‹ La czarine; drame en cinq actes et en proseChapitre 62 sur 94 · ACTE III, SCÈNE XII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE XII

La comtesse... votre femme... (se reprenant.) Non... Olga Menzi-j koff m'a tout raconté... tout à l'heure... Ce bouquet... ce baiser...

SAPIEHA, à part.

0 ciel !... (souriant.) C'est là le crime dont Votre Majesté a la bonté de me croire coupable. On ne lui a pas dit qu'en ce moment même une personne venait d'entrer apportant ses félicitations à la mariée... la comtesse Jakinski, espion du grand monde, payée par le czar pour observer dans les salons, comme son mari à la ville... et sans y attacher d'autre importance, il m'a semblé de la plus simple politique...

LA CZARINE, l' interrompant .

Assez... assez... je vous crois! Elle était là...

SAPIEHA, faisant quelqnes pas vers le fond.

Si Votre Majesté en doute, qu'elle interroge encore Olga.

LA CZARINE, allant s'asseoir à gauche.

Pardon! je suis si malheureuse ! si vous saviez que mon existence , commencée dans la misère , n'a jamais connu que l'ambition, la crainte, la haine, la gloire!... toutes les passions qui torturent la vie... aucune de celles qui la consolent ou l'embellissent... jouet des événements, ne m'appartenant pas, subissant le joug du maître... je lui ai livré, à lui, l'esclave qui obéit... à vous le cœur qui aime!... et ce charme enivrant ignoré jusqu'ici... ce bonheur inconnu que je vous dois!... y renoncer maintenant me serait impossible !... être trahie par vous serait la mort!... et le soupçon... le doute même est un si grand supplice... que je ne pourrais supporter une fois encore les tourments jaloux que j'éprouvais là tout à l'heure, près de cette pauvre enfant!

SAPIEHA

Catherine!...

LA CZARINE, à voix basse.

Écoute-moi... Si tu l'aimes, il faut me l'avouer... Je suis calme... tu le vois, j'ai de la force, de la raison!... il m'en reste assez pour te dire : Va-t'en! pars avec elle... dérobe-toi à la colère du czar... à la mienne peut-être !... (Eiie se lève.) Car si tu me trahissais... si j'en avais la preuve... tu ne sais pas ce dont je serais capable... je l'ignore moi-même... mais je sens au feu caché qui bouillonne en

mon sein que s'il éclatait... Ne m'y expose pas.,, pars avec elle... va-t'en... c'est assez du malheur... ne me condamne pas au

remords ! (Elle passe à droite.)

S AP I E H A , avec effroi et à voix basse.

Catherine!... on peut venir... on peut nous entendre!... En échange de votre couronne, de votre renommée... de vos jours que vous exposez pour moi... je n'ai pu vous offrir que mes serments... je les tiendrai !... Tout ce que mon cœur peut vous donner, je vous le donne, et le jour où il vous faudra ma vie, songez bien qu'elle vous appartient et que vous pouvez la prendre.

Moi!... qui mourrais pour la sauver... Mais pourquoi parler de mourir? tu m'aimes, je ne crains plus rien! tu m'aimes... j'ai retrouvé ma force et mon courage!... j'ai tes jours et ton amour à

défendre!... (voyant deux de ses femmes qui paraissent au fond.) Adieu ! (Elle sort par le fond à droite.)

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