LA NATURE
Ces animaux, que M. Bourguin avait de son côté considérés comme des Hyènes, sont tenus en laisse, d'une manière assez lâche, par un homme qui conduit en même temps quatre Chiens lévriers à oreilles droites. Je dois faire observer, toutefois, que s'ils ont la queue touflue et l'allure des Chiens hyénoïdes, ils n'offrent aucune trace des marbrures si caractéristiques de ces Canidés, qu'ils sont de petite taille, assez bas sur pattes et ont l'échine légèrement déclive, ce qui ne permet pas d'accepter sans cerlaines réserves l'opinion de F. Lenormant. Cet auteur fait remarquer en outre! que, dans l'Egypte nouvelle qui recommence avec la dix-septième et la dix-huitième dynastie, on ne trouve plus trace de l'emploi du Chien hyénoïde comme animal de meute servant à la chasse; mais que les espèces de Chiens proprement dits sont alors aussi nombreuses que sous la douzième dynastie. Et, en effet, la seule image que Je connaisse sur un monument du Moyen Empire d'un Canidé semblable aux prétendus Chiens hyénoïdes du tombeau de Saqgqarah, se trouve dans une scène de chasse qui orne les parois d'un tombeau de Thèbes datant de la dix-huitième dynastie. Cette scène représente un Pharaon chassant à l'arc des animaux sauvages, Ruminants et Carnassiers, qui sont enfermés dans une enceinte de filets où ils sont attaqués par des Chiens courants à oreilles tombantes. À côté d'Antilopes, de Bouquelins, de Bœuls sauvages on aperçoit un Canidé qui, comme eux, cherche à fuir et qui a, plus encore que les Canidés de Saqqarah, la physionomie d’un Chien hyénoïde. En tout cas ce n’est nullement, comme l'a indiqué H. Ducrotay de Blainville dans son Ostéographie?, une Chienne de chasse à oreilles droites lancée à la poursuite d'une Antilope, mais bien un animal sauvage. [Il est certain d'ailleurs que la Cynhyène, s'avançcant jusque dans le Kordofan et le Somal, a dù être connue des anciens Egyptiens. E. OusraLer,
Professeur au Muséum d'histoire naturelle.
UN VOYAGE AËROSTATIQUE
Les amateurs d’excursions peu banales sauront gré au capitaine du Génie Deburaux de leur ouvrir des horizons insoupçonnés en proposant une promenade en ballon de Gabès.. au Soudan. Il y a longtemps que les projets de voyages aéroslatiques au long cours hantent l'esprit de cet officier distingué. Il ne nous déplait pas de voir nos Jeunes officiers attirés vers les expéditions audacieuses, fussent-elles même téméraires et quelque peu chimériques; mais nous n'oserions les encourager à affronter les dangers qu'offre le nouveau projet.
Ce n'est pas qu'on ne puisse se maintenir en l’air fort longtemps en ballon. Le voyage effectué par M. IL. de la Vaulx pendant l'Exposition et qui l'a conduit de Paris en Russie, montre quelles énormes distances sont franchissables avec ce mode de locomotion. IL n’est pas de véhicule plus rapide qu’un ballon et où l’on soit plus à l'aise;
MOUP ets Al p.165:
® Atlas, pl. XIV.
mais il faut compter avec le vent et, jusqu’à présent, cel auxiliaire s'est fait re emarquer par son inconstance.
Le vaillant officier, qui travaille la question depuis plusieurs années, nous assure, il est vrai, que les vents alizés règnent avec régularité sur le Sahara, du nord-est au sudouest et le mèneront tranquillement à sa destination : il suffit alors d'attraper le courant et de se laisser porter. Acceptons-en l’augure; mais, quand même, je me méfie un peu. Pour rassurer les gens timorés d’ailleurs, l’auteur du projet propose une expérience préliminaire, ce qui est de vulgaire prudence. Un ballon-sonde sera lancé au préalable de Gabès, par vent du nord, sans passagers, bien entendu, et l'on espère en avoir des nouvelles si son point de chute se trouve dans les régions habitées de l'Afrique occidentale, où il existe de nombreux postes militaires qui apercevront peut-être cet enfant perdu dans sa course ou en recueilleront des nouvelles par la population indigène. Mais les régions désertiques sont nombreuses, la brousse et les forêls couvrent d’immenses espaces.
Ce ballon-sonde tout au moins est fort ingénieusement combiné pour accomplir sa mission. On sait qu'un aérostat livré à lui-même n’est point susceptible d’une longue course par suite des causes mulliples qui font varier, à chaque instant, sa force ascensionnelle et que l’aéronaute ne parvient à combattre que par une incessante manœuvre du lest dont il dispose. Comment remplacer cette inter: vention intelligente? Voilà la question posée par le capitaine Deburaux et qu'il a résolue en inventant un délesteur automatique. Cet appareil consiste en un réservoir contenant de l’eau (1200 litres pour le ballon projeté). Cette eau, qui sert ici de lest et qu’il s’agit de vider par petites quantités au fur et à mesure du besoin, peut s'échapper par un orifice inférieur garni d'un clapet de retenue que le seul poids du guide- -rope tient fermé. Le ballon tend-il à descendre ? le “œuide- rope finit par toucher terre, et, quand il traîne d’une quantité convenable, le poids de la partie suspendue n'étant plus suffisant pour équilibrer le clapet, celui-ci s'ouvre, l’eau s'écoule doucement jusqu'à ce que le ballon, ayant repris sa force ascensionnelle, remonte et fait un nouveau bond dans l’espace, Tant qu'il y aura de l’eau il pourra continuer ainsi son voyage par une série d'oscillations verticales, reprenant comme Antée de nouvelles forces en touchant le sol. M. Deburaux estime qu'il pourrait ainsi flotter une huilaine de jours : je n'ai pas besoin de dire qu'une pareille estimation ne saurait ètre d'une précision mathématique et qu'il y aura à compter avec plus d’un aléa.
Et quand le ballon-sonde aura tracé la roule ? ? Eh bien, ce sera le tour des hardis aéronautes de s’y engager. Sous leur conduite, mieux encore qu'avec le seul délesteur, il n'est pas douteux que le ballon pourra aller loin, très loin, voyager très longtemps, et que les navigateurs auront le loisir de choisir leur point d'atterrissage, sur la route du vent bien entendu. L'hiver est l'époque des vents favorables; on attendra donc l’hiver prochain pour lancer le ballon-sonde et l'hiver suivant pour l'expérience définitive.
IL n’est pas douteux qu’elle ne soit des plus intéressantes au point de vue scientifique. L'intervention d’aéronautes expérimentés l’entourera à coup sûr de toutes les garanlies; mais néanmoins on ne peut s'empêcher d'évoquer, à ce propos, la malheureuse aventure du ballon d’Andrée. La mer de sable, si l’on ne s’y noie pas, n ‘est guère moins rébarbative que l'océan liquide, et si nous applaudissons à la cränerie des aéronautes, la sympathie dont nous les entourons s’émeut des périls qu'ils ne craignent pas d'affronter. G. EsritaLLier.