POUR LA TRANSCRIPTION DES NOMS PROPRES
Pour les noms géographiques, je me conformerai à l'orthographe actuelle, telle qu'on peut la trouver dans le Répertoria geografico-slatistico , publié par M. L. Maschck, en 1888', et dans la carte de l'état-major autrichien ; cependant, quand je citerai un document, j'en reproduirai l'orthographe si elle n'est pas manifestement défectueuse^.
Les noms propres anciens, étant tous relevés dans les documents, seront transcrits comme on les écrivait au commencement de ce siècle; quant aux noms des contemporains, on emploiera l'orthographe moderne, et la finale ic sera substituée à la forme ich pour désigner ceux des auteurs qui ont adopté pour leur nom la notation nouvelle.
I. Zara, chez Woditzka. | 2. On trouve souvent, même dans les pièces officielles, ^/xi/u/ro pour Spalato. C'est une appellation fautive, qui, cependant n'a pas complètement disparu, même aujourd'hui ; quand j'en ai demandé la raison d'être, on m'a répondu : « C'est une élivaiue. » Peut-être l'introduction d'un r serait-elle, au contraire, une corruption du nom historique ; n'a-t-on pas dit pendant assez longtemps Vanvrcs pour Vanves ?
Je signale aussi le terme : Bouches du Cattaro, que Thiers emploie toujours et qui ne s'expliquerait que si le Cattaro était un cours d'eau.
INTRODUCTION GI-OGRAPlIiaUE
§ I. Formes Je la n.ilm.uic; géologie; structure générale; les quatre terrasses. — § II. Orographie et hydrographie. Les Alpes Dinariques ; la chaîne côtière. Les fleuves. — § III. Les îles; le groupe du Qjiarnero; les stOi;li de Zara; les îles orientales. — § IV. Climat; régime des vents. — § V. Limites politiques de la Dalmatie en 1797; histoire de la frontière turco-vénitienne du xv<: au .wiiF siècle. — § VI. Places fortes existant en 1797.
Avant d'entreprendre l'histoire des événements qui se sont déroulés en Dalniatîe, de 1797 à 1815, il paraît important de donner en quelques pages la description de cette intéressante contrée. Il est en effet peu de pays où l'histoire des hommes soit aussi intimement liée à l'histoire de la terre que CCS hommes ont habitée; et, si les Dalmates ont été retardés dans le développement de leur civilisation, si leur nation a longtemps manqué de cette cohésion qui est la vie des peuples, c'est aux formes naturelles de leur pays qu'il convient avant tout de l'attribuer.
La Dalmatie s'étend du nord-ouest au sud-est sur les bords de l'Adriatique pendant près de 500 kilomètres, sur une largeur qui n'est égale, en § i-^ Hormoyenne, qu'au dixième de sa longueur. Mais cela ne sutht pas, et cette ™s"fuDailongue bande de terre se trouve encore divisée en deux par des élévations """=• continues, parallèles à la mer, qu'il est difficile de franchir ailleurs que sur un petit nombre de points. D'où il suit que la Dalmatie littorale et la Dalmatie intérieure forment deux régions absolument différentes physi- Ses diviquement, et qu'elles restèrent, pendant longtemps, historiquement délies. """" étrangères l'une à l'autre : le climat, la végétation ont peu d'analogie dans ces deux districts pourtant si voisins, et pendant que la civilisation italienne réagissait fortement sur une moitié de la population, elle demeurait complètement indifférente à l'autre; les efforts des gouvernements de l'Autriche et de la France sont restés longtemps infructueux quand il a fallu souder ensemble ces deux moitiés d'un même peuple.
Enfin, en avant du littoral s'étend une longue chaîne d'îles qui constitue la Dalmatie insulaire, aussi différente des deux premières que celles-ci le sont entre elles.
Si nous demandons à la géologie de nous éclairer sur les origines du pays qui nous intéresse, nous nous trouvons en face d'un vaste champ Géologie d'hypothèses dont quelques-unes ont été vérifiées par les découvertes t;^' récentes.
Pendant les temps jurassiques, crétacés et tertiaires inférieurs, la Dalmatie, ristrie et l'Adriatique faisaient partie d'une Méditerranée largement
La Dalmatie de ly^y à iSis. n
kxii'
INTRODUCTION GàOGRAPHiaÛE
ouverte, où dominait un régime pélagique très uniforme, se traduisant par un dépôt à peu près continu de calcaires.
La foune y variait très progressivement, et, par ce fait, il y a en Dalmatie soudure intime entre le crétacé supérieur et le tertiaire, si bien séparés partout ailleurs; de la sorte, les hippurites pénètrent dans le tertiaire dalmate, tandis que les milioliles descendent dans le crétacé de la même région.
Après le tertiaire inférieur, un changement intervient qui fait évanouir le grand régime pélagique calcaire; des marnes se déposent qui appartiennent à la partie moyenne de ce qu'on a nommé la formation niimmuUtique. Puis tout le territoire compris au nord de la ligne donnée par les îles de Lagosta, Pelagosa, Tremiti et le mont Gargano émerge et forme un plateau qui va demeurer au dessus des eaux marines jusqu'à la fin des temps tertiaires ' .
Les dépôts tertiaires marins ne vont pas loin en Bosnie, et tout ce qu'on observe de l'Istrie au Monténégro appartient au régime d'eau douce. Les parties du continent situées dans le voisinage des lignes de dislocation, et les nombreuses îles qui bordent le littoral sont entièrement libres de ces dépôts récents, et c'est Stache - qui assigne pour limite à l'ancien continent adriatique la chaîne Lagosta, Pelagosa, Tremiti.
Sur la côte est de l'Italie subsistent des lambeaux de l'ancien plateau :
le Monte Conero, près Ancône, le promontoire du Gargano oifrent une constitution géologique essentiellement différente de celle des Apennins, et les mollusques du Gargano sont non pas italiens mais dalmates '.
Enfin, après les temps tertiaires, le continent adriatique s'écroule et, dans la dislocation des couches du terrain, des bandes parallèles, basculant comme sur des charnières, prennent la direction nord-ouest-sud-est en s'inclinant toutes vers le sud-ouest -*.
Les derniers contre-coups de ces mouvements du sol se sont fait sentir à l'époque historique par les tremblements de terre qui ont été éprouvés de Zengg à Raguse jusqu'aux temps modernes.
Apennin
Ccnlinenl Dalmate
Apennin
Dalmaftc-
I. Voir la figure ci-dessus, profil a.\l. Stache, lahrh. dcr K. K. Gcol. Rikhsanstalt ; Gatta : TItalia; sua foniki:;^ioiic; Milano, 1882. Suss, Eiitstehimg der Alpeii; .■iiillil- dfr Erde. I 3. Neuniayer et Woldrich ont reconnu récemment à Lésina la présence du cheval, du bison, du houe et du rhinocéros, et en tirent un argument en faveur de l'ancienne liaison de cette ile avec la côte dalmate. | 4. Voir la figure, profil b.
INTRODUCTION GÙOGRAPIliaUË XXllI
terrasses.
Si donc nous voulons nous former une idée générale de la structiuc do Structure la Dalmatio, nous pouvons la regarder comme composée de quatre ter- j^i'^^îja'i'nutie^ rasses échelonnées les unes au dessus des autres. l'-s <)".itre
A la base, un dédale d'îles formées par la dislocation d'une des tranches du plateau qui s'est écroulée dans la mer. Quand les blocs sont demeurés compacts, ils ont formé les iles qui se succèdent du golfe du Quarnero jusqu'à Raguse. Par endroits, les fragments se sont émiettés et n'ont pas formé d'iles, mais le fond de la mer s'est trouvé sensiblement cxiiaussé; au contraire, les points de profondeur maxima de l'Adriatique supérieure sont précisément au large des grandes îles de Brazza, Lésina, Lagosta, et de la presqu'île de Sabionceilo.
La mer a achevé par son courant l'œuvre de la nature; elle a évidé les intervalles qui séparaient les bancs successifs de rochers tombés à la mer, et a formé cet ensemble de canaux qui fait la beauté et la richesse du littoral.
Dans l'intérieur, là où s'était produite la solution de continuité entre les masses rocheuses, le glissement de la montagne vers la mer a mis à nu les couches de marne argileuse qui constituent la Dalmatie intérieure : ce sont des plaines orientées parallèlement à la mer, où les cours d'eau circulent paresseusement en formant des lacs et des marais jusqu'au moment où une fissure des roches leur permet de gagner la mer en formant des cascades comme celles de la Zermagna à Kravni-Brod, de la Kerka entre Knin et Scardona, de la Cetina à Duare et de la Narenta à Gabela.
Parfois les cours d'eau ne trouvent pas d'issue et se perdent dans des gouffres pour continuer souterrainement leur marche vers la mer. Il arrive même qu'après avoir franchi la muraille calcaire, ils ressortent de l'autre côté au dessus du niveau de la mer, et continuent sous un nouveau nom leur cours aérien. Telle est l'Ombla : elle sort des montagnes qui dominent Raguse, et on pense qu'elle est formée par les eaux sans écoulement apparent delaTrebinjcica, principal cours d'eau du plateau d'Herzégovine.
Voilà donc comment se sont constituées les quatres terrasses qui constituent la Dalmatie. La plus basse, en partie submergée, montre seulement ses points culminants sous forme d'iles régulièrement disposées à peu de distance de la côte. L'humidité très abondante que procure le voisinage de la mer a permis à la végétation de s'y développer : les îles sont couvertes de bois et de vignes partout où l'action des vents froids ne se foit pas sentir. Des portions du Httoral participent de la nature des îles. La côte qui va de Traù à Spalato, les environs de Raguse offrent des échantillons de la flore africaine. Les palmiers ombragent les faubourgs de Raguse, les cham.trops du jardin Fanfogna à Traù s'élèvent à sept et huit mètres, les haies qui bordent les routes aux environs de Spalato sont formées de lauriers, d'agaves et de grenadiers ; mais cette douceur extraordinaire du climat est particulière à quelques petits coins de terre abrités des vents du nord. A quelques pas de là la nature change absolument d'aspect : la terre végé-