‹ La curiosité; collections françaises et étrangères cabinets d'amateurs. BiographiesChapitre 9 sur 40 · I.K CABINET DES BIJOUX · texte numérisé non relu

I.K CABINET DES BIJOUX

du public les grandes pièces d'orfèvrerie, les pierres dures, les cristaux de roche, les bijoux émaillés, vases, etc., enfermés au Garde-Meuble. On les disposa alors dans des armoires de la salle précédant celle des sept cheminées (dite de la Renaissance), où - ils restèrent pendant trente-cinq ans. En 1850, un des premiers soins du nouveau directeur général, M. le comte de Nieuwerkerke , fut de les isoler et de leur donner un emplacement spécial et mieux approprié à leur importance. On les transporta dans l'ancienne salle des primitifs italiens aménagée en vue de cette destination , et qu’ils viennent de quitter pour les vitrines de la galerie d’Apollon avec laquelle ils forment un ensemble si complet, que l’on peut regarder ce voyage comme définitif.

Ce n’est pas le lieu d’entreprendre une description même sommaire des objets de cette collection. Il faudrait, pour prétendre satisfaire la curiosité du lecteur, lui faire passer tout un catalogue sous les yeux. Je n’en ai pas l'intention; mais avant de terminer, je voudrais attirer son attention sur quelques-unes des principales pièces, et faire connaître les particularités qui s’y rattachent.

Le bénédictin Michel Félibien, dans son Histoire de l'Abbaye de Saint-Denis , nous a conservé la description du Trésor de l’abbaye, enrichi pendant

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douze cents ans par trois dynasties royales. Le vent des révolutions n’a pas si bien dispersé cet encombrement de merveilles, que le Louvre n’ait pu en recueillir quelques-unes. Les quatre pièces suivantes sont décrites et gravées dans Félibien :

Vase en chalcédoine antique. La monture, en argent doré, enrichie de pierreries, a été exécutée, au douzième siècle, par l’abbé Suger, ainsi que le constate cette inscription :

Dum libareDeo gemmis debemur et auro Hoc ego Sugerius offero vas Domino.

Vase de porphyre antique , ouvrage romain. La monture, en argent doré, représentant un aigle aux ailes déployées, date du douzième siècle, et fut également exécutée par les ordres de l’abbé Suger. On y lit ce distique :

Includi gemmis lapis ista meretur et auro;

Marmor erat, sed in his marmore carior est.

Patène ronde en jade vert-foncé. Dans le champ de la patène, des incrustations d’or représentent des dauphins; la bordure, en argent doré et ciselé, est incrustée de pierres fines et de perles.

Vase en cristal de roche chargé d’une inscription arabe taillée en relief dans l’épaisseur de la matière; travail oriental que l’on fait remonter au douzième siècle de l’ère chrétienne.

LE CABINET UES BIJOUX

Dans les sanloines onyx on s’arrête devant :

Deux petites aiguières à anses prises dans la masse , et dont le volume est d’une insigne rareté pour sa beauté. L’une d’elles, la plus belle de forme, passe pour venir de la Propontide. On est libre de croire qu'elle a fait partie de la collection de Mitbridate;

Devant une aiguière en forme de verre à pied.

La monture paraît être un travail français du dix -septième siècle. Elle est en or émaillé et représente un buste de femme casquée. Le bec est

formé par une tête d’aigle enveloppée de feuillages ;

Devant une aiguière montée en or émaillé et enrichie de pierres fines. M. de Laborde en donne la description suivante : Elle est surmontée d’une tête de Pallas dont le casque, en agate onyx, a pour cimier un dragon ailé , et pour ornement deux élégantes figures de nymphes nues et couchées. L’anse est formée par un dragon d’un ton mélangé vert-pâle, dont les ailes sont drapées, dont la gueule est ouverte et la langue mobile ;

Devant une coupe dont le couvercle est orné de huit médaillons peints en émail avec une surprenante habileté.

Dans les agates on remarquera :

Un petit vase cylindrique en agate rouge fleurie.

au loüvhe. 29

Ses anses sont formées par deux dragons en or ciselé et émaillé, griffus, hérissés, fantastiques à donner la chair de poule au dragon impérial chinois. Ce vase, d’un travail italien du seizième siècle, a dû être exécuté à Florence.

Deux urnes , l’une en basalte incrustée d’ornements, l’autre en agate d’Allemagne montée en or, sont les deux seules pièces authentiques qui nous restent de la collection de Mazarin dont elles portent les armes (un faisceau consulaire) en guise de bouton de couvercle.

Si elle est peu nombreuse , par contre la section des lapis contient une pièce de toute beauté ; c’est une coupe en forme de nacelle , taillée à godrons, et décorée d’ornements ciselés en plein relief et richement émaillés. Une figure de Neptune, en argent doré, forme la volute postérieure de cette coupe d’un merveilleux travail français de la première moitié du dix-septième siècle.

Par le nombre de ses objets en cristal de roche, par leur dimension , la pureté de leur matière , la délicatesse et le goût de leur mise en œuvre, notre collection passe pour la plus remarquable de toutes celles connues. Citons en courant :

Une aiguière du dix-septième siècle, travail italien;

Un vase de forme circulaire à panse aplatie et en

LE CABINET DES BIJOUX

richie de gravures. L’anse de cette espèce de seau, en or émaillé, ciselé et incrusté de rubis, est à elle seule un prodige d’orfèvrerie ;

Une aiguière et sa cuvette , montées en or ciselé, charmant travail du dix-huitième siècle. Comme pureté de matière , ces deux objets sont peut-être les plus précieux de la collection;

Un vase circulaire d’une forme assez baroque, armé de deux goulots et de deux anses, rappelle beaucoup, comme forme et comme ornementation, les pièces semblables de la salle des Gemmes à Florence, et autorise à supposer qu’il a fait partie du mobilier des Môdicis et qu’il aura été apporté en France par la reine Marie.

Dans la section des objets en argent je signalerai :

Un bassin et son aiguière (argent doré) dont les ciselures représentent les divers épisodes de la conquête de Tunis par Charles-Quint, ainsi que l’indique l’inscription suivante gravée sur le bassin : Expeditio et Victoria A f ricana Caroli V, Rom. imp. P. F. Augusto 4533. Travail allemand qui sort sans doute des ateliers de Nuremberg ;

Une coupe à couvercle chargée de nielles , représentant des entrelacs et des sujets divers; pièces d’une extrême élégance de forme;

Deux statuettes représentant l'empereur Napo-

AU LOUVHE.

léon I* r el l’impératrice Marie-Louise, assis et vêtus à l’antique.

La fameuse coupe dite de Cellini, dont la beauté justifie la réputation. Cette coupe, en argent doré et ciselé, a été moulée fréquemment, et les répétitions sont entre les mains de tout le monde. Il est donc superflu de la décrire ; mais je dois dire que rien n’autorise l’attribution qu’elle porte. C’est une pièce évidemment française de la lin du seizième siècle. En outre, le bas-relief de l’intérieur de la vasque est postérieur de plusieurs années à ceux de l’extérieur et du pied, où l’on sent encore l’influence de l’école de Fontainebleau. Mais quels que soient son époque el son orfèvre, ce n'en est pas moins une oeuvre hors ligne. Elle fut acquise de M. Wagner en 1832 pour le prix de 2,000 francs, et vaudrait aujourd’hui dix fois cette somme.

Puisque je rencontre le nom de Cellini, je ferai remarquer combien sont imaginaires les fréquentes attributions au grand ciseleur florentin. On ne sait pas assez qu’il n’existe de lui qu’une seule pièce d’o' lévrerie irrécusable et authentiquée par des preuves écrites. C’est la fameuse salière de François I", dont il donne lui-même la description dans ses Mémoires. Elle est maintenant à la bibliothèque de Vienne. J’ai regret de le dire, mais cette pièce ne fait que peu d'honneur à la réputation d’élégance et de bon goût,

LE CABINET DES BIJOUX

inséparables du nom de Cellini. Elle n’a aucun rapport avec les objets d’orfèvrerie qu’on lui attribue généralement, et l’on s’étonne que le génie qui a créé le magnifique Persée de Florence ait pu produire une œuvre aussi lourde et aussi discutable. Il me paraît donc prudent de n’accepter qu’avec une extrême réserve les pièces d’orfèvrerie auxquelles un amour-propre peu éclairé met cette étiquette illustre.

« Le 10 août 1793 , dit Girault de Saint-Fargeau dans l’ouvrage déjà cité, jour de l’acceptation de la constitution de 1793 et de la fête dite de l'unité et de

l’indivisibilité de la République, on éleva sur la place de la Bastille, au milieu des décombres, une fontaine factice dite fontaine de la Régénération , surmontée d’une statue colossale en plâtre représentant la Nature pressant de chaque main ses mamelles, d’où sortaient deux jets d’eau limpide qui tombaient dans un vaste bassin. A dix heures du matin, les commissaires des départements, envoyés à Paris pour assister à la fête, se présentèrent tour à tour et puisèrent dans ce bassin, avec une coupe d’agate , de celte eau régénératrice qu’ils burent tous dans cette même coupe, au bruit du canon et d’une musique nationale. » Le cabinet des bijoux a également conservé cette pièce historique. C’est une simple vasque d’agate, ronde, et d’un diamètre de 12 à 15 centi-

AU LOU VUE

mètres. Elle est bordée et montée en argent doré; et la forme de cette monture, d’un caractère tragique et théâtral , est en harmonie parfaite avec les modes d’une époque qui élevait sérieusement des fontaines de plâtre à la Régénération.

Enfin, quelques beaux, gobelets et lianaps en verre de Murano ; le ciboire d’Alpais , en émail cloisonné, fabriqué à Limoges au treizième siècle, pièce aussi belle que curieuse , et les deux magnifiques ivoires acquis récemment à la vente Soltykoff, et dont l’un, la Vierge tenant l’Enfant Jésus, provient également du Trésor de Saint- Denis, complètent et diversifient la décoration de ces vitrines.

Décembre 1861 .

LA GRUENE GEWŒLBE A DRESDE

Dresde justifie complètement le titre d’Athènes de l’Allemagne. Pour le voyageur en quête des beautés de l’art, pour l’amateur curieux, huit jours passés dans celte intéressante ville s’écoulent avec une singulière rapidité. Monuments, tableaux, dessins, gravures, joyaux, armes de toute espèce, porcelaines de Chine et de Saxe, objets d’époques, de genres et de matières les plus divers; tout y est réuni, et si l’on regrette une chose, c’est que les jours n’aient pas douze heures de plus. Un vieux prêtre romain avait deux formules pour prendre congé des forestieri. A ceux qui n’avaient séjourné que huit jours à Rome, il disait adieu; à ceux qui l’avaient habité pendant un mois, il disait au revoir. Du petit au grand, j’en dirai autant de Dresde. Pour ma part, j’y ai passé huit jours, mais j’y reviendrai.

LA GRCENE GEWOELBE

L’aspect même de Dresde , après deux heures de promenade à l’aventure , prédispose en sa faveur. On n’y sent pas, comme à Munich, une ville bâtie sans grande raison d’être et sous l'inspiration du caprice d’un seul. On n’y rencontre pas des monuments dont rien ne justifie la présence et l’architecture. On n’y parcourt pas des rues triomphales aboutissant à des cloaques et où il ne manque que des pavés et des passants. Dresde n’a ni glyptothèque, ni basilique, ni propylées, ni rhumeshale, ni statue de la Bavâria dans le nez de laquelle on monte par une échelle; et j’espère que le bon sens du peuple saxon le préservera de ces merveilles; maiselle a cet aspect pittoresque que le temps doiine aux choses auxquelles on l’a laissé travailler; ses édifices ont une histoire et parlent à la mémoire autant qu’à l’imagination. On y est pénétré par un je ne sais quoi de solide et d’honnête qui exclut si peu le brillant et l’imprévu, que c’est dans les rues de Dresde que s'étale avec le plus de liberté ce rococo du dix-huitième siècle poussé en Allemagne jusqu’au necplus ultra du dévergondage de la ligne. On sent enfin que l’on est au cœur de l’Allemagne.

Dresde ne fait pas étalage de ses collections. C’est une vieille ville noble, habituée au luxe, heureusemais non pas vaine de sa richesse. Elle possède le plus beau musée de l’Europe après Paris et Madrid; un

A DHESDE.

cabinet d’armures peut-être égal à l’Armeria Real de Madrid ; une collection de porcelaines aussi intéressante que celle de la Haye; et enfin un cabinet de curiosités et de bijoux : la Gruene Gewœlbe, qui, comme variété et comme nombre, n’a pas de pareil.

La Gruene Gewœlbe est à l’orfèvrerie et a la joaillerie allemande ce que le musée du Louvre est à l’ensemble de l’art. Permettez-moi de vous y arrêter quelque • temps.

La Gruene Gewœlbe (littéralement Voûte- Verte) est la collection des objets précieux appartenant à la couronne de Saxe. Cela correspond à ce que l’on appelait chez nous, avant 1789, la Chambre aux bijoux du Garde-Meuble. Placée au rez-de-chaussée du palais royal de Dresde, elle remplit huit salles faisant le tour d’une des cours intérieures. L’entrée en est ouverte à certaines heures aux curieux munis de cartes qui ne se refusent jamais. On ne laisse pas pénétrer plus de six personnes à la fois. Les deux conservateurs servent à la fois de guides et de cicérones au public; et ce n’est pas une des moindres surprises de cette visite, de voir la politesse et la patience avec lesquelles chacun d’eux, érudit dont les opinions sont écoutées dans toute l’Allemagne, communique à des badauds désœuvrés qui l’oublient en. sortant, le résultat des recherches les plus ardues et du travail le plus persistant. En suivant de l’œil et de

LA. GRUENE GEW(ELBE

l’oreille ces braves gens, je songeais à la mine que feraient en pareil cas les conservateurs de nos grands dépôts artistiques. Les Allemands ont du bon. Par une attention qui ne laisse pas de flatter un voyageur français, on vend à la porte une courte notice rédigée par un des conservateurs, M. de Landsberg, et traduite dans notre langue.

On ne me paraît pas bien d’accord sur l'étymologie de ce nom de Grume Gewœlbe , et cet assemblage de syllabes assez rébarbatives a donné lieu à une foule de commentaires. Je vous ferai grâce des opinions émises pour en expliquer l’origine. Les savants ne brillent pas toujours par la simplicité de leurs idées. Ce qui m’a paru le plus plausible, c’est que la Voûte-Verte tirait son nom des gazons qui l’entouraient et dont l’existence est constatée sur les anciens plans. Plus tard, lorsqu’Auguste le Fort, au commencement du dix-huitième siècle, l’eut réparée et agrandie, afin dejustilierla dénomination vulgaire, il fit peindre en vert les voûtes et les murs des salles qui la contiennent encore. Le nom de la Gruene Gexvœlbe ne vient donc pas de sa couleur. C’est au contraire sa couleur qui lui vient de son nom. Peu importe. Ce qui est positif, c’est que l’on trouve pour la première fois ce nom dans un inventaire dressé en 1610 .

Son origine paraît remonter au chef de la maison

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de Saxe, le fameux Maurice, qui faillit faire Charles- Quint prisonnier à Inspruck. Augmentée parses successeurs ; Jean-George I er , en s’emparant de Prague pendant la guerre de Trente ans, et Jean-George III en repoussant sous Sobieski les Turcs de Vienne, eurent occasion d’y transporter de nombreux et magnifiques trophées de leurs victoires. Un vieil usage établi à la cour était en outre un moyen d’accroissement très-réel. A l’époque de la foire de Leipsick, les membres de la famille électorale présentaient au souverain des objets précieux achetés à cette foire et placés ensuite dans la Gruene Gewœlbe. Des parents, l’usage se répandit parmi les grands officiers de la couronne et passa de ceux-ci aux courtisans. Arrivé là, la vanités’en mêla, et plusieurs pièces témoignent encore par leur richesse qu’alors, comme aujourd’hui, la vanité savait s’imposer les plus onéreux sacrifices.

Mais c’est surtout à Auguste le Fort, électeur de Saxe et roi de Pologne, le Louis XIV de la Saxe (mort en 1733), que la Gruene Gewœlbe doit son organisation et son éclat. Il augmenta le nombre des salles destinées à la contenir, en dressa les plans, surveilla le classement des objets, leur donna de l’espace en prévision des acquisitions futures, désigna les couleurs et les ornements, s’occupa enfin pendant trois ans de l’installation de la collection avec un soin

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et une conscience qui se manifestent dans les moindres détails. « Auguste le Fort, dit la notice de M. de Landsberg, avait enrichi la Gruene Gevœlbe de vases en vermeil et en cristal de roche, d’une infinité de curiosités ; mais il avait principalement un grand faible pour les ouvrages de Diglinger, orfèvre et émailleur célèbre. Le roi aimait aussi les joyaux ; il était connaisseur et en avait trouvé de fort beaux dans le trésor de ses aïeux. Ce goût passa à son fils et successeur Auguste III, élu également roi de Pologne en 1736. De là vient qu’on trouve dans la Gruene Gewœlbe une collection de diamants et de pierres précieuses d’une étonnante beauté.

« La guerre de Sept ans fut très-défavorable à nos collections. Il fallut les déplacer pour les mettre en sûreté, ce qui ne put se faire sans dommage. Aussi les événements de cette guerre épuisèrent-ils les ressources du pays, et furent-ils longtemps sensibles aux successeurs d’Auguste III, qui ne pouvaient plus penser à faire des acquisitions pour leurs cabinets. Sauf quelques objets appartenant au comte de Brühl et quelques donations, le trésor ne fut plus augmenté, mais soigneusement conservé. »

Auguste le Fort est donc le véritable fondateur de la Gruene Gewœlbe. A partir de lui on s’occupa plutôt d’en classer les richesses que d’en augmenter le nombre. Pendant les guerres de la Révolution et

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de l’Empire elle ne quitta pas Dresde, et depuis lors il ne lui est survenu d’autre péripétie qu’un voyage qu’on lui fit faire, en 1 849, à la forteresse de Kœnigstein, pour la soustraire au patriotisme trop vif des émeutiers. Depuis dix ans' on ne s’occupe plus que de son entretien, ce qui n’est pas une petite affaire. Quant à son classement, on ne peut que louer le goût qui y a présidé et qui en rend l’effet aussi riche que l’étude en est attrayante. Malheureusement il n’en existe pas de catalogue , car on ne peut appeler de ce nom la petite notice très- substantielle, mais fort insuffisante, de M. de Landsberg. C’est une lacune que tout le monde, conservateurs et curieux, a intérêt à voir cesser, et que je me permets de signaler à qui de droit.

Je vous l’ai déjà dit, la Gruene Gewœlbe remplit huit salles. Ces salles spacieuses, mais un peu basses, sont voûtées, et conservent encore dans son intégrité la décoration d’Auguste le Fort : fond vert où se contournent en volutes dorées d’une exagération folje les mille chantournages du rococo allemand. Jusqu’où peut aller l’horreur de la ligne droite, à quelles extravagances peut atteindre l’ivresse de la chicorée et la folie du tarabiscot, on l’ignore quand on n’a pas vu la décoration de la Gruene Gewœlbe. C’est du Pompadour flamboyant, c’est le comble du mauvais goût ; mais, en somme, c’est un goût, et un goût fort ori-

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ginal et fort caractérisé. Auguste le Fort n’a copié personne.

Dans les salles consacrées aux orfèvreries, des panneaux verts sont remplacés par des glaces disposées sous toutes sortes d’angles où viennent se briser et se réfléchir à l'infini les paillettes allumées sur la panse des vases, sur les bas-reliefs des coffrets, la fusée des vidrecomes ou la gueule des bassins. Il va sans dire que les fenêtres, dont les embrasures ont quatre pieds d’épaisseur, sont armées de barreaux monstrueux et défendues par des volets à l’épreuve du canon. Ce sont des volets blindés.

Suivons maintenant un des deux conservateurs, et pénétrons avec lui dans la première des salles : le Cabinet des Bronzes. Notre examen ne sera pas long. On a voulu procéder graduellement et ménager le sens admiratif des visiteurs en plaçant dès le début la collection la moins riche et la moins intéressante. J’y ai remarqué quelques fontes florentines du seizième siècle, notamment un assez beau Christ 1 dont l’attribution à Jean de Bologne aurait besoin d’étre confirmée, et de nombreux bronzes français des Relier ou de leur temps. Les principaux sont deux petits modèles des statues équestres de Louis XIV,

t. Je donne autant que possible aux objets les titres mêmes sous lesquels ils sont désignés par le catalogue officiel.

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figurant avant la Révolution sur la place Vendôme et sur la place des Victoires. — Le groupe Apollon et ses Nymphes , d’après Girardon et Regnauldin. — h' Enlèvement de Proserpine , de Girardon, et llorée enlevant Orythie, de Gaspard de Marsy, dont les originaux sont placés aujourd’hui dans le jardin des Tuileries. — Beaucoup de réductions faites au dixseptième, au dix-huitième et môme au dix-neuvième siècle, des statues antiques de Rome.

Parmi les ouvrages allemands, je vous signalerai Ün petit chien qui se gratte, dont l’exécution rappelle la jolie statuette de Ménétrier attribuée à Pierre Fischer, et décorant une des fontaines de Nuremberg ; un Charles II d’ Angleterre, sous la figure de saint Georges terrassant le dragon, petite statue équestre taillée dans un bloc de fer par Gérard Leygebe, artiste nurembergeois mort à Berlin en 1683; une de ces innombrables reproductions du Taureau Farnèse où le livret veut voir la main d'Adrien de Vries, et une statuette d 'Auguste le Fort. Cette statuette, fondue à Dresde , œuvre de Wiedemann , mort en 1734, serait le modèle de la statue équestre qui figure au centre de la place Neuve, sur la rive droite de l’Elbe. Le modèle offre ceci d’intéressant, que, dans la pensée première du sculpteur, le piédestal devait être accompagné de quatre figures comme celles dont Francheville avait décoré le soubassement

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de la statue de Henri IV, Pigale le soubassement de la statue de Louis XV, et comme il en existe encore à Berlin, sur le vieux pont, aux pieds de la statue du premier électeur de Brandebourg. On modifia ce projet à l’exécution, et la statue d’Auguste le Fort est malheureusement restée telle qu’on la voitencore.

Quelques gaines et quelques consoles de Boule, en ' ébène plaqué d’écaille et incrusté de cuivre et d’étain, relèvent un peu la monotonie par trop dure de ce cabinet.

Dans la seconde salle sont rangés les ivoires sculptés. Bien que dans ce genre Dresde n’ait pas à offrir une quantité de richesses archéologiques comparables à celles de la collection Barnall à Londres, on y trouve cependant de curieux spécimens d’un art essentiellement national, la toreutique. L’Allemagne, qui a eu une école d’émailleurs, peut-être antérieure à nos premiers artistes de Limoges, a connu à la même époque l’art de ciseler l’ivoire; et l’usage des triptyques de lit, des tablettes et des miroirs de poche, des coffrets de mariage, des boîtes à bijoux, y était aussi commun que chez nous. Cependant les pièces dites gothiques, c’est-à-dire antérieures à 1 500, sont rares dans la collection. Quelques-unes portent des inscriptions grecques et sont évidemment byzantines; mais le livret me paraît dans l’erreur quand il veut voir un ouvrage du dixième siècle dans la Résur-

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rection de Jésus-Christ (n° 448). C’est un polyptyque byzantin en effet; mais, en en reportant l’exécution à la fin du quinzième siècle, je crois qu’on sera plus près de la vérité. Il ne faut pas s’y tromper : outre les faussaires qui exerçaient leur industrie, alors comme aujourd’hui , beaucoup des ouvriers chassés de Constantinople par Mahomet II allèrent exercer leur industrie en Italie, en Allemagne et en France, où l’on en retrouve des traces jusqu’en 1 520. Ils continuèrent à ciseler des ivoires dont la forme et les inscriptions étaient immuables et consacrées comme le dogme môme. Il faut donc bien y prendre garde, et ne pas voir dans le mouvement des personnages et la haste des lettres des preuves irrécusables de l’antiquité d’une pièce. Le plus ou moins de souplesse d’exécution, la naïveté plus ou moins fruste du travail, sont des indices tout aussi sérieux et moins trompeurs pour un œil exercé. Une plaque de reliure, représentant saint Jean et saint Paul (n° 488), m’a semblé plus justement donnée au onzième siècle que le n° 448 au dixième. Selon l’usage byzantin, les noms des deux saints sont gravés verticalement le long de leurs têtes. Ces deux plaques mériteraient d’être moulées.

Les vidrecomes, les hanaps, les moos , les canettes à bière ou à vin exécutés pendant le dix-septième siècle , sont la partie véritablement remarquable de

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cette salle. Ces pièces tiennent dans deux vitrines placées de chaque côté de >la porte. Elles sont en petit nombre, mais toutes sortent de la main de véritables artistes, et quelques-unes sont des chefs-d'œuvre. Tout le monde a vu de ces récipients taillés dans la défense évidée d'un éléphant, tpapus de forme, aimés d’une anse et fermés d’un couvercle en argent doré, autour de la panse desquels des ciseleurs, dont le nom est resté inconnu, ont fait circuler la théorie avinée d’une bacchanale, ou se tordre les enroulements échevelés d'un combat. Par la surabondance du dessin, par le gonflement dés contours, par la richesse sensuelle des lignes et des attitudes, il est évident que les artistes qui ont travaillé à ces basreliefs remontent à Rubens, et que le tronc est flamand. Mais il est certain aussi que le travail allemand de beaucoup de ces vidrecomes n’est pas contestable. L’activité des relations entre la Flandre et l’Allemagne aura introduit dans ce dernier pays celte mode des vidrecomes. Elle s’y sera rapidement acclimatée, et, tout en devenant allemande comme exécution, aura conservé une physionomie générale rappelant son origine flamande. Les vidrecomes représentant : Le combat des Centaures et des Lapilhes (1 24) ; Neptune et Amphitrite (170) ; Diane et ses Nymphes (31 1) ; Combat de cavalerie (1 02) ; Une bacchanale (138), m’ont paru les plus remarquables, et peuvent

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supporter la comparaison avec les plus beaux échantillons connus en France ou en Angleterre. Aucun de ces objets ne porte malheureusement de signature.

Le Modèle en petit dune frégate hollandaise { 15) est particulièrement désigné à l’admiration des visiteurs. La quille du navire repose sur un pied représentant Neptune traîné par des chevaux marins. Ce qui, aux yeux des Saxons, donne une valeur réelle à cette œuvre, c’est le bordage imbriqué d’écussons aux armoiries des familles princières alliées à la maison de Saxe. Les armes de la famille régnante sont blasonnées sur les voiles. A l’arrière, on lit la signature de l’ouvrier : Jacques Zeller , 1620. Ce travail m’a paru d'un goût médiocre. Je rends justice à l’incroyable patience déployée pour mener à bien cette entrei prise; mais de pareils tours de force me laissent froid, surtout quand je les compare aux résultats où les Chinois sont arrivés dans l’infiniment petit. Les travaux d’une patience en délire sont trop communs dans la collection. Certains meubles contiennent des centaines de noyaux-de pêche, d’abricot ou de cerise, travaillés avec une minutie qui fait ardemment désirer une petite invasion de Vandales. On a conservé le nom d’un des malheureux qui ont perdu leur temps à de pareils enfantillages : il se nommait Léon Pronner, de Nuremberg ( — 1630).

LA GR0ENE GEWOELBE

J’en dirai autant d’une foule de coupes, fuseaux, boîtes, tabatières, boules, pommes de cannes, manches de couteaux, navettes, dont quelques-uns sont de véritables tours de force de tourneur, mais où l’art n’a rien à voir. On assure que plusieurs de ces pièces ont été intaillées par des mains électorales. Que cet honnête passe-temps soit léger à la mémoire des électeurs de Saxe !

Il a existé en Saxe, au siècle dernier, une industrie qui a plus d’un rapport avec notre toreutique dieppoise. Comme chez nous elle consistait à travailler l’ivoire d’une façon plus habile que belle et à l’appliquer à des usages où la mode avait plus de part que le goût. Les produits de cette industrie se reconnaissent à des formes maigres et aigres, à des mouvements sans caractère, à une taille précise et sèche qui donne aux contours l’air d’avoir été modelés dans du fer. Ils offrent surtout un mélange de bois et d’ivoire d’un effet extrêmement déplaisant. Dans les figures, le bois est employé pour les vêtements et l’ivoire pour les chairs. Il est difficile d’imaginer rien de plus agaçant et de plus sinistre. La Gruene Gewœlbe contient un certain nombre de ces jouets de croque-mort, dont quelques-uns, le Sacrifice cT Abraham (118),

Y Enlèvement des Sabines (89), ne sont pas sans mérite. Ce qui leur manque, ce n’est pas précisément *■ le sentiment de l’art, c’est quelque chose de plus dé-

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licat encore, de moins explicable, mais de plus compréhensible en France : c'est le sentiment du goût. On a conservé les noms de plusieurs des ouvriers qui se sont distingués dans ce genre. lisse nommaient Balthazar Permoser (1650-1732), Troger (...-1769), Krabensberger. Le nom de Permoser jouit d’une certaine considération en Saxe. C’était, je le reoonnais, un artisan d’une rare dextérité; mais je ne puis voir chez lui qu’un fabricant de petits dunkerques et nullement un artiste.

Dans la salle n°7 on a rangé la toreutique en bois, buis ou poirier. Parmi les pièces les plus remarquables, j’ai noté : une Résurrection datée de 1529, — un Christ en croix , portant le monogramme P. D. 1528, — deux plaques représentant des Combats de cavalerie, ciselées par Colin de Malines, dit le livret; — six médaillons représentant des sujets de la création, et attribués à Albert Durer : s’ils ne sont pas de lui, ils ont été évidemment faits dans son école; — et plusieurs croix ou polyptyques moscovites, dont la confection a longtemps été le monopole des moines du monastère de Kiew.

Je ne me souviens pas d’avoir vu un seul de ces médaillons en buis si finement ciselés, et où les artistes de Nuremberg ont reproduit presque invariablement les profils de Charles-Quint, de son frère Ferdinand, des enfants de ce dernier ou de quelque

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porte-drapeau d’une des nombreuses gildes qui partageaient la population des villes allemandes au seizième siècle. Les vitrines du Louvre et de la collection Sauvageot en possèdent plusieurs, et il est regrettable que la Gruene Gewœlbe ne puisse en montrer deux ou trois échantillons.

Je vpus fais grâce des mosaïques, des nautiles, des œufs d’autruche, des placages d’ambre jaune et des coraux montés, exposés à profusion dans la troisième salle. A voir le goût étrange qui a donné le dessin de ces divers objets, on ne peut que regretter que la dextérité des ouvriers ne se soit pas exercée sur des modèles plus dignes d'eux. Ils ont réussi à faire des jouets, et, qu’on me passe le mot, des joujoux; mais aucun n’a produit une œuvre d’art proprement dite. C’est là que j’ai vu le meuble en ambre jaune le plus grand que je connaisse. C’est une armoire en forme de crédence dont les tiroirs sont remplis d’une foule d’objets également en ambre sculpté ou travaillé au tour : tabatières, étuis, pommes de canne, colliers, crucifix, pions, échecs, encriers, manches de couteaux, bouts de pipes, etc., etc. Cette armoire a dû coûter et doit valoir beaucoup d’argent; mais il me parait difficile d'imaginer rien de moins agréable à l’œil. La matière ne se prête qu’à être employée accessoirement. Elle a été donnée en 1728 par Frédéric-Guillaume I er , roi de Prusse, à Auguste le Fort, et a été exécutée à Kœnigsberg. Le nom de

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son fabricant n’a pas été conservé à la postérité.

Les mosaïques de Florence sont en petit nombre, et aucune n’est, à beaucoup près, aussi remarquable que la table de Richelieu exposée dans la salle des dessins au Louvre. Ce genre de décorations ne souffre pas la médiocrité.

Je comptais bien rencontrer dans cette collection quelques-uns de ces beaux émaux rhénans du douzième et du treizième siècles qui , ainsi que je le disais plus haut, sont contemporains de nos émaux champlevés et cloisonnés. Mon attente a été déçue. Je ne me rappelle en fait d’émaux cloisonnés que quelques pyxides et quelques plats à ablution du quatorzième et du quinzième siècles, dont l’émaillure m’a semblé plutôt française qu’allemande. Si l’on veut se rendre compte des progrès et de la décadence de cette branche d’industrie allemande , c’est au musée de’Berlin qu’il faut aller, et surtout à Paris, chez le prince Soltikoff, dont la collection offre une suite d’émaux rhénans sans doute unique. Jusqu’à ces derniers temps, ces objets étaient invariablement regardés comme venant de Limoges ou des environs. C’est ce qui explique le peu d’empressement de l’Allemagne à les recueillir. Ce n’est donc pas à Dresde que l’on pourra étudier avec fruit les émaux rhénans.

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Par contre, on s’y formera une excellente idée de notre fabrication de Limoges à sa plus féconde et à sa plus élégante époque, de 1530 à 1580. Plusieurs bassins, aiguières, coupes, plats à ombilic, portent les initiales de nos plus habiles émailleurs : Pierre Raymond, Pierre Courtois, Jean Courtois, Jean de Court. D’autres sont marqués M. F. C’est un monogramme anonyme de plus à ajouter à ceux dont M. le comte de Laborde a donné l’intéressante nomenclature dans son catalogue des émaux du Louvre. La Gruene Gewœlbe contient également plusieurs pièces de la décadence de notre émaillerie, c’est-à-dire du dix-septième siècle. Elles sont signées Noël Laudin et Pierre Nouailler. J’ai remarqué avec peine que c’étaient ces pièces sur lesquelles se concentrait le plus volontiers l'admiration des Allemands. A chacun son goût.

Nous arrivons à la salle IV, la plus curieuse de la collection. C’est là que sont renfermés la vaisselle , d’or et d’argent, les meubles ciselés et au repoussé, les coffrets, les pendules, l’orfèvrerie proprement dite. L’accumulation et l’étincellement de ces objets décuplés, par le reflet des glaces dont les murs sont tapissés, produisent un effet plus facile à faire sentir qu’à expliquer.

Je ne vous apprendrai pas qu’Augsbourg et Nuremberg ont été au moyen âge et pendant le seizième

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et le dix-septième siècles les deux centres artistiques de l’Allemagne. Les ateliers de leurs orfèvres étaient aussi actifs que ceux de Venise et de Florence, et il arrive fréquemment que l’on prend pour un travail italien ce qui est d’une exécution purement allemande. Cette erreur est un éloge qui a son prix.

Au milieu de toutes ces richesses, il m’est impossible, non-seulement d’entrer dans le détail des principales, mais encore de vous désigner celles qui auraient le plus de droits à une mention spéciale. Permettez-moi donc de citer au hasard, je tomberai toujours sur des œuvres remarquables.

On rencontre là plusieurs de ces aiguières en forme de cerf, d’ours, de chouette, de basilic, toutes -en argent doré, qui, au moyen âge, servaient à verser de l’eau sur les mains des convives après le repas. Ou mettait l’eau dans l’intérieur de l’animal, puis un page, tenant un plateau d’une main, saisissait de l’autre le récipient par la queue enroulée ou par les pattes formant anses, et en versait le contenu qui retombait dans le plateau. La plupart de ces aiguières portent le poinçon d’Augsbourg : une pomme de pin. C’est également d'Augsbourg que vient le Bassin devermeil[k'S ), destiné à faire rafraichirlevinet poinçonné du monogramme d’André Thellot, qui vivait on 1714. André Thellot, comme son nom l’indique,

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était un ouvrier protestant chassé de France par la révocation de l’édit de Nantes.

Les bassins baptismaux ont joué un grand rôle dans le mobilier de nos ancêtres. Ils étaient destinés à laver les enfants après leur naissance, et se transmettaient dans les familles avec autant de soin et de religion que le plus précieux héritage. On contient mal son émotion devant ces meubles sacrés qui ont répété les premiers vagissements de tant de créatures. En Italie, ils étaient modelés en faïence et affectaient la forme d’un trèfle. Le Musée de Cluny en possède plusieurs. En Allemagne, le cuivre ou le vermeil remplaçait la faïence. Le n° 73, est, dit-on, en usage dans la famille électorale de Saxe depuis Jean- George I er . La ciselure de ce bassin, œuvre de Kellcrthalcr, qui florissait à la fin du seizième siècle, est d’une extrême richesse. Le livret l’indique avec raison comme un chef-d’œuvre d’orfèvrerie. Dix médaillons, ciselés et incrustés dans les parois, représentent des sujets relatifs à la cérémonie du baptême.

Voici deux coffrets d’argent doré et ciselé qui, par la richesse de la décoration en même temps que par la finesse du travail, peuvent lutter avec ce que l’Italie du seizième siècle nous a laissé de plus parfait. Le premier est un coffret à bijoux de Wenceslas Jamnitzer, de Nuremberg, né en 1506, morten 1586.

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Les parois représentent des personnages emblématiques placés dans des niches cintrées dont les intervalles portent des inscriptions ayant rapport à ces personnages. Autour de ces niches courent des ornements de plein relief : reptiles, lézards, grenouilles, enroulés dans les fibres de plantes diverses. La finesse môme du travail enlève à l’ensemble de ce coffret un peu d’unité et de tranquillité. C’est son seul défaut.

L’autre coffret en argent (n° H 7), fabriqué également à Nuremberg vers le milieu du seizième siècle, représente des scènes de la vie de Jésus-Christ. Il passe pour avoir servi à Auguste le Fort. Le nom de l’orfévre qui l’a composé n’est pas connu.

De Nuremberg viennent également deux grands vidrecomes en vermeil (H 8-1 19), dont l’un représente Atlas portant le globe terrestre , et l’autre Atlas portant le globe céleste. Ils furent donnés par les bourgmestres de la ville à Gustave-Adolphe, en 1632.

Les objets historiques coudoient les œuvres artistiques et réunissent les deux genres d’intérôt :

C’est un plateau d’encrier dont se servit Auguste III, second roi de Pologne de la branche saxonne, pour signer laconventiondeTargowitz qui, en 1734, lui donnait le trône qu’avait occupé son père.

Ce sont quatre coupes incrustées de médailles rc-

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