prophylaxie de la tuberculose par l'éducation de l’entourage du malade et des mesures de désinfection, et fournit enfin aux malades capables de travailler une occupation proportionnée à leurs forces.

M. le professeur Claude a proposé tout un ensemble d'œuvres et d'établissements, tels que dispensaires et

ateliers de repos pour les malades atteints de tubercu-

lose fruste ou au début ; des sanatoriums dits de travail,

| Mie des colonies agricoles, des ateliers ruraux pour les malades plus avancés, et enfin des hôpitaux spéciaux, hospices-asiles pour les tuberculeux incurables ou arrivés à la période ultime de la maladie.

M. le D' Calmeite, de Lille, a créé, en 1901, un type de dispensaire antituberculeux: qui a pour but de secourir les malades en leur donnant des soins et des’ médicaments, et de réaliser la prophylaxie de la tuberculose par l’éducation hygiénique du malade et de son entourage. Ces dispensaires, répandus dans la région du Nord, rendent de précieux services à la classe ouvrière et sont des agents actifs de lutte antituberculeuse.

D'autres enfin tentent de remplacer le sanatorium trop coûteux et aux résultats problématiques par dés installations de fortune ou l'aménagement spécial de certains hôpitaux. M. Brunon, de Rouen, a eu le grand mérite de montrer qu’on pouvait adäpter, sans grands frais, à la cure sanatorialé, une maison, une ferme, un château situés de préférence au voisinage d’une grande ville, d’un centre industriel. Ces sanatoriums dits de Jortune rendraient absolumentles mêmes services que des établissements construits à grands frais. Enfin, on à encore essayé de réaliser la cure sanatoriale dans l'hôpital même, en augmentant l’aération des salles, en créant des galeries de cure dans les jardins. Ces installations ont été réalisées dans certains hôpitaux parisiens et aussi de province, A l’'Hospice général de Rouen, M. Brunon a pu procurer les bénéfices de la cure d’air et de repos aux petits malades de son ser-

vice, en faisant créer dans les jardins de l’hôpital un « aerium >» où les enfants passent toute la journée au

grand air, étendus sur des lits de repos.

Comme on le voit, chacun a,en France,comme à l’é-

. tranger, rivalisé d'efforts pour combattre le fléau tuber-

culeux et assurer, aux malades, les soins et le repos

auxquels ils ont droit. Dans l'état actuel des choses, il

, n’y a pas une œuvre antituberculeuse — sanatorium,

dispensaire, installations de fortune — qui puisse revendiquer pour'elle seule le précieux avantage de lutter avec supériorité contre la bacillose. Aussi ne fautil pas, pour employer l'expression de M. le professeur Letulle, d’anartchie médicale ; aussi ne faut-il pas que certains s’attribuent, à eux seuls, le titre de champions de lutte antituberculeuse, comme l’ont fait les Allemands avec le sanatorium, et après eux, quelques médecinsen France. Non, il faut que chacun contribue,

dans la mesure de sesefforts, et avec les armes dontil

dispose, au combat contre le fléau moderne, contre la « peste tuberculeuse ». Contre un ennemi un et puissant, il faut l’union générale, la réunion de toutes les forces, de toutes les énergies, de toutes les intelligences.

Dans ces conditions, pourquoi refuser à la cure libre le droit de contribuer, comme les autres institutions antituberculeuses, à la lutte contre la bacillose ?

Que peut faire la cure libre en faveur des tubercu-

leux pauvres ? demande-t-on. Peu de chose encore,

mais son rôle, restreint actuellement, peut el doit s ’éten-

dre, si l’on veutlui prêter aide, et favoriser son action.

Aujourd’ hui en facé d’un tuberculeux indigent, d’un

{ouvrier on d’un employé qui ne peut entrer au sanatorium et ne veut pas aller mourir à l'hôpital, que peut faire le médecin ? Peut-il organiser la cure libre ? Quelquefois, oui. Dans la banlieue des cités industrielles, dans la petite ville, où chaque maison est entourée d’un jardin, où il y à de l’air et du soleil, quand une chambre peut être réservée exclusivement au malade, quand la famille dispose de quelques ressources, le médecin .

doit organiser la cure libre et bien souvent il réussira à

améliorer, à guérir même son malade. Mais pour cela &/ faut vouloir réussir. Dans d’autres cas, dans un milieu absolument indigent,chez un malade quimanque deressources ou vit avec une famille nombreuse dans un logis

“étroit et malsain, la cure d’air et de repos est impossi- :

ble. Mais le sera-t-elle toujours ?

Sous l’action énergique et persévérante de M. l'abbé Lemire, partout maintenant se créent des jardins ousriers ; il y a en eux un élément de diffusion de la cure libre. Pourquoi ne pas réaliser dans ces jardins des endroits de cure pour les ouvriers tuberculeux ? Ceux qui se trouveraient au début de la maladie, pourraient, dès la disparition de la fièvre et le retour des forces, être occupés à des travaux légers de jardinage. On pourrait même, au voisinage de ces jardins, construire des maisons à bon marché, mais confortables et assez spacieuses, où les tuberculeux en voie de guérison achèveraient leur cure, tout en s’occupant aux soins du jardin ou à de menus travaux. Du reste, en 1903, au Congrès des jardins ouvriers, ces vœux ont été proposés et chaleureusement votés.

Pourquoi ne pas créer, comme en Allemagne, sur une vaste échelle,les cures forestières pour les ouvriers prétuberculeux ou en voie de guérison ? En Allemagne, sous l'instigation de la Croix-Rouge et des sociétés d’assurances, on facilite aux ouvriers tuberculeux curables le séjour de plusieurs mois au sein de la forêt la plus proche de la ville. Chaque matin, un tramway mène les malades au lieu de cure. La journée se passeen promenades dans la forêt ou en cure de repos à l'abri d’une grande baraque. Le soir, le même tramway ramène au logis chaque malade. Des essais encourageants ont été faits chez nous. IL faut multiplier ces essais et l’on aura ainsi un élément nouveau de succès pour la cure libre. a

Les municipalités ont, il nous semble, le devoir d’organiser dans leur banlieue des galeries de cure à l’usage des tuberculeux indigents. |

Ces installations, faites à peu de frais, permettraient d'assurer aux tuberculeux, qui sont légion dans les grandes vilies, une cure d’air et de repos économique. Les malades seraient pris le matin par des voitures spéciales, passeraient la journée sous les galeries de cure où ils prendraient leurs repas, soit apporté par eux, soit fourni par la ville, et le soir seraient ramenés de Ja même façon.

Enfin, il est avéré qu'un tuberculeux même complètement guéri est toujours sous la menace d’une re-

chute, surtout s’il reprend un travail pénible et dur. Aussi serait-il désirable, commele demande M. le D' Letulle, de voir créer partout des colonies agricoles, soit

pour. prétuberculeux, soit pour tuberculeux guéris,

mais ne pouvant, sans risques, reprendre leur profes-

sion primitive. Ces colonies pourraient subvenir à leur

existence propre par les bénéfices réalisés dans la culture et le jardinage auxquels pourraient se livrer la plupart des malades hospitalisés. On pourrait égale-

ment y envoyer les tuberculeux de la classe ouvrière

qui ne peuvent être soignés chez eux, et qu'on ne peut

envoyer au sanatorium. Rien même n’empêcherait de créer, un peu partout, à la campagne, chez des particuliers, des installations de fortune où certains tuberculeux des villes viendraient achever, au bon air, leur cure commencée chez eux. Contrairement à Durosoy, il nous semble qu’un tel projet n’a rien « d’utopique > et nous ne voyons pas pourquoi les malades ne trouveraient pas chez des particuliers, à la campagne, « les conditions d'hygiène indispensables à leur guérison» ? Quant aux dangers de contamination de l'entourage, ils sont moins réels qu’on se l’imagine ; et avec quelques précautions, on les rendrait absolument nuls. Quand jardins ouvriers, galeries de cure,installations suburbaïines, colonies agricoles seront répandues sur tout le territoire, quand on aura assaini les villes et donné, aux ouvriers, des maisons hygiéniques, la cure libre sera applicable presque partout dans les milieux populaires. Et en soignant le malade chez lui,le médecin fera d’aussi bonne prophylaxie antituberculeuse qu’au sanatorium, puisqu'il agira directement sur l’entouräge du malade même, auquel'il pourra donner des conseils, et faire appliquer les principes courants d’hy-

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giène ; les dangers de contagion ne seront pas augmen-

tés, si l’on sait user d’une antisepsie vraiment pratique : destruction des crachats, nettoyage fréquent et complet de la chambre, désinfection du linge, de la literie, etc. ; et l’on sauvera nombre de malheureux qui,aujourd’hui, parce qu’ils ne peuvent trouver place au sanatorium, n’ont que la seule ressource d’aller finir lamentablement à l'hôpital ! : fe, :

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