‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 114 sur 156 · I. Arch. administratives de la Guerre · texte numérisé non relu

I. Arch. administratives de la Guerre

398 LA DALMATIE de 18 10 A 1815

Dans son rapport sur 1812, l'intendant de Zara conclut par ces paroles empreintes de quelque découragement : « Les lois de l'Empire sont peut- « être trop rigoureuses pour ce pays; c'est un fait dont S. M. semble « avoir été 'elle-même persuadée lorsqu'elle ordonna, par son décret du « 29 avril 1806, qui nommait un provéditeur en Dalmatie, qu'elle serait « régie par les lois les mieux adaptées aux circonstances locales et au « bien-être de ses habitants. »

Ce qu'il eût fallu à la Dalmatie en 1806, c'était un autre chef: des deux que Napoléon lui avait donnés, l'un était un soldat, l'autre un savant; l'un ignorant des problèmes juridiques et économiques, l'autre ayant sur ces questions des idées fausses et d'absurdes préjugés, tous deux aveuglés par une admiration irraisonnée pour l'œuvre de l'Empereur, tous deux convaincus que le Code civil, injecté à doses graduées, amènerait les Dalmates à réaliser l'idéal du parfait contribuable et du parfait conscrit : c'était tout ce qu'on leur demandait.

Or, Marmont et Dandolo se sont trompés, comme se sont trompés, par la suite, Dauchy, Belleville, Coffinhal et tous leurs collaborateurs. Ce qu'il fallait à la Dalmatie, ce n'étaient pas les lois françaises, modifiées à regret selon les nécessités et les impossibilités locales; ce qu'il lui fallait, c'était la loi nationale, toute empreinte de ses traditions historiques et religieuses, la loi nationale, modifiée sans doute là où il le fallait, mais surtout codifiée.

L'œuvre de codification des lois dalmates eût produit une législation nouvelle, conforme à l'état actuel de la civilisation dalmate, propre à fovoriser le développement de cette civilisation.

Mais on crut devoir sacrifier à l'uniformité, idole des centralisateurs, et de même qu'un Dalmate et un Normand, habillés en soldats, se ressemblaient en tout point, on crut qu'on pourrait faire endosser à toute cette province des mœurs nouvelles en la mettant sous le régime du Code Napoléon. L'erreur était grossière et eut des conséquences cruelles; elle était de nature à créer entre les deux peuples une haine inoubliable. Il n'en a rien été ; les torts ont été reconnus à la longue et excusés de part et d'autre; la Dalmatie demeure reconnaissante à la France du bien qu'elle lui a fait et de celui qu'elle a voulu lui faire.

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