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latives à l’histoire de la Saxe. Lorsque Jean- George I er partagea ses États entre ses quatre fils, il leur donna à chacun une de ces coupes. En 1746, sous Auguste III, après l’extinction des trois branches collatérales, ces quatre coupes se réunirent dans le trésor électoral. Si le roi de Thulé n’avait pas jeté sa coupe à la mer, on la retrouverait à la Gruene Gewœlbe.
C’est le calice d’or orné d’émaux et de pierres précieuses qui a appartenu à la femme de Jean- George I er , Madeleine-Sibylle de Brandebourg. Elle a également apporté au Trésor une magnifique corne à boire en or, travaillée par Gaspard Herback.de Copenhague, et portant la marque de sa propriétaire et la date de 1650.
C’est un vase en forme de cratère, portant, incrustées dans son calice^ suivant la mode allemande, vingt-deux belles médailles romaines, autour desquelles circulent des branchages de toutes sortes. Ce cratère fut offert en 1508 à la société littéraire du Danube par Augustin Kessembrod, chancelier de Wladîslas, roi de Hongrie et prévôt d’Olmutz. Conservé dans le trésor de cette ville, il fut emporté par les Tartares quand ils la saccagèrent. Retrouvé lors de la prise d’Azof par les Russes, il fut vendu à des juifs, racheté par M. de Beuchlingue et cédé par lui à la Gruene Gewrelbe. Le cratère de Kessembrod,
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on le voit, a beaucoup voyagé, mais du moins il n’a pas souffert.
C’est enfin un objet des plus précieux, un vase russe (koftschick) en or massif, offert à Auguste le Fort par Pierre le Grand. Les koftschicks, encore en usage dans les ménages russes, sont tout simplement de larges assiettes creuses en métal, plus ou moins richement ornées, selon la fortune des particuliers. Celui-ci est chargé d’arabesques, de caractères slaves et de la double aigle russe se détachant en nielles brunes sur le fond éclatant de l’or. On trouverait difficilement une ornementation plus riche et plus puissante. Les enroulements des entrelacs rappellent à la fois le goût byzantin, les damasquinures du Kurdistan et la flore farouche qui s’épanouirait sur les chapiteaux romans. Si cette pièce n’est pas unique, elle doit être au moins de la plus insigne rareté. Le livret la dit fabriquée à Polotzk, à la fin dü quinzième siècle.
Après avoir jeté un coup d’œil sur le travail délicat de plusieurs coffrets et boîtes en filigrane de Venise et de Gênes, nous pouvons entrer dans la salle V, contenant les pierres dures, les intailles et les cristaux de roche.
Je ne vous y arrêterai pas longtemps. Les pièces qui y figurent m’ont toutes paru riches et rares, mais elles intéressent le lapidaire et le bijoutier autant au
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moins que l’artiste. Si la matière est belle, la forme m’a paru assez peu satisfaisante et d’une pureté contestable. Or, quand il s’agit de vases, la forme est tout. Une amphore en grossière argile de Nola, si elle est d’un galbe pur, aura plus de prix qu’une buire d’agate ou de calcédoine, si les contours sont lourds ou défectueux. Mais, je le répète, cette salle offre aux études de l’amateur de pierres dures une série d’échantillons qui ont, sur un simple cabinet de minéralogie, le mérite d’élre montés et présentés dans les conditions qui leur sont le plus favorables.
En suivant l’ordre du livret, je vous signalerai neuf vases de lapis, quinze de jaspe sanguin, trentequatre de jaspes de différentes couleurs, deux cent douze d’agates diverses, depuis l’agate noir d’encre jusqu’à l’agate blanche mamelonnée, soixante-douze de calcédoine, huit d’onyx; puis une foule de petits objets en sardoine, cornaline, améthyste, prase et chrysoprase, serpentine, néphrite, agalmatolithe, grenat de Bohême et du Tyrol. Quelques-unes de ces pièces sont plus particulièrement intéressantes pour la minéralogie allemande, dont elles sont des spécimens.
La Gruene Gewœlbe possède une collection de pierres gravées qui se monte à onze cents pièces. La plupart sont modernes et ne remontent pas au delà du seizième siècle. Je ne fais pas cette observation
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pour diminuer l’intérêt du travail de ces intailles; car l’Italie du seizième siècle à produit des graveurs aussi habiles que leurs ancêtres de Rome ou de Syracuse ; mais seulement pour constater un fait. Toutefois quand on connaît les pierres gravées des cabinets de Vienne et de Paris, toutes les collections du même genre paraissent pauvres en comparaison. Celle de Dresde ne fait pas exception à la règle.
Enfin de nombreux objets en cristal de roche dont le limpidité ne m’a pas paru à l’abri de tout reproche; et quelques verres et bouteilles en verre de Venise maillé ou lacté complètent la décoration de cette salle, sans contredit la plus intéressante de la Gruene Gewœlbe pour les savants. Malheureusement je ne suis qu’un curieux, je ne m’adresse qu’à des curieux.
Un cabinet attenant à cette salle a été réservé aux objets d’un petit volume auquel s’applique plus spécialement le nom de bijoux : souvenirs d’affection, jolies bagatelles, riens élégants, parures d’hommes et de femmes, dont la ténuité du travail relève et met en œuvre la richesse de la matière. L’or, l’émail, la ciselure et l’incrustation jouent le principal rôle dans la décoration de ces objets tenant le milieu entre le jouet et la breloque. S’ils intéressent la curiosité, s’ils flattent le goût, leur réunion a surtout le privilège d’exciter la convoitise des visiteuses qui encombrent régulièrement ce cabinet et ne le quittent
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qu’à leur corps défendant et en le poursuivant longtemps du regard. Ce sont là en effet des bibelots féminins dans toute l’acception du mot.
La pièce la plus ancienne m’a paru être une cuiller et une fourchette en or pur réunies sur une seule tige. Cette tige, de forme quadrangulaire, est terminée par une fourchette à deux dents’ placée sous une spatule formant cuilleron. Sur^ ce cuilleron se replie par une charnière la tige elle-même. Un lacis d’émail court le long de cette tige, s’épanouit sur la spatule et sertit dans ses nervures de petits diamants et de petits rubis disposés avec un goût extrême. Malgré l’intéressante date de mccclxxv gravée sur cette pièce, je la crois postérieure de deux cents ans, et j’y verrais plutôt un travail de la renaissance française ou italienne.
Quelques insignes de décoration en or émaillé et ciselé, incrusté de pierres précieuses, représentent des nefs, des Vierges portant J’enfant Jésus, des dragons, etc.; ces décorations se portaient suspendues au cou par une chaîne. Quelques enseignes de chaperon, également en or émaillé, forment l’appoint du seizième siècle.
Dans les objets du dix-septième siècle, j’ai remarqué de nombreux œufs de Nuremberg (n6m vulgaire des montres à celte époque) enclavés dans des boîtes en or, gravées ou ciselées, et en cristal de roche; et
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un bijou en forme d’œuf renfermant, enveloppés les uns* dans les autres, un poulet, une couronne et une bague portant pour devise : Constant malgré P orage ; puis une foule de petits bustes et de petits flacons en matières précieuses : futilités inutiles et charmantes qui ornaient jadis les crédences des princes et des grands seigneurs, et figurent aujourd’hui dans les vitrines des riches particuliers qui les payent dans les ventes vingt et trente fois leur valeur.
J’appellerai également votre attention sur plusieurs boîtes en aggemina. On nomme ainsi, du nom persan de la Perse — Adjem — un travail dont Venise avait reçu les procédés d’ouvriers armuriers persans, et dont elle semble avoir exercé le monopole au seizième et au dix-septième siècles. Ce travail consiste en une application de petites lamelles d’or ou d’argent sur un fond d’écaille, d’ivoire ou de métal, où elles adhèrent au moyen de légères stries formant une surface rèche comme une lime. Il ne faut pas confondre Y aggemina avec le piqué, qui se fabriquait à Venise à la môme époque. Le piqué, son nom l’indique, s’obtenait au moyen de petits clous d’or, d’une ténuité extrême, piqués dans l’écaille ou la corne, et dont l’ensemble représente toutes sortes de sujets. La Gruene Gewœlbe en contient quelques-uns.
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Dans ce cabinet sont exposées deux ou trois cents figurines du fameux orfèvre saxon Melchior Diglinger, que l’on place, k Dresde, à côté de Benvenuto Gellini. De ces figurines, les unes sont ciselées dans l’ivoire ou le bois d’ébène garni de pierres ou d’émaux, les autres sont formées de perles baroques dont les gibbosités ont constitué précisément le mouvement de la figure. L’ensemble de toutes ces figures, fait justement remarquer l’auteur du livret , est traité en caricature. Ce sont des faces grimaçantes, des corps contrefaits; c’est une recherche du laid et de la difformité qui vous fait ressentir la même impression pénible que l’on éprouve en feuilletant les Grotesques de Callot ou les Contes drôlatiques de Pantagruel. Parmi les ivoires, je me souviens de musiciens ivres se gourmant, — du portrait de Barbe Uthmann, l’inventrice des dentelles de Saxe, de cordonniers, de rémouleurs, de potiers exerçant leurs professions. Il y a dans le cabinet des bijoux, au Louvre, un petit porte-balle haut de deux pouces, qui doit sortir de la même main que les joujoux de la Gruene Gewœlbe, et qui en donne exactement l’idée.
Les perles baroques, malgré la richesse de la matière, et l’ingéniosité du travail, sont encore plus désagréables à regarder. Quand on est doué d’un sentiment quelque peu élevé du beau, on donnerait
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des millions de nains, de Falstaffs, de gardes suisses, de patineurs, de singes gourmands ou malades, de guenons dansant, pour une de ces belles chimères .dont les artistes de la Renaissance tordaient la queue imbriquée dans un fouillis de feuillages aux volutes si élégantes. Mais je n’insiste pas. Il ne faut pas apprécier des joujoux d’enfant ou des breloques de vieillard comme on juge des œuvres d’art. Ici, dit le livret, et tout le monde sera de son avis, toute critique sévère doit être mise de côté. Les noms de plusieurs des ouvriers qui ont emmanché ces fantoches ont été conservés. Quand les enfants reconnaissants élèveront un Panthéon aux marionnettes, ces noms devront figurer en lettres d’or sur le fronton : Ferbecq, Girardet, Nessler, Kohler, Hovera, Krueger.
Ai-je besoin après cela de vous dire mon opinion sur le plus connu d’entre eux : Melchior Diglinger? C’était un bimbelotier habile, ingénieux et adroit. Parmi les fabricants de jouets de Nuremberg, c’est certainement le plus illustre ; et si l’Allemagne songe jamais à former une école de bimbeloterie, il devra en être le chef. Mais ses productions sont éloignées de celles de Cellini, — de celles du moins que l’on connaît, — de toute la distance qui sépare l’art du métier. On se convainc de cette vérité en examinant son œuvre la plus estimée : La Cour et Aureny-Zeb,
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placée dans la dernière salle. Sur un plateau carré, divisé en trois cours et entouré de maisons et de portiques, Diglinger a représenté le grand-mogol Aureng-Zeb recevant les hauts dignitaires de sa cour qui lui apportent des présents. Les personnages, au nombre de près de deux cents, tous en argent, ont trois pouces de haut et sont ciselés et émaillés avec un soin scrupuleux. Diglinger a travaillé "pendant huit ans à confectionner ce joujou; il s’est fait aider par ses fils et par quatorze ouvriers; il a fourni la matière et a reçu 28,485 écus de Saxe, c’est-à-dire 210,000 francs. Pour une œuvre d’art, ce n’est pas trop payé; pourun joujou, c’est hors deprix.
Jean-Melchior Diglinger était né à Biberach, près d’Ulm, en 1665. En 1702, après avoir travaillé à Augsbourg et avoir visité l’Italie, Auguste le Fort l’appela à Dresde, où jusqu’à sa mort, arrivée en 1731 , il ne cessa de lui donner des commandes et d’en faire l’exécuteur de ses caprices en orfèvrerie. La Gruene Gewœlbe a hérité de la plupart de ces caprices. Je sais bien qu’on ne peut faire Diglinger responsable du goût de son maître. Cependant quand un artiste est doué d’une puissante originalité, il en imprime le cachet dans ses moindres œuvres et sait corriger ce que le goût de son souverain peut présenter de défectueux et d’anormal. Avec des hommes comme Cellini ou Primat ice, François I pr
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avait toujours bon goût. On peut en dire autant de Diglinger. Il a aveuglément suivi les ordres qu’il recevait, n’y ajoutant rien, n’en retranchant rien, et ne se préoccupant évidemment ni de la beauté, ni du caractère, ni de l’effet, ni du style; c’était, je le répète, un ouvrier beaucoup plus qu’un artiste. Il était aidé dans ses travaux par ses deux frères, George- Frédéric et George-Christophe. Son fils Jean-Frédéric, né en 1702, travailla dans le môme genre que son père, et mourut en 1767. Une de ses filles, Sophie-Frédérique, a laissé d’assez jolies miniatures. J’ignore si sa postérité vit encore.
Traversons la salle n° VI, contenant surtout les bois ciselés dont je vous ai parlé à propos des ivoires, et terminons ce long examen par la salle n° VIII, où sont placées, outre les principales pièces d’orfèvrerie de Diglinger, la Cour d'Aureng-Zeb , la Mythologie égyptienne , le Vase des travaux cT Hercule , les Jeux de V enfance; les belles armes, les décorations et les parures de diamants et de pierres précieuses appartenant à la famille de Saxe.
L’aspect de cette salle vous fait éprouver un éblouissement semblable à celui de la rotonde du Diorama, à l’Exposition universelle de 1853. Sans posséder de pierres d’une valeur historique égale au Régent, au Sancy, à l’Orloff, ou au Grand-Mogol, la famille de Saxe est extrêmement riche en diamants.
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en émeraudes, en rubis, en saphirs, en opales et en perles d’une qualité exceptionnelle. La quantité m’a paru prodigieuse. Ces pierres montées en couronnes et en diadèmes, serties en rivières, en colliers, en pendants d’oreilles, en agrafes, en nœuds d’épaule; formant des épingles, des anneaux, des boutons, des boules, des décorations ; semées sur des poignées d’épée, des fourreaux de sabre, des baudriers, des ceinturons, des pommes de cannes, des boites, sont rangées dans des vitrines dont la disposition est aussi favorable à l’examen qu’avantageuse pour faire ressortir la pureté de leur eau et l’éclat de leur feu.
Des lapidaires ou des connaisseurs émérites en pierres fines doivent passer dans cette salle des heures d’ivresse contemplative. Pour un badaud carieux comme moi, pour un songe-creux qui prise un anneau en fer élégamment ciselé au prix beaucoup plus élevé que tous les diamants du grand lama, s’ils sont lourdement sertis, je n’y ai remarqué que quelques jolies décorations ou enseignes du seizième siècle, dont le travail m’a paru fiançais ou italien, et des armes orientales d’une incomparable beauté rapportées de Vienne en 1683 par l’électeur deSaxe Jean-George III.
Quant aux pièces historiques, je ne puis avoir la prétention de vous citer toutes celles qui offrent de
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l’intérêt. Cependant ma mémoire, aidée de mes notes et des indications du livret, me rappelle :
Le grand glaive que faisait porter devant lui, quand le Saint-Empire existait, l’électeur de Saxe, comme grand maréchal de l’empire. Celte précieuse relique allemande date de 1566 ;
La bague de saphir que Jean-Frédéric, le dernier électeur de la branche Ernestine, donna au capitaine Trotha, qui le fît prisonnier à la bataille de Muhlberg, en 1547;
La bague de Luther, simple cornaline, gravée d’une rose surmontée d’une croix;
Le cachet de Luther portant une tête de mort et la devise Mari cogita. Le cachet de Luther! Devant une pareille relique, j’avoue avoir fait bon marché de la forme et de l’art. Tout ce qui m’entourait s’est obscurci. Je n’ai plus eu d’yeux que pour cette modeste pierre qui du même coup a scellé de sa lugubre empreinte la déclaration de guerre de la raison contre la foi, et la charte d’affranchissement de la conscience humaine. Le cachet de Luther ! quand j’irai à Rome, je le comparerai à l’anneau de Saint- Pierre.
Il se trouve encore, m’a-t-on assuré, des choses fort curieuses dans cette salle; je ne les ai pas vues; l’anneau de Luther m’en a empêché.
La conclusion de cette nomenclature est facile à
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tirer. Elle ressort du sujet môme. Si l’on considère la Gruene Gewœlbe au point de vue de la richesse et de la variété, aucune collection ne peut soutenir la comparaison avec elle. La Saxe est un des États de l’Europe qui ont eu le moins à souffrir du vandalisme des révolutions. Elle n’a pas eu de guerre de 1707, qui a envoyé au creuset une partie des trésors amassés par vingt générations de rois ; elle n’a pas eu une terreur de 1793, qui a fondu le reste pour en faire plus de pièces de six liards que de pièces de canon.
Si l’on est sollicité par l’archéologie historique, cette collection offre une source inépuisable de recherches. L’histoire du goût en Saxe me paraît résumée dans ces huit salles d’une façon aussi amusante que fidèle; et l’histoire proprement dite y trouvera, pour pénétrer dans la vie privée des électeurs et apprécier leur caractère et leurs habitudes, des documents que l’on chercherait vainement ailleurs.
Si enfin c’est le goût dans le travail, la beauté des formes, l’élégance et la pureté de l’ornementation, la valeur artistique, que l’on étudie, la Gruene Gewœlbe ne satisfera qu’à moitié. Il est bien entendu que ce n’est là qu’une opinion personnelle dont la valeur n’est autre que celle de toute opinion personnelle. Sous ce rapport les collections publiques de
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OU
France, le cabinet des Gemmes de Florence, certaines collections particulières d’Angleterre, tout en étant moins nombreuses, présentent un intérêt bien supérieur à la Gruene Gewœlbe. On sort du palais royal de Dresde plus ébloui par la richesse que touché par la beauté ; le goût ne s’y épure pas, et l’on en emporte plutôt une idée de convoitise qu’une notion élevée de l’esthétique.
Mais si l’on veut se rendre compte de ce qu’était l’orfèvrerie des seizième et dix-septième siècles entre les mains des artistes de Nuremberg et d’Augsbourg, si l’on veut étudier les modifications apportées par le goût allemand au mouvement de la Renaissance dans l’appropriation et la décoration des objets usuels; nulle part on ne pourra le faire d’une façon plus complète qu a la Gruene Gewœlbe. Cette belle collection, n’eût-elle pas d’autre but, mériterait; sans réserve, la notoriété dont elle jouit à l’étranger, j’espère, en outre, avoir indiqué les autres points qui la recommandent à l’intérêt de tout voyageur intelligent et homme de goût.
Février 1861.
Je doute qu’il existe en Europe une réunion de porcelaines de Chine aussi nombreuse que celle du Palais japonais de Dresde. Le catalogue remplit cinq gros volumes in-folio, et ne compte pas moins de 60,000 numéros dont 63,000 au moins s’appliquent à des objets de céramique de l’extrême Orient.
Toutefois, malgré ce chiffre, on ne pourrait pas se former à Dresde une idée générale, non-seulement du degré d'avancement où les Chinois ont poussé l’industrie ayant trait à ce que l’on appelle en France la curiosité , mais encore de l’ingéniosité, du goût qu’ils ont apporté dans toutes les branches de la céramique, de la délicatesse merveilleuse de leurs procédés de fabrication. Sous ce rapport, le musée de Sèvres, le musée ethnographique du Louvre, le musée chinois de La Haye offrent un intérêt supé-
rieur, parce qu’ils comprennent une quantité d'objets bien plus variée. Ainsi, en dehors de la porcelaine, Dresde ne contient ni bronzes, ni émaux champlevés ou peints, ni laques, ni pierres dures, ni cristaux de roche, ni ivoires, ni bois, dont l’étude jette un si grand jour sur la fertilité d’invention de l’industrie chinoise. Si l’on circonscrit ses recherches à la céramique, on n’y rencontrera pas de boccaros, on n’y trouvera aucune de ces pièces en gros bleu flambé, en rouge haricot, en rouge vermillon, en blanc lacté à reflets opalins, en gris truité, en vert céladon de toutes nuances, aucun de ces vases d’un tout petit volume en porcelaine émaillée rose vif, rose pâle, jaune maïs, bleu céleste, bleu de Chine, qui sont le mérite et l’attrait des collections Poinsot, Barbet de Jouy, Malinet, d’Aigremont, et que madame la duchesse de Montébcllo avait réunis en si grande quanti lé. Il semble que ce soit dans les objets d'un tout petit volume que le goût chinois ait pris plaisir à déployer toutes ses ressources, soit dans la pureté des formes, soit dans la richesse de l’ornementation. A Dresde, ces délicieux produits brillent par leur absence. Mais si l’on veut étudier les pièces d’une dimension relativement grande, les pièces de décoration, c'est à Dresde qu’il faut aller. En circonscrivant ses recherches danslesens que j’indique, on sera surpris que l’on ait pu rassembler une
a d::esde.
pareille quantité de produits. Quand on y rencontre une pièce rare, ce n’est pas par unité qu’on la trouve, mais par centaines et quelquefois par milliers.
La collection est rangée dans dix-huit salles au rez-de-chaussée du Palais japonais. Ces salles, qui font le tour de l’édifice, sont, je le crains, les anciennes cuisines ou les anciennes offices du palais, situé à l’extrémité occidentale de Dresde, sur la rive droite de l'Elbe, Construit de 1715 à 1730 par Auguste le Fort sous la dénomination qu’il porte encore, l’édifice offre la forme d’un parallélogramme flanqué de quatre ailes et de deux pavillons centraux. Le toit vert, dont la saillie est relevée en forme de chapeau chinois, le fait facilement reconnaître entre les monuments de Dresde. Auguste le Fort, grand amateur de curiosités, avait, paraît-il, un goût prononcé pour les porcelaines chinoises. 11 les faisait venir de Hollande par centaines de caisses, et prenait plaisir,. dit-on, à en orner les murs de ce palais. Je doute que la collection ait été beaucoup augmentée depuis lui. Sur le listel du pavillon d’entrée on a gravé cette inscription à laquelle il ne faut pas prêter une trop aveugle confiance : Muséum usui publico patens. Gomme c’est le conservateur luimême qui veut bien servir de guide aux curieux, et, comme il a ses occupations particulières, Je public
en trouve parfois les portes parfaitement closes. Mais lorsqu’elles sont ouvertes, les explications qu’il fournit sont si claires, si précises; elles font preuve d’une science si solide et si exercée, que l’on n’a rien à regretter.
On sait bien -peu de chose en Europe sur l’histoire de la porcelaine chinoise, et il ne semble pas que l’on soit beaucoup plus avancé en Chine. Les deux seuls ouvrages que nous possédions sur ce sujet sont : le mémoire du père Dentrecolles, reproduit dans Y Encyclopédie de Diderot, et la traduction du livre chinois, intitulé : Histoire et fabrication dé la porcelaine chinoise, par M. Stanislas Julien. Ce qui ressort de plus clair de la lecture de ces deux ouvrages, c’est que de tout temps on s’est livré avec une grande ardeur, dans toute l’étendue de l’empire du Milieu, à la fabrication de la porcelaine. Mais ce que ne disent pas ces deux auteurs, c’est que, de tout temps aussi, l’habileté de la contrefaçon a été un des caractères essentiels du génie chinois ; c’est que ce génie d’imitation a dû s’exercer sur la fabrication de la porcelaine comme sur tout le reste; c’est qu’enfm il est fort probable que nous nous extasions souvent sur l’antiquité de certaines pièces frappées d'une marque connue pour être celle d’une fabrique du huitième ou du neuvième siècle ; tandis que ces pièces, œuvre de quelque faussaire de
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talent, n’ont peut-être pas cent ans d’existence. On ne saurait trop le répéter, les marques de la porcelaine chinoise, pas plus que les signatures de tableaux, ne sont une preuve irrécusable d’authenticité.
A ce sujet, j’ai été témoin d’un fait qui a singulièrement affermi mon scepticisme à l’égard des marques de fabrique. A la vente Louis Fould, une jeune femme, donnant le bras à un savant dont la modestie n’est pas précisément l’apanage, examinait avec intérêt une potiche dont le galbe était aussi pur que la couleur étqit harmonieuse et riche. Son guide releva ses lunettes, souleva le vase, en examina le fond, et, après avoir déchiffré la marque dont il était frappé, raconta à la jolie visiteuse qu’il avait été exécuté sous la dynastie des Youen, de 1260 à 1368, et ne pouvait avoir, par conséquent, moins de cinq siècles d’existence. Le galaht. sinologue comptait sans les contrefaçons. Quelques années auparavant, l’amateur dont on faisait la vente, causant avec un négociant anglais de Shang-Haï du degré de perfection auquel atteint la contrefaçon chinoise, l’avait prié de lui en rapporter un spécimen. J’avais l’honneur d’être présent à l’entretien. C’est ce spécimen qui avait servi de prétexte à ce déploiement d’érudition. Mais en regardant à l’intérieur, sur l’étranglement du col du vase, on eût trouvé la
marque du fabricant moderne, son nom, son adresse, la date de 1835, et, je crois bien, le nom du négociant anglais qui l’avait commandé.
Les Chinois en savent peut-être encore moins que nous. Si ce que disent les voyageurs revenant de ces lointaines contrées est exact, les nombreux amateurs du pays même paraissent ignorer ce que c’est que la contrefaçon, et ne font aucune différence entre les pièces imitées et les pièces originales.
De tout ceci il résulte que le goût et l’habitude sont, dans ces délicates matières, des moyens d’information au moins aussi précis que la sinologie, et que l’on n’arrivera à fixer des données certaines qu’en étudiant la forme, la couleur et l’ornementation de chaque pièce, sans tenir compte des marques de fabrique, et qu’en les comparant avec les pièces similaires connues. Il faut appliquer à la chinoiserie les procédés pratiques de la psychologie et de la médecine, et faire de la chinoiserie expérimentale. Autrement, les marques de fabrique sont encore destinées à jouer de bien singuliers tours à tous les académiciens du monde, savants ou non.
Les deux premières salles sont remplies par d’immenses quantités de ces pièces dont la décoration fond blanc à dessins bleus prenait, au siècle dernier, le nom d e porcelaine à broderie. C’est la production céramique chinoise la plus commune, et celle qui a
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été le plus imitée. En Hollande les fabriques de Delft, en France celles de Rouen, ont évidemment pris pour modèle l’ornementation de cette porcelaine.
La salle suivante ne contient que des pièces monochromes bleu ardoise. Ces produits sont peut-être plus communs encore que ceux de la porcelaine à broderie. Assiettes, plats, tasses, soucoupes, théières, saladiers, pots, potiches, cornets, amphores, potspourris, brûle-parfums, jeux complets de cinq, de sept et môme de onze pièces, on a réuni là toutes les variétés à l’usage des Chinois. Puis viennent deux salles uniquement oonsacrées à ce que nous appelons porcelaine du Japon, c’est-à-dire à ces porcelaines de toutes formes et de toute grandeur, dont la décoration invariable consiste en un fond blanc sur lequel se détachent des fleurs à larges pétales bleus ou rouges relevés de rehauts d’or. La peinture de ces pièces n’est jamais fine, mais elle est toujours singulièrement éclatante et harmonieuse. Quand on les examine attentivement, on remarque une chose, c’est que l’émail blanc servant de fond est presque toujours fendillé, tandis que les couleurs de l’ornementation offrent une surface parfaitement unie. En voici, m’a-t-on assuré, la cause : le Japon fabrique relativement peu de porcelaines, et la grande quantité qui s’y débite est importée de Chine ;
elles entrent complètement blanches dans les ports du Japon, d'où elles sont dirigées sur les villes de l’intérieur pour y recevoir leur décoration. Il arrive alors que, présentées une seconde fois au four pour que les couleurs japonaises puissent se vitrifier, la chaleur de la seconde cuisson fait craqueler l’engobe chinoise, tandis qu’elle est juste suffisante pour polir et faire adhérer l’engohe japonaise. Il y a une autre espèce de porcelaines japonaises, plus communes, sur lesquelles les couleurs sont plus grossièrement posées et cuites à un feu d’une température relativement inférieure. Sur celles-là l’engobe blanche reste parfaitement unie. Ce sont ces dernières pièces qui nous passent journellement sous les yeux.
En confinant ma visite, j’ai aperçu de grands pots en bleu violacé flambé, c’est-à-dire dont la couleur offre les stries et les vives ondulations d’une flambe de feu de sarment, et des vases d’une dimension plus petite et de formes assez pures, ayant reçu deux couvertes, la première blanche, la seconde café au lait. En posant la seconde couverte, on a réservé certaines parties de la couverte blanche, et destiné ainsi en blanc des arabesques qui s’accusent légèrement en creux sur le profil du vase.
Toute une salle est consacrée aux pièces en bleu soufflé et doré. Il y a là plusieurs douzaines de services (un service se compose habituellement de douze
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douzaines, 144 assiettes) de cette porcelaine dont j’ai vu vendre une seule soucoupe cinquante et soixante francs. Le père Dcntrecolles nous apprend, dans les lignes suivantes, de quelle façon s’obtient le bleu soufflé : « On a du bleu tout préparé; on « prend un tuyau dont une des ouvertures est coûte verte d’une gaze fort serrée; on applique douce- « ment le bas du tuyau sur la couleur dont la gaze « se charge; après quoi on souffle dans le tuyau « contre la porcelaine, qui se trouve ensuite toute « chargée de petits points bleus.' On souffle le rouge « de même que le bleu sur la porcelaine, mais il est « plus difficile d’y réussir. Les dessins d’or que l’on « trouve sur ces porcelaines sont appliqués au pin- « ceau. »
Dans une autre salle sont rangés les spécimens de trois genres de fabrication très-distincts, et que l’on rencontre assez rarement en France. Ce sont : '
1° Des pièces en bleu lapis, dont certaines parties réservées en blanc sont peintes comme les pièces dites de la famille verte ;
2° Des collections entières de vases de toute espèce en porcelaine café au lait et café au lait craquelé ;
3° Des potiches, théières, assiettes, tasses en porcelaine café au lait comme la précédente, où courent des arabesques de feuillage d’un vert vif et harmo-
nieux. Les formes sont en général très-élégantes et assez pures. Le conservateur, qui voulait bien me guider, m’a affirmé que cette porcelaine était de fabrication cocbinchinoise, et, pour me le prouver, m’a montré une marque estampillée sous une de ces pièces. Je ne connais pas le cochinchinois, et j’attends, pour partager l’avis du conservateur, une preuve plus convaincante qu’une marque que tout le monde peut imiter.
Au milieu de celte quantité d'objets, j’en ai remarqué dix qui m’ont paru appartenir à une fabrication assez curieuse pour devoir être notée. Ce sont cinq tasses à thé et cinq soucoupes fond blanc à dessins d’oiseaux. Cela n’a rien que d’ordinaire ; mais ce qui ne l’est pas, c’est que la bordure des tasses et des soucoupes a été découpée et fenestrée comme une truelle à poisson avant l’immersion dans la couverte. Puis, au moment de l’immersion, loin de dégager les découpures de la glaçure qui les a obstruées, on les en a au contraire remplies, en sorte qu’elles sont vitrées d’un talc extrêmement léger et transparent qui laisse voir la finesse du travail en même temps qu’il empêche le liquide, que ces tasses sont destinées à contenir, de s’échapper par les déchiquetures de la pâte. C’est le seul exemple que je connaisse de cette fabrication. La soucoupe d'une de ces tasses est, en outre,' incrustée d’émaux imi-
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tant les rubis et les saphirs, ce qui produit un effet plus bizarre que beau.
Enfin, dans la dernière salle de la porcelaine chinoise, on a placé sous une vitrine, dans l’endroit le plus apparent, le phénix de toutes ces raretés. Ce sont six assiettes d’une pâte extrêmement fine, recouvertes d’une glaçure blanche non moins délicate et portant peintes au naturel les armes de Charles- Quint : la double aigle couronnée, tenant dans ses serres les colonnes d’Hercule où s’enroulent les doubles C, initiales de Carolus. Je doute qu’il existe d'autres porcelaines remontant au seizième siècle, dont l’authenticité soit aussi irrécusable que celle de ces pièces. On sait que les premiers spécimens de la porcelaine chinoise furent importés par les navigateurs portugais vers 1506. Or, comme Charles- Quint fut élu empereur d’Allemagne en 1519 , comme ces six assiettes furent prises à Inspruck en 1552, lorsque l’électeur de Saxe, Maurice, força l’empereur à quitter précipitamment cette ville, il est certain qu’elles furent commandées et exécutées en Chine entre 1 5 1 9 et 1 522 . Elles ont donc pour le moins trois cent dix ans d’existence bien constatée. Je souhaite une pareille antiquité à toutes les porcelaines que les amateurs possèdent dans leurs collections.
Il est tout simple qu’à Dresde la salle consacrée
aux porcelaines de Saxe soit intéressante. On y a réuni les échantillons de tous les essais tentés au commencement du dix-huitième siècle par Jean-Frédéric Bôttcher pour arriver à ces élégants produits qui figurent aujourd’hui dans les collections de tout homme de goût. L’on peut y suivre d’une façon aussi complète que détaillée toutes les phases de cette fabrication. Je n’ai pas à en retracer l’histoire. M. Labarte s’est chargé de ce soin dans l’introduction du catalogue Debruge-Duménil, et l’a fait de manière à rendre inutile toute tentative nouvelle. J’y renvoie ceux qui s’intéressent à ces détails, et je me borne à décrire ce que j’ai vu.
«C’est en 1704, dit M. Labarte, que Bôttcher « obtint une poterie rouge, dense, solide, très-dure, « qui avait par cela môme quelques-unes des quali- « lés de la porcelaine , mais ne possédait pas la plus « essentielle : la translucidité. Cette poterie n’était « autre chose qu’une espèce de grès cérame. » Elle ressemble beaucoup au boccaro. Le Palais japonais en offre plusieurs pièces. Ce sont presque toutes des tasses avec leurs soucoupes. Avant d’arriver aux produits en porcelaine blanche, il s’écoula cinq ans pendant lesquels l’esprit industrieux de Bôttcher, aidé de la science de Tchirnauss et du sang-froid de Steinbrüch, son beau-frère, s’exerça sur préparation de cette faïence rouge, et sul lui faire produire
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des résultats différant essentiellement entre eux , et dont le Palais japonais a conservé des exemplaires. Tantôt la pièce sortant mate du moufle, et n’étant recouverte d’aucune glaçure , d’aucun enduit translucide , était polie à la main après la cuisson. Tantôt les objets ayant trop cuit prenaient une teinte ferrugineuse particulièrement agréable à l’électeur, qui les faisait mettre de côté pour son usage personnel. Aucun de ces objets, je le répète, ne porte trace de glaçure. C’est l’enfance de la porcelaine de Saxe.
Puis vient sa jeunesse, qui consiste en pièces trempées d’un léger enduit , mais toujours en terre rougeâtre se rapprochant plus du grès que de la porcelaine. En cuisant , l’enduit métallique de plusieurs de ces pièces pénétra dans la pâte, la décomposa, et de rouge brique elle devint complètement noire. De ce qui était une imperfection Bdttcher fit une rareté. Il composa plusieurs services noirs dont la teinte, sinon la forme, rappelle celle des vases dits de Nola, et peut tromper au premier abord. Une tablette est exclusivement chargée de ces pièces noires.
« Enfin, dit M. Labarte, après quelques travaux, « Bôttcher réussit, en 1709, à obtenir une porce- « laine blanche et translucide ayant tous les carac- « tères de celle de la Chine. Le 6 juin 1710, la fa'- « brique de porcelaine fut installée dans le château «de Meissen; Bôttcher en fut nommé le directeur.
« Le but des travaux de Bôttcher avait été d’obtenir « une poterie semblable à celle de la Chine : aussi ne « jugea-t-on rien de mieux à faire, dans l'origine, « que de copier le plus fidèlement possible, soit pour « les formes, soit pour les couleurs, les belles porce- « laines de ce pays. La manufacture de Meissen par- « vint à une imitation si parfaite, qu’il faut un œil « très-exercé pour distinguer les porcelaines qui y « étaient fabriquées dans le style chinois des véritaa blés porcelaines chinoises. Les premières porce- « laines sont au surplus marquées d’un A et d’un R « entrelacés ( Augustus Rex). Cette marque a sub- « sisté jusqu’en 1730. On sait qu'après cette époque « la fabrique de Meissen adopta pour marque les « deux épées en croix , d’abord encadrées dans un « triangle, puis sans encadrement. »
Cependant, même avant la mort d’Auguste le Fort, la marque A R n’était pas la seule dont fussent frappés les produits de la fabrique de Meissen. Il en existe deux autres appartenant au même établissement.
Une fois la porcelaine blanche trouvée, la fabrique de Meissen ne tarda pas à jouir d’une grande célébrité en Saxe et à l’étranger, et, pour satisfaire aux demandes qui lui arrivaient de tous côtés, à être forcée d’augmenter le nombre de ses fours et celui de ses ouvriers. Bôttcher scinda alors sa fabrication
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en deux, et, avec l’autorisation de son souverain, fournit des modèles à l’industrie particulière, tout en continuant à travailler spécialement pour la cour de Saxe. Le monogramme A R fut réservé pour les pièces royales, et celles destinées aux particuliers et à la vente furent frappées d’un caducée.
Enfin l’on sait qu’à tous les goûts les plus somptuéux Auguste le Fort joignait un penchant très-prononcé pour le beau sexe. Le roi de Pologne avait le cœur tendre, et était aussi faible qu’inconstant avec ses maîtresses. Une femme de la noblesse saxonne, la baronne d’Hoym, qui prit plus tard le nom de comtesse de Kôsel, précéda, dans les amours du roi, la fameuse comtesse de Kœnigsmarck. Auguste le Fort fit faire pour elle à Meissen plusieurs services complets dont on retrouve encore des pièces éparses, et dont le Palais japonais possède plusieurs spécimens portant une marque, dont l’explication, au dire des savants saxons , serait à peine possible en latin. On retrouve un poinçon semblable sur certaines pièces de monnaie frappées en Saxe durant la faveur de madame de Kôsel, et qui en ont pris le nom, ce sont les florins de la comtesse. Ces florins sont avidement recherchés par les numismates allemands.
Parmi les pièces placées dans les deux dernières salles, j’ai remarqué :
De nombreuses figurines en biscuit de Saxe colorié. Dans le nombre, ce groupe d’un homme, lunettes sur le nez, ciseaux en main, portant un tablier et monté sur un bouc. C’est le portrait du tailleur du fameux comte de Brühl, le ministre d’Auguste le Fort. Ce tailleur passe pour avoir souvent mis au service des amours du roi, son maître, une dextérité qu’il ne portait pas, dit-on, dans la confection des hauts-de-chausses. 11 existe deux modèles de ce groupe. Le plus petit est le plus rare.
Un service offert à la princesse de Saxe lors de son mariage avec le dauphin, fils de Louis XV.
Des imitations de Sèvres, — fond bleu, grand feu, — faites à la fabrique de Meissen par ordre de Napoléon I er . Cet essai ne fut pas heureux, et l’on dut y renoncer.
Enfin, dans la dernière salle, quelques pièces assez médiocres de Delft, de Rouen et de Frankenthal ; des Wedgwood , et de bequx échantillons de plats hispano-arabes et des majolicas du duché d’Urbin. On a prudemment caché dans un coin une mauvaise imitation des faïences de Bernard Palissy.
Je n’ai pas la prétention d’avoir fait connaître ce que le Palais japonais de Dresde contient de curieux, de beau et d’intéressant. Mon but a été d’en donner une idée générale, et d'appeler sur cet établissement l’attention des amateurs et des personnes compé-
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tentes. Il y a là une mine d’informations inexplorée, et dont la mise en œuvre ferait certainement faire de rapides progrès à une science à peine née, la céramograpbie.
Juillet 1861 .