‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 30 sur 156 · LIBERTE EGALITE · texte numérisé non relu

LIBERTE EGALITE

A boi\i du (jiiillaitmf Tell, le 51) vcmicmiairi: an \'I rcpiiblicam.

Le contre-amiral lîruevs, coiiiniaïKiant les forces navales de la République dans la Méditerranée,

Au commandant des troupes impériales à Cattaro.

Monsieur le Commandant, je viens d'apprendre avec surprise que vous vous étiez emparé des Bouches de Cattaro.

\'ous ne devez pas ignorer que vous ne pouvez les occuper sans violer un des articles principaux des préliminaires de paix qui existent entre S. M. I. et la République iVançaise.

Je vous somme donc..., etc. (le texte de la sommation reproduit identiquement les termes de la dépêche citée plus haut).

J'attends une réponse prompte, catégorique et positive.

Salut et considération.

Tiiurn et Brady furent très intimidés par une mise en demeure aussi menaçante. Résister était impossible ; que pouvaient foire une corvette et quelques galères contre une flotte comme celle de Brueys ? Il fallait avant tout gagner du temps et déposer la peau du lion pour prendre celle du renard.

Cavallar, consul impérial à Ancône et secrétaire du gouvernement de Cattaro, partit sur l'heure pour Calamotta; il était porteur de la lettre suivante ' :

A bord de la Zahr, ce 24 octobre 1787.

Le général baron de Brady au contre-amiral Brueys.

Monsieur l'Amiral, je viens de recevoir dans ce moment votre lettre du 30 vendémiaire dans laquelle vous me mandez qu'en occupant les Bouches de Cattaro, j'ai violé un des articles principaux des préliminaires de paix qui existent entre la République Française et S. .\L L, et vous me sommez de les évacuer sur le champ.

J'ai l'honneur de vous assurer, Monsieur, que je suis très éloigné de violer le moindre de ces articles secrets dont le contenu ne m'a jamais été communiqué.

L'occupation des Bouches de Cattaro par les troupes de S. M. L était simplement un effet de la sollicitation de la nation qui, selon ses anciens privilèges ratifiés par le ci-devant gouvernement de Venise, possède le droit de se mettre sous la protection de telle puissance qui lui plairait; c'est pour vous en convaincre que je vous envoie les statuts authentiques pour constater ce fliit, de même que la proclamation du général commandant le corps d'armée, à l'époque

de son entrée dans cette province, qui prouve d'avoir simplement cédé aux sollicitations et vœux de la nation.

Mais, en cas que vous regarderiez cette occupation provisoire comme une violation des articles préliminaires de la paix, qui me sont inconnus, et que vous insistiez sur l'évacuation de cette province, je demande dix jt)urs pour l'effectuer en conformité de l'article préliminaire que vous m'avez communiqué.

J'ai l'honneur...

P. S. — M. Cavallar, commissaire du gouvernement de Sa Majesté à Ancone, est chargé de vous remettre cette lettre et de vous communiquer les documents en question.

Les raisons que donnait Brady ne furent pas agréées ; Cavallar l'annonça à Brady dans une dépèche du 25, écrite à bord du Guillaume Tell, mais Brueys accorda le délai de dix jours demandé par Brady, et le lui notifia en ces termes ' :

5 brumaire an \'I (26 octobre).

Je compte si positivement sur la parole que vous me donner d'évacuer sous dix jours, au plus tard, les Bouches de Cattaro, que je mets en liberté les bâtiments que j'avais provisoirement arrêtés en attendant votre réponse, et je vous promets de ne commettre aucun acte d'hostilité contre les troupes de S. M. I. à moins qu'il }• eût une nouvelle rupture ou que vous manqueriez (ce que je suis bien éloigné de croire) à la promesse que vous me faites de vous retirer de cette province.

Les ordres que j'ai reçus du général Bonaparte étant précis sur l'évacuation des Bouches de Cattaro par les troupes impériales, je ne puis que vous réitérer ce que j'ai eu l'honneur de vous dire à ce sujet. J'ose vous garantir, au surplus, que les Français n'ont aucune intention de les occuper.

Je vais continuer ma route dès que le vent me le permettra, en laissant seulement ici une frégate pour m'instruire du moment où vous aurez évacué les Bouches de Cattaro, afin de pouvoir en rendre compte au général en chef.

Croyez, Monsieur, au désir sincère que j'ai de voir consolider l'amitié qui existe entre nos deux nations par une paix durable que tout semble présager.

Cavallar, porteur de cette réponse, rentra à Castelnuovo, et voici comment il traduit à ses chefs ses impressions sur les projets des Français ^ :

Le général français part pour Corfou ; il n'a aucune intention d'entrer en hostilités et de débarquer à Cattaro, car il regarde la paix comme très prochaine. J'ai vu les ordres dont il est porteur, ils sont conformes au texte de la sommation ; il ne doit réclamer qu'une chose : l'évacuation des Bouches par nos troupes. Quant à lui, il n'a pas l'intention d'y mettre le pied, et le voudrait-il

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