‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 106 sur 156 · I. R. P., février 1813. | 2. Z. L · texte numérisé non relu

I. R. P., février 1813. | 2. Z. L

LE dèciu:t nu 15 avrii, iSii 363

pour actionner de puissants engins. A-t-on jamais songé .\ faire niarclier une montre au nunen d'iuie machine à vapeur ?

Toutes ces subtilités fiscales ne servirent qu'à rendre l'administration tranijaise odieuse aux Dalmates qui profiteront de la première occasion pour manifester leur rancune.

TITRE VIII. — DU coMMERCi; (.\Rr. 116-118)

L'art. 116 décidait la création d'une chambre de commerce à Raguse; un conseil général du commerce, créé par décret du 27 juin 1810 ', devait se réunir \ Layhach; des conseils de prud'hommes, des chambres consultatives des arts et manufactures- seraient établis là où la demande en serait faite'.

La question du commerce était la question vitale pour la Dalmatie, Raguse et Cattaro; les Anglais l'avaient compris : ils savaient que s'ils bloquaient étroitement les ports de l'Adriatique, ils porteraient à l'influence française un coup plus sensible qu'en débarquant une armée entière. Depuis i8oé, le commerce n'existait plus, les flottes marchandes avaient disparu ; beaucoup de navires avaient 'été pris, d'autres avaient pourri dans les ports, d'autres se livraient à la piraterie ou à la contrebande, et la fortune publique subissait une crise terrible. A Raguse en particulier-», l'ex-répubUque avait coutume de placer ses fonds en les confiant à des négociants qui armaient des navires et pouvaient payer un gros intérêt à l'État, tout en s'enrichissant. Les finances ragusaines avaient ainsi vu s'éteindre leur principale source de revenu, quand les bâtiments, gages de créance, avalent été enlevés par les Russes ou par les Anglais. Il était certain qu'en agissant de la sorte les Anglais amèneraient les Dalmates à maudire les Français, et à soupirer après le jour qui les verrait disparaître.

Nous indiquerons au chapitre suivant les efforts faits par Napoléon pour délivrer le littoral de l'Adriatique des vexations des Anglais.

Ce n'était pas, du reste, les seuls intérêts des Dalmates qui étaient en jeu : Fiume et Trieste avaient dû à leur annexion à la France de voir tarir en un jour la source de leur richesse; malgré les statistiques frelatées de l'intendant Arnault, malgré les articles fliits sur commande par le Télégraphe officiel et VOsstrvatore Triestino, le port était vide et le commerce était mort.

Napoléon reprit alors, en le rendant pratique, un projet que Dandolo lui avait présenté, on s'en souvient, en 1807'. La mer étant fermée,

I. L. R., 18 10. I 2. A. 117. I 3. A. 118. I 4. Rapport Garagnin, sept. 18 10. | 5. Voir II' P., Ch. V, p. 250.

364 LA DALMATIE DE l8rO A 1815

c'était à travers la péninsule des Balkans qu'il follait amener les produits de l'Orient'; seulement Dandolo pensait à la voie du Danube, de la Save, de l'Unna et d'un canal venant déboucher dans la Kerka, et Napoléon voulut seulement utiliser la voie de terre. A Kostajnica, sur la frontière croate, on construisit un lazaret, de vastes magasins, et Trieste fut déclarée entrepôt libre des cotons de l'Orient^ ; on arriva ainsi à rendre quelque apparence de vie au commerce agonisant de Trieste; quant à la Dalmatie, on ne pouvait rien essayer, on n'essaya rien et la disparition des fortunes, coïncidant avec l'établissement du nouveau régime fiscal, permit aux Dalmates de dire que les impôts français avaient ruiné le pays.

TITRE IX. — PRISONS ET ÉTABLISSEMENTS DE BIENFAISANCE (aRT. II9-I20).

Cette rubrique est attristante : les criminels et les malheureux sont associés comme si c'était un crime d'être orphelin, malade, infirme et abandonné, de demander des secours à l'État au lieu de lui payer des impôts. Le législateur a quelquefois de ces cruautés inconscientes.

Empressons-nous donc de citer, pour dissiper cette fâcheuse impression, l'arrêté signé à Goritz, le lo septembre 1812, par le général Bertrand' :

« Art. I. — Des commissions de bienfaisance sont établies dans les « principales communes de l'Illyrie, à l'effet de connaître les besoins des c familles indigentes de leur arrondissement et de leur faire distribuer des B secours.

« Art. 2. — - Ces commissions sont chargées de l'honorable fonction « de recevoir et de distribuer, dans une juste proportion, à titre de « secours à domicile, le produit des droits perçus au profit des pauvres, « ainsi que le produit des charités et dons volontaires qui pourront leur « être adressés.

Suivent plusieurs articles où est exposée la manière de former ces commissions dont les évèques et curés sont appelés à frire partie. Puis sont énumérés les moyens de recueillir l'argent : droit de 10 °/o sur les spectacles, troncs, quêtes à domicile.

« Art. 13. — Le soulagement des indigents est recommandé à toutes « les âmes sensibles et charitables; les commissions de bienfaisance ne « sont établies que pour régler avec connaissance de cause la distribution « des secours accordés par la générosité publique. »

Bertrand faisait ouvertement profession d'athéisme; mais, en lisant ces dispositions si profondément empreintes de l'esprit de charité, on ne peut s'empêcher de songer à la parabole du bon Samaritain.

I. L. R.,C. 33. 1 2.L. R., C. 34. — Marmont.Mém. L.XIV,p.424. | 3. L. R., C. 36

LE DÉCRET DU I) AVKIL iSlI 365

Malheureusement, des commissions de charité ne suffisent pas. Combien de fois en .ivons-nous vu fonder depuis le délnit de cette histoire! Si nous en revenons .\ la réalité, nous nous retrouvons en présence des mêmes misères, tant de fois signalées et flétries, et les impitoyables administrateurs se plaignent de ce que coûtent toutes ces bouches inutiles.

« Comment, Monsieur, écrit Chabrol à la Bergerie", les enfants assisce tés reviennent à lo fr. 23 ; c'est beaucoup trop. L'hôpital de Zara, pour « 14.967 journées de malades, a coûté 13.407 francs : cela met la journée « ;\ 0, 903. A Spalato, la journée est réglée .'i o, 360, à Sebenico, à 0, 384. « Il faut que la journée soit réglée partout à 0, 60. »

L'intendant répond, le 23 janvier, en donnant des explications : « II n'y a pas de gaspillage, mais les nourrices des enfants trouvés ne se contentent pas de ce qu'on leur paye, et viennent déposer les enfants devant la porte de l'hospice. Il n'y a pas de commission de charité : l'unique membre qui reste de la commission nommée par Dandolo ne suffit pas; il faudra reconstituer la commission. »

Et, en eftet, on la reconstitua, car la Bergerie, dans son rapport sur l'année i8i2, se loue de son zèle et des résultats obtenus.

A Raguse, la maison des enfants trouvés, l'hôpital qui existait avant l'occupation, et les autres fondations pieuses jouissaient d'un revenu de 15.290 ducats. Par l'arrêté du 31 mai 1808, Marmont affecta une rente de 23.470 fr. 15 aux établissements de bienfoisance, et un assez fort revenu à la commission chargée de distribuer des secours aux indigents.

Garagnin, dans son rapport du 17 septembre 18 10, expose comment il a pu grossir ces revenus que la misère croissante rend insuffisants, en y joignant les rentes de quelques confréries supprimées.

Enfin, le mont-de-piété de Raguse dotait les jeunes filles au moment de leur mariage; la mesure fut généralisée en 18 12, et, dans toutes les villes de l'Illyrie, on couronna des rosières; une des conditions requises était d'avoir un frère ou un cousin sous les drapeaux.

Page 1