I. Z. L., 1797, XIV, 2102. I 2, Z L., 1797, I
poiu-lcvis qui, seul, ùiit ciimmuniqucr 'l'iMÙ avec l.i terre ferme, et une assemblée générale acclama la souveraineté de l'empereur.
C'est à Spalato que résidait le principal agent secret du gouvernement Troubles démocratique de Venise, le colonel G. Matutinovich. C'était un homme '' f^""d'une stature gigantesque, d'une figure martiale et d'un courage à toute épreuve, mais il était détesté de tous ceux qui avaient servi sous ses ordres, tant à cause de son impitoyable sévérité que pour son avarice et sa vénalité. I,orsqu'il s'était arrêté à Zara, en revenant de \'enise, il avait fait mettre en liberté un de ses compatriotes, Yaranihassa Marussich, qui y était en prison par ordre du conseil des Dix. Marussich, dont le physique contrastait avec celui de Matutinovich, était un petit homme à la figure sournoise, qui avait eu, à cause de son caractère intrigant, :\ encourir les rigueurs de la justice vénitienne.
Aussitôt arrivés à Spalato, Matutinovich et son acolyte avaient commencé une propagande active en faveur de la révolution démocratique ; ils tenaient de petits clubs dans quelques maisons mal famées du faubourg; qui voulait entrait, le café et les liqueurs étaient servis à discrétion et on entendait célébrer les bienfaits de la démocratie. Les membres du parti opposé étaient surs'eillés et menacés : un groupe de citoyens notables ayant écrit dès les premiers jours de juin au général baron Knesevich qui commandait les troupes impériales dans la Lika autrichienne, Matutinovich fît savoir aux signataires de cette lettre qu'il en avait une copie et qu'un jour ils auraient à le regretter.
Cependant la population n'était pas profondément ébranlée par toutes ces manœuvres ; il y avait, dans la ville et les faubourgs, un grand nombre d'anciens soldats qui avaient servi sous Matutinovich et combattaient son influence; bientôt l'agitateur dut se renfermer dans la partie du palais public que son grade de colonel lui donnait le droit d'habiter, et il y transporta avec ostentation des armes et des munitions, comme pour y soutenir un siège. On vit là un signe de découragement et ses ennemis se mirent à garder les alentours de sa retraite.
Le 14 juin, une femme vint dire qu'elle avait vu le colonel s'embarquer et prendre le large; ce colonel était le colonel Cippico, qui rentrait à Traù où on signalait un commencement d'effervescence. La foule courut à la Marine, la barque montée par Cippico était déjà loin, mais à peu de distance on en voyait une autre qui se dirigeait vers l'île de Brazza : on crie que c'est Matutinovich qui prend la fuite ; des hommes armés se mettent à la poursuite de la barque, font feu à quelque distance et tuent un habitant inoffensif de Brazza qui retournait chez lui. Les Spalatins revenaient mécontents de leur expédition, quand Matutinovich paraît à sa fenêtre et
leur crie : Le voilà celui que vous cherche^, il ne s'est pas sauvé! Sans l'intervention du comte N. Barozzi, représentant vénitien, on en venait aux mains dès ce soir-là. Mais le lendemain une nouvelle provocation fut le signal d'une véritable bataille. Retranché dans le palais, Matutinovich soutint un siège de deux heures, avec un serviteur et sa femme qui chargeait les fusils ; les assaillants finirent par grimper sur le toit en passant par une maison voisine et pénétrèrent ainsi à l'intérieur : au moment où le colonel se retournait pour fliire face aux envahisseurs, il tomba mortellement blessé, sa femme et son compagnon furent tués sur son corps, on n'épargna que ses quatre petits enfants'. La tète du colonel fut coupée et promenée en triomphe dans les rues de Spalato. Le lendemain, l'arambassa Marussich fut trouvé à Castel Sucurac et fusillé au bord de la mer; on exposa sa tête à côté de celle de son ami.
Grâce à l'énergie de Barozzi, cette scène sanglante fut la seule qui se produisit à Spalato, les individus que recherchait la populace furent mis en sûreté et une garde bourgeoise écarta à coups de fusil les bandes de pillards qui rôdaient déjà autour de la ville. Le i8 juin, 500 notables réunis dans l'église de Saint-Lazare envoyaient à l'empereur une dépuration de quatre membres, et l'étendard autrichien était substitué à celui de Venise.
Troubles A Makarska, le mouvement populaire se borna à de bruyantes manifestations au fond desquelles perçait quelque rancune à l'endroit des nobles. L'évêque Blaskovich, homme d'esprit et de tête, harangua les mutins, leur prêcha la fraternité, et pour leur en donner un gage personnel, il prit une de ces petites calottes rouges qui sont la coiffure nationale du paysan dalmate, et la mit sur sa tète en disant : Tous ceux qui m portent pas le bonnet rouge sont des Jacobins.
Aux îles, la Révolution eut son contre-coup, mais sans gravité. A Lésina, la population s'ameuta à cause de la présence de cinq étrangers, dont quatre étaient des Corses et qu'on accusait, à tort ou à raison, d'être des agents révolutionnaires. L'évêque Stratico les cacha dans son palais, éloigna les mécontents en leur distribuant de l'argent ; puis, quand la nuit fut venue, et avec la nuit une tempête épouvantable, il fit revêtir à ses hôtes des costumes ecclésiastiques et les envoya à quelque distance de la ville s'embarquer sur un navire qui partait pour l'Italie \
A Brazza, la révolte eut un caractère exclusivement social à cause des
I. Ces enfants furent adoptés par l'empereur d'Autriche qui pourvut à leur éducation, et, en 1807, Napoléon prit cette charge. François Matutinovich, élevé à l'Ecole militaire de Pavie, devint officier français, nous le retrouverons jouant un assez triste rôle à la fin de cette histoire. (Z. L., 1797. — Regio Dalmata, 3 janvier 1807.) | 2. Vie de Mgr Stratico, éviqm de Lésina, par le prof. V. Brunelli. — • Zara, 1886.
Makarska et aux lies
FIN DE LA DOMINATION vàNITIENNE 3I
privilèges excessifs que les nobles s'étaient attribués. Le peuple déclara la noblesse abolie, ses droits éteints, et élut pour chefs deux capitaines de la marine marciiande auxquels il fut enjoint de se rendre au plus tôt auprès des autorités autrichiennes pour manifester le désir qu'avaient les habitants de Bnizza de devenir les sujets de l'empereur.
La ville de Zara échappa seule ;\ ces convulsions et nous avons vu pourquoi. Le consul autrichien Gabrielli y exerçait déji en fait l'autorité suprême ' et le provéditeur Querini s'était montré plus que réservé avec le nouveau gouvernement vénitien, à l'influence duquel il savait que la Dalmatie allait être soustraite.
La municipalité provisoire de \'enise, à qui on avait laissé ignorer les 5 v. Tendispositions prises à Leoben, trouvait mauvais que le provéditeur différât àTm^crates aussi longtemps de lui envoyer son adhésion. On arma donc, pour aller la surZara. chercher, une frégate qui mit à la voile le 16 juin, à destination de Zara; à bord avaient pris passage deux délégués du gouvernement, tous deux Dalmates, le D' Ange Calafatti, de l'île de Lésina, et le comte Gianluca Garagnin, de Traù, dont le frère Giandomenico était membre du gouvernement démocratique.
La frégate arriva en rade de Zara le 18 juin, et un officier alla à terre pour arrêter, de concert avec le provéditeur, le cérémonial du débarquement des délégués. Querini reçut cet officier avec beaucoup d'égards, mais ne lui dissimula pas que, étant données les dispositions de la population, le débarquement des délégués ne pouvait avoir lieu, au moins pour le moment - ; pendant ce temps la frégate était accostée par des navires venant de Spalato ; les délégués apprenaient une partie des événements qui s'étaient passés depuis le 14; Garagnin recevait ainsi la nouvelle du pillage de sa maison paternelle et des dangers courus par les siens.
Les mouvements insurrectionnels faisaient naître une situation nouvelle à laquelle les délégués ne pouvaient aviser sans avoir reçu de nouvelles instructions; ils reprirent donc le chemin de Venise, en laissant pour Querini trois lettres : l'une de la municipalité provisoire, l'autre du Comité de Salut public vénitien, la troisième qu'ils lui écrivaient euxmêmes ; par ces trois pièces, il était prescrit au provéditeur de reconnaître Refus de
dit • t 1» » T • 1 serment de
elai le nouveau gouvernement et d envoyer a V emse son serment de i^ garnison
fidélité ainsi que celui de ses troupes. Querini convoqua sur le champ les '^^ ^"'
officiers, leur donna connaissance des dépèches qu'il avait reçues, et à
I. W. K., dépèches du comte Gabrielli des 10, 15, 21 juin 1797. | 2. W. K., F. 6, pass.
l'unanimité, les 159 officiers présents refusèrent le serment qu'on leur demandait'.
Malgré cette manifestation retentissante, Querini n'était pas pleinement rassuré ; les agents de la démocratie travaillaient activement la population et les troupes elles-mêmes n'étaient pas sûres; il y avait une fermentation que seule l'arrivée des troupes autrichiennes pourrait calmer, aussi avait-il hâte de les voir venir. On nomma quatre délégués : un prêtre, un noble, un bourgeois et un plébéien qui reçurent l'ordre de partir sur le champ, et d'aller, s'il le fallait, jusqu'au pied du trône impérial. Ils n'allèrent que jusqu'à Zengg, à la frontière croate, où le colonel hongrois Casimir accepta leur serment et leur promit d'envoyer une garnison à Zara dès que la prise de possession de l'Istrie serait terminée.
C'est ainsi que disparut pour toujours de la Dalmatie la domination vénitienne; c'est au milieu des larmes et des cris de désespoir que les Dalmates dirent adieu à l'étendard de saint Marc; des cérémonies émouvantes s'accomplirent presque partout lorsque les troupes se séparèrent de leurs anciens drapeaux. Il n'est désormais plus question de récriminations ; tous les torts de Venise sont oubliés, on ne garde que le souvenir de ses gloires. Venise est morte et, comme tant d'autres morts, elle se trouve avoir toutes les vertus dans son oraison funèbre.
Nous allons maintenant assister à l'entrée des Autrichiens dans leur nouveau domaine.