ACTE PREMIER
NINr> minaudant.
Pas plus que nous, vicomte ! C'est ce que je disais à papa, en vous apercevant : « Tiens I v'ià le vicomte... C'est ce qui peut s'appeler avoir de la veine... ou je ne m'y connais pas I »
FALEMPIN, à part.
Elle va un peu loin! (Haut.) Vicomte... excusez la naïveté de ma fille...
MARCEL
Il n'y a pas de mal, monsieur le comte... La sympathie est bien réciproque^ je vous assure...
NINI
Oh ! Monsieur le vicomte ! Vous allez me faire rougir !
FALEMPIN, à part.
Ça marche très bien ! (Haut.) Monsieur le vicomte, vous me ferez l'honneur d'accepter un apéritif... Un amer Picon ?
MARCEL
Je n'en prends jamais!...
FALEMPIN
Vous m'étonnez!... J'en prends deux cent cinquante bouteilles par mois, et il m'en manque toujours !
NINI, toussant.
Hum!...
MARCEL, riaLt.
Vous prenez deux cent cinquante bouteilles d'apéritif par mois... Pas tout seul, j'espère ?
FALEMPIN
Oh! non!... avec des amis et connaissances!
MARCEL
Vous avez beaucoup de relations!...
FALEMPIN, oubliant.
C'est forcé!... C'est comme vous, vicomte, vous d^vez voir beaucoup de monde...
MARCEL
Trop, hélas ! . . . Car, moi, je ne vois forcément que des gens tarés, des escrocs et des assassins!...
FALEMPIN et NINI, décontenancés.
Ah?...
MARCEL, riant.
Je suis substitut! Je ne peux pas requérir contre les honnêtes gens !
FALEMPIN, riant, lourdement.
Ah ! ah ! ah! Très drôle ! (a Nini.) Ris donc!...
NINI, naïvement.
Excusez-moi, monsieur! Je n'ai pas compris!..*
MARCEL, à part.
Quelle naïveté ! Au moral, elle est exquise ! Je ne serai pas fâché de voir, à la lorgnette, ce qu'elle est au physique ! (Haut.) Vous allez vous baigner, mademoiselle ?
NINI
Oui, monsieur, je vais me déshabiller !
FALEMPIN
Sois prudente !... Le maître-baigneur prend sa leçon de natation... ne t'étoigne pas trop de la plage !
NINI
Non, papa !
Elle salue gracieusement Marcel et s'éloigne par la droite.