‹ La czarine; drame en cinq actes et en proseChapitre 8 sur 94 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

LA CZARINE, froidement.

Cela doit être ! Arrivé au sommet de la fortune et des honneurs , votre ambition ne sait plus où se prendre ! elle n'a plus rien à désirer... rien!... que le trône !

MENZIKOFF, froidement.

C'est ce que je me disais ce matin.

Eh bien!... y fussiez-vous placé?... vous voyez par moi!... (Avec un soupir.) Ah ! si l'on pouvait redescendre !

MENZIKOFF

Oui !,.. pour remonter...

Vous dites vrai: pendant le trajet on désire... on craint.,, on espère! ! mais lorsqu'on a touché le but...

MENZIKOFF

On s'aperçoit qu'il ne vaut pas les efforts faits pour y parvenir !

LA CZARINE, vivement.

N'est-ce pas?

MENZIKOFF

Tout vous devient indifférent ou importun !

LA CZARINE, de même.

N'est-ce pas?

Surtout dans ce pays de frimas où le froid gagne le cœur... et où l'on donnerait tout...

Pour un rayon de soleil... ou un souvenir du jeune âge! Te

souviens-tu, de ce temps heureux où tout me souriait, même la misère!... je vois encore l'orpheline, la pauvre servante . recueillie chez le bon pasteur luthérien... puis tout à coup ce foyer paisible troublé par la guerre... le sac et le pillage menaçant Marienbourg... (Regardant Monzikoff.) Le général russe vainqueur, désarmé par moi , jeune fille, devenue son esclave.

MENZIKOFF, virement.

Si je me le rappelle?

Oui ! tu m'aimais alors, tu le disais du moins^ et pourtant, moins amoureux que courtisan, tu me cédais malgré moi, malgré toimême, à ce maître altier devant qui tu tremblais déjà ! (Avec mépris.) Non jamais, jamais, je ne t'ai pardonné l'honneur ou l'affront qui me rendit la compagne d'un souverain. Mais si ma fortune fut grande, je puis dire ici que je ne me laissai point dominer par elle, que je m'élevai à sa hauteur... et cette position que je n'avais pas désirée, je sus la conquérir et la mériter ! Tant de services rendus ! tant desoins de tous les instants qui lui étaient nécessaires, indispensables peut-être !... il les a payés par une couronne ! je le sais ! ... je ne suis pas ingrate, je ne le serai jamais, et si parfois il oublie les services , moi je n'oublie pas la récompense!... mais tant d'amour et de dévouement ne peuvent se payer que par le dévouement et l'amour, et depuis longtemps je l'ai vu , il ne m'aime plus ! le souvenir de ce qu'il me doit lui pèse! la reconnaissance le gène! mon aspect l'humilie...

MENZIKOFF

Comme un bienfait reproché !

S'il revient à moi , c'est dans le danger ou la souffrance , mais il s'en éloigne avec empressement dans le bonheur ou le plaisir... alors le voile est tombé !... le prestige s'est dissipé... je n'ai plus vu en lui le grand homme, le héros, le génie puissant qui brille au dehors... mais chez lui, dans son intérieur... le tyran égoïste, sacrifiant à ses idées d'ambition tous les sentiments du cœur, tous les liens de l'amitié et de la famille, je n'ai plus vu que ses mœurs brutales, ses honteuses orgies, vices grossiers que la gloire cache à tous les yeux, excepté aux miens... l'amour avait disparu, le dégoût m'a saisie... j'aurais voulu fuir..» mais comme le soldat russe

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