ACTE V, SCÈNE II
JAKINSKI.
D'après les ordres de Votre Majesté, nous plaçons toujours, dans l'hôtel de chaque ambassade, des gens de service... qui sont au nôtre...
LE CZAR , brusquement.
Des espions !
JAKINSKI.
Oui, Sire î de la diplomatie intérieure! C'est l'un de ceux-là qui m'a appris, hier soir, le départ du comte Sapieha, tandis qu'un autre, valet de pied dans l'hôtel, montait derrière le carrosse de l'ambassadeur.
LE CZAR
Bien!... celui-là mérite de l'avancement.
JAKINSKI.
A vingt-cinq werstes de la ville, attendait un traîneau...
LE CZAR
Où Sapieha est monté?...
JAKINSKI.
Non, Sire!... il a voulu absolument retourner à Saint-Pétersbourg.
LE CZAR
Ce n'est pas possible !
JAKINSKI.
C'est ce que j'ai dit d'abord à l'agent fidèle qui l'a suivi de loin et vu entrer, au milieu de la nuit, dans le palais qu'habite la comtesse Sapieha. Enfin, quelque invraisemblable que cela fut, je ne calculai, ni raisonnai...
LE CZAR
Très-bien !
JAKINSKI.
Le palais fût complètement cerné, et au point du jour... j'y pénétrai au aom du czar ! Loin de chercher à s'évader, le comte parut l'air riant et la tète haute... et comme je voulais procéder à un interrogatoire sur le nouveau complot médité par lui : C'est inutile, a-t-ii répondu... dites à Sa Majesté qu'il m'a été impossible) de m'éloigner sans faire mes adieux à la comtesse, ma femme!...
Sommé par moi d'écrire et de signer la présente déclaration il Ta fait sans hésiter...
LE CZAR
Donne, (u prend le papier et le parcourt.) Oui... il a risqué sa vie... pour revenir cette nuit... près de la comtesse... qu'il aime... (Brusquement.) L'avez-vous interrogé sur les personnes qui ont protégé Sa fuite?,., (il passe à gauche.)
JAKINSKI.
Il ne les connaît pas, a-t-il dit !
LE CZAR
Le nom de son gardien?...
JAKINSKI.
Goudounoff... mais il a disparu...
LE CZAR
Goudounoff! n'est-ce pas un soldat de l'armée du Pruth?...
JAKINSKI.
Oui, Sire!
LE CZAR
Qui devait être passé par les armes.., et dont Catherine a obtenu la grâce ?
JAKINSKI.
Oui, Sire...
LE CZAR
Et qu'elle a fait placer ici au palais?
JAKINSKI.
Oui, Sire!
LE CZAR, froidement.
Il devait lui être dévoué! Quant àBaltadjy Mehemet... (Éprouvant quelque souffrance.) je devine quelle influence a pu le décider... au mépris de son caractère d'ambassadeur, à protéger la fuite d'un prisonnier d'État... (s'arrêtant.) Ah! je ne sais ce que j'éprouve...
(il va tomber sur le fauteuil près de son bureau.) JAKINSKI.
Les souffrances ordinaires de Votre Majesté...
LE CZAR
Non !... un engourdissement que j'ai peine à vaincre... Ce matin