I. W. K.-Feldakten ; Italie, 1797. F. 13, n. 16 et
La Dalmatie de ly^y à iSi^, j
littoral istriote; enfin, le 2 juillet, le beau temps permit de se remettre en route, malgré le vent contraire qui obligeait à louvoyer; le 3 au soir, on était à la hauteur de San Pietro de' Nembi, où l'on retrouva deux navires de transport que la tempête du 26 avait poussés jusque-là. Le 4 au soir, après une belle journée, on était à Nona, et le lendemain au petit jour toute la flottille arrivait à Zara.
Le colonel Casimir avait réuni pendant ce temps à Zengg un bataillon du régiment « Strassoldo », deux bataillons de croates des Confins militaires et un demi-escadron de hussards « Erdôdv », soit environ 2.000 hommes; il avait quitté Zengg le 29 juin, et dès le lendemain 30 il était à Zara. Occupa- Le dimanche 2 juillet, les citoyens de Zara se réunirent à la loggia pour e jrj. ^^ pj-^fer serment à l'empereur : clergé, nobles et bourgeois répétèrent à haute voix la formule que lisait l'archidiacre et vicaire général Armani, ils vinrent ensuite poser la main droite sur la croix et l'Evangile. Pendant ce temps, le peuple, amassé sur la place, poussait des vivat en l'honneur de son nouveau souverain'.
Quand, trois jours après, Rukavina entra dans le port, une dépuration vint le visiter à bord de sa corvette, puis il débarqua. En mettant pied à terre, il fut reçu par l'archevêque Carsana, le provéditeur Querini et toutes les autorités vénitiennes; on se rendit à l'église Saint-Siméon où fut chanté un Te Deiim et au palais du gouvernement où les fonctionnaires présentèrent de nouveau leurs hommages au représentant de l'empereur.
En même temps on publiait la proclamation suivante- :
Proclama- Mathias, baron Rukavina de Boynograd, chevalier de l'ordre insigne du Mérite tiondugene- niilitairc de Marie-Thérèse, général-major au service de Sa Majesté hnpériale,
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vina. Rovale et Apostolique, commandant des troupes miperiales.
Sa Majesté Impériale, Royale et .apostolique ne peut se dispenser, dans l'état de désordre où sont les provinces vénitiennes, de prendre les mesures les plus efficaces en vue d'assurer la tranquillité des Dalmates. Désireuse de préser\'er ce pays des funestes conséquences d'une révolution qui a causé ailleurs de si grands malheurs. Sa Majesté a ordonné à ses troupes d'entrer dans cette province pour y rétablir la paix et sauvegarder les droits aussi anciens qu'incontestables qu'Elle a sur ce pays.
Par suite de l'arrivée des troupes impériales et rovales, les habitants de la Dalmatie pourront compter sur la paix à l'intérieur ; ils ne manqueront pas d'apprécier les intentions bienfaisantes de S. M., et y répondront en lui montrant soumission et reconnaissance : en échange ils peuvent attendre de nos troupes la plus spéciale et la plus efficace protection, ils peuvent compter sur le maintien inviolable de tous leurs droits, privilèges et immunités.
Nous exprimons donc le vœu que nul ne soit assez oublieux de ses obligations
I. Mgr Blanchi, Fasti di Zara,ïàXdL, 1888, t. II, p. 432. | 2. Z. L., 1797. Imprimés.
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et assez aveugle sur ses propres intiinîts pour tenir une conduite qui ne répondrait pas .1 nos intentions ; ce serait s'exposer au ch;\timenl prompt et sévère qui est réservé ;\ quiconque se départirait des devoirs de la plus complète obéissance. Nous nous adressons donc au nom de Sa Majesté, et de la manière la plus formelle, aux juges, magistrats et chefs de famille, à tous les évéques, curés, prêtres séculiers et réguliers, et à toutes les personnes qui, en vertu d'un office ou d'une dignité civile ou ecclésiastique, ont charge de veiller sur leurs sulx)i\k)nnés, et, en leur promettant la protection la plus spéciale de S. M., nous les invitons et exhortons à taire en sorte que, par leur vigilance et leur activité, personne ne prête l'oreille aux excitations jalouses des gens mal intentionnés qui ne cherchent qu'à provoquer la guerre civile, la dévastation des propriétés et un bouleversement général. Que chacun fasse son devoir pour le maintien de l'ordre, et que tous s'efforcent d'être dignes des bienfaits de Sa Majesté. Donné à mon quartier général, le 24 juin 1797.
Les soldats autrichiens, fatigués par une longue et pénible navigation, furent mis à terre et logés « chez l'habitant », la cavalerie seule, forte d'environ 400 hommes, occupa les casernes du grand ouvrage à cornes appelé /(' Fort. Les Zaratins firent le meilleur accueil aux-troupes autrichiennes, et ce fut une surprise agréable pour eux de constater que beaucoup de soldats parlaient un idiome slave .très analogue au leur; Rukavina lui-même, né dans les Confins militaires, ayant tait toute sa carrière dans les régiments croates, se taisait entendre de tous ; c'était un choix fort adroit qu'on avait fait en le désignant de préférence à un Allemand pour la prise de possession.
Il n'y eut aucune hésitation pour reconnaître l'autorité impériale; les marins et soldats vénitiens demandèrent en toule à s'enrôler dans l'armée autrichienne, et, dans l'intérieur, le colonel Danese remit immédiatement aux compagnies détachées par le régiment de la Lika les postes d'Obrovac, Novegrad et Knin dont la garde lui était confiée; c'est de ce jour que date l'attachement de Danese à la cause autrichienne; nous retrouverons ce personnage à chaque page de ce récit.
Avant de prendre parti dans les régiments autrichiens, les officiers et soldats vénitiens demandèrent à fiire leurs adieux à l'étendard de saint Marc; après l'avoir tait flotter une dernière fois, on le transporta à la cathédrale, et les colonels P. Aldeman et Michel Vitturi le déposèrent sur le maître-autel. Le sergent général Stratico, montant à l'autel, baisa ce drapeau qu'il avait si longtemps et si fidèlement servi ; derrière lui s'avança le corps des otîiciers, puis vinrent les soldats et le peuple; à la fin de la cérémonie le vieil étendard était baigné de larmes. Rukavina qui était présent, ne put cacher son émotion, tnais il prit des mesures pour empêcher le renouvellement de démonstrations qui ne pouvaient qu'ébranler les sentiments de fidélité dans le peuple dalmate.
:upationdeSebenico.
Bientôt après, Ruknvina songea à se remettre en route pour continuer la prise de possession, et nomma le colonel Lusignan gouverneur de Zara. On renonça à opérer par mer le transport des troupes; si défectueuses que fussent les routes, on les cro3-ait encore préférables à la voie de mer, au moins pour l'inftnterie. Le colonel Casimir se mit donc en route dès le 5 juillet avec une colonne qui, passant par Knin et Sinj, devait rejoindre Spalato par la trouée de Klissa. Rukavina partit le 6, à bord de VAustria, avec des transports chargés d'artillerie et de cavalerie ; une tempête l'obligea à relâcher le 7 à Morter, et ce n'est que le 8 qu'il arriva à Sebenico. A la hauteur de Vodice, le général avait reçu à son bord les députés de la communauté noble de Brazza; il leur promit d'aller en personne visiter leur île, et comme ils semblaient craindre de rentrer seuls dans leur patrie, il leur donna comme représentants de l'armée autrichienne quatre hommes et un capitaine de génie.
Occupa- L'Auslria jeta l'ancre devant Sebenico vers midi, le 8 juillet; Rukavina reçut à bord une députation à laquelle il adressa quelques paroles affables : il félicitait la ville de Sebenico d'être enfin rentrée sous l'autorité de son ancien maître le roi de Hongrie. Comme à Zara, le général fut reçu par l'évèque, conduit à la cathédrale où fut prêté le serment de fidélité, puis on se rendit au palais épiscopal où les anciens fonctionnaires vénitiens se présentèrent pour recevoir une nouvelle investiture. Revenu à bord, le général reçut la visite de l'évèque et de son collègue de Makarskadont nous avons admiré l'énergie en face de l'émeute.
Occupa- Le 9 au matin, Rukavina fit voile pour Traù, où il arriva dans la même
tiondcTraù. journée au milieu des cris de joie de la multitude répandue sur les rivages.
Le cérémonial de la réception est connu : c'est à la cathédrale que se fit
la prestation du serment; tous les anciens fonctionnaires vénitiens furent
rétablis dans leurs charges.
Le général retourna à son bord, salué par les acclamations, mais il y était à peine qu'on vint lui dire que le peuple commençait à s'insurger contre les fonctionnaires qui venaient d'être réintégrés dans leurs postes ; ceux que voulait la classe populaire, c'étaient ceux qui avaient été élus pendant les désordres. A ces mouvements Rukavina répondit séance tenante par la proclamation suivante qui fut lue le lendemain sur les places publiques :
En VL-rtu du présent ordre et au nom de S. M. notre souverain et roi de Dalniatie, sont déposés tous les chefs qui se sont immiscés d'une façon illicite et séditieuse dans n'importe quel office ou commandement civil et militaire du comté de Traù. Au cas où quelques-uns de ces intrus voudraient se prévaloir de titres auxquels ils n'ont pas droit, nous ordonnons aux autorités de les faire
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arrêter et retenir en prison, piuir être sans retard poursuivis criminellement et punis lie mort comme rebelles à l'autorité unanimement acceptée de S. M. le roi de Hongrie, comme perturbateurs de la paix publique, et cimime rél'ractaires aux ordres des personnes légitimement constituées en dignité. Traii, 9 juillet 1797'.
Deux compagnies croates furent débarquées pour seconder les miliciens au cas échéant, et Rukavina, désireux de voir les effets de sa proclamation, différa son départ jusqu'au 12 ; il devait d'ailleurs attendre la colonne du colonel Casimir dont la marche avait été retardée par l'absence de routes. Pendant son séjour ;\ Traù, Rukavina reçut des députations de paysans qui venaient protester contre le rétablissement des fermages ; il les reçut fort durement et, en réponse à leurs réclamations, publia un édit qui portait les peines les plus sévères contre les colons qui se refuseraient à payer les redevances fixées par la coutume ; enfin il fit venir les curés des environs de Traù , leur reprocha vivement la faiblesse dont ils avaient tait preuve pendant les troubles et leur fit comprendre qu'ils seraient rendus responsables des désordres qui pourraient se reproduire à l'avenir.
L\4iistria partit le 13 de Traili; en passant à Castelnuovo de Traù, Rukavina fit réunir les habitants ;\ l'église et leur adressa du haut de la chaire un véritable sermon où il leur répéta les reproches feits la veille à leur curé; ces pauvres gens, fondant en larmes au tableau de leurs fautes, protestèrent à grands cris de leur fidélité à venir, et Rukavina, continuant sa route, était le 13 ausoirà Spalato, en même temps que Casimir qui arri- Occupa vait par terre avec un détachement de fusiliers du régiment « Hohenlohe » îà™. "^ ^^ et un escadron de hulans.
Comme partout la réception fut solennelle ; on remarqua que la députation fut transportée à bord de la cor\'ette sur des barques arborant les couleurs hongroises, et nous devons noter qu'à mesure que Rukavina avance, il se présente toujours plus formellement comme délégué du roi de Hongrie, pendant que les manifestations hongroises deviennent de plus en plus caractérisées.
Une dépuration des communautés catholiques des Bouches de Cattaro Députa attendait le général à Spalato pour le prier de venir prendre au plus tôt possession de l'Albanie vénitienne, mais les rapports des délégués présentaient la situation de cette province comme tellement menaçante que Rukavina trouva imprudent de s'y rendre sans avoir réuni des forces un peu plus imposantes, et, dès le 15 juillet, il partit pour aller chercher à Zara les quelques bataillons dont il pourrait avoir besoin pour tenir les Monténégrins en respect. Cependant, avant de quitter la région, Rukavina alla jusqu'à Makarska où il reçut la soumission de la ville et celle des