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de l’or, mais certainement au poids des billets de

banque .

L’Angleterre possède vingt-cinq de ces pièces; la France vingt-neuf; la Russie une. De ces vingt-cinq pièces, vingt-trois ont été envoyées à l'Exposition de Kensington, En voici l'indication rapide suivie des ,noms des propriétaires.

Aiguière au G, à M. Magniac. — Aiguière de Strawbery Hill, aiguière de M. de Monville, chandelier Préaux , hanap conique , coupe , couvercle de coupe, porte-fleurs; ces sept pièces sont à M, Antony de Rolhscbild. — Biberon à l’AM, chandelier avec armes de Montmorency, mortier à cire, à M, Andrew Fountaine. — Biberon sphéroïdal, salière triangulaire, à M. Lionel de Rothschild. — Coupe Ralliez, salière Ralliez, au duc de Hamilton. — Salière SoltykolT, à M. Robert Napier. — Salière à la Salamandre, à M. George Field. — Salière avec ogives, à M. Addington. — Plateau d'Espaularl, au musée de Kensington, la seule pièce portant une marque ; mais cette marque entièrement inconnue vient ajouter une énigme à tant d’autres. — Drageoir SoltykolT, à M. Webh. — Vase ovoïdal, à M. Henry Hope. — Aiguière à anse, à M. Martin Smith. — Coupe Delange, à M. Durlacher. Cette pièce, la dernière trouvée, l’a été par M. Delange. Elle vient de la Touraine comme toutes les faïences de Henri IL

A LONDRFS.

Les cinq sections suivantes comprennent les grandes pièces d’orfèvrerie décorative des fabriques anglaises, et quelques échantillons des fabriques continentales. Les produits anglais occupent quatre largos vitrines devant lesquelles on peut se faire une idée de la richesse et de la puissance des corporations de la Grande-Bretagne, soit publiques soit privées. Les actes de naissance de plusieurs d’entre elles datent de quatre et cinq siècles, et les armoires de toutes regorgent des dons de vingt générations de donateurs. Les plus illustres représentants de l’aristocratie anglaise tiennent à honneur de voir leurs noms figurer sur les registres de ces corporations; et l’on sait combien le prince Albert était exact aux réunions de la corporation des marchands de poisson (fishmongers) de Londres dont il était membre.

Les corporations qui ont envoyé des objets sont au nombre de vingt-trois. Les pi-incipales sont les barbiers, les hrasseui’s, les brodeurs, les charpentiers, les tailleurs, les poissonniers, les orfèvres, les merciers, les peintres, les marchands de vin, les ciriers, les marchands d’huile. Leurs envois se composent d’insignes, de décorations pour les réunions officielles, ou de vaisselle de table pour les repas homériques qui en sont la suite : hanaps, vidrecomes, drinkeornes, plateaux, aiguières, salières, théières, soupières, pots à hydromel, candélabres, timbales.

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surtouts, miroirs, cuillers, fourcfiettes, couteaux, masses d’huissiers, couronnes, épées triomphales, chapels de cérémonie, bassins à rafraîchir vastes comme des piscines, bouteilles majestueuses comme des tonnes, que l’on manœuvrait avec une poulie ; toute une étincelante et joyeuse dinanderie en harmonie parfaite avec ces vastes halls de Westminster et de Hampton-Gourt, où se prolongeaient pendant des semaines entières des repas à fatiguer les pinceaux de Jordaens et à tuer d’indigestion Gargantua. La vaisselle plate des administrations publiques : paroisses, mairies, comtés, shériffs, n’est ni plus riche ni plus nombreuse que celle des sociétés privées, et celle envoyée par les particuliers, notamment le duc de Portlanfl, le comte Spencer, le comte Ghesterfield, ne le cède à aucune des deux.

Dans l’orfèvrerie étrangère, l’attention doit surtout s’arrêter sur un plateau et son aiguière en argent doré et ciselé : au capitaine Leyland ;

Un second plateau et son aiguière formés de cercles d’agate sertis par des cercles d’argent doré et ciselé : au duc de Rutland ;

Un troisième plateau et son aiguière, au baron James de Rothschild. Le plateau représente Orphée au milieu des animaux. Ges trois objets ne possèdent sans doute pas à un si haut degré l’élégance de notre coupe dite de Gellini ; mais le travail de la ciselure.

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la forme des, ornements et des figures m’ont paru les mêmes. Je les crois sortis des ateliers d’Augsbourg ou de Nuremberg à la fin du seizième siècle.

Dans les sections 13, 14 et 15 sont compris les vases en matières précieuses ; cristal do roche, agate, onyx, sardoine ; la joaillerie et les bijoux de corps proprement dits. Rien n’est plus élastique que ces dénominations et n’est plus multiple que les divisions qu’elles embrassent. Tout devient bijou ; la reliure d’un livre, la garde d’une épée, la ferrure d’une porte. En m’en tenant à la lettre du catalogue, voici les objets qui m’ont le plus frappé : Plusieurs pièces de vaisselle ornementale en cristal de roche gravé et ciselé, semblables à celles de la collection des bijoux au Louvre et à celles de la salle des Gemmes à Florence. Elles ont dû faire partie du môme ensemble, et proviennent évidemment du Trésor des Médicis à la fin du seizième siècle. D’autres joyaux, indiquant un travail saxon et datant du commencement du dixhuitième siècle, rappellent les œuvres de Diglinger de la Grune Gewœlbe de Dresde ; d’autres sont français du dix-sepjième siècle. Une coupe en magnifique agate onyx, monture moderne en or ciselé et émaillé, est en la possession du duc de Hamilton. A M. Lio-

nel de Rothschild appartiennent un étui à calems en or couvert d’un émail et d’un vernis vert dans lequel sont incrustés des diamants : travail persan, et des

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tasses k café en cristal intaillé de filets d’or et incrusté de petites pierres précieuses, travail turc dont on connaît de nombreux spécimens. M. Sambrooke possède un échantillon de joaillerie arménienne : c’est un bol en stéalite, monture de filigrane d’argent dont les interstices sont remplis d’émail de couleur.

Sur quoi maintenant pourrais-je m’arrêter de préférence dans celte fastidieuse et cependant amusante nomenclature? Je choisis au hasard dans mes notes. Une agrafe ronde k quatre compartiments en or ciselé, émaillé et incrusté de pierres précieuses, travail italien du seizième siècle ; un collier en or ciselé, découpé et émaillé, avec pendeloques semblables, travail français du seizième siècle, appartenant tous deux k M. Gladstone ; un fermail de manteau, composé du fermail proprement dit et de deux chaînettes courtes, plates et épaisses, argent ciselé et doré, travail hongrois de la moitié du dix-septième siècle, appartenant k la comtesse Telecki , pièce extrêmemeilt précieuse par sa rareté et l’authenticité de son origine. Deux ceinturons en argent doré et ciselé, appartenant, l’un k M. Farrer, l’autte k M. Curzon, m’ont paru avoir la même origine et dater du même temps que le fermail Telecki.

J’ai vu là, devenu la propriété de sir Beresford Hope, et monté en bague, ce magnifique saphir donné par le duc d’Orléans à madame de Genlis, et

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connu aujourd’hui en Angleterre sous le nom de Saphir merveilleux^ qu'il mérite par l’éclat et la pureté de son eau. C’est également à sir Beresford Hope qu’appartiennent une grosse goutte-perle montée en pendeloque dans une couronne émaillée et incrustée de diamants, — la forme et la couleur de cette infirmité de la nature sont loin d’étre agréables, et sa véritable place serait dans un cabinet d'histoire naturelle, — et une charmante petite croix à la Jeannette formée de huit diamants verts. Il faut donc ajouter le vert aux nuances roses, bleues, jaunes et noires dont, en 1853, la vitrine de MM. Hunt et Rosbell nous avait fait connaître les échantillons.

Le duc de Ilamilton a envoyé quatre Paix en argent niellé : deux rondes, chacune sur une seule et même plaque, deux également rondes, mais formées de quatre quarts de cercle.

Est-ce dans cette section que l’on doit classer la vitrine, propriété exclusive de M. Lionel de Rothschild, contenant cent vingt objets de toute espèce, • orfèvrerie de table, bijouterie de corps, ivoires, majoliques, verres, médaillons allemands, émaux de Limoges, Palissy, et surtout ce fameux vase de verre, la pièce la plus parafile et la plus précieuse en ce . genre ? C’est un travail romain du deuxième siècle.

Il se compose de deux pâtes de verre engagées l’une dans l’autre comme les porcelaines réticulées. La

Digilized by Cooglc

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lumière, en traversant l’enveloppe unie d’un vert laiteux, lui donne une transparence irisée. Sur cette première enveloppe est fixée (comment? on l’ignore, et c’est là ce qui désespère les verriers) une seconde enveloppe également en pâte de verre ,

. épaisse, découpée à pleins reliefs et représentant une bacchanale. La première enveloppe, absorbant la lumière, rend la seconde opaque et la fait se détacher en blanc sur un fond vert d’une incroyable douceur.

Les camées, intailles, pierres gravées sont placés dans plusieurs vitrines dont quelques-unes contiennent jusqu’à six cents numéros. La collection la plus belle, la plus précieuse, la plus intéressante à tous les points de vue, celle qui réunit la plus grande quantité à la plus rare qualité, appartient au due de Devonshire. Plusieurs de ces raretés avaient déjà été exposées à Paris en iS.oo dans la vitrine du joaillier anglais Hancock, je crois.

Cinq vitrines sont remplies d’armes et d'armures de toute espèce , de tout temps et dé tout pays. En présence de cet amas d’instruments de meurtre de formes les plus diaboliquement variées, on ne sait qu’admirer le plus, ou de la fertilité de l’homme à inventer des engins propres à égorger son semblable, ou de sa fécondité plus grande encore à décorer des plus gracieux or-

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nements ces engins de destruction. Il est vrai que l’esprit de conservation marche du môme pas que l’esprit de destruction, et qu’une arme offensive est à peine trouvée, que l’arme défensive opposée vient à l’instant même en neutraliser l’effet. La pièce la plus remarquable est un bouclier de parade, circulaire, à ombilic armé d’une pointe quadrangulaire. Il est en fer estampé et revenu au ciseau, représentant des sujets de bataille entourés d’arabesques. La bordure, les cercles concentriques et les intervalles des arabesques sont brodés de damasquines d’or et d’argent d’une extrême élégance. Il appartient à la reine, et je comprends qu’oinc femme prenne plaisir à posséder une œuvre aussi délicate. Les bas-reliefs sont milanais du seizième siècle, tandis que les damasquines ont été faites en Orient même, où le bouclier a pu être envoyé par l’armurier avant la ciselure des bas-reliefs.

■Voici encore un produit essentiellement français qui, après des siècles d’oubli, a été remis en honneur, et qui occupe dans le goût des collectionneurs la place à laquelle il a droit : je veux parler des émaux de Limoges. Quelque magnifiques que soient ceux des collections anglaises, nos musées, et surtout le musée du Louvre, n’ont à redouter aucune comparaison. Les pièces réunies à Kensington ne sont pas plus belles que celles de la galerie d’Apollon et sont

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en moins grande quantité. Mais après le Louvre, je ne pensais pas qu'il fût possible d’en rencontrer autant. Les plus célèbres émailleurs du 16® siècle, Léonard Limosin, Pierre Raimond, Jean Courtois, Pierre Courtois, Jean de Court, Suzanne de Court, Martin Didier, les Penicaud, Pape, etc., etc., sont représentés à Kcnsinglon. J’ai compté 64 pièces hors ligne. Sans penser à les désigner toutes, je désire, ne fût-ce que par orgueil national, indiquer du doigt les pièces uniques. Telles sont : une coupe et son couvercle représentant les travaux d’Hercule, signée loannes Penicavdi ivnior 1539, au duc de Hamilton; — un olifant signé Leonardvs Lemouievs, à M. Magniac ; — un triptyque divisé en vingt compartiments représentant des sujets de la vie de saint Jérôme et de celle de saint Jean, signé plusieurs fois M. D. P. (Martin Didier Pictor), la plus grande pièce connue en ce genre, au capitaine Leyland; — un petit coffret à cinq plaques à sujets, camaïeu bleu turquoise, représentant l’histoire de Moïse, pièce unique, à M. Morland ; — une plaque représentant des gymnastes d’après Jean Cousin, à M. Hope ; — un triptyque représentant le mariage de Louis XII et d’Anne de Bretagne, travail limousin contemporain du second mariage d’Anne (1499), à M. Danby Seymour. C’est également à M. Danby Seymour qu’appartiennent cinq plaques de Léonard Limosin, repré-

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ni

sentant de grandeur naturelle et en buste : Élisabeth de France, Marguerite de Valois, le cardinal de Lorraine, le cardinal de Guise, Amyot. Elles sont semblables aux deux du même émailleur possédées par le musée du Louvre, et aux deux autres de la collection Magniac qui représentent Henri II et Catherine de Médicis. Ce dernier portrait offre cette particularité que non-seulement les bossages de l’encadrement, mais encore le fond, les ornements de la robe de la reine, son collier même, reproduisent les croissants et le fameux monogramme de Henri H, où l’on a voulu voir les armes et le chiffre de la maîtresse du roi, Diane de Poitiers. Si en réalité ce chiffre eût été celui de la grand’sénécbale , est-il admissible que l’on eût poussé l’audace et l'inconvenance jusqu’à en décorer les joyaux et les vêlements d’une femme légitime et d’une reine? Quelque liberté que l’on veuille accorder aux mœurs dans le seizième siècle, je ne le crois pas.

Deux des vitrines contenant la verrerie sont affectées aux collections de verres antiques et de pâtes de verres, lacrymatoires, lustratoria, débris de veilleuses, appartenant à M. Webb. Une troisième renferme les verres plus modernes, arabes, turks, persans, vénitiens, mantouans, frioulais, bohémiens, allemands, de Baccarat. De côtés et d’autres sont éparpillées douze ou quinze gargoulettes, gourdes ou

LEXPOSIÏIÜN DE KENSINGTON

enveloppes de lampes arabes à dessins de couleur et à versets du Coran. Ici la beauté et l’élégance du travail se doublent de la fragilité de la matière pour augmenter la rareté des pièces. La plus belle est celle prêtée par le duc de Hamilton. C’est, je crois, un travail persan. Sur les flancs tourne une frise bleue sur laquelle s’enroulent et se déploient des branchages et des entrelacs dorés que traversent des cavaliers poursuivant des autruches et des tigres peints au naturel. ,Te ne veux imposer mon goût à personne ; mais, à mon sens, c’est se montrer singulièrement prévenu que de ne pas trouver le caractère et le style de ces ligures au moins égaux au caractère et au style des figures des vases étrusques. Ce vase, dont on a souvent offert 10,000 fr. au propriétaire, a été payé 10 fr. il y a une vingtaine d’années, à Gand, en plein marché, chez un étalagiste marchand de ferrailles.

Avec les faïences de Bernard Palissy s’ouvre la division des produits de la céramique comprenant sept sections. La première est assez restreinte et assez ordinaire. Le collectionneur qui en Angleterre passe pour posséder les plus beaux spécimens, M. Fountaine, n’en a, il est vrai, envoyé aucun. Mais, malgré cette abstention, on peut assurer que c’est en France qu’est restée la majeure partie et la plus remarquable des produits de l’illustre potier. C’est en-

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coro au Louvre que l’on peut se faire la plus haute et la plus juste idée du goût de ce grand artiste. En élaguant les surmoulés postérieurs, les imitations du dix-septième siècle, les pièces des fils, des petits-fils, des neveux de Palissy, les faux môme (et j’en ai reconnu trois ou quatre), je ne vois guère à citer que le plat rond d’après Briot, dit à la Tempérance, appartenant à M. Edward Maidwood ; un magnifique plat à reptiles à sir Addington, et un corps de fontaine de table fond gris laiteux, mélangé de coquilles et de bivalves. Je ne connais que cette pièce dans cette catégorie. J’ai trouvé la une répétition de celle figure de femme assise présentant le sein à un enfant enunaillotté, appelée la Nourrice de François /", et qui doit être tout simplement madame Palissy. On en connaît d’assez nombreux exemplaires. Celui-ci manque de finesse et ne peut se comparer aux deux du Louvre. Ce n’est pas, au reste, la première fois que l’on constate cette différence dans le travail d’une môme pièce. On peut donc en conclure que les moules des œuvres de Palissy se conservaient dans

ses ateliers, et que ses héritiers et successeurs s’en sont seiwis avec une habileté de moins en moins grande.

Les faïences italiennes, dites majoliques, sont au contraire très-nombreuses. Elles sont rangées dans deux vitrines et peuvent se monter de 350 à 400 de

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toute espèce, de toute forme et de toutes fabriques. Plusieurs ne le cèdent pas aux plus belles du cabinet des Gemmes à Florence, du musée Correr à Venise, et de la pharmacie de Lorelte. J’ai remarqué deux grandes torchères à M. le marquis d’Âzeglio ; cinq seaux à rafraîchir, dont un, à M. Rarcker, représente le défi des Piérides d’après le Rosso ; une petite urne à anses surélevées, forme étrusque, fond bleu, sur lequel se détache un combat de guerriers peint avec une précision et un soin rares à rencontrer dans les majoliques. Cette pièce, suivant le savant M. Robinson, serait une œuvre authentique d’OrazioFontana ; des Xanto de toute beauté ; quatre plats représentant le jugement de Pâris, la sainte Cécile de Bologne^ les Noces d’ Alexandre, et la Danse cC Amours, d’après Raphaël ; enfin une aiguière, à M. Napier, et une coupe, à M. Morland, exécutées d’après les procédés dits grajfits. Ce procédé consiste à indiquer par une légère entaille le contour des personnages ou des objets. C’est celui employé pour les dessins du pavé de la cathédrale de Sienne. M. Robinson considère les vases décorés de graffîtes comme venant de la Lombardie, et appuie son opinion sur la présence fréquente de feuilles de mûrier, arbre dont la culture est très-répandue dans les plaines de la haute Italie. Cette opinion est pour le moins fort ingénieuse , et . en l’absence de tout autre docu-

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ment, demanderait à être sérieusement controversée.

Il n’y a que peu de temps que l’attention des curieux s’est portée sur ces magnifiques produits de la céramique orientale connus sous le nom de faïence de Perse. Le goût qui a présidé à leur décoration, l’intensité et l’harmonie de leur couleur , ne le cèdent à aucun de nos produits européens. L’éveil vient d’un de nos compatriotes, de M. de Monville, qui le premier a réuni le peu de piècos alors connues en France. Les faïences de Perse sont une matière trèsobscure encore; l’on confond sous ce teime générique non-seulement les faïences fabriquées dans les diverses villes de la Perse, mais celles provenant des fours de tout l’Orient depuis Constantinople jusqu’au Caire, et celles des îles de l’Archipel, Chypre, Rhodes, Malle, la Sicile, et même des imitations évidemment italiennes. L’important était de se procurer d’abord des échantillons, les classifications devant venir ensuite. Je ne connais pas de collection publique ou privée qui puisse en montrer de plus nombreuses, de plus variées et de plus riches que Kensington, où j’ai compté cinquante plats, aiguières, gargoulettes, vases, tasses à café d’une richesse inouïe.

Je signalerai surtout deux potiches ventrues, bleu foncé, à dessins d’or, du plus bel éclat. Elles ont été trouvées en Sicile et sont regardées comme un

h’K.M’OSlTlON DE KENSINGïON

ouvrage datant de l’occupation sarrazine au onzième siècle : h M. Falkener ; — une espèce de petite théière forme melon, à trois anses, à goulot et à couvercle : sur le fond bleu liseron courent des feuillages d’or. Les plus beaux bleus de roi et bleus grand feu de Sèvres et de Chine ne peuvent donner qu’une idée imparfaite de la vivacité et de la douceur de l’émail de cette théière; c’est limpide et profond comme un bloc de saphir, M. Francks en est l’heureux possesseur ; — une assiette creuse fond blanc réveillé au fond par une couronne d’ornements bleus et noirs. Le plat-bord est formé par une collerette de petites découpures à jour, mais recouvertes par l’engobe incolore qui forme une véritable vitre.

, Le musée japonais à Dresde expose quelques pièces semblables sortant des fabriques de Meissen au commencement du dix-huitième siècle, également à M. Francks. Ces faïences m’ont produit, je l’avoue, une très-vive impression. Jusqu’à présent, en fait de tons, sinon de formes, la supériorité me semblait incontestablement acquise à nos porcelaines de Sèvres. Depuis ma visite à Kensington, mon opinion s’est modifiée, et je range les faïences de Perse sur la môme ligne que nos produits de Sèvres.

La comparaison, au reste, est facile à faire à Kensington, où l’on a réuni la plus merveilleuse collection de Sèvres que l’on puisse imaginer. Il est certain que

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pour qui voudra connaître cl étudier cette branche de la céramique, c’est en Angleterre qu’il devra aller. Le maréchal Sébastian! est le dernier dont la collection ait pu lutter avec les collections anglaises. Mise aux enchères en 1851, les plus belles pièces de cette collection ont passé le détroit : on les retrouve dans les vitrines de Kensington. C’est la faute, non pas de notre goût, mais de notre inconstance de goût qui cède si volontiers à toutes les fantaisies de la mode, et, après avoir produit et admiré avec une facilité exagérée, repousse et dénigre avec un dédain extravagant. Lorsque les pâtes tendres étaient dédaignées chez nous, nos voisins, mieux avisés et guidés par leur intérêt qui éclairait leur goût, recueillaient au poids de l’or toutes celles qu’ils rencontraient ; si bien que les habitations desparticuliersen sont pleines, et que, sans qu’il y paraisse sur leurs étagères, ils ont pu en envoyer à Kensington de quoi bourrer deux grandes vitrines contenant au moins six cents pièces. Avant de les avoir vues, je ne pouvais me faire qu’une idée confuse de la variété de formes, de couleurs et d’applications que savaient trouver nos ouvriers. Il y a là des cabarets entiers de pâte tendre, des pièces payées 25,000 fr. à la vente Sébastian!, et valant le double aujourd’hui. Toutes les formes coudoient toutes les couleurs : bleu turquoise, bleu lapis, bleu violet, bleu grand feu, bleu d’ardoise, rose de Chine, rose de

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Sèvres, cendre de rose, fleur de pécher, vert d’eau, vert pâle, vert-pomme, vert malachite, blanc mat, lilas tendre, gris perle, jaune soufre, jaune paille, jaune maïs, jaune capucine. Après la faïence de Perse et bien avant la porcelaine de Chine, la porcelaine de Sèvres est la plus belle comme richesse d’éclat et comme douceur d’harmonie. Son second mérite est de se marier admirablement avec la décoration des appartements où elle était destinée à figurer, et avec les costumes de leurs habitants. Il n’est pas difficile de faire le procès au siècle de Louis XV en fait de goût ; il l’est plus de lui refuser le mérite de l’harmonie. Il existe entre ses arts et son industrie-une étroite connexité. Parmi les noms des propriétaires inscrits sur les cartouches de ces deux vitrines, ceux qui reviennent le plus fréquemment sont ceux de S. M. la reine, du duc de Cambridge, de MM. Charles Mills, MartinSmith, Âddington,duc deBuceleugh, Edward Mills, marquis d’Abercorn, lady Dorothée Newill, comtesse Cowper.

L’Angleterre a tenté au siècle dernier, non sans un certain succès, de fonder à Chclsea, près de Londres, une manufacture rivale de celle de Sèvres. Les formes, les couleurs, l’ornementation sont les mêmes, mais la combinaison de ces éléments est toute différente. Gracieuses, élégantes, harmonieuses chez nous, les porcelaines deviennent lourdes, épaisses.

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enragées de ton en Angleterre, Ghelsea n’en a pas moins produit beaucoup; il a laissé quelquefois échapper des œuvres où la délicatesse la plus exigeante ne trouverait rien à critiquer. Kensington en expose un grand nombre, dont les plus belles appartiennent à S. M, la reine, au comte Ghesterûeld, au comte Spencer, à MM. Addinglon, Farrer, Harl, Dum Gardner, Napier, Loflus, Wigram.

Je ne puis passer sous silence une vingtaine de pièces de faïence sortant de Fulbam [Fulham pottery), dont la fabrication remonte à la seconde moitié du dix-septième sièclty. La pâte est une espèce de terre de pipe dite cailloutage, assez commune, d’un blanc sale, enduite d’un vernis incolore. Ges pièces consistent en petits vases, en pots à bière, en statuettes dont la forme commune rappelle certaines faïences hollandaises. Il est permis de croire que les spécimens exposés à Kensington sont postérieurs à la révolution de 1688 et ont subi l’iiiQuence des goûts hollandais importés en Angleterre à la suite de Guillaume III. Les seuls détails que l’on possède sur cette faïence se trouvent dans l’ouvrage de M. Marryat, Bistory of pottery and porcelam. Je ne la signale pas comme une beauté , mais comme une curiosité.

Les produits du Palissy de l’Angleterre, de Josiah Wedgwood, abondent naturellement. Outre les pro-

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grès que cet industriel de génie a fait faire à la céramique de son pays, c’était encore un artiste qui, chose rare en Angleterre, poussait fort loin la délicatesse dans les objets d’un petit volume. Le génie anglais est essentiellement coloriste. Avec Flaxmann, Wedgwood fait exception à la règle, et l’on n’en citerait pas beaucoup d’autres. L’ornementation qu’il appliquait généralement aux pièces de sa fabrique consiste en figures d’un léger relief, blanches, se détachant sur un fond bleu terne et froid, sans émail. Leur incontestable mérite est tout entier dans une fonne très-pure , dans le style des contours, dans la délicatesse de l’exécution. Wedgwood procède directement des potiers étrusques et grecs. La forme, le contour, la silhouette sont tout pour lui ; la couleur, rien.

Outre les pièces à fond bleu gris les plus fréquentes et les plus agréables aux yeux, il a employé quelquefois, mais rarement, des fonds vert pâle, Isabelle rosé, noirs, dont l’eflet est loin de valoir celui des fonds bleus.

Enfin, il a tenté d’appliquer ses procédés à la bijouterie et à composé des joyaux de . faïence : colliers , pendants d’oreilles , diadèmes , chatons de bagues, bracelets, d’un goût et d’une exécution irréprochables. Kensington contient les plus remarquables. Mais si l’exécution est excellente, l’idée était

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niauvaise. Tout ohjet dosliné à relever aux lumières l’èclat (le la peau ne doit pas être terne, comme on pourrait le supposer au premier abord. Il doit au contraire posséder un éclat et un rayonnement particuliers. Depuis six mille ans les femmes n’ont rien trouvé de mieux pour faire valoir leur Iteauté que l’or et les pierreries. Leur instinct ne les a pas trompées. Guidées par les préceptes infaillibles de la coquetterie, elles sont arrivées de prime saut au résultat découvert péniblement par les lois de la physique et les expériences de la chimie. Comme tout ce qui ne rayonne pas, les bijoux de Wedgwood avec leurs couleurs l(>rnes et dures devaient faire tache sur la peau ; et l’on a bien fait de les reléguer sur les étagères des cabinets de curiosités.

Dans une vitrine particulière sont réunis les spécimens des diverses 'fabriques de porcelaine d'Europe. C’est, sur une petite échelle, notre magnifique musée céramique de Sèvres. Vincennes, Saint- Cloud, Chantilly, Sceaux, Ménilmontant, Vienne, Berlin, Meissen, Fulde, Frankenthal, Tournay, Capo di Monte, Venise, Bassano, Florence, Naples, Madrid, Cbelsea, Plymoutb, Worcester, Nvon,cn ont fourni les contingents.

Enfin, comme raretés céramiques rarissimes, je citerai deux petites urnes forme grenade, grosses comme le poing. Sur la panse, quatre médaillons

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contiennent des Amours peints au naturel sur fond d’or. Les bordures sont formées par des entrelacs roses. Les uns, admettant comme prouvée l’existence d’une fabrique de porcelaine à Florence k la fin du seizième siècle, existence assez discutable, ont voulu y voir des produits de cette fabrique ; les autres , comme M. Robinson, les regardent comme des porcelaines de Naples d’une époque antérieure à la fabrique connue. Je laisse aux spécialistes à pénétrer cette énigme : l’important est que ce soit une charmante chose. Elles appartiennent, l’une à la reine, l’autre au comte Warington.

Une exhibition de 4 ou SOO portraits en miniature permet de suivre l’iiistoire de cette branche de l’art, ses phases diverses, ses modifications en Angleterre et en France pendant deux cent cinquante ans : de 1550 à 1800. Pour l’Angleterjc la liste des miniaturistes est très-complète , grâce à l’obligeance du duc de Buccleugh, de M. Danby Seymour, de M. Magniac, Charles Sotheby, Garuthers, qui ont réuni et envoyé une grande quantité d’œuvres. Elle commence à Holbein, le fondateur de ce genre adopté rapidement par la mode, et continue pendant cent ans au moins, par toute une pépinière d’imitateurs dont les plus habiles sont Nicolas Hillyard {1547- 1619), Isaac Oliver (1556 ?-1617), et Samuel Cooper (1609-1672). Ue même chez nous pendant le même

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temps les trois Clouet, suivis des trois Dumoustier, ont donné naissance à toute une école qui ne disparut qu’en 1630 devant les émaux de Bordier et de Petitot. Sans les costumes variant selon les époques, il serait difficile de faire la part de chacun de ces artistes qui tous se font remarquer par une extrême précision dans le contour et une extrême vigueur de coloris. Toutefois les miniatures de Holbein présentent une harmonie générale plus soutenue que celle de ses imitateurs , témoin leâ deux superbes portraits de Henri YIII sur fond bleu, et de Thomas, troisième duc de Norfolk, sur fond vert.

Mais qui fera la part des artistes étrangers si nombreux en Angleterre au seizième et au dix-septième siècle: des flamands Joosse Van Cleef, Lucas de Heere, de l’Italien Zuccbero, du cosmopolite Antonio Moro ou Antonys van Moor, de Daniel Mytcns et de tous les précurseurs de Van Dyck, de Peter Lely, GodefriedKneller eide tous ses successeurs? Personne. A qui, par exemple, restituer la grande miniature

représentant la famille du chancelier Thomas »

Morus avec les jardins de Chelsea dans le fond, œuvre médiocre, mais fort intéressante pour l’histoire, attribuée à Holbein, et bien certainement d’une autre main que les portraits de Henri VIII et du duc de Norfolk ? Une étude approfondie de ces œu-

l’exposition de KENSINGTON

vres jetterait un jour inattendu sur les origines de l’art en Angleterre si obscures jusqu’à présent. Même ambiguïté, même confusion pour Hillyard et Oliver, qui ont possédé la même vogue pendant le même espace de temps cl dont la manière, l’exécution est absolument la même. Ici du moins, sans sortir de 'France, nous pouvons nous faire une idée de leur genre. La collection Sauvageot possède en effet un portrait de Robert, comte d’Essex, aussi beau que les plus beaux médaillons de M. Magniac et du duc de Rucclougb. Il est attribué à Oliver. Enfin, en franebissant deux cents ans, les portraits sur ivoire de Cosway, prêtés par M. Carutbers, permettent d’apprécier le faire élégant et facile , l’exécution légère, transparente, un peu creuse de ce miniaturiste contemporain et rival d’Isabey.

Si de l’Angleterre nous passons à la France, nous rencontrons dès l'abord les Jeannet, qui commencent la série française aussi nombreuse au moins que la série anglaise. C’est à Jeannet II, dit Clonct, que j’attribue un portrait de femme en buste, sur fond vert, regardé comme un Ilolbein et appartenant au duc de Buccleugh. Quant aux six portraits en pied de Claude de France, de Henri II, de Henri III, de Charles IX, de Marguerite de Valois et du duc d’Alençon, je ne crois pas que l’on puisse les attribuer à un autre qu’à Jeannet 11. Ils [irovicnnenl de

A LONDKKS. 185

la vente Rattier, où ils furent acquis par le duc de Hamilton au prix de 12,000 francs.

Les émaux de Petitot et de son école ne sont pas en moindre quantité que les miniatures. Miss Baring, lady Sophia Des Vœux, M. Danby Seymour, M. William Maskell, lordAddington, en possèdent des cadres fort beaux. Toutefois, il faut savoir faire un choix et ne pas s’en lier aveuglément aux attributions. On paraît assez disposé, en Angleterre, à mettre sur le compte de Petitot tout émail du dix-septième et môme du dix -huitième siècle. Le tri n’est pourtant pas difficile à faire, et, sans être un connaisseur bien expert, on distingue facilement', parmi tous ces Petitot, des émaux saxons, anglais et môme russes; les uns bons, les autres faibles, d’autres enfin tout à fait mauvais. Un examen de quelque temps ferait môme reconnaître beaucoup de faux qui n’ont pas plus de vingt ans. Puis, dans les originaux mêmes, il faut bien se souvenir que Petitot a eu un maître, Jean Toutin de Chateaudun, cité fréquemment et avec éloges par les mémoires du temps; puis des collaborateurs comme Bordier, puis toute une nuée d’imitateurs ou d’élèves à sa suite. Mais, au milieu de toutes ces hésitations, il reste encore assez de pièces authentiques pour captiver l’attention, et d’assez belles pour mériter des éloges sans réserve.

Dans les envois de M. Danby Seymour est compris

186 l’exposition de kensington

un médaillon qui demande quelques moments d’examen. C’est un portrait d’homme, en buste, couronné de lauriers. Sa ligure est la môme que celle du portrait du Louvre — n® 659, École française — passant pour celui de Molière. Sur le couvercle est gravée cette inscription : Donné à madame la comtesse de Feuquières par son ami Molière. 1660. (Madame de Feuquières était fille du peintre Mignard, l’intime ami de Molière.) Or, l’exécution présente des faiblesses et des duretés de touche, des fadeurs de ton que l’on ne trouve jamais ni dans les originaux de Petitot, ni dans ceux de ses élèves immédiats. Je verrais là un travail de la fin du dix-huitième siècle, sinon même des premières années du dix-neuvième. Quant à l’inscription, un simple rapprochement de dates permet d’être plus affirmatif et de la déclarer fausse sans hésitation. En effet, en 1660, Catherine- Marguerite Mignard, née en 1653, avait sept ans. Elle n’épousa le comte Pas de Feuquières qu'enl696,vingt-trois ans après la mort de Molière.

Le comte Spencer a envoyé un cadre de six émaux, dont deux de Petitot, représentant Richelieu et Louis XIV, sont de la plus belle qualité : les quatre autres m’ont paru des œuvres anglaises ;

Madame la baronne Meyer de Rothschild, quinze ou vingt boîtes décorées de miniatures de Hall ;

Et M. Caruthers, un cadre de vingl-trœs minia-

A LONDRES. 187

tures de Klingstedt, Arlaud, Massé, Dumont, Siccardi, Augustin, Vallayer-Coster, Perrin.

C’est dans cette section que je rangerai une petite figure de femme, en cire coloriée, en demi-relief. Elle est en buste, de profil, tournée vers la droite. Ce travail, du commencement du dix-septiéme siècle, appartient à M. Norman. La rareté de ces cires coloriées est bien connue des collectionneurs, dont les plus favorisés en possèdent trois ou quatre. Il y en a fort peu en Angleterre, et, en France, c’est au musée Sauvageot qu’on en trouve le plus grand nombre. Le travail de toutes celles que je connais réunit une extrême finesse à un modelé très-remarquable. Plusieurs d’entre elles sont en outre ornées de véritables dentelles et de pierres précieuses réelles ; et ce procédé sauvage, loin de nuire à l’effet, l’augmente au contraire par le goût avec lequel il est appliqué. La plupart de ces cires sont françaises. Les plus anciennes datent de Henri III , les plus récentes de 1790. Enfin, de nos jours, M. le comte de Nieuwerkerke, qui en possède un aussi grand nombre que M. Sauvageot, en a lui-même modelé quelquesunes qui, pour la finesse et l’effet, ne le cèdent en rien aux anciennes. Si cet élégant rameau de l’art ïjational ne meurt pas, c’est à M. de Nieuwerkerke que l’on doyra sa conservation.

La vingt-HAiitième section comprend les enluini-

L’EXPÜSIÏION de KENSINGTON

nures de manuscrits. Hélas! j’ai encore vu le temps où l’on pouvait avoir pour une vingtaine de louis un manuscrit complet avec des miniatures très-présentables. Aujourd’hui, une seule page, quand elle est belle, vaut ce prix et quelquefois beaucoup plus. J’ai vu payer des lettres ornées toutes seules jusqu’à 100 et 150 francs, et je mets en fait que chaque page du manuscrit Grimani, à Venise, ou du manuscrit do Fouquet, à Francfort, se vendrait 1 ,000 francs pièce. Je déplore ce vandalisme, mais je n’ai pas le courage de le blâmer. Pendant des siècles, la peinture n’a eu pour se manifester que le vélin des manuscrits ou le ciment des murailles, sans intemédiaire. Au quin^ zième siècle encore, quand l’art avait depuis longtemps déchiré ses langes, en Italie, dans les Flandres, en Allemagne, en France, en Angleterre, en Espagne, jusqu’en Suède, les plus grands artistes, les plus beaux génies ne regardaient pas comme au-dessous d’eux d’enluminer des missels et des antiphonaires. Vasari consacre un demi-volume aux biographies des plus célèbres miniaturistes de Florence, de Pise, de Sienne, d’Assise et d’Arezzo. Nos bibliothèques de France regorgent de merveilles qui soutiennent la comparaison avec les œuvres les plus délicates de Fra Angelico, de Girolamo dei Lihri , de Giulio Glovio, de Memeling, de Roger van der Weyden. Tout le monde apprécie maintenant quelles inestimables

A JLONDRKS.

peintures contiennent les manuscrits d’Anne de Bretagne, au Louvre ; dos Antiquités de Josèplie, à la Bibliothèque impériale; de Griniani, à Venise; et tous ceux éparpillés dans les bibliothèques de Bruxelles, de^Iunicb, de Vienne, de l’Arabrosienne, à Milan; de la Laurentienne, à Florence ; de la Libreria, à Sienne. Ve pouvant payer un manuscrit, les amateurs ont donc malheureusement raison d’en recueillir les leuilles éparses. Il n’en manque pas à l’Exposition de Kensington. Celles dont je me souviens le mieux sont :

Un dessin de Sansovino , projet de la décoration temporaire de Sainte-Marie-des-Fleurs, à Florence, faite à l’occasion de la visite de Léon X, au duc de Kami 1 ton ; — Rome assise, tournée à gauche, par Mantegna, forme ronde; — le cardinal de Médicis ofliciant, par Girolamo dai Libri ; — lettre P, avec l’Adoration des Mages inscrite dans la volute, de l’école de Péfugin, toutes trois à M. Holford; — un moine présentant un livre à un roi, magnifique miniature à deux compartiments où je crois reconnaître la main de Roger van der Weyden, à lady Eastlake, qui en possède une collection nombreuse, où se reconnaît le choix délicat d’une femme.

L’histoire du livre se continue dans la vingt-neuvième section consacrée aux reliures [Décorative hookbindings). Pour peu que l’on ait le goût des

190 l’exposition de kensington

beaux livres, Texamen des diaboliques vitrines où sont rangées ces reliures demanderait des journées entières. Veaux à compartiments de Grollier et de Maioli, petits fers de Dusseuil, de Le Gascon et de Padeloup, cuirs intaillés de Venise, cuirs gaufrés d’Allemagne, parchemins estampés de Hollande, maroquins de Derome, débris des bibliothèques de Mathias Corvin, de François PL de Henri III, de Laurent de Médicis, de De Thou, du prince Eugène, de Colhert, de madame de Ghamillart, du comte d'Hoym, du duc de Lavallière, de madame de Pompadour, de Girardot de Préfons, de la comtesse de Verrue; tout est réuni là pour faire le charme, le désespoir et l’excuse des bibliophiles. En cherchant bien on trouverait, j’en suis convaincu, dans ces volumes, dont chacun vaut dix fois son pesant d’or, ce fameux exemplaire des poèmes d’Homère, relié en intestins de dragon, qui figurait à Constantinople dans la bibliothèque de Basilicos Chrysôloras, exemplaire qui serait unique de nos jours vu l’extrême rareté des dragons. Il doit être là. Les noms des prêteurs qui se retrouvent le plus fréquemment sont ceux de MM. Stephen Ram, Comte Gosford, Félix Slade, Turner, Spencer, Gibson, Gray, comte de Home.

Au moment où j’ai quitté Londres, on commençait à ranger dans cinq vitrines les objets de la trentième section : tissus et vêtements ecclésiastiques.

A LONDRES

J’ai pu jeter un coup d’œil à la dérobée dans vingt ou trente caisses de chapes, étoles, manipules, surplis, dalmatiques, mitres, jaquettes et casaques, caps et chapels d’huissiers et de hérauts d’armes, à l’ornementation desquels a concouru l’art de la tapisserie et de la broderie dans ce qu’il offre de plus délicat et de plus riche. Au milieu de ces toiles d’or et d’argent parfilées de pierres précieuses, de ces lourds brocarts de velours et de soie, de ces lampas frappés d’orfroiset roidescommedumétal, brille, danssa simplicité, la mitre de saint Thomas de Cantorbéry, la glorieuse victime de Henry II. Elle est en soie blanche, bordée d’argent et doublée de soie rose, et appartient au cardinal Wiseman.

Enfin, sans entrer dans le détail des mille et une curiosités comprises sous la dénomination d’objets divers, et formant la trente et unième et dernière section, j’indiquerai en courant plusieurs collections d’oignons de Nuremberg et de montres plus nombreuses que celle formée par le prince Soltykoff; une collection d’anneaux épiscopaux et pontificaux, et jusqu’à une collection de clefs de chambellans de toutes les cours de l’Europe aux dix-septième, dixhuitième et dix-neuvième siècles.

Je n’ai pu avoir, je le répète en terminant, l’idée de signaler à l’attention publique toutes les richesses, toutes les curiosités, toutes les raretés de l’Exposition

192 l’exposition de rensington

de Kensington. Un livre y suffirait à peine. J’ai lenlt^ seulement d’en fixer le souvenir dans la mémoire de ses nombreux visiteurs.

Mais, en dehors de l’intérêt général qu’elle présente, la France pourrait, ce me semble, y trouver un enseignement à méditer et un exemple à suivre. Formée des produits de l’industrie artistique universelle, c’est incontestablement noire pays qui en a fourni la plus large et la plus belle part. Or, sans faire d’étroit patriotisme, n’est-il pas regrettable de voir les étrangers se parer de nos dépouilles, et ne sommes-nous pas responsables de la facilité avec laquelle nous laissons sortir de notre territoire des œuvres où l’imagination de nos artisans a imprimé le génie français en aussi gracieux caractères ? La F rance est, avec l’Italie , le pays producteur par excellence. En fait de goût, l’Europe est notre élève. Mais si, dans notre négligence à conserver le patrimoine de nos aïeux, nous le laissons s’éparpiller à l’étranger, ne pourrait-il pas arriver que le sceptre du goût ne passât en d’autres mains? Il est bon de se montrer généreux; il ne faut pas être prodigues. Les Anglais, qui depuis soixante ans viennent chez nous faire des rafles dont l’Exposition de Kensington contient les incroyables résultats, sont plus avisés et se montrent fort avares des œuvres de leurs artistes. Je n’en connais pas cent sur le continent, depuis Olivier

A LONDBES.

et Hillyard jusqu'il Leslie et Muiready. Le prfnie expansif de la France n’admet heureusement pas l’ordre poussé si loin; mais Kensington nous enseignerait à être moins prodigues, que ce serait déjà une leçon aussi fructueuse pour nous que pour l’Angleterre.

En second lieu, cette exposition n’est-elle pas un précédent bon à suivre, et ne pourrait-on pas la renouveler en France? Certainement beaucoup d’œuvres françaises ont été dispersées et recueillies chez les nations voisines; mais notre nature est douée d’un tel ressort, la Providence l’a gratifiée d’une telle puissance de fécondité, qu’une brèche est réparée sitôt que faite, et que nous produisons plus encore que nous ne dépensons. Après tant de révolutions, on est confondu de toutes les merveilles contenues encore sur le vieux sol gaulois. Sans parler des établissements publics que la libéralité de l’Empereur enriebit journellement, sans parler des grands amateurs de Paris et de la province, il n’y a pas de petite ville qui n’ait son collectionneur ; il n’y a pas de collectionneur qui ne possède au moins un objet précieux, ou beau, ou rare. Seulement il faut se donner 1a peine d’aller jusqu’à lui. La pensée qui grouperait tous CCS objels les rapprocherait de leurs semblables, les ferait venir jusqu’à nous, ne serait-elle pas accueillie avec grand succès, et n’est-il pas cer-

194 L’EXFOSmON DE KENSIN6T0N A LONDRES, tain qu’une exposition française d’objets de curiosités réunirait autant de richesses, autant d’éblouissements que l’Exposition de Kensington?

Seplembrc 1862.

LES faïences de HENRI II

Voici le phénix et' le sphinx de la curiosité. Posséder une Faïence de Henri JI est le souhait de tous les collectionneurs ; en découvrir une nouvelle est le rêve de plusieurs ; et j’en connais qui depuis dix ans ont dépensé, à la poursuite de ce rêve, plus d’argent qu’il n’en faudrait pour acquérir une seule pièce de la collection, même au prix exorbitant qu’elles atteignent dans les ventes. Mais avant d’aller plus loin, qu’est-ce qu’une faïence de Henri II?

On appelle ainsi certaines pièces d’un fort petit volume : coupes, flambeaux, aiguières, biberons, salières, pieds de croix, qui se trouvent en France dans les collections publiques du Louvre, de Cluny et de Sèvres et dans des cabinets particuliers; en Angleterre, chez deux ou trois amateurs. Elles sont en faïence di Je cailloutage, blanche, enduite d’une

LES faïences

cngobe incolore et transparente sur laquelle se détachent des arabesques faites par décalcage ou par incrustation, et des ornements de plein relief appliqués après coup. Gomme quelques-unes portent le monogramme de Henri II, le D double inscrit dans TH et les trois croissants, et proviennent évidemment d’un service ayant appartenu à ce prince, l’usage a prévalu de leur attribuer à toutes la même destination, et le nom leur en est resté.

Dans son Traité des arts céramiques, M. Brongniart donne les renseignements suivants sur la composition chimique de cette faïence :

« Les pièces sont minces et légères; la pâte c( est fine, très - blanche , peu dure, absorbante. « Quelques figures d’animaux, d’un jaune d’ocre ic extérieurement, ont une pâte légèrement ro- « sâtre.

« Le vernis, assez également étendu et très-glacé, « est cependant fort mince. Il est un peu jaunâtre ; « enfin il est transparent.

« La couleur dominante des ornements est le jaune « d’ocre foncé; mais ce n’est pas la seule. On « y voit du vert, du violet, du noir, du bleu, et « plus rarement un rouge assez semblable à celui « (pi’on appelle en Angleterre pink colour, couleur « d’œillet.

DE HENRI II

« Celte poterie a été analysée parM. Salvetat. Il « a trouvé la pâle composée :

« De silicium 59 parties.

« D’aluminium 40,24

« Point de chaux, point de magnésie, une trace « de fer.

« C’est, comme on le voit, une véritable faïence « fine, un vrai cailloutage tout à fait exempt de « chaux. Cuite au grand feu de porcelaine, cette « pâte conserve ses arêtes le plus déliées, et reste d’un (c blanc pur.

« Voilà donc une faïence fine d’une très-belle pâte, « très-bien caractérisée, évidemment faite en France « dans le milieu du seizième siècle, et par conséquent « bien antérieure au premier essai de la faïence fine « anglaise, en le reportant même à 1680, et à plus « forte raison aux earthen ware, cream colour et « quem ware de Wedgwood, qui datent des pre- « mières années du dix-huitième siècle ‘. »

J’ajouterai à ces détails techniques quelques remarques qu’un examen attentif m’a fait découvrir.

t. Traité des arts céramiques, par Al. Brongniart. Paris, 1844, t. II, p. tG7.

LES faïences

Dans le couvercle lirisé du musée de Sèvres, la première terre est une véritable terre de pipe. La face destinée à recevoir la seconde couche est gravée à losanges destinés à faire mieux adhérer cette seconde couche, qui elle-même est d’une terre plus fine, et se compose de trois enduits successifs très-minces et parfaitement reconnaissables. Dans la coupe du Louvre, dont la patte est écornée, la terre n'est pas même blanchie par la cuisson : c’est de l’argile assez grossièrement préparée. La si^onde couche est moins épaisse que celle du couvercle de Sèvres, à ce point que les entailles des arabesques ont laissé une trace bien visible sur le moule.

Antérieurement au travail de M. Brongniart, un excellent article de M. Pottier, de Rouen, inséré dans le recueil de Willemin , avait déjà résumé tout ce que l’on savait alors sur les faïences de Henri II, et reste encore le document le plus intéressant à lire sur cette énigme. Voici la version de M. Pottier sur les procédés de fabrication de cette faïence. « La pâte « argileuse avec laquelle on a modelé ces faïences « est une véritable terre de pipe entièrement blanche (nous venons de voir que celte assertion n’est pas « rigoureusement exacte). C’est sur le fond même de « la terre que se détache le lacis d’ornements colorés « qui forme la principale décoration de ces vases. K Mais c’est ici qu’apparaît la différence la plus pro-

DE HKMHI II.

« fondément tranchée qui distingue cette fabrication « de toutes celles qu’on essayerait en vain de lui « comparer. Ces ornements, d'une finesse et d’une « netteté merveilleuses, au lieu d’être tracés au pinte ceau, sont incontestablement imprimés, soit su- « perficiellement, par l’opération du décalcage, pro- « cédé si fréquemment employé de nos jours, soit « par incrustation, à l’aide de matrices et de route lettes en relief, comme l’ont conclu quelques bons « observateurs qui ont eu l’occasion de soumettre à a un examen approfondi les parties fragmentées des « produits de cette fabrication. Enfin, dernière parte ticularité distinctive, tandis que les poteries de te Palissy et de ses imitateurs ne se composent que de ee reliefs richement colorés, sans mélange de plate te peinture, tandis que les pièces de vaisselle italienne et ne comportent guère, au contraire, que des suret faces peintes sans mélange de parties en relief ; les et vases dont nous cherchons l’origine présentent la te réunion des deux systèmes ; et des ornements de tt haut relief, tels que des moulures, des consoles, te des mascarons, et môme de petites figures entières et s’y marient agréablement aux fonds empreints d’é- <( légantes arabesques. De telle sorte qu’en voyant et ces délicieuses compositions, traitées avec un fini « si exquis dans toutes leurs parties, on ne peut « s’empêcher de les comparer aux pièces d’orfé-

LES faïences

« vrerie de la môme époque, repoussées, ciselées et « niellées*. »

Mais ce qui surtout doit nous intéresser, c’est l’art qui a présidé à la composition de ces petits chefs-d’œuvre. Les formes en sont d’un galbe charmant et d’une proportion parfaite. Les couleurs des reliefs sont ménagées de façon à réveiller l’uniformité de la teinte générale et à lui donner du piquant. Mais le goût des arabesques qui enroulent leur lacis autour de la panse des aiguières ou du fût des chandeliers, qui tapissent la vasque et les flancs des coupes, est ce que l’on doit le plus admirer. Les carrelages arabes ou les magnifiques reliures que Grollier et Maioli mettaient à leurs livres, n’offrent rien de plus délicat ni de plus ingénieux.

Ces arabesques, je l’ai déjà dit, ne sont pas peintes mais obtenues au moyen de deux procédés assez curieux : tantôt le premier vernis, une fois posé, a été enlevé avec une pointe extrêmement légère, et dans le creux laissé par cette entaille on a coulé un émail d’une couleur différente qui, à la cuisson, a adhéré et fait corps avec l’enduit [la couverte) qui couvre toute

1. Les Monuments français inédits, par Willemin et Poltier. Paris, 1839, t. II, p. 66. — Lire aussi la courte et substantielle notice que M. Labarte a consacrée à ces faïences, dans Y Introduction du catalogue de la collection Debruge-Dutnénil (p. 305).

DE HENRI II

]a pièce ; c'est de l’incrustation proprement dite, ce que dans l’art de l’émaillerie on appelle le champlevaye. Tantôt l’artiste, trouvant sans doute le procédé du charaplevaffe trop long, a imprimé sur la pâte de son moule, encore sensible, un quart de cerclechargé des arabesques dessinées préalablement, et a recommencé quatre fois cette opération jusqu’à ce que le cercle entier de la vasque fût couvert d’ornements. C’est le procédé du fixé. La cuisson a déjeté un peu les points de repère de ces quatre segments, et a empêché les entrelacs de concorder parfaitement entre eux. Celle inégalité est très-sensible dans la vasque de la coupe du Louvre reproduite par notre gravure, et dans celle de M. Hutteau d’Origny dont nous donnons plus loin la description.

D’où proviennent ces bijoux de la céramique? Quel est leur auteur? A quelle époque ont-ils été fabriqués? A qui étaient-ils destinés? Quel était leur usage? Telles sont les questions que soulèvent les faïences de Henri II, questions dont la solution n’a pas encore été trouvée, malgré de patientes investigations. Le champ des conjectures est donc ouvert, et nous devons nous borner à résumer les plus pro- ' bables.

Los trente-six pièces de faïence de Henri II connues dans les collections publiques ou particulières ont toutes été trouvées en France. M. Brongniart

LES faïences

prétend, il est vrai, que deux ou trois viennent d’Espagne et d’Italie ; mais comme il ne spécifie pas lesquelles, et que, malgré toutes mes recherches, je n’ai pu être plus heureux, il me paraît prudent, jusqu’à plus ample informé, de ne pas tenir compte de cette assertion. Le nid, comme disent les curieux, paraît être placé entre Tours, Saumur et Thouars. Plusieurs (dix ou douze) viennent directement de Tours. Elles portent toutes soit les armes de France, soit les chiffres de Henri II et de Diane de Poitiers. On pourrait donc supposer qu’elles faisaient primitivement partie du mobilier de Diane de Poitiers à Chenonceaux et plus tard à Chaumont-sur-Loire, et qu'après la » mort de la grand’sénéchale de Normandie (1566), elles auraient été dispersées dans le pays environnant et retrouvées, trois cents ans après, par la main fureteuse des collectionneurs. En continuant encore de parcourir le champ des supposition.s, on peut croire que les ouvriers de toute sorte, appelés à contribuer à l’érection du château de Chamhord, auront continué à exercer leur industrie dans le pays blaisois et dans la Touraine, et que l'un d'eux aura créé cette industrie, étouffée après quelques années d’existence, par le succès des faïences de Palissy

t . Le fils de l'habile potier de Tours, M. Avisseau, dont le nom est bien connu, a tenté tout dernièrement de faire refleurir cette branche de la céramique que je considère

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DK HENRI II.

Quel était cet ouvrier? Ici un silence complet qu'aucun document n’est encore venu rompre. Cependant l’examen attentif des pièces, de leur forme, des reliefs qui les couvrent, des arabesques qui les décorent, de la finesse et de la précision sculpturale qui les distinguent entre tous les produits de la céramique, et qui sont plutôt du domaine de l’orfèvrerie, donne du poids à l’opinion généralement accréditée, qu’elles sont l’œuvre de quelque ouvrier bijoutier venu d’Italie en France à la suite des artisans appelés par François I" pour décorer Fontainebleau * ; et qui, manquant de travail et voyant les succès des émaux de Limoges, aura, lui aussi, voulu faire de l’émaillerie, et, puisant des ressources dans son originalité, aura associé la ciselure à la céramique et créé ces merveilleuses petites énigmes.

M. Delaqge, dans sa notice sur Jérôme délia Rob-

comme essentiellement tourangelle. Certaines pièces que j’ai pu voir chez divers amateurs de Tours, MM. Alfred Marne, Roux, sans faire oublier les originaux, prouvent cependant que cette gracieuse industrie pourrait être appliquée avec bonheur à une foule de petits meubles d’un usage journalier ; coupes de cheminées, pots à lait, boîtes et coffrets de toute sorte. Je crois que ces essais, poussés avec persévérance par M. Avisseau, obtiendraient un légitime succès.

1. Je ne discute pas l’influence italienne, qui est bien évidente dans la décoration, l’ornementation et la forme même des faïences de Henri IL

204 LES FAÏENCES

bia, a émis l’hypothèse, que ces pièces pourraient être attribuées à cet artiste italien, et se fonde, pour la défendre, sur ce que la grande aiguière achetée à la vente Odiot, et figurant actuellement dans la collection Maniac (voir le catalogue), « offrait sur sa panse la lettre G répétée plus de cent fois au milieu d’entrelacs, comme l’H initiale du nom de Henri II sur le flambeau appailenant à M. Préaux. » Mais M. le comte de Laborde a renversé cette hypothèse, en faisant observer que le G majuscule, répété sur le vase de M. Maniac, s’adresse au premier possesseur, comme l’H initiale du flambeau de M. Préaux est étrangère au nom de Jérôme délia llobhia*. M. Barbet de Jouy, dans son travail si complet et si précis sur les délia Robbia, ne parle même pas de cette hypothèse, et, à défaut d’autres preuves, son silence serait très-significatif dans la question.

De toutes les pièces que j’ai pu voir, une seule ' offre une marque distincte: c’est un plateau rond, gaudronné à l’intérieur, qui a figuré à la vente d’Espaulart (mai 18.')7, n" 3 du catalogue'^ et dont le revers porte un chiffre. Est-ce un monogramme formé de signes alphabétiques? Et alors est-ce celui

1 . Le Château du bois de Boulogne, par le comte de Laborde, p. 14. Note.

2. Ce plat fait aujourd’hui partie du musée de Kensington, à Londres.

DE HENRI II

de l’auteur? Est-ce celui de la fabrique? Est-ce un signe arbitraire formé de traits sans signification? Ce qu’il y a de certain, c’est que ce signe n’est pas dû au hasard. Il est creusé au moule dans la pâte avant la cuisson.

L’époque de la fabrication des faïences de Henri II est moins difficile à préciser. Une seule de ces pièces portant la salamandre de François I*'' (collection Geo. Field), et le plus grand nombre offrant le chiffre de Henri II et le triple croissant de Diane, on doit supposer que les premiers essais de l’artiste inconnu remontent aux dernières années du règne de François I", mort en Io47. D’un autre côté, Pâlissy avait trouvé le secret de ses émaux dès ; et le succès commença à les accueillir vers d.‘)o7. La mode s’en mêla bientôt, et, il est peu probable qu’avec son engouement exclusif, elle ail permis aux deux fabriques de travailler conjointement. On ne doit donc pas être loin de la vérité en plaçant la fabrication des faïences de Henri II dans les douze années comprises entre lS4.o et 1357.

Henri II n’a pas été seul à posséder ces faïences. Nous venons de voir qu’une d’entre elles portait la salamandre de François FL Un vidrecome qui, du cabinet de M. le marquis de Talhouet, a passé dans celui de M. de Rothschild, offre les alérions des Montmorency répétés plusieurs fois. La coupe du

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LES faïences

musée de Gluny représente, au centre de sa vasque, un écusson chargé de neuf anneaux ou Lésants placés trois par trois qui sont les armoiries de Malestroit. La désignation de faïences de Henri II, que l’usage a fait prévaloir, n’est donc pas rigoureusement exacte. Le roi protégeait évidemment l’artiste ; et les seigneurs qui. l’entouraient, en lui faisant des commandes, auront saisi cette occasion de faire leur cour au goût du maître.

Je ne crois pas que ces pièces aient beaucoup servi. Gomme les majoliques, comme les émaux de Limoges, comme plus tard ceux de Palissy, elles étaient évidemment destinées à orner la table dans des festins d’apparat, et à faire l’office des surtouts modernes. Elles ne devaient voir le jour qu’à de certaines occasions assez rares, et le reste du temps elles occupaient, dans les bahuts- ou dressoirs, la place de la vaisselle plate de nos jours. G’est pourquoi, malgré leur fragilité, il a pu en arriver relativement un aussi grand nombre jusqu’à nous. Ge qu’il y a de certain, c’est qu’aucun des inventaires du seizième siècle, aucun des nombreux catalogues de vente du dix-huitième siècle n’en fait mention. La révélation de leur existence, sauf celle du cabinet Walpole, maintenant dans le cabinet de Rothschild de Londres, ne remonte pas à plus de trente ans. Le mystère qui • les enveloppe encore est donc facile à comprendre.

DE HENRI II

Les archéologues n'ont pas eu le temps de réunir des documents et de les éclairer l’un par l’autre. Ma tâche, dans ce travail, devait par conséquent se borner à résumer ces documents sans rien affirmer. C’est ce que je me suis efforcé de faire.

Je crois, du reste, que le catalogue suivant, quelque succinct qu’il soit, est encore plus utile que tout ce que je pourrais dire sur ce sujet.

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