‹ La curiosité; collections françaises et étrangères cabinets d'amateurs. BiographiesChapitre 37 sur 40 · DE M. HUMANN · texte numérisé non relu

DE M. HUMANN

frais, représente 4,147 francs. L’un des deux combattants, forcé de se retirer sur une enchère de 50 francs supérieure à la sienne, a fait justice du sentiment qui les animait tous deux quand il a dit : « Je suis bien aise de savoir qu’il y a encore quelqu’un de plus fou que moi. » — Le mot est vif, mais il est juste. — Une figure de moine pleureur (n° 63 bis) provenant, non pas des tombeaux des chartreux de Dijon, mais du tombeau de Philippe le Hardi, par Claux de Vousonne, placé jadis à la Chartreuse près de Dijon, et certainement d’un art bien supérieur aux ciselures d’Aldegrave , n’est montée qu’à 240 francs. Tout le monde connaît ces deux tombeaux de Jean sans Peur et de Philippe le Hardi, exposés maintenant au musée de Dijon, et entourés d’une théorie de figures de 0,40 centimètres de hauteur. Au moment de la révolution, une vingtaine de ces figures disparurent (il y en a près de cent sur les deux monuments). Elles sont maintenant disséminées dans diverses collections, et plusieurs ont été moulées. Ce sont ces moulages que l'on retrouve invariablement dans tous les ateliers à côté de saint Sehald et de maître Fischer de Nuremberg.

Je ne comprends pas, je l’avoue, les prix auxquels sont moutés les émaux de Limoges de la deuxième vacation. Ceux qui étaient intacts, comme les deux as-

siettes n° 113 (vendues 2,050 fr.) étaient d’un art médiocre, et si réellement ils doivent être attr ibués à Pierre Raymond, on peut assurer que ce sont des Raymond de pacotille. Je n’en dirai pas autant du hanap n° 108 (vendu 5,130 fr.) et du plat à ombilic n° 112 (vendu 5,000 f.); mais ils n’offraient rien de capital comme dessin et comme couleur. Quant au coffret à bijoux n° 109 (vendu 5,500 fr.) et au triptyque du quinziéme siècle n° 1 10 (vendu 3,131 fr.), je ne puis voir dans ces deux pièces qu’un intérêt archéologique et industriel, mais nullement un intérêt artistique. Je ferai la même observation générale pour les faïences italiennes. Toutes, même celle à reflets métalliques signée de Xanto de Rovigo (vendue 1 ,420 fr.), étaient de jolis exemplairesde second ordre dont aucun n’eût pu soutenir la comparaison avec les majoliques des cabinets de Rohtschild, Soltykoff, Sauvageot, Rattier, Sellières, Pourtalès; et tutti quanti.

Je passerai rapidement sur les boites, tabatières, bonbonnières, bijoux de toutes sortes, tout en faisant observer à quel prix relativement modéré est montée une tabatière ovale n° 221 (vendue 40 fr.) en ancien Saint-Cloud. On sait cependant combien sont rares les produits de cette première fabrique de porcelaine établie en France vers 1690, et spécialement protégée par le Régent lorsqu’il était duc d’Orléans. Dans

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eette division, un fort bel étui en vernis Martin, n°242, s’est vendu 246 fr., le quintuple certainement de ce qu’il a dû coûter ij y a quatre-vingts ans.

Lesporcelaines, et notamment laporcelaine deSaxe, figuraient en grande quantité dans cette vente. Une belle armoire en bois de poirier peint en noir et verni, contenait sur ses étagères une réunion très-nombreuse et très-variée des amusants produits de cette industrie. Une magnifique bouilloire enguirlandée de fleurs en cuivre doré ciselé avec une rare délicatesse, n° 312, a été adjugée à 470 fr. ; un très-beau cabaret de treize pièces, médaillons à sujets, n°3l4, 600 fr.; une petite fontaine forme ovoïde, fond or et ornements réservés en blanc, montée il est vrai en argent, a atteint le chiffre de 383 ; tandis qu’une autre fontaine de môme forme, n° 327, fond or et fleurs émaillées, pièce de, collection plus rare, n’a été abandonnée qu’à 40 fr. Enfin un service fond blanc à bouquets de fleurs, n° 338, composé de soixantequatorze pièces intactes et difficiles à réunir semblables en aussi grande quantité, a été adjugé poulie prix de 823 fr.

Parmi les chinoiseries, j’indiquerai un petit cabinet en laque or sur or, n° 434, véritable bijou, dit le catalogue, provenant de la vente Debruge-Duménil, d’une finesse de vernis et d’une douceur d’éclat com-

parables aux plus belles laques du cabinet de Guignes. Il a trouvé acquéreur au prix de 805 fr. L’heureux adjudicataire a fait là îjne affaire d’or. Aux prix que les objets ont atteints dans cette vente, ce cabinet valait au moins \ ,200 fr. — Une cassolette en émail cloisonné, le seul de la vente, a été vendue 735 fr. Si ma mémoire me sert fidèlement, cet émail était pâle et faux de ton. Deux belles coupes en céladon craquelé, monture Louis XVI, n° 473, ont été adjugées à 1,584 fr. Deux assiettes en porcelaine de Chine, dite coquille d’œuf, à revers rouge, ont atteint le prix de 324 fr.; il y a cinq ans, elles eussent valu 20 à 25 fr. pièce. Enfin un très- joli vase ovoïde allongé, fond céladon vert jaunâtre, fabrique du seizième siècle, est allé, au prix effroyable de 520 fr., augmenter une collection de céramique chinoise très-riche, et fort peu connue, et qui m’a fait bien souvent commettre le péché d’envie.

C’est une singulière et exigeante conseillère que la mode. Il y a quarante à cinquante ans on eût expulsé au grenier ou vendu au poids du cuivre, la plupart des meubles qui figuraient dans la sixième vacation. Us dataient en grande partie de l’époque dite Louis XVI. On sait au contraire combien de nos jours ils sont recherchés, sans qu’il y ait plus de mesure et de justice dans cet engouement que dans cette exclusion. Ainsi les deux candélabres, n° 5H, vendus

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