‹ La czarine; drame en cinq actes et en proseChapitre 33 sur 94 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

LA CZARINE, au fond, à droite; LE CZAR, entrant par la droite. Il marcho avec agitation , traverse le théâtre sans proférer une parole , puis va se jeter dans un fauteuil à droite près d'une table qu'il frappe du poing avec violence. Il lève les yeux et aperçoit la xzarine , qui est venue se placer devant lui. Il reste immobile d'ëtonnement et de fureur,

LE CZAR, avec une colère qu'il cherche à modérer.

Ici ï devant moi ! après ma défense ! . . . Ne sais-tu pas ce que peut ma colère?...

LA CZARINE, froidement.

Elle vous a fait briser le plus bel ornement de votre palais... Qu'y avez-vous gagné ?

LE CZAR, avec fureur et se levant:

Catherine!... à genoux!...

Le front que vous avez ceint de la couronne ne s'incline plus que devant Dieu !

LE CZAR , de même.

A genoux !... ou le châtiment le plus terrible...

J'attends mon arrêt.

LE CZAR

Tu sais donc l'avoir mérité?

Je sais que tel est votre caprice! cela suffit !... Vous m'avez mise sur le trône, vous m'en faites descendre ! Résignée à tous vos bienfaits, je les accepte.

LE CZAR

Tu le poses en victime quand ton crime t'accuse ! Ce n'est pas seulement moi, c'est l'État que tu trahis. Et cette lettre de Baltadjy-Mehemet!...

LA CZARINE, avec joie.

Ah ! ce n'est que cela !,..

Cette lettre, interceptée par des serviteurs fidèles, prouve que le nouvel ambassadeur... t'est dévoué... à toi...

Appelez-vous cela trahir la Russie?

LE CZ AR , avec colère.

Pourquoi alors cette correspondance à mon insu? pourquoi des intelligences avec ces Turcs nos ennemis!

Des ennemis!... quand nous sommes en paix !...

LE CZAR

Jamais!... c'est dans la paix qu'on fait la guerre... c'est plus tard qu'on la déclare. (Avec impatience.) Enfin de quel droit un de mes sujets, même la czarine, esclave couronnée, se permet-elle dans ma cour, dans mon empire, une seule démarche que j'ignore! il y a donc trahison!!., répondez? (Avec une fureur croissante.)

Mais parlez donc? qu'attendez-vous?

LA CZARINE, froidement.

Que vous soyez plus calme.

LE CZAR, tombant dans un fauteuil et cherchant à modérer sa colère.

Je le suis... je le suis!

LA CZARINE, debout.

Depuis le jour où Charles XII laissa dans nos déserts, son armée, mais non pas sa gloire... rien ne vous sembla plus impossible!... et dans vos rêves ambitieux, l'Europe vous appartenait déjà. Attaquée par vous, à l'improviste, sans armées, sans généraux, la Turquie n'avait pour elle que la justice de sa cause... et l'on commande à la justice, disiez-vous, quand on commande à trois cent mille hommes!... Il n'en fut pas ainsi... et sur les bords du Pruth, Baltadjy Mehemet, ce vizir que vous méprisiez, vous avait vaincu et vous tenait prisonnier.

LE CZAR, avec fureur, se levant et passant à gauche où il s'assied.

Tais-toi, tais-toi, ne me rappelle pas cette nuit fatale...

Où vous voyiez s'écrouler en un moment le rêve de la puissance moscovite ! toutes vos espérances d'ambition et de gloire

Page 1