I . Environ 1 30.000 hectares
de 1.800 perches. Li vente d'une partie des teVrains couvrirait la dépense, et le reste pourrait être distribué aux immigrants.
« Kiiiii ortre une partie des biens communaux; les habitants seraient indemnisés de cette perte par les enseignements que leur donneraient des cultivateurs expérimentés, à qui seraient distribuées les terres.
0 Sinj demande le dessèchement des marais de la Cetina, et la révision des litres de propriété; le pavs ne saurait qu'v gagner. L'augmentation de la population déterminerait l'accroissement des produits agricoles et, par suite, de la prospérité générale.
« Le marquis Manfrin offre de vendre sa propriété de Nona ; les comtes Galbiani et Borelli n'ont pas donné suite aux pourparlers entamés avec le comte Carnea Stefaneo.
« Conclusions : i" 1-st-il possible de créer des colonies en Dalmatie ?
« R. Dans l'état actuel de la législation agraire, ce n'est possible qu'en introduisant des familles isolées sur les terres qui reviendront à l'Etat, par application de cette loi, et, dans ce cas, les familles établies au milieu de populations hostiles seront exposées à des persécutions. De plus, -elles risquent de perdre leurs bonnes habitudes pour prendre celles des gens au milieu de qui elles vivront.
« 2" Le projet est-il réalisable si on abolit la Loi GriniiDii ?
« R. Oui, mais il faut remplacer la Loi Griniani par une législation qui garantisse la sécurité des biens et des personnes, qui crée des titres de propriété, et facilite la transmission des biens. En attendant, il faut surseoir à la création de colonies.
« 3° Y a-t-il d'autres movens de procurer la réalisation du projet ?
a R. Oui, il y en a deux : l'industrie et le commerce qu'il convient d'encourager de toute manière, et surtout en accordant la plus grande liberté à la marine marchande. »
Ce rapport si précis et si pratique fut présenté, le 15 décembre 1803, au conseil aulique : on recula devant la solution radicale consistant en l'abolition de la loi agraire; on s'étendit sur les nombreuses causes physiques et morales qui condamnaient la province à la misère, et, devant le mauvais vouloir manifesté par les nobles eux-mêmes, on prit le parti d'abandonner le pays à son malheureux sort.
Si nous nous sommes étendus, avec trop d'ampleur peut-être, sur cette question particulière, c'est que, trois ans après, le problème se posera de nouveau pour l'administration française. Nous verrons comment Napoléon crut le résoudre en signant un décret de quelques lignes, mais cette solution précipitée fut loin d'être satisfaisante, parce qu'elle ne fut ni précédée d'un examen sérieux de la question, ni accompagnée de mesures devant ménager la transition. Les Autrichiens sont tombés dans l'excès contraire; ils ont trop réfléchi et n'ont pu se décider à agir. Il reste à savoir de quel côté on s'est le plus trompé.
sance.
Travaux Le comte de Goëss n'était pas, comme nous l'avons dit, un théoricien comme son prédécesseur; il ne considérait pas la charge de gouverneur de Dalmatie comme un titre destiné à flatter l'orgueil d'un grand seigneur et à récompenser les services d'un courtisan.
On ignorait encore sa présence en Dalmatie qu'il était déjà à Spalato, visitant incognito le lazaret, la prison, l'hôpital et l'asile des enfants trouvés '. Tous ces établissements étaient dans un état scandaleux d'abandon et Bi c n fai - d'insalubrité ; le lazaret était tellement délabré que les caravanes de Bosnie commençaient à n'y plus venir, et préféraient faire une plus longue route pour aller à Raguse où, du moins, elles recevaient une hospitalité décente; la prison manquait d'air et de lumière; à l'hôpital, les soins donnés aux malades étaient absolument insuffisants; les enfants trouvés mouraient tous par suite d'une mauvaise hygiène et du manque de nourriture.
Déjà, en 1798, il avait été pris des mesures à ce sujet : le traitement de la Prieure ou directrice avait été augmenté, mais depuis deux ans elle n'avait rien reçu^. En août iSoo, on avait promis une allocation de 4 L. par enfant, mais le décret était inexécuté, faute de ressources disponibles, et, chaque année, sur une centaine d'enfants déposés à l'établissement, l'immense majorité mourait presque immédiatement.
Une enquête permit de constater que la situation était exactement la même à Zara et à Sebenico?. Les hôpitaux manquaient de tout; les malades, hommes et femmes, gisaient pêle-mêle sur d'immondes grabats, privés même des médicaments indispensables. Le sort des fous était particulièrement digne de pitié. Un soldat tou était, en 1798, à l'hôpital militaire, et, comme il incommodait les autres malades, on décida de l'enfermer dans un des cachots de la Tour de Zara''. L'histoire du moine de Krupa est encore plus terrible : c'était un religieux grec du nom de Kovacevich ; l'igoumène du couvent de Krupa adressa au gouvernement une supplique où il disait que le fou était tellement furieux qu'il brisait la chaîne avec laquelle on l'attachait ; il demandait donc qu'on voulût bien le recevoir à la prison de Zara. On répondit négativement, et l'on ajouta que si une chaîne ne suffisait pas, il fallait en mettre deux. Quelques mois après, le fou s'échapppait en volant deux chevaux, et passait en Croatie; poursuivi, il entrait en Turquie, puis revenait en Dalmatie : on le signale rôdant entre Knin et Demis; on organise une battue ; on le reprend, on le réintègre dans sa prison, mais il s'enfuit de nouveau et disparait s.
Des mesures furent prises d'urgence par Goéss; à force d'instances, il obtint de Vienne un subside de 600 florins pour les enfants trouvés *■, et la
I. Z. L., 1802, VIII, pass. I 2 Z. L.,I799,XXXIII, ',31. | 3. Z. L., 1802, VIII, 6737. I 4. Z.L..,i798, V. 749. I 5.Z.L., 1798, V. 1712,2057, 2533. I 6.Z.L.,Att. Près., 1802.
ADMINISTRATION AUTRICHIENNU DF. l8o( A 1895 101
somme nécessaire pour ouvrir, il l'hôpital de Zara, une salle réservée aux femmes'.
Il s'occupa aussi de procurer aux prisonniers et aux forçats la nourriture et les vêtements indispensables'; mais, pour subvenir aux besoins de toutes les fondations existantes et de celles qu'il était urgent de créer, il fallait trouver des ressources. l\Hir cela, (Joëss proposa de réunir toutes les fondations laites en taveur des œuvres pies, et d'en confier l'administration à des commissions de charité qui seraient établies dans les principaux centres. La commission devait avoir à .sa disposition, non seulement les capitaux et fonds de terre consacrés à des fondations de bientaisance, mais aussi une partie des revenus des confréries et corporations dont il existait un si grand nombre'; beaucoup de ces confréries jouissaient de revenus supérieurs .\ leurs besoins, il n'était donc qu'équitable d'en affecter le surplus au soulagement des malades, des captifs et des abandonnés.
La commission du comté de Zara fut nommée en juillet 1802; elle se composait de cinq membres : le vicaire capitulaire, sedc vacante, un membre du tribunal, un noble, un bourgeois et un jurisconsulte; peu après, le comte Y. Benvenuti accepta la charge de Tuteur des Enfants abandonnés.
La commission se mit au travail et élabora plusieurs projets ■* : réforme de la maison des Enflmts trouvés, nouveaux règlements pour l'hôpital, assistance des pauvres honteux, des vieillards, des aveugles, des infirmes, des femmes en couches et des orphelins.
Une commission de charité fut aussi créée à Sebenico, en 1804, mais ailleurs des questions d'étiquette, des rivalités d'infîuence, des compétitions mesquines entravèrent ces fondations. Goëss écrivait, en avril 1804 : Je n'ai encore pu créer que deux commissions de charité.
Une question se rattachant de près à l'assistance publique était celle de Hygiène, l'hj-giène ; or les premières années du xix"" siècle furent signalées par l'apparition de deux fléaux : la peste, arrivée d'Asie avec les troupes appelées par le sultan pour combattre Karageorges, et la fièvre jaune, importée d'Amérique par des bâtiments anglais : deux ports de la Méditerranée, Malaga et Livourne, furent très sérieusement éprouvés par cette dernière épidémie. Cette circonstance permit à Goëss de développer la plus grande activité pour perfectionner le régime de l'administration sanitaire, tant dans les ports de mer que sur les confins terrestres, et la traveur que causaient ces maladies donna aux habitants quelque ardeur pour seconder les vues du gouverneur'. Mais là où rien ne put vaincre l'apathie des gens du peuple,
I. Z. L., 1803, XVIII, 426. — Au. Pres.,Nov. | 2. Z. L.,Att. Près., 1802, 11 juillet. 1 3. Cent aux îles du Q.u.irnero. | 4. Z. L., 1803-1804 pass. | $. Z. S., 1803, VI, 1803, II.
c'est quand on voulut introduire l'usage de la vaccine : tout ce qu'il y avait de préjugés populaires se souleva, et le clergé lui-même, faisant preuve en cette occasion d'une fâcheuse étroitesse d'esprit, se mita la tète des opposants. En vain le comte de Goéss et son principal auxiliaire, le D' Horace Pinelli, usèrent-ils de tous les moyens de persuasion; les résultats obtenus furent tout à fait hors de proportion avec leurs efforts'. Justice. Ce qui pourrait rentrer encore dans la catégorie des œuvres pies, ce
sont les tentatives pour améliorer l'administration de la justice : on aura une idée de l'étendue du mal en lisant les fragments suivants d'une circulaire que Goëss adressait, le 12 novembre 1802, aux supériorités locales :
« L'autorité s'inquiète, dans sa sollicitude, de la façon dont est rendue la justice, tant civile que criminelle : c'est un de ses principaux devoirs que d'y veiller; or, elle a appris, tant par les enquêtes faites par les conseillers que par les réclamations écrites ou orales qui lui parviennent en grand nombre, que, dans
beaucoupde localités, il y a un grand retard dans l'administration de la justice
Il convient donc de voir à expédier, dans le plus bref délai possible, les procès criminels actuellement pendants; pour les afflures graves, il sera utile de ne pas poursuivre l'enquête au delà du temps nécessaire pour constater les faits délictueux, et la sentence ne devra être ajournée que dans le cas où un supplément d'instruction devrait amener la constatation de circonstances aggravantes, ou la découverte de complices; pour les délits de moindre importance, il faut songer que la détention préventive ne doit pas durer plus longtemps que la peine prévue par la loi. Il tant, dans ce cas, surtout procéder sommairement et renoncer au formalisme mal euliiulu qui, en retardant la punition, a pour effet d'affaiblir l'impression que produit la sanction, et d'encourager les criminels par l'espoir de l'impunité.
« Les affaires civiles doivent, sauf demande formelle des deux parties, être expédiées sur procédure orale et expéditive ; si les titres allégués par le demandeur ne sont pas contestés, il convient d'user de la procédure la plus sommaire {in via summarissima^; il faut agir de même pour les procès pour injures verbales et autres causes d'importance minime.
« En cas d'encombrement, les tribunaux sont autorisés à s'adjoindre des hommes probes et éclairés qui les assisteront dans leur tâche.
« Chaque mois, les tribunaux enverront une statistique des causes appelées et terminées, ainsi que de celles qui sont en retard. »
Cette circulaire fiiit toucher du doigt les vices de l'organisation : il est impossible d'admettre que vingt tribunaux fussent hors d'état de suffire à rendre la justice à 250.000 individus; le mal venait de l'inexpérience des magistrats qui, choisis pour administrer le pays, devaient cumuler les fonctions politiques avec celles de l'ordre judiciaire. Beaucoup manquaient