‹ La cynhyène peinte ou chien hyénoïdeChapitre 2 sur 4 · ATURE · texte numérisé non relu

ATURE

sionomie intelligente et par son aspect général elle rappelle tout à fait les Chiens dont elle a la dentition, mais dont elle diffère par son crâne plus court et plus massif et surtout par les extrémités de ses membres pourvus de quatre doigts seulement, le pouce faisant constamment défaut, mème aux membres antérieurs. Ces particularités justifient pleinement la création, en faveur de cette sorte de Chiens sauvages, d'un genre particulier, le genre Lycaon, qui ne renferme actuellement qu'une seule espèce cantonnée sur une portion du continent africain, mais qui, dans les temps quaternaires, comptait des représentants jusque dans l'Europe occidentale. On a trouvé, en effet, dans le comté de Clamorgan, en Angleterre, la mâchoire inférieure d'un Canidé offrant les caractères du genre Lycaon.

Grâce à l'envoi de M. de Labretoigne du Mazel on peut affirmer que les Lycaons n’occupent pas seulement en Afrique une zone s'étendant, le long de la côte orientale, depuis la colonie du Cap jusqu'au Kordofan et au Somal, mais qu'ils s'avancent à travers tout le continent, entre le 5° et le 15° degré de latitude nord. Le Sahara oppose une limite à leur extension et, d'autre part, nous n'avons aucun indice de leur présence au Congo, où d'ailleurs la nature du pays, fortement boisé et arrosé par de larges cours d'eau, ne conviendrait pas à leur genre de vie. Ces Canidés se plaisent, en effet, dans les plaines découvertes ou parsemées de buissons et de bouquets d'arbres; ils y vivent en troupes généralement composées d'une douzaine ou d'une quinzaine d'individus, mais qui parfois en comptent jusqu'à soixante et dont tous les membres se réunissent, à la façon des Loups ou des Chiens courants, pour poursuivre les Antilopes. Les Lycaons chassent en plein jour aussi bien que dansles ténèbres et, sous ce rapport encore, se distinguent des Hyènes. Leurs allures ne sont pas extraordinairement rapides, mais à force de ténacité ils viennent à bout des hôtes les plus agiles et si, comme le prétendait Delegorgue !, leurs meutes n'obéissent pas à un seul chef elles n'observent pas moins dans leurs mouvements un ordre remarquable. Suivant Drummond ?, les Lycaons savent reconnaitre, comme les plus habiles veneurs, la direction que le gibier doit suivre, en tenant compte de ses habitudes, de la nature du sol et de la direction du vent. Le long de cette route se postent quelques individus, plus robustes que les autres, qui prennent successivement la place de leurs camarades fatigués et, grâce à ce système, les Koudous, les Elans, les Antilopes chevalines et les Gnous eux-mêmes finissent par être rejoints par la meute hurlante qui les déchire à belles dents, en commençant par le train de derrière.

Souvent le voyageur s'est vu frustrer du produit de sa chasse par ces Chiens hyénoïdes dont la 41, À,

1 Voyage dans l'Afrique australe, A8 Il, p. 9

suivantes, 2 \V.-J,, Sclater, The Mammals of South Africa, 1900, 1. 1,

voracité est extraordinaire. (Après des peines inouïes et une journée sans résultat, dit Édouard Foa', J'avais fini par m'approcher d'un Koudou? en me dissimulant derrière des ajones et je l'avais blessé. Néanmoins il s'était enfui au milieu de toufles de végélation, ce qui m'avait empêché de tirer de nouveau sur lui. Jugeant par les rougeurs qu'il était grièvement blessé, je me mis à suivre la piste. Tout à coup, j'entendis au loin de véritables rugissements, des cris rauques comme ceux du Cerf qui rait, mais plus prolongés, de vrais cris d’agonie. Je m'étonnai qu'une Antilope, dont la mort est toujours silencieuse, fit un pareil vacarme. Je hàtai le pas et arrivai en quatre minutes environ à l'endroit d'où partait le bruit. Quel ne fut pas mon étonnement en me trouvant face à face avec une meute de Loups qui montraient les dents! À mon approche ils s'écartèrent néanmoins d'une vingtaine de mètres ; à cette distance ils s'arrêtèrent et se mirent à aboyer en me regardant. Quant au Koudou, sauf Ja tête et les jambes, il n'en restait plus rien. Je tuai deux Loups pour me venger. »

Delegorgue rapporte un fait analogue; mais ce n'est pas seulement les Antilopes, grandes et petites, qui deviennent la proie des Cynhyènes; c'est aussi le bétail domestique, les Bœufs, les Moutons et les Chèvres ; aussi ces Carnassiers sont-ils autant redoutés des fermiers dans l'Afrique australe que le sont les Loups des diverses contrées de l'Europe.

Les Lycaons n'aboient pas seulement à la façon des Chiens de meute; ils font entendre aussi, surtout pendant la nuit, des cris aigus semblables à ceux des Singes qui se disputent et s'appellent par un cri de ralliement, beaucoup plus doux, qu'on à comparé au chant du Coucou. Dans l'Afrique australe, comme au Soudan, ces Canidés creusent dans les plaines sablonneuses des terriers assez compliqués qui sont destinés uniquement à servir d'abri à leur progéniture, toujours nombreuse, puisque chaque portée comprend de dix à douze petits. Pris Jeunes et élevés en captivité les Lycaons perdent leur sauvagerie naturelle, s'habituent à vivre avec d'autres animaux et notamment avec les. Chiens pour lesquels ils manifestent, à l'état sauvage, une vérilable aversion; on est même parvenu à les croiser avec ceux-ci, mais les animaux issus de ces unions avaient, dit-on, assez méchant caractère. On prétend cependant que dans les temps reculés les Egyptiens avaient domestiqué les Cynhyènes et étaient parvenus à s'en servir comme auxiliaires pour la chasse aux Antilopes. François Lenormant a cru, en eflet, reconnaitre des Cynhyènes ou Chiens hyénoïdes dans des Curnassiers qui sont figurés sur une peinture murale d'un tombeau du Saqqarah, datant de l'Ancien Empire, et dont la situation semble indiquer des animaux domestiques *.

1 Mes grandes chasses, Paris, 1901, p. 180.

? Espèce d'Antilope, le Strepsiceros kudu.

® C'est sous ce nom que M. Foa désigne les Lycaons.

à, Lenormant, Histoire ancienne de l'Orient, dit. de 1889, & IT, p. 49.

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