ACTE I, SCENE I
SAPIEHA
Personne !
VILLERBECK, d'un air d'incrédulité.
Allons donc!... aucune femme de la cour ne vous a paru digne de vos hommages?
SAPIEHA
Si vraiment!... une seule!... que sa beauté, son mérite et son rang désignent à tous les regards !
VILLERBECK, effrayé,
0 ciel ! la czarine !
Précisément.
Vous l'aimez?...
SAPIEHA
VILLERBECK.
SAPIEHA
Je ne dis pas cela!... mais je la trouve charmante!... tout en elle vous éblouit... vous attire... et puis... c'est la czarine !
Taisez-vous!. . éloignez de pareilles idées... elles sont fatales, elles sont mortelles! et l'année dernière, pour avoir osé élever ses regards jusqu'à sa souveraine, Moëns de Lacroix a porté sa tète sur un échafaud.
SAPIEHA, souriant.
Oui, c'est par la hache que Pierre punit les amours! (se levant
du canapé et passant à droite du théâtre.) Et les amOUrS lie puniraient pas Ce
tyran !
VILLERBECK, se levant aussi l .
Silence donc?... il y a ici tant d'autres grandes dames que Ton peut aimer sans péril !
SAPIEHA
C'est peut-être pour cela qu'elles me sont indifférentes... (avcc chaleur.) tandis que celle-ci!... voyez-vous, Villerbeck... c'est... c'est... la czarine!... et par orgueil, par amour-propre... par un sentiment que je ne puis définir... soit admiration pour elle... ou bien haine pour le czar !... j'ai rêvé plus d'une fois que...
i, Yillerbeek, Sapieha.
VILLERBECK.
Si l'on vous entendait?...
S A PI EH A, gaiement.
Un rêve!... punit-on ici les rêves? n'est-il pas permis d'avoir une idée!... une idée fixe?...
Si!... mais de la dire!
SAPIEHA
A vous, Villerbeck? est-ce que vous me trahirez?
VILLERBECK.
Jamais! je vous le jure!... je suis à jeun, d'ailleurs! mais si on ne l'était pas !... qui sait? Aussi par l'amitié, par la reconnaissance que je vous dois... agissez, comme vous l'entendrez! mais ne me dites jamais rien!... je vous le demande en grâce!...
SAPIEHA
Rassurez-vous?... je n'aurai jamais rien à vous confier... par malheur !
VILLERBECK.
Par bonheur!.,, (a demi-voix.) Silence! voici Sa Majesté, avec le prince chancelier.