‹ La curiositéChapitre 19 sur 45 · L EXPOSITION DE KENSINGTON · texte numérisé non relu

L EXPOSITION DE KENSINGTON

trône impérial. Il appartient au vicomte Folkstone,

J’ai reconnu auprès de ce fauteuil la table en fer damasquiné et incrusté de lapis-lazuli avec échiquier au centre, qui de la collection Dehruge-Duménil a passé dans celle du prince SoltykolT, où le duc de Hamilton, son possesseur actuel, l’acquit au prix de 20,000 francs. C’est un travail milanais de la fin du seizième siècle, dont la richesse, la difficulté et la singularité sont plus remarquables que l’élégance et le goût.

Dans la Fumiture étrangère, je signale plus particulièrement :

Une magnifique crédence à ventaux en ébène sculptés et ciselés, supportée aux quatre coins et au centre par quatre colonnettes et deux cariatides. Travail florentin du dix-septième siècle. A M. Robert Holford.

Une pendule astronomique, à trois étages, incrustée d’ébène, d’écaille et d’argent repoussé, avec statuettes et colonnettes en plein relief en grenat rouge et violet. Travail flamand de la fin du seizième siècle. A S. M. la reine.

Un grand coffre à couvercle bombé chargé d’incrustations de burgau en forme d’imbrications. Travail turc du dix-septième siècle. Au marquis de Westminster.

Deux petits bureaux, fume dite cabinets, en cuivre

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découpé et incrusté d’écaille, de nacre, d’émaux et d’ivoires diversement colorés. Tous deux portant des écussons écartelés aux armes d’Orléans. L’un, à la reine, a appartenu à un membre de la famille de Gondi : l’autre, au capitaine Leyland, à un membre de la famille royale d’Espagne. Tous deux de travail français ou peut-être espagnol de la première moitié du dix-septième siècle.

Le reste de cette section se compose uniquement de produits français : meubles de Boulle, de Gouttières, de Riesener, de Jacob. Les meubles de Boulle n’offrent rien de particulièrement remarquable, et l’on peut voir beaucoup mieux au Louvre et au palais de Saint-Cloud. Quant à ceux de l’époque de Louis XV et de Louis XVI, ornés de marqueterie de bois de différentes couleurs, de plaques de porcelaine, de cuivres ciselés par Gouttières, la reine, miss Edcn, le comte Spencer, le comte Chesterfield, le duc de Hamilton, M. Martin Smith, en ont envoyé do splendides. Devant ces délicates ciselures, devant ces chantournages si charmants, on reste confondu de l’adresse, du goût, de la fertilité d’invention de nos fabricants du dix-huitième siècle. Bonheurs du jour, tables à ouvrages, chiffonniers, bijoutiers, encoignures, consoles, commodes, bureaux, secrétaires; il y en a de toutes les formes et de toutes les dimensions. Il n’existe de comparable aux plus beaux d’entre eux

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qu’un bureau à cylindre Louis XV, et deux commodes Louis XVI placés à Saint-Cloud dans les appartements de l’Empereur. Il est vrai que ces meubles sont ce que l’ébénisterie française du dix-huitième siècle a produit de plus parfait. Sous peine de dresser de ceux de Kensington un catalogue fastidieux, il n’est possible de décrire aucun de ces meubles. Le plus important est une grande armoire à ventaux semblable à l'armoire à bijoux de Marie-Antoinette,

' que possède le musée du Louvre. Elle est en acajou plein, bordé sur toutes les arêtes de cuivres ciselés. Portée sur huit pieds, en forme de carquois renversés, elle est couronnée d’un fronton représentant un groupe d’amours soutenant les écus de France et d’Autriche, surmontés d’une couronne de Dauphin (ce qui prouve qu’elle fut exécutée pour Marie-Antoinette, encore Dauphine), et cantonnée de deux figures de femmes ciselées en plein relief et portant des vases sur leur tète. Elle appartient à la reine.

La vitrine des objets irlandais et anglo-saxons préoccupe au plus haut degré et à juste raison l'attention des archéologues. Dans le nombre figurent des pièces de fabrication purement celtique trouvées dans des tombeaux en Irlande; mais l’intérêt se concentre sur les objets ecclésiologiques dont la forme, le travail et l’ornementation n’offrent d’analogie avec aucun art connu. Contours rudes d’une vigoureuse

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et puissante simplicité, chargés de travaux remarquablement fins, singulier mélange des entrelacs farouches de l’époque carlovingienne et de la délicatesse maladroite de la bijouterie caucasienne; tels sont les éléments qui constituent un ensemble des plus imprévus et des plus cui ieux. Ils sont en bronze doré, ciselé, intaillé et incnisté. Quelques-uns portent des ornements filigranés d’une exécution aussi fine que les plus fins bijoux étrusques, d’autres des émaux champlevés, d’autres encore des damasquinures aussi habiles que les plus habiles azzemina de Venise et du Kurdistan.

Si, comme le pensent les archéologues anglais, ccs objets ne sont pas antérieurs au douzième et au treizième siècle, ils fournissent une singulière preuve de la persistance du génie celtique en Irlande, mille ans après la conquête anglo-saxonne, cinq cents ans après la conquête nonnande. Les principaux sont : une châsse foiTiifi pyramidale en cuivre gravé et orné de figures d’apôtres appliquées après coup; un calice; un coffret; une plaque d’évangéliaire; trois bâtons cantoraux ; de nombreuses agrafes de chapes, larges comme des soucoupes. La plupart ont été confiés par l’Académie royale irlandaise , le collège de Saint-Columban, celui de la Trinité à Dublin, lord Londesborough, l’évêque Kilduff et le duc de Devonshire, dont la crosse épiscopale est, avec la grande

l’exposition I)E kensington

chAsse, la pièce la plus importante de cette vitrine.

La sixième section comprend les divers produits de l’art du moyen âge et le mobilier ecclésiastique, ecclesiastical utensil. C’est là que sont rangés ces mille objets dont le Dictionnaire du mobilier' de M. Viollet-Leduc et le Glossaire de M. le comte de Labordc nous ont appris le nom et l’usage. Châsses, reliquaires, chefs, ostensoirs, pyxides, colombes, calices, navettes à encens, plaques de reliures, ciboires, crosses, volutes, coffrets de mariage, dambeaux, crucifix, vierges, paix osculatoriums, croix de procession, disques d’oblation, en or, en argent, en vermeil, en cuivre, en émail, en ivoire, en bois; sculptés, ciselés, incrustés; datant de toutes les époques, depuis le neuvième siècle jusqu’au dix-septième; appartenant k toutes les nations ; italiens, français, espagnols, allemands, flamands, anglais, moscovites. L’étude de la vitrine renfermant toutes ces orfèvreries devient le cours le plus complet d’ecclésiologie que l’on puisse rencontrer.

Sur les étagères d’une vitrine, au centre de l’Exposition, et comme à la place d'honneur, sont rangés les plus charmants produits d’une industrie essentiellement française : les faïences de Henri IL On a beaucoup disserté sur les faïences de Henri IL Depuis l’excellent travail de M. Pottier de Rouen jusqu’à rexcellent ouvrage de M. Delange, beaucoup de con-

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jeclures ont été hasardées, beaucoup de recherches faites, beaucoup de contes répandus; le gracieux sphinx n’a pas livré son secret. Aucun document n'est venu éclairer les questions soulevées par les faïences de Henri II ; et jusqu’à présent l’on ignore le nom du fabricant et le lieu de leur fabrication*. Ce que l’on suppose de ^lus rationnel, c’est qu’elles sont l’œuvre de quelque ouvrier italien appelé en France à la suite du Rosso et de Primatice; ce que l’on sait, c’est qu’elles ont dû être fabriquées au plus tard entre les années 1340 et 1560, c’est-à-dire au plus beau moment de la Renaissance, immédiatement avant Palissy qui les a vues, qui s’en est certainement inspiré et qui peut-être en a modelé quelques-unes. M. Delange, dans son Recueil de toutes les pièces connues jusqu’à ce jour de la faïence française de Henri //, compte cinquante-cinq pièces. On sait les noms de leurs propriétaires; on les suit dans les ventes publiques; on peut en dresser la généalogie depuis cinquante ans comme on écrirait celle d’un tableau de Raphaël. En dehors de ces cinquante-cinq pièces, les efforts les plus persévérants n’ont jusqu’à ce jour abouti à aucune découverte. S’ils en amenaient une, si une cinquante-sixième pièce tombait sur le marché de la curiosité, elle serait vendue non pas au poids

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