‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 31 sur 156 · LES AUTRICHIENS I-N DAI.MATIF · texte numérisé non relu

LES AUTRICHIENS I-N DAI.MATIF

qu'il iK- le pourrait pas, car il ne dispose, en fait de troupes de débarquement, ijui' ik 1 .200 iispiuliiiis ', force insuflis.uite pour tenter la conquête des Bouches. Bruevs a pris comme ari;ent comptant la parole d'honneur du général Brady, et, par suite, il a mis aussitôt en liberté les navires qu'il avait saisis; si on lui manquait de parole, il serait disposé i occuper les îles Dalmates.

Tluirn prutîta du rctahlisscmcnt dus communications pour gagner Zara, où il serait plus près dcA'iennc et de Passeriano; pour plus de siu'eté, il lit sa traversée sous pavillon turc.

En quittant Cattaro, Thurn avait laissé- des instructions et de pleins pouvoirs à Brady et au comte Voinovich ; ce dernier, voulant aider les Autrichiens ;\ sortir de la position fâcheuse où ils se trouvaient, écrivit au nom de Thurn au \'ladika Pierre de Monténégro = :

Illustrissime et Révérendissime Seigneur Archevêque, nnii pour lequel je suis plein d'estime.

\'oici l'occasion de donner une preuve éclatante du dévouement et de l'amitié dont \'otre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime tait profession envers notre très auguste Empereur.

Le général Brueys, commandant de la flotte française, est dans les eaux de Raguse et m'a fait aujourd'hui sommation d'évacuer sans retard les Bouches de Cattaro.

La sainte religion que nous professons et qui nous unit en frères, l'amour de notre commune patrie, l'intérêt du bonheur de l'Etat ne me laissent nul doute sur l'assistance efficace que je me crois en droit d'attendre de la valeureuse nation monténégrine. J'ai la confiance que Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime nous permettra d'éprouver par les actes la mesure de son amitié et qu'elle s'unira à nous pour organiser ensemble la résistance à l'ennemi commun, destructeur de la religion et des lois les plus saintes de la société.

La lettre se terminait par une invitation faite au nom du comte de Thurn à se concerter avec le général Brady, gouverneur de Cattaro.

Cette démarche tentée auprès du Vladika n'était pas isolée; de tous côtés, les agents de \'oinovich se répandirent en annonçant que les Français allaient débarquer, mettre le pays à feu et à sang, si on laissait les garnisons autrichiennes se retirer. Il en résulta des manifestations populaires qui permirent à Brady de donner à Brueys, le 4 novembre, les explications embarrassées qu'on va lire ':

Monsieur l'Amiral, aussitôt après avoir reçu votre réponse, en date du 26 octobre, je me suis empressé, pour remplir mes engagements, de mettre en

t. Il y a dans le texte original 1.200 ciiifachcr ciipadaiicy, que le prof. Erber traduit : 1200 sciocchi cispndani, 1.200 imbéciles cispadans. Il nous semble que la version donnée plus haut est plus exacte. | 2. Z. L., 1797-98, II, 1091. | 3. Z. L., 1797-98, IV, 1091. — A. M., /. c.

marche les troupes de S. M. placées sous mes ordres, de les embarquer et de prendre les mesures nécessaires pour évacuer les Bouches de Cattaro.

A peine le peuple de cette province s'est-il aperçu que mon intention était de l'abandonner, qu'il a pris les armes, et, accourant en foule, m'a déclaré que les troupes de S. M. devaient rester avec lui, ou que nous serions tqus les victimes de sa fureur et de son attachement au nouveau souverain qu'il a appelé en usant d'un privilège incontesté.

Dans cette circonstance critique, craignant d'éluder la promesse que je vous ai donnée et de violer l'article préliminaire que vous m'avez communiqué, et exposé à la fureur d'une nation nombreuse, grossière et pleine de ressources, à laquelle s'est jointe la population du Monténégro, j'ai convoqué les députés des différents comtés et districts, je leur ai rappelé que, lorsque le général Rukavina était arrivé dans l'Albanie avec les troupes de S. M. I., ce n'avait été qu'à leur sollicitation, et pour maintenir leur repos et calme intérieur; je leur communiquai en même temps la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et je cherchai à les convaincre qu'un retard, en me faisant manquer à ma parole, me rendrait coupable vis à vis de vous et serait une transgression à l'article préliminaire dont vous m'avez fait part, mais qui d'ailleurs m'est tout à fait inconnu.

Tous les moyens de persuasion que j'employai vers cette nation déterminée furent inutiles, et pour vous donner une preuve authentique de tous les ressorts que j'ai mis en usage pour tenir ma parole, je vous envoie quatre députés de cette province qui seront l'organe de leurs concitoyens vis à vis de la nation française, et vous feront part de leur résolution qu'ils veulent soutenir à tout prix. Ces députés sont chargés de s'adresser même personnellement au général Bonaparte, et, à cet effet, je vous prie de vouloir bien leur faire donner les passeports et sauf-conduits pour assurer leur voyage.

\'euillez, Monsieur l'Amiral, jeter un coup d'œil sur ma position et la juger en militaire. Habitué à regarder ma parole comme sacrée, et l'ayant toujours remplie d'après ce principe, je me vois forcé d'en arrêter l'effet pour sauver les troupes de S. M. I., qu'un signe ferait toutes massacrer; la nation au milieu de laquelle je me trouve ne connaît d'autre raisonnement que sa propre force, ses armes, son opiniâtreté à soutenir une résolution, et son naturel qui la porte à sacrifier tout ce qui lui porte ombrage. Mes dispositions pour évacuer la province ont éveillé leur attention, et, m'étant rendu suspect à toute la nation, il ne me reste dans ce danger d'autre parti à prendre que de rester où je suis et d'attendre les événements en soldat, vous promettant de ne pas commencer les hostilités et bien persuadé en outre que cette circonstance forcée et cette occupation provisoire ne porteront aucun empêchement à l'amitié que vous présagez devoir bientôt réunir les deux nations, puisque, je le répète, bien loin de vouloir conquérir cette province, nous nous sommes simplement rendus à sa sollicitation. Dans cette position critique, à laquelle se joint mon éloignement et l'impossibilité de recevoir les ordres de S. M. I. et de mon commandant en chef, il ne me reste d'autre adoucissement, Monsieur l'Amiral, que l'espérance d'avoir mérité par ma conduite l'estime d'un militaire aussi distingué.

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