SCENE PREMIERE
MEiSZIROFF, seul, entrant du fond à gauche.
Mon enfant! mon enfant sacrifiée !... car, même en la donnant à celui qu'elle aimait, j'ai signé son malheur et sa honte !*.. Mais un refus nous envoyait tous en Sibérie ! Hier déjà , sans raison aucune, et dans la naïveté de son despotisme, le czar m'y avait condamné!... destinée qui m'attend tôt ou tard!... Adieu alors mon beau palais, et vous, dômes de verdure, parc entier que j'ai élevé en serre chaude , il me faudra vous quitter pour les frimas de Tobolsk... soit! Mais ma fille que j'ai élevée comme vous, mes fleurs, je la verrais succomber sous un souffle glacé!... Non, non, plutôt mourir!... (se promenant.) Le jour où Ton tombe n'est rien. On trouve du courage contre un malheur accompli ! C'est la veille de la chute qui est terrible ! Et vivre toujours à la veille! et frémir sans cesse pour soi ou pour les siens... (se retournant.) Ah ! c'est mon gendre !... ce fils imposé à ma tendresse par rescrit impérial !