‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 113 sur 156 · I. Ihid.,an. 54. I 2. //'/(/., art. j;. | 3. Z. L · texte numérisé non relu

I. Ihid.,an. 54. I 2. //'/(/., art. j;. | 3. Z. L

Ccpcni.l.int je m'y appliqucr.ii de bonne volonté, autant que les circonstances me le permettront.

Je prends cette occasion, Monsieur l'Intendant, etc.

Bernetich, podestà.

SuiM'i\'icn, secrétaire.

TITRF, X\'II. — DU SERvici; de l.\ guerre (art. 258-264)

Les cinq premiers articles de ce titre sont consacrés ;\ l'armée régulière, le sixième .\ la garde nationale et le dernier à la conscription.

Après la conclusion de la paix, l'armée de Dalmatie devenue, en juillet, II' corps, puis, en janvier, armée d'Illyrie", avait été renvoyée dans les provinces illyriennes.

L'IUyrie était divisée en quatre arrondissements militaires : le général Claparède commandait le premier à Laybach ; le deuxième, formé de la Croatie militaire, eut successivement plusieurs chefs, dont le général Delzons; le troisième, comprenant la Dalmatie, Raguse et Cattaro, fut d'abord sous les ordres du général Montrichard; le quatrième, ayant Trieste pour chef-lieu, eut pour chef le général Narbonne.

Montrichard fit son entrée, le lo janvier 1810, à Zara; il publia, le 2 février, un ordre déclarant son arrondissement divisé en six sections; les quatre premières étaient placées sous les ordres du général Bertrand de Sivray, l'ancien colonel du 8" léger; les deux autres, Raguse et Cattaro, sous ceux du général Deviau^.

Or, soit que le pays fût épuisé par la guerre, soit que les exigences de l'intendance eussent augmenté, l'ensemble des provinces se trouva dans l'impossibilité d'entretenir les troupes qui, pendant quatre ans, avaient pu vivre en Dalmatie.

Le 5 janvier 18 10, il tallut renvoyer en Italie presque toute la cavalerie et évacuer les blessés étrangers au corps d'armée^. Le 10 février, un ordre de l'Empereur réduisit à une division les troupes stationnées en Illyrie^. Cette division devait se composer des 8'= et 18' régiments légers, des 60= et 79= régiments de ligne, des 8'= et 25' régiments de chasseurs à cheval et de troupes du génie et de l'artillerie. Les 5'', 11% 23" et 81" de ligne devaient aller tenir garnison en Frioul>.

Un décret impérial, donné aux Tuileries le 12 février^, modifia l'organisation établie un mois avant. Les 2'' et 4" arrondissements étaient sup-

I. Ordre du jour du 7 janvier. R. D., 28 janvier 1810. | 2. R. D., 13 février 1810. I 3. A. G., janvier 1810. | 4. A. G., février 1810. | 5. A. G., juin et août 1810. I 6. R. D., i«f avril 1810

394 LA DALNUTIE DE 181O A 1813

primés, et les régiments croates devaient fournir des garnisons à Laybacii, Trieste et Goritz; seulement, comme l'organisation des Croates subit de longs retards, le départ des 5'' et 81'= de ligne fut retardé jusqu'en mai, et celui du ii=, jusqu'en décembre. A la même époque partirent le 60'' et le 79'', désignés pour rester, et que remplaça en Dalmatie le 2y, désigné pour partir".

A cette occasion, on opéra aussi de grandes réductions dans le personnel des états-majors : Montrichard fut mis en non activité, Claparède et Narbonne avaient été appelés, ainsi que Deviau, à d'autres emplois; ce furent deux généraux de brigade, Plauzonne et Bertrand de Sivray, qui commandèrent à Laybach et à Zara. Le général Delzons restait à Karlstadt comme inspecteur des régiments croates-.

Au I" janvier 181 1, l'effectif des troupes françaises occupant l'IUyrie ne se montait plus à 6.000 hommes. Le 18" léger était i\ Laybach, le 8^ léger à Zara, le 23' de ligne à Raguse et Cattaro, le 2"' bataillon du 2' léger italien à Raguse, les chasseurs à cheval à Laybach ; en outre, quatre bataillons croates de i.ooo hommes étaient en garnison entre Trieste et Cattaro'. Mais le service des garnisons n'absorbait pas 3.000 hommes, et nous verrons que Marmont, s'il avait alors exécuté son projet d'expédition au Monténégro, aurait eu 7.000 hommes à faire marcher, mais Marmont pensait avoir besoin de 15 bataillons et renonça à son projet.

La campagne contre la Russie demandait des troupes nombreuses, et, pendant l'année 181 1, les 8^ et 18" légers allèrent rejoindre la grande armée; ils furent remplacés par quatre bataillons de conscrits réfractaires qu'on ne pouvait conduire à l'ennemi. Napoléon avait songé d'abord à envoyer ces réfractaires aux colonies, et l'on avait formé sur le littoral ou aux îles des régiments destinés à ce service, ou tout au moins au service de « garnison » à bord des bâtiments de la flotte; plus tard, on renonça à la lutte sur mer; le régiment de la Méditerranée, devenu le 4'' léger italien, passa de l'ile d'Elbe en Dalmatie; chemin faisant, il perdit par désertions le cinquième de son effectif (152 hommes sur 756 composant le 2' bataillon envoyé à Cattaro'').

Le général Claparède, un moment nommé à Raguse, fut remplacé par le général Pacthod, qui apaisa aux Bouches un commencement d'insurrection, en juin 1812, puis partit à son tour pour rejoindre l'armée de réserve que Bertrand organisait en Italie; après un intérim, tenu par le général Gauthier, commandant à Cattaro, ce fut le général Montrichard, remis en activité, qui vint prendre le commandement, le 18 avril 1813'.

I. A. G., décembre 1810. | 2. A. G., janvier. | 5 A. G., janvier i8u. | 4. A. G., avril 1812. I 5. Diana SluWi.

LE Dl'-.CRET DU I5 AVKII. 181I 395

Le 2?° Je ligne avait rejoint, en février 1813, l'arniL-e de réserve"; il ne se trouvait Jonc plus Je solJats français en Dalniatie, hors 200 artilleurs et 200 gendarmes; les garnisons étaient fournies par les Croates et trois bataillons du 4" léger italien (le 4' bataillon était .\ Trieste).

Le général Collaërt, qui avait succédé à Bertrand dans lecommandcinent de Zara, fut appelé sur le théâtre de la guerre et remplacé le i" avril 1813 par le général baron Roize^.

Ce sont les généraux Roize, Montrichard et Gauthier que nous trouverons en Dalmatie au moment Je la Jernière invasion autrichienne.

La garde nationale devait, selon les intentions de l'Empereur, contribuer i\ la défense du littoral le jour où les Anglais viendraient l'attaquer. Divers arrêtés 5 avaient créé des compagnies de fusiliers et de canonniers garde-côtes; le général Montrichard avait été chargé de cette organisation, mais presque partout elle était restée sur le papier.

En 18 12, un arrêté Je janvier appela tous les hommes Je 18 A 50 ans et forma les caJres Je 38 compagnies; une taxe J'exemption permettait de couvrir les frais d'équipement, mais cette taxe n'avait pas été portée assez haut, et tout le monde s'exempta.

Un nouvel arrêté, du 27 février 1813-', supprima toutes les exemptions et donna aux autorités le droit de mettre la garde nationale sur pied de guerre, moyennant la ration et la solde de l'armée régulière.

Enfin, l'assimilation complète Je la garde nationale ;\ la troupe Je ligne fut Jécrétée, par un arrêté Je Fouché le i" septembre 18 13 >. Mais alors l'invasion commençait et les garJes nationaux qui, jusque-là, avaient refusé tout service, prirent les armes et passèrent à l'ennemi.

Nous aurons cepenJant à signaler, dans les chapitres suivants, quelques faits d'armes où gardes nationaux et canonniers firent leur devoir; mais, en dehors Je ces cas isolés, le concours prêté par la garJe nationale fut nul.

Quant à la conscription, elle Jonna lieu aux mêmes désordres que par le passé; un arrêté du 27 novembre 18 10 avait réglé, dans les plus minutieux détails, le fonctionnement de ce service; mais cet arrêté chargeait les maires Je Jresser les listes, et, tant par ignorance que par mauvais vouloir, les maires ne préparèrent rien; le recrutement se fit cependant, mais par des moyens empiriques et arbitraires.

Ce qui rendait le poids du recrutement intolérable, c'était la fréquence Jes appels; le 26 août 181 1, Bertrand écrit à l'Empereur ^ « Il s'est fait

I. A. G., mars 1813. | 2. A. G., avril i8iv | 5- Arrêtés des 17 mars, 19 avril, 19 août 1810. I 4. Z. L., 1813. I 5. T. O., 12 septembre 1813. ] 6. A. G., >ioùt 1811.

39^ I-A DAL.MATIE DE 181O A iSl)

« beaucoup de levées dans ces provinces : la levée de 400 marins, ordon- « née en i8io, n'a été achevée qu'en mars; on a levé depuis 1.500 « conscrits en Dalmatie, et 4.260 pour le régiment illyrien'; on lève « aujourd'hui 150 ouvriers et 360 marins; au mois d'octobre, on lèvera « i.ooo conscrits et 550 marins; cette succession fatigue nécessairement « le pays; » et, en février 18 12, Bertrand écrit encore ^ : « J'ai reçu l'ordre « de la levée; ces 1.290 hommes compléteront 9.900 pour les années « 1 809 à 1 8 n ! »

Aussi les émigrants passent-ils en masse en Turquie; des colonnes mobiles sont lancées, en septembre i8i i, et reprennent 300 réfractaires', mais au prix de quels efforts! La garde nationale, les Croates et les pandours étaient de complicité avec les fugitifs; tout l'odieux des poursuites et des exécutions retombait sur les troupes françaises, qui étaient cependant seules à pouvoir faire cette chasse. Quand, en janvier 1812, on annonce à Bertrand le prochain départ des 8'= et 18"= régiments légers, il répond que la conscription et la rentrée des impôts ne peuvent marcher sans soldats français. « Qu'on m'envoie des bataillons de conscrits, mais « de conscrits français, sans quoi je suis complètement désarmé-». »

« De toutes les lois françaises, écrit l'intendant la Bergerie 5, il n'y en « a pas de plus difficile à appliquer que celle de la conscription : on a dû « renoncer à renvoyer les conscrits à domicile après le tirage; on les garde « jusqu'à la révision, sauf à relâcher ceux qui sont exempts. Malgré cela, « en 1812, sur 400 appelés dans le district de Zara, 267 se sont enfuis. » Sur la classe entière de 2.137 jeunes gens, 610 sont réformés, exemptés ou ajournés, 950 sont présents et il 3' a 597 déserteurs*^.

Le subdélégué de Spalato disait de son côté? : « Pour avoir les conscrits, « il faudrait pouvoir les surprendre dans leur lit, avant qu'ils fussent aver-

I, Le régiment illyrien était l'ancienne légion dalmate, qui continuait, sous ce nouveau nom, à servir dans l'armée italienne. La légion était réduite, en 1810, à 1.600 hommes déguenillés que Delzons réorganisa à Goritz ; le corps fut reconstitué (Cf. A G., Procèsverbal d'organisation du Royal-illyrien, créé par décret du 16 novembre 1810, signé du chef d'état-major Barré, aide de camp du général Narbonne). Ou lui donna pour chef le colonel Schmitz, et on le porta à 5 baiaillons. En mars 1811, le; trois premiers bataillons étaient à Palmanova, d'où ils furent dirigés sur Laybach : les 4= et 5= bataillons étaient à Goritz sous la garde de deux compagnies du 8^ léger; pour rendre plus difficiles les désertions, on transféra le dépôt à Trévise, où il y eut cependant 1.234 déserteurs en 3 mois, puis à Turin. Les bataillons qui marchèrent restèrent en garnison sur les communications de la grande armée, et comme les désertions continuaient, l'Empereur prononça, le 20 novembre 1814, la dissolution du régiment. Les trois bataillons stationnés à Mayence, Hochheim et Turin furent désarmés et envoyés à l'île d'Oléron pour être incorporés au 2« régiment colonial et être employés comme pionniers; à la fin de la guerre, 2.000 Dalmates furent dirigés sur Gênes et remis aux .autrichiens le 5 mai 1814. (Arch. administratives de la guerre.-) | 2. A. G , 1812, février. | 3. A. N. AFiv, oct. 181 1. | 4. A. G., 1812, 24 janvier. I 5. Z. L., Rapport sur 1812. | 6. Z. L., 1813. | 7. Z. L., 1813.

LE DâCRET DU I) AVKIL 1811 397

« tis; cette méthode est opposée aux intentions de la loi, mais les lieux et « les personnes le sont bien plus ;\ celles de la France. »

Une fois mis en route, les conscrits devaient être escortés par de gros détachements de troupes de ligne.

Nous avons vu plus haut les destinées du régiment illyrien; celles des hussards croates sont identiques. L'histoire du régiment de hussards croates n'appartiendrait pas ;\ celle de la Dalmatie, si ce corps n'avait été levé grAce aux otiVandes « volontaires » perçues dans toute l'étendue des provinces illyriennes.

Le 4 janvier 1815, Napoléon, qui avait perdu presque toute sa cavalerie dans le désastre de Russie, avait ordonné à ses sujets de lui offrir « d'enthousiasme » des cavaliers montés et équipés. Les provinces illyriennes eurent à former, pour leur part, un régiment de hussards. Pour régler le mouvement de cet enthousiasme de commande, la contribution fut répartie par les percepteurs, ce qui n'empêchait pas les corporations, tribunaux, loges maçonniques et municipalités de souscrire à part pour l'achat de chevaux et l'équipement de cavaliers.

Les hussards croates furent formés provisoirement à Karlstadt, sous les ordres du colonel Pruès. Nous les trouvons, le 6 septembre 1813, à Crémone, le 24 novembre, à Lyon, où le corps est dissous le 25; les cavaliers, désarmés et démontés le 26, sont envoyés à Dijon où ils arrivent le i'^' décembre, puis à Nevers le 30 décembre, et enfin à Bourges où ils sont formés en bataillon de pionniers, comme le régiment illyrien dont ils suivent le sort, après en avoir imité l'indiscipline'.

TITRE XVII. — DE LA MARIXE (aRT. 260-27O)

Ce titre ne contient que des dispositions administratives. En 1812, on voulut organiser l'inscription maritime, mais les événements empêchèrent le décret de recevoir son exécution.

Voici donc achevée l'étude de ce décret, qui résume en quelques pages tout ce que la France a tenté pour faire de l'Illyrie une province française.

Le dessein était peut-être téméraire, tout au moins par les moyens qui furent employés.

Nous disions plus haut qu'au régime mitigé, suivi pendant les quatre premières années, on avait voulu substituer le système de l'assimilation absolue de l'Illyrie aux départements français. Ce système a été expérimenté et il est condamné non seulement par les faits, mais par l'aveu de ceux-là mêmes qui devaient le faire accepter des populations.

Page 1