‹ La Dalmatie de 1797 à 1815Chapitre 9 sur 156 · XXIV ' INTRODUCTION GÉOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

XXIV ' INTRODUCTION GÉOGRAPHIQUE

taie disparaît pour faire place à des rochers d'où émergent à peine des touffes de broussailles ou tout au plus quelques oliviers rabougris.

Depuis la mer jusqu'aux montagnes qui ferment l'horizon, on ne voit qu'une pente d'abord assez douce, puis tout i\ coup abrupte et formée par un entassement de blocs calcaires : c'est la limite de la seconde terrasse.

De l'autre côté de ces hauteurs, nous retrouvons la plaine où verdoient les cultures ou les plantes aquatiques; le sous-sol de marne imperméable retient en effet l'humidité à fleur de terre et forme le fond des vallées où les fleuves dalmates étendent paisiblement leur cours : c'est là la troisième terrasse.

Enfin, vers le nord-est s'étendent des plateaux aux aspects divers; tantôt ce sont des croupes ou de hautes vallées gazonnées, tantôt c'est la crête dénudée de contreforts jadis boisés, puis paraissent les neiges, et au milieu de ces sommets passe la frontière qui, il y a quinze ans, séparait encore la Dalmatie des possessions ottomanes.

§ II. Oro- La Dalmatie est un pays essentiellement montagneux; comme nous hyX'ogra- l'iivons dit plus haut, ces montagnes se divisent en deux chaînes sensiphie de la blement parallèles.

Les Alpes Dinariques forment le prolongement des Alpes Juliennes, et Les Alpes relient le massif alpestre au massif balkanique. La face nord-est des Alpes Dinariques. Dinariques regarde la vallée de la Save et de ses affluents de droite; c'est une région composée de plateaux étages les uns au dessus des autres, dans la direction nord-ouest-sud-est. La Save coule de l'ouest à l'est et reçoit successivement les rivières qui descendent de la montagne : l'Unna, le Verbas, la Bosna et la Drina.

Vers l'Adriatique, la chaîne présente une disposition moins régulière. Au nord de Trieste, le plateau rocheux du Karst s'étend sur une largeur de près de 40 kilomètres et se divise, en prenant la direction sud-est, en deux lignes parallèles. La première, la plus éloignée de la mer, forme les monts Kapella; l'autre constitue la péninsule de l'Istrie et la côte de Croatie, le long du golfe du Quarnero : c'est la désarticulation de cette chaîne qui a formé les îles groupées dans le golfe; la partie de la chaîne qui est restée unie au continent s'appelle le Vellebit : c'est une ligne continue d'une hauteur moyenne de 15 à 1600 mètres; exposée aux vents froids, elle est couverte de neige pendant une notable partie de l'année.

Entre les monts Kapella et Vellebit s'étend un plateau élevé, froid, aride; les eaux de la Lika y circulent lentement sans trouver d'issue; elles s'engouffrent sous terre et s'écoulent vers la mer ; on pense que l'eau du lac de la Veglia vient du plateau de la Lika. L,i chaîne L^ côte de Croatie, orientée du nord-ouest au sud-est, entre Fiume et Zengg, prend ensuite la direction nord-sud, entre Zengg et l'île de Pago,

cotiere.

INTRODUCTION GÈOGRAPHiaUE XXV

pour s'inllcchir de nouveau vers le sud-est, le loii^ du canal en impasse nommé canal Je la Morlacca' ou de la Montagna; puis le Vellebit s'incline de plus en plus vers l'est et est bordé au sud d'abord par le lac dit mer de Novegrad, puis par le cours de la Zermagna. Au mont Popina, près du plateau de Plavno, le Vellebit rejoint les monts Kapella, et leur réunion l'orme la chaîne des Alpes Dinariques, qui tire son nom du principal sommet, le mont Dinara, à l'est de Knin (1.900 mètres).

La chaîne Dinarique se poursuit dans la direction nord-ouest-sud-est pendant 150 kilomètres, et s'éloigne de la côte pour s'élargir à la hauteur de Mostar : li\ s'ouvre en éventail le bassin de la Narenta, qui recueille les eaux d'un périmètre de 200 kilomètres environ en interrompant la ligne continue de la chaîne. Mais le demi-cercle se referme au sud des bouches de la Narenta, et les monts Dinariques se relient aux montagnes de la Krivoscie et du Monténégro.

D'autre part, la chaîne côtière, dont les fragments disloqués ont formé l^ chaîne 1 Istrie et les îles du Quarnero, se continue au sud-est en constituant le groupe d'îles dit : Scogli di Zara.

La partie continentale de cette chaîne se relève doucement au nordest de Zara, mais assez pour séparer nettement la vallée de la Zermanja de celle de Kerka, rivière qui coule d'abord en plaine aux environs de Knin, puis s'encaisse profondément pour traverser le plateau et ressort vers Scardona après avoir formé une dizaine de cascades dont la dernière est une des principales curiosités du pays.

Au sud de la Kerka, la chaîne s'épanouit pour former le plateau du Monte-Tartaro, qui s'avance en demi-cercle dans la mer sur l'alignement des groupes d'îles, mais reste uni au continent. Si la loi qui a présidé à la formation des îles de Dalmatie n'avait pas subi une dérogation, la côte aurait continué en ligne droite, de Sebenico à Traù, et la presqu'île qui se termine à Rogosnica fût devenue une île presque équivalente en superficie à celle de Brazza.

Après la pointe de Rogosnica, la chaîne donnne passage à des bras de mer au milieu desquels émergent les îles du groupe méridional : Solta, Brazza, Lésina, Curzola, Lagosta, Meleda. Sabioncello n'est qu'une presqu'île rattachée à la côte par un isthme large de quelques centaines de mètres. Il est à noter que toutes ces îles, et particulièrement Brazza, Lésina, Curzola et Lagosta, ont subi une action naturelle qui a imprimé à leur axe une déviation vers la direction sud-ouest; elles sont presque exactement orientées de l'ouest à l'est, et l'extrémité de la presqu'île de Sabioncello se recourbe en face de Curzola pour suivre aussi la direction des îles avoisinantes. Meleda, au contraire, reprend la direction nord-estsud-est normalement à la côte-.

I. Le nom de Mo) laques est donné encore aujourd'hui aux paysans dalmates. Ce nom vient-il de Mavro-Vlachi (Valaques noirs) ou de More Vlachi (Vainques de la mer)? C'est une question qui ne parait pas encore parfaitement élucidée. | 2. Voir la cartel.

XXVI , INTRODUCTION GÉOGRAPHiaUE

La chaîne côtiùre, qui fait suite aux monts Tartares, longe de très près le bord de la mer; entre Traù et Spalato, il reste à peine une étroite bande de terre cultivable au pied des roches il pic que domine le mont Saint-Georges (Sveti Jure, 582 m. d'altitude); mais cette bande de terre, abritée des vents froids, jouit d'un climat délicieux : tout le long de la mer se succèdent des villages, les Castella de Traù et de Spalato; c'est la contrée la plus riche de la province.

A la hauteur de Spalato s'ouvre dans la montagne une étroite déchirure par où passe la route qui mène dans l'intérieur : cette route est gardée par la vieille forteresse de Klissa, que les Vénitiens enlevèrent aux Turcs dès l'année 1647.

Monts Après le passage de Klissa, les montagnes recommencent à côtoyer la mer jusqu'à l'embouchure de la Cetina; c'est le Mossor (Mons Aureus), dont les pentes formaient le comté de Poglizza, habité par ces montagnards jaloux de leur indépendance que nous verrons tenir tête à l'Autriche et à la France.

La Cetina traverse paisiblement la chaîne côtière; après la cascade de Duare elle tourne à angle aigu et aboutit à la mer près de la ville d'Almissa.

MontsB.o- De l'autre côté de la Cetina, la montagne s'élève et change de nom, le Mossor arrivait à l'altitude de 1.327 mètres, le Biokovo atteint 1.765 mètres près de la ville de Makarska ; puis les hauteurs diminuent à mesure que la chaîne s'épanouit dans la plaine d'Herzégovine, arrosée par la Narenta et ses tributaires.

Aussitôt après l'embouchure de la Narenta, le sol se relève rapidement et la chaîne suit les bords de la mer jusqu'aux bouches de Cattaro qu'elle enveloppe entièrement dans ses flancs à pic.

Entre les Bouches de Cattaro et le Pachallk de Trebinje s'élève le plateau de Krivoscie ; la haute Krivoscie est à l'altitude moyenne de 900 mètres, mais présente des sommets qui atteignent et dépassent 1.800 mètres.

A l'est des Bouches commence le Monténégro qui domine Cattaro : cette ville est en effet au pied d'une montagne haute de i.ooo mètres dont le sommet appartient aux Monténégrins.

ves

Les fleu- Les fleuves qui traversent la Dalmatie ont en général peu d'importance; la nature du sol empêche la formation de cours d'eau qui puissent être utilisés avantageusement par l'agriculture, l'industrie et le commerce. Le déboisement presque total des montagnes a transformé en torrents capricieux des rivières qui auraient pu fertiliser le pays et ne font que le dévaster; d'autre part, la très grande pente des cours d'eau ne permet la navigation que sur des tronçons insignifiants.

La Salona, qui se jette dans le golfe de Spalato, l'Ombla, qui débouche aux environs de Raguse, ne coulent à ciel ouvert que pendant quelques

INTRODUCTION GÈOGRAPIIiaUE

kilomctres. Leurs c;uix viennent par infiltrations de la plaine en forme de cuvette qui s'étend de l'autre côté de la chaîne côtière.

Il n'y a en Dalmatie que quatre fleuves qui méritent quelque attention, et encore deux d'entre eux ont-ils une jurande partie de leur cours hors de la province. La Zernianja vient des montagnes de Croatie d'où elle sort par une gorge que suit la route de Knin à Gospic. Elle entre en Dalmatie à quinze kilomètres environ de Knin, au point dit : Kravni-Brod (Pont des vaches), et lA tourne ;\ angle droit vers l'ouest; ;\ Ervenik, elle s'infléchit vers le nord-ouest ensuivant la base des monts \'ellebit. Elle devient navigable ;\ Obrovac, à huit kilomètres de son embouchure, alors que son eau se trouve assez mélangée d'eau salée pour ne plus être potable. Elle se jette dans la mer de Novegrad, grande lagune salée qui termine le canal de la Morlacca. Elle a parcouru la Dalmatie pendant quarante kilomètres; son cours sinueux est encaissé assez protondément et ses eaux ne fertilisent pas les campagnes qu'elles traversent.

La Kerka (ou Krka) prend sa source au pied du mont Dinara; elle atteint la plaine à Topolje, en formant une belle cascade. Dans le voisinage de Knin, elle serpente dans une large plaine que souvent elle transforme en marécages, et elle traverse la seconde région montagneuse en formant huit cascades séparées par des bassins où elle élargit son cours en formant des îles, comme celle de Visovac, près la cascade de Roncislap.

En approchant de Scardona, elle reçoit la Cikola, qui a arrosé la plaine de Demis, et, grossie par cet affluent, elle forme la dernière cascade, qui franchit en sept ou huit échelons une hauteur de 40 mètres sur une largeur de 150 mètres environ.

A partir de Scardona, la Kerka est navigable pendant une dizaine de kilomètres ; elle forme et traverse le lac de Zaklian et ensuite le port de Sebenico, vaste bassin long de près de trois kilomètres, qui communique avec la mer par la passe étroite que garde le fort San-Nicolo. Le cours de la Kerka mesure près de 80 kilomètres.

La Cetina descend, comme la Kerka, du mont Dinara, et suit pendant 80 kilomètres la direction du nord-ouest-sud-est; dans la plaine qui s'étend de Sinj à Trilj, elle s'élargit et forme des marécages qui se dessèchent pendant l'été, en répandant des émanations pestilentielles. Vers Duare, la Cetina pénètre dans une fissure qui sépare les monts Mossor et Biokovo, et après les deux cascades de Duare, elle est navigable jusqu'à la mer où elle arrive devant Almissa en suivant exactement, pendant 20 kilomètres, la direction est-ouest.

L'estuaire de la Cetina ne peut pas former de port, à cause de la rapidité du courant; c'est un peu à l'est de l'embouchure que se trouve le petit port d'Almissa.

La Narenta, sur un cours de 250 kilomètres, n'en a qu'une vingtaine en Dalmatie. Elle franchit, à Gabela, en Herzégovine, les dernières assises de la chaîne littorale et entre en plaine à la frontière dalmate. De Metkovic à Fort-Opus^ elle coule lentement entre deux berges élevées; à Fort-

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