CAUSES TOXIQUES
Ces causes sont les agents provocateurs du spasme artériel, les facteurs les plus fréquents d’hypertension. On les divise en causes endogènes ou exogènes, selon la provenance des poisons
qui entrent en jeu.
Poisons endogènes.
Les poisons endogènes peuvent venir soit d’une auto-intoxi-
cation d’origine intestinale, soit d'une auto-intoxication avec participation des glandes vasculaires sanguines agissant comme cause directe ou comme cause adjuvante.
Mais avant d’entrer dans quelques détails, il nous faut encore revenir ici sur l’hérédité d’'hypertension ou hérédité diathésique bradytrophique.
Ces intoxications endogènes ou auto-intoxications résultent primitivement d’une augmentation de toxicité des produits du métabolisme normal, et aussi d’une rétention consécutive des poisons par impuissance des organes éliminateurs ou modificateurs.
Cette augmentation de toxicité des déchets est due à une insuffisance des réductions et des oxydations et constitue la diathèse bradytrophique.
L’arthritisme ou, pour se servir d’un terme plus exact, ainsi que l’a conseillé le P' Landouzy, le bradytrophisme, peut créer de bonne heure ce que l’évolution de la vie produit naturellement : l’artério-sclérose, « cette rouille de la vie », si bien que la diathèse bradytrophique correspondrait en quelque sorte à une sénilité précoce et créerait par son hérédité un terrain excellent pour l'hypertension.
Les causes qui peuvent créer ces auto-intoxications d’origine intestinale sont : une alimentation soit excessive, soit défectueuse, les fermentations gastro-intestinales, la constipation. Certains états diathésiques peuvent encore favoriser le développement de ces causes, tels sont : la goutte, le diabète gras, l’emphysème pulmonaire, la dyspepsie dite avec hypertension. Dans tous ces cas les agents actifs qui constituent les poisons, quiiront impressionner les cellules de l'arbre circulatoire, seront : l’urée, l’acide urique, lurobiline, les sels de potasse, les sels ammoniacaux, l’acide oxalique, l’acide lactique, la neurine, les ptomaïnes, les
leucomaïnes.
Quant aux auto-intoxications avec participation des glandes
tre
vasculaires sanguines, ce sont celles que l’on retrouve dans l’urémie, dans l’éclampsie (véritable intoxication gravidique par suppression du flux menstruel), dans la grossesse où les femmes avec albuminurie présentent de l'hypertension, lors de la menstruation où l’on a pu décrire l’hypertension prémonitoire des règles, lors de la ménopause où, même chez les femmes arthritiques, la tension après avoir augmenté, reste élevée, dans la puberté par suractivité fonctionnelle transitoire, dans la chlorose par spasme vasculaire imposant au cœur un travail exagéré d’où parfois dila-
tation, enfin dans le goître exophtalmique.
Poisons exogènes.
Ces poisons peuvent être de natures diverses.
Dans une première classe il faut ranger le plomb, le tabac et l'alcool.
L'intoxication saturnine est le type des intoxications exogènes avec hypertension.
Le plomb, soit qu'il produise des syndromes bien spéciaux tels que la colique de plomb et l’encéphalopathie saturnine, soit qu'il conduise à des lésions communes à tant de causes, telles que la néphrite interstitielle, la goutte, l’artério-sclérose, nous donne le type des intoxications exogènes avec hypertension, le type même de l'affection hypertensive.
Nous ne nous appesantirons pas sur cette action nocive, non plus que sur celle du tabac et de l’alcool : nous ne saurions qu’affaiblir ce que tant d’autres ont développé de façons si diverses et si remarquables.
La deuxième classe de poisons d’origine exogène est constituée par les poisons d’origine microbienne. Certains produits microbiens (staphylococcus aureus, malléme et produits du bacillus heminecrobiophylus) élèvent la pression artérielle. A côté de ces
cas ilnous faut placer toute une série de maladies dans lesquelles
ta
les toxines ont une action nettement hypertensive; ce sont : la
malaria, le choléra, la scarlatine, la syphilis constitutionnelle.
Dans ces derniers temps, le D' Vaquez et après lui quelques auteurs ont voulu voir à ces différentes causes une même action pathogène.
Cette action d'élection, commune à toutes ces causes, porterait sur la glande surrénale. Celle-ci réagirait par une exagération de sa sécrétion interne, déversant dans le torrent circulatoire une quantité plus considérable d’adrénaline. Cette dernière, dont les propriétés vaso-constrictives sont bien connues, deviendrait le facteur direct del'hypertension artérielle.
A cette théorie séduisante qui veut que l'hyperépinéphrie soit seule cause d’hypertension artérielle, divers auteurs ont donné à l’appui des faits positifs, d’autres sont venus apporter des observations contradictoires.
Le D' Josué, en 1903, a déterminé la production d'athérome aortique expérimental par injections répétées d’adrénaline dans les veines chez des lapins. Divers auteurs ont confirmé depuis ces expériences.
Or, selon la théorie précédente, l'introduction de cette substance devait déterminer de l’hypertension artérielle, et lon pouvait se demander, en présence du résultat obtenu : l’athérome artériel, si lhypertension ne venait se substituer à sa cause pour en continuer et en accentuer les effets.
Puis le D' Chevalier, et après luile D: Josserand, ont montré que si l’action hypertensive de l’adrénaline était suffisamment puissante pour déterminer une élévation de la pression artérielle assez considérable pour atteindre le double de la valeur primitive, cette action n’était que passagère et sa durée n'excédait pas quelques minutes. À cette phase de vaso-constriction succède une phase de vaso-dilatation réflexe paralytique.
Enfin des faits cliniques fort intéressants ont été relatés dans
ces derniers temps, en particulier par MM. Widal et Boidin, et il semble bien qu'il y ait un rapport indéniable entre les lésions des capsules surrénales, l’athérome généralisé et l'hypertension artérielle.
Il semble cependant qu'il serait prématuré de rejeter, à l'heure actuelle, toutes les causes d’hypertension que nous avons énumérées.
En résumé :
Le mécanisme de l'hypertension permanente est complexe.
À la cause primordiale de l'hypertension s’ajoute la rétention des poisons par lésions du foie et des reins; et le spasme des artères rénales n'agirait pas tant comme obstacle périphérique, dans l’élévation de la pression artérielle, que comme ne permettant pas le passage des produits toxiques qui pourront alors s’accumuler dans le sang et produire tous leurs effets. D’autres causes secondaires peuvent entrer en jeu, comme : des écarts de régime, la constipation, le surmenage, les émotions.
En réalité, on ne saurait séparer l’action des poisons exogènes ou endogènes, facteurs d’hypertension artérielle, de l’action de cette hypertension elle-même: toutes deux concourent à la pro-
duction de la sclérose des artères.