‹ La D'Arsonvalisation dans l'hypertension artérielleChapitre 18 sur 51 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Hypertension.

Inconvénients et accidents qui en sont la conséquence. Des divers traitements mis en usage contre elle.

Claude Bernard a prononcé cette parole : « si la fonction fait l’organe, la maladie de la fonction fait souvent la maladie de l'organe », etl’hypertension devient rapidement un facteur important dansla genèse des maladies au début desquelles elle apparaît.

Quelles sont ces conséquences graves dues à un excès de pression ? Le D' Vaquez dans sa communication à la Soc. méd. des hôp. de février 1904, s'exprime ainsi :

« En résumé, nous pensons qu'il nous paraît temps de distraire de l’albuminurie, de lanéphrite, de l’intoxication urémique, éclamptique ou saturnine, certains accidents qu'on avait jusqu'ici coutume d'expliquer par leur intervention. Ces accidents, parfois bénins, le plus souvent fort graves, sont fonction, non de la maladie causale, souvent invoquée à tort, la néphrite, par exemple, mais d’un symptôme commun aux trois entités morbides entre lesquelles elle forme comme un lien nécessaire, et ce symptôme, c’est l'hypertension. »

L’hypertension artérielle, qui reconnait des causes si diverses, peut être, selon sa durée ou son ancienneté, classée en : hypertension transitoire (affections aiguës), hypertension oscillante ou instable, hypertension permanente. (D' Vaquez.)

Du fait même de l'hypertension peut résulter une série d’acci-

dents identiques, quelle que soit la cause première, et qui auront

d'autant plus de chances de se produire que l'hypertension sera ou plus durable ou plus forte, ou existera sur un terrain peu résistant, Si parfois les accidents se résument à quelques troubles d'ordre secondaire, tels que fourmillements, crampes, céphalée, bourdonnements d'oreille, plus souvent ces premiers symptômes ne sont que les prodromes d’autres symptômes plus redoutables.

« L’encéphalopathie saturnine, l’éclampsie puerpérale résument en quelques jours les accidents qui s’espacent en plusieurs années au cours de la néphrite chronique avec hypertension » (Vaquez).

Certains accidents, telle l’hémorragie cérébrale, sont incontestablement dus à l’hypertension artérielle elle-même.

Mais dans d’autres cas l'hypertension ne viendrait-elle pas se substituer à sa cause pour en continuer et en accentuer les effets, produisant des conséquences que la cause initiale était incapable de produire par elle-même ? C’est une question, nous le verrons, que nous aurons à nous poser à propos de l’œdème du poumon.

La simple énumération des accidents qui sont le fait même de l'hypertension est suffisamment éloquente, puisqu'à côté d’accidents bénins, tels que la céphalée, la plupart sont d’une telle gravité qu'ils menacent directement et immédiatement la vie du malade.

Certains accidents sont la conséquence certaine de l’hypertension, Ce sont : la céphalée — des troubles auriculaires précoces et tenaces — des troubles oculaires (amaurose saturnine, amaurose urémique etamaurose éclamptique, hémianopsie homonyme, glaucome aigu et glaucome chronique) — laphasie transitoire — l’encéphalopathie convulsive (commune au saturnisme, à l’éclampsie, à l’urémie) — l’hémiplégie transitoire — hémorragie cérébrale — la mort subite.

Certains accidents sont la conséquence probable de lhyperten-

sion. Ce sont: l’ædème aigu du poumon — l’angine de poitrine

RE

— Ja dilatation aortique et la dilatation cardiaque à un stade très avancé.

Il nous faut, à côté de cette liste déjà longue, tenir compte de la part qui peut revenir à l’hypertension dans la genèse même de diverses maladies chroniques, tels : le mal de Bright, Pinsuffisance aortique, l’anévrysme de l'aorte, etc., etc., part qui, selon les théories, a une valeur inégale, mais qui est toujours importante.

En présence de tels accidents, on comprend que depuis longtemps on ait cherché de tous les côtés une thérapeutique efficace pour y parer. C'était rechercher le remède à l'hypertension, la médication hypotensive.

Les divers agents qui ont été employés dans ce but peuvent se diviser en agents médicamentaux et agents hygiéniques et phy-

siques.

lle

AGENTS HYGIÉNIQUES ET PHYSIQUES 1° Régime alimentaire.

Lorsqu'il s’agit de médication hypotensive, étant donné la multiplicité des causes, il ne saurait s’agir d’une seule indication thérapeutique. Cependant le premier acte du thérapeute doit être la suppression de la cause principale.

Les causes susceptibles de provoquer des à coups d’hypertension, telles que les émotions, la douleur, la fatigue, les efforts, le coït, devront être écartées.

S'il existe un traitement spécifique de la maladie en cause, comme le traitement mercuriel dans la syphilis, il devra être employé.

Mais 1l est à remarquer que la suppression de cette cause n’entraîne pas toujours la disparition de hypertension lorsqu'il s’agit

d'hypertension transitoire, l’entraine rarement lorsqu'il s’agit

d'hypertension de cause permanente. Et bien souvent les causes sont multiples et se surajoutent.

De là vient aussi que le régime alimentaire, toujours défectueux chez les hypertendus, qu'il soit à la base de leur affection ou cause adjuvante seulement, doit être une des premières préoccupations du médecin.

On parvient ainsi en effet à supprimer quantité de poisons d'origine exogène.

C’est ainsi que l’on proscrira l’alcool, le café, le thé, l'abus des viandes, les viandes fibreuses, les poissons huileux ou non frais, les sauces, les viandes faisandées, le gibier, la charcuterie, les fromages fermentés, les conserves, les choux, l’oseille, les légumes à résidus abondants.

On supprimera aussi la viande au repas du soir. Enfin on pourra instituer tel régime que l’on croira convenable.

De tous, le régime par excellence est certainement le régime lacté, non seulement parce qu'il n’introduit qu'un minimum de toxines dans l’organisme, mais aussi parce qu’il devient un agent puissant d'élimination de toxines.

C’est principalement à Potain et au D' Huchard que l’on doit de connaître toute l'importance du régime alimentaire et tout le bénéfice que les malades peuvent retirer du régime lacté.

A côté des régimes doivent prendre place les diurétiques, les sudorifiques, les purgatifs qui, par leur action, éliminent de l'organisme tant de poisons d’origine endogène, facteurs puissants

d’hypertension artérielle.

2° Cures thermales (diverses)

Nous ne parlerons pas ici des stations thermales où l’on applique le traitement sous forme de bains carbo-gazeux. Nous réservons à l'étude de cette méthode un chapitre spécial.

Les cures thermales d’Evian, de Vittel, de Contrexéville, de

ERA qe

Martigny, où l’on emploie les eaux sous forme de boissons, de Bourbon-l'Archambault, de Bourbon-Lancy où l’on emploie l’eau à l’intérieur et à l'extérieur, agissent par la diurèse salutaire qu’elles provoquent.

Voici quelle est l'opinion que le D' Bouloumié, de Vittel, a émise au point de vue qui nous occupe sur les résultats obtenus dans cette station:

« On peut dire, dès lors, avec M. Huchard, ce que je n’avais osé dire jusqu’à présent, que, de même quel’usage habituel d'eaux minérales diurétiques est utile aux artério-scléreux, une cure par ces mêmes eaux peut, chez certains d’entre eux, être utilement prescrite. Toutefois, moins formel que lui, je persiste à penser que, surtout dans les cas d’artério-sclérose confirmée, avec ou sans lésion athéromateuse, cette cure n’est pas toujours sans danger, qu'elle ne s'applique pas à tous les artério-scléreux, qu’elle doit être surveillée de très près pendant toute sa durée et parfois secondée, au moins au début, par des moyens accessoires appropriés. Je dirai de plus, qu’en pareil cas, pour obtenir des effets durables et surtout progressifs de la cure, le médecin habituel doit s'inspirer, dans ses prescriptions hygiéniques et thérapeutiques, des données fournies par le sphygmotonomètre, vraiment

précieuses en pareil cas. »

3° Massage et mouvements musculaires provoqués.

Le D' Stapfer, qui a fait des recherches fort intéressantes sur le massage au point de vue physiologique, écrit ceci (1) :

« Le massage du ventre est constamment accompagné d’une élévation de pression (ascension du manomètre, resserrement du cœur, érection de la pointe) et constamment suivi d’un abaïsse-

ment de pression (chute du manomèêtre, mais non au-dessous de

(1) Voir Stapfer, Trailé de kinésithérapie gynécoloyique, 1897. — Voir Moutier, Rapport au 1° cong. internat. de physiothérapie.

la normale, cardio-dilatation). N'ont fait exception que huit ou dix animaux à sang froid, dont le cœur s’arrêtait en diastole au moindre attouchement du ventre et une chienne insensible même au massage de lintestin à nu, lequel provoqua des ascensions telles que j'ai vu le manomètre accuser 80 millièmes.

« Cette constatation contredisait tout ce que j'avais lu ou entendu sur les effets immédiats du massage, notamment en Suède et en France où Cautru et Huchard, avant de connaître mes travaux, concluaient comme les Suédois à un abaissement de la pression.

« Le tout est de s’entendre et de bien préciser les termes et aussi les conditions dans lesquelles se produisent les faits.

« L’abaissement des auteurs en contradiction apparente avec mes assertions est simplement le phénomène secondaire, qui succède aussi dans toutes mes expériences au phénomène primitif de l'élévation.

« Oui après le massage ou pendant ses pauses, J'ai toujours

vu la pression revenir à la normale. Pendant le massage, elle

« Hertz, Krikortz et Hotman Bany, dans des recherches sur l'effet des mouvements actifs chez les cardiaques, ont constaté également cette élévation prinilive de pression que J'affirme et ils ont montré à quelles erreurs conduisait la théorie de l’abaissement primitif.

« Rien ne m’autorise à penser que l’abaissement de la pression chez les hypertendus puisse causer autre chose que quelques malaises passagers comme celte hypotension elle-même. Mais il ne faut pas oublier que j'ai décrit une variété fortcommune de syncope due à la paralysie du territoire vasculaire abdominal ; il serait donc possible que des prédisposés, traités inintelligemment ou avec brutalité, puissent présenter des accidents de ce genre, même mortels. »

Le D' Piatot, dans sa thèse en 1898, a indiqué les heureux

effets du massage abdominal dans les cardiopathies. IT notait

que dans les cas d’hypertension on pouvait observer un abaissement et il ajoutait ces mots dignes de remarque : « Dans l'immense majorité des cas, nous avons trouvé que l’abaissement de la pression était parallèle à la diminution de fréquence du pouls », contrairement à la loi de Marey.

Le D' Cautru qui a particulièrement étudié l'action du massage abdominal sur la pression artérielle admet comme M. Stapfer que la période d’abaissement de la pression artérielle est précédée d’une période d’hypertension d’une façon générale, mais 1l pense que cette dernière est de très courte durée et il semble croire que chez les hypertendus elle ne se produirait pas.

Enfin si par le massage abdominal le D' Cautru a toujours obtenu chez les hypertendus un abaissement de la pression artérielle, il ne peut pas par ce moyen ramener la pression artérielle à la normale chez les sujets atteints d’hypertension permanente.

« Le massage abdominal, dit-il, est curatif de l'hypertension passagère (migraine prémenstruelle, fausse angine de poitrine, dyspnée toxi-alimentaire, chlorose, etc.), préventif de l'hypertension permanente (angine de poitrine, ménopause, présclérose, etc.), et utile dans l’artériosclérose confirmée. »

Au sujet de la méthode combinée d'Œrtel par le mouvement et le régime alimentaire, le D' Huchard s’exprime ainsi :

« Quant à la méthode d’'Œrtel par la cure de terrains ou marche ascensionnelle, elle a bien perdu de sa valeur; elle aboutit souvent à la dilatation du cœur, à l'hypertension pulmonaire ;

elle peut accroître l'hypertension artérielle loin de la modérer. »

4° Hydrotheérapie.

Le D' Beni-Barde, dans une lettre qu'il adressa au D' Huchard à la suite de la communication que celui-ci fit en 1903 à l’Académie de médecine, décrit la douche hypotensive dans les termes suivants :

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«€ Avant de décrire la douche hypotensive proprement dite, je dois signaler un autre procédé hydrothérapique dont lintervention est fort utile, quand l'hypertension artérielle se trouve greffée sur un fond anémique très prononcé. Il consiste en une douche modérément froide, à percussion très légère et dont la durée doit être assez longue pour entraver le mouvement de réaction et l'excitation qui l’escorte. Le plus souvent cette douche fait naître une détente heureuse qui détermine une hypotension artérielle très appréciable. Elle est bienfaisante ; mais elle ne produit pas toujours les effets que vous exigez.

« Le véritable procédé hydrothérapique qui agit avec le plus de sûreté contre l'hypertension des vaisseaux, c’est la douche tempérée.

« On l’administre avec un appareil spécial connu sous le nom de mélangeur. L’eau répandue discrètement sur la peau ne doit éveiller aucune sensation de chaleur ou de froid. Il faut que sa température puisse convenir aux particularités de chaque individualité morbide et varier, par conséquent, entre le 33° etle 37° de l'échelle centigrade, c’est-à-dire dans les limites qui forment la zone neutre. La projection de cette douche doit avoir une douceur extrême gt se traduire par des aspersions lentes, allongées, régulières, dirigées spécialement sur les côtés de la colonne vertébrale. La durée peut aisément osciller entre 3, 5 ou 8 minutes, selon le degré de résistance du sujet.

« Cette douche essentiellement sédative apaise le système nerveux et le système circulatoire en leur apportant un calme qui les met à l'abri d’une évolution pathologiquement tumultueuse. Elle convient à tous les malades qui ont une tension artérielle très exagérée. C’est la douche hypolensive par excellence ; elle aide le myocarde dans son œuvre, régularise la tonicité des vaisseaux, des muscles ou des liquides organiques, et empêche la propagation malsaine des excitations du système nerveux. »

Malheureusement nous ne possédons aucune observation rela-

Dr AT

tant ce phénomène et nous faisant connaître si cet abaissement est primitif, ou secondaire, comme il est permis de le supposer, et comme le D' Huchard le prétend :

« J'ajoute, écrit ce dernier, que l’action hypotensive pourrait encore être demandée à l'hydrothérapie; mais ici l’hypotension s'obtient au prix d’une hypertension vaso-constrictive préalable.»

5° Balnéothérapie

Dans plusieurs stations thermales les bains peuvent servir au traitement de l'hypertension artérielle ; ce sont les bains carbogazeux, que l’on trouve à Royat, à Châtel-Guyon, Saint-Galmier, Saint-Alban, Saint-Nectaire, etc., en France ; à Spa, en Belgique ; à Nauheim, en Allemagne, etc.

Les premières tentatives de traitement furent faites en Allemagne à Nauheim, mais ne furent pas heureuses.

Le D' Huchard, en parlant de cette cure, écrit qu’elle est : « pleine de dangers dans le cas d’hypertension artérielle, puisque l’on avait observé des cas de mort. »

En ce qui concerne l’action des bains carbo-gazeux de Royat, le D' Laussedat, dans une communication faite à l’Académie de Médecine en 1904, donne les conclusions suivantes que soutint le D' Huchard, rapporteur :

On observe :

« 1° Soit une action hypertensive en donnant ces bains très gazeux et très courts, et l'hypertension sera d’autant plus accusée que le bain s'éloigne de la température indifférente.

«2° Soit une action hypotensive en les donnant toujours à la température de la peau, privés de gaz au début et progressivement gazeux ensuite, d’une durée plus prolongée, de façon à entretenir cette hypotension.

«3° L'action du bain est toujours antitoxique et éliminatrice, puisque sous son influence la diurèse est notablement aug-

mentée. »

Depuis cette époque, divers auteurs se sont attachés à rechercher cette action hypotensive, et au congrès français de médecine, en 1904, plusieurs d’entre eux venaient exposer les résultats de leur observation,

Le D' Laussedat apportait à nouveau les résultats dus aux bains carbo-gazeux de Royat.

De même le D' Jean Heitz, de Royat ; mais ce dernier ajoutait ces mots dont l'importance ne doit pas échapper :

« Chez les hypertendus, dans 35 p. 100 des cas, la tension reste élevée ; il s’agit alors d'hypertension permanente chez des scléreux confirmés, J'ai eu à lutter même dans quelques cas contre des tendances à l'élévation qui ont nécessité une interruption passagère ou définitive de la cure. »

Enfin les heureux effets dus à l’action des bains carbo-gazeux de Spa, analogues à ceux observés à Royat, étaient signalés par M. Wybauw et M. Guilleaume.

Le D' Mougeot, dans sa thèse inaugurale en 1905 sur l’action du bain carbo-gazeux artificiel, passe en revue les indications et les contre-indications de ce mode de traitement, et, plus sévère que les auteurs précédents, en limite nettement les indications à la période de début de l'hypertension artérielle, en concluant :

« Le bain carbo-gazeux paraît au moins inutile chez les grands asystoliques et dangereux dans les artério-scléroses avancées et généralisées; dans l’angine de poitrine coronarienne et l’ané-

yrysme aortique. »

6° Électrothérapie.

Dans le chapitre suivant nous exposerons les résultats généraux de la d’Arsonvalisation dans l'hypertension artérielle per-

manente.

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