‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 20 sur 156 · I. A. E., Venise · texte numérisé non relu

I. A. E., Venise

au marché. Le 15, de grand matin, des bandes entrent dans la ville et se dirigent vers la maison des comtes Garagnin qui est mise à sac ■ ; d'autres se mettent à la recherche de l'abbé Dragazzo qui s'enfuit, et commencent à démolir sa maison; le D' Dotti, qui passe, est reconnu et assassiné. Quinze maisons sont successivement dévastées'. Pierre Buccareo est massacré, Michel Gattin reste pour mort sur la place, sa sœur réclame son corps pour lui donner la sépulture, elle l'emporte dans ses bras, reconnaît qu'il respire encore, panse ses blessures et le sauve. Le nomibre des pillards grossissait i chaque instant : on avait délivré les malfoiteurs enfermés dans la prison, et des villages de la montagne arrivaient sans cesse de nouvelles troupes de paysans qui voulaient avoir aussi leur part des dépouilles. Tout ce qu'on ne pouvait pas emporter était détruit, le vin et l'huile formaient des rivières à travers les rues ; ce fut pour quelques flimilles un désastre irréparable. Le couvent des Bénédictines était rempli de dames nobles qui étaient venues y chercher un asile : la famille Garagnin était réfugiée chez l'évêque Pinelli ; d'autres s'étaient cachés dans les caves et blottis dans des tonneaux vides.

Le soir enfin, les insurgés, gorgés de vin et chargés de butin, quittèrent la ville pour emporter dans leurs villages le produit de leurs rapines ; le lendemain, 16, il n'en reparut qu'un petit nombre; on avait fermé les portes et du haut des remparts on leur tira un coup de canon qui les fit disparaître. Le 17 fut, comme à Sebenico, une journée d'accalmie, mais la tempête recommença le 18; grâce à des complices qu'ils avaient dans la population, les envahisseurs se rendirent de nouveau maîtres de la ville et se saisirent des deux comtes Califfi : Jacques, ancien magistrat; François, son neveu, officier de cavalerie; on arrêta avec eux le serviteur du comte François, dont le crime était d'être Français. Une autre capture importante fut celle de l'abbé Dragazzo : personne n'ayant voulu lui donner asile, il avait dû s'enfuir le 15 dans l'île de Bua, où il avait erré deux jours ; épuisé de fatigue, mourant de soif, il s'était aventuré dans un village où on l'avait reconnu et arrêté. Il fut enfermé avec les comtes Califfi, et, dans la journée du dimanche, il fut soumis avec eux ;\ un simulacre de jugement. L'évêque intercéda pour les malheureux et obtint la grâce du vieux comte Califfi, mais les trois autres accusés furent condamnés à mort et décapités sur la place publique. Ce fut heureusement le dernier acte de violence commis à Traù ; après le pillage des maisons nobles, les maisons des bourgeois devaient avoir leur tour ; c'est ce qui les décida à sortir un peu tard de l'indifl^érence où une mesquine et coupable jalousie les avait tenus jusque-là. Une garde civique veilla à la défense de la porte et du

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