‹ La czarine; drame en cinq actes et en proseChapitre 34 sur 94 · ACTE II, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VIII

détruites! le présent et l'avenir anéantis... aucun de vos officiers n'osait entrer dans votre tente où vous vous rouliez furieux et désespéré... j'y pénétrai! je ranimai votre courage, je fis briller à vos yeux un rayon d'espoir ! ce Catherine, vous êtes-vous écrié alors, c en tombant à mes genoux, Catherine; si tu sauves mon empire « et mon armée, si tu me préserves de l'affront d'être traîné en « triomphe à Constantinople, le dévouement de ma vie entière, l'ace mour de mon peuple et le mien ne pourront jamais nous acquitce ter ! »Vous l'avez dit ! «Va, fais comprendre à ce vizir que l'intérêt « de son souverain n'est pas de nous abattre... Enfin, et pour le ce gagner, porte-lui notre or, nos diamants... donne-lui tout... proce mets-lui plus encore ! » — Vous me l'avez dit ! (Froidement.) Je suis partie!... le soir même les rangs de l'armée ottomane s'ouvraient pour laisser passer la nôtre, vous étiez libre! vous emportiez ce traité qui vous sauvait et que déjà vous cherchiez à rompre! et l'Europe a publié que le grand vizir tenait entre ses mains le czar et son armée, qu'il pouvait les jeter dans le fleuve ou les faire prisonniers, et qu'il s'est laissé désarmer et séduire par nos présents... et l'histoire un jour le répétera!... Mais vous, Sire, vous général d'armée, vous ambitieux et conquérant, avez-vous pu croire que pour de l'or et des diamants, dont son souverain l'aurait comblé, le vizir aurait laissé échapper sa proie?... l'auriez* vous fait, vous?...

LE CZAR , vivement et se levant.

Jamais !

Eh bien... ces Turcs, que vos Kalmouks appellent des barbares, sont aussi habiles que vous! aussi braves et surtout plus généreux! A la vue de l'or, Baltadjy a détourné la tête en rougissant; en écoutant vos arguments politiques, il a souri de pitié! ce Cathece rine, nVa-t-il dit, vos présents sont des injures; vos raisons, ce des chimères! agissez avec plus de franchise! vaincus, imploce rez ma clémence, et femme... ma générosité... Sorti des rangs ce du peuple, comme vous, parvenu au rang suprême, comme « vous!... dès longtemps et de loin, je vous estime et vous ad- « mire! mais vous voyant défendre avec tant de courage et de ce dévouement un roi dans le malheur, sa part me paraît la plus « belle et le vainqueur porte envie au vaincu! Dût Charles XII, ce que j'attends, m'accabler de sa colère, et mon souverain de sa

« disgrâce, le traité que vous m'offrez... je le signe!... les condi- « tions que vous me demandez... je vous les accorde à vous... à a vous seule! et ne vous demande pour toute reconnaissance que « de laisser tomber sur moi un seul de vos regards!... » Ce regard... je le lui dçnnai!

LE CZAR, avec colère.

Ah ! plus encore ! . . .

LA CZARINE, froidement.

Peut-être !

LE CZAR

Vous osez l'avouer* aujourd'hui?...

Vous avez osé ne pas le voir alors? votre jalousie qui sommeillait à l'heure du danger s'éveille quand il est passé... et n'ayant plus de mémoire pour le service, vous en avez encore pour l'outrage.

LE CZAR

Moi!...

J'ai tout dit! Depuis plus de six ans , depuis le jour où, sur les bords du Pruth , j'ai sauvé votre empire et votre armée, je n'ai pas revu le vizir Baltadjy-Mehemet , et depuis qu'il est arrivé, comme ambassadeur, à Pétersbourg, cette lettre, que je n'ai pas reçue... cette lettre que vous avez fait intercepter contre tout droit des gens, est le seul souvenir qu'il m'ait adressé... Prononcez maintenant ! . . .

LE CZAR , rêvant, et passant à droite.

J'attendrai ! et je saurai pardonner ou punir... selon que le châtiment ou la clémence...

LA CZARINE, froidement.

Vous sera utile!... (a part.) Peu m'importe, Sapieha est sauvé !

(Elle fait un pas pour sortir.)

LE CZAR, la retenant.

Où allez-vous?... restez !... Voici Jakinski dont nous lirons ensemble les rapports.

LA CZARINE, étonnée.

Je suis donc rentrée en faveur ?.,.

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