‹ La dame à la plume noireChapitre 11 sur 18 · UN CHANGEMENT DE FRONT · texte numérisé non relu

UN CHANGEMENT DE FRONT

— Monsieur, dit Georges Pudler avec amerlume, vous êtes jeune, vous avez des illusions, ce n*est pas moi qui chercherai à vous les ôter, à Dieu ne plaise; vous allez vous marier, soyez heureux. C'est mon vœu le plus sincère, et maintenant que me voulez- vous?

— Monsieur, répondit Robert, je suis vraiment malheureux que la vue de mon bonheur ait ravivé des chagrins auxquels je compatis plus que je ne saurais vous Texprimer.

— Passons. Que voulez-vous ?

— Nous venions chez vous chercher notre père, un vieillard auquel hier vous avez dû donner Thospitalité au moment où il venait d'échapper à un grand danger.

— Quoi ! s'écria Pudler, vous seriez les enfants de ce digne philosophe que j'ai recueilli sur les bords de la Seine, et qui cette nuit même a dormi sous mon toit?

— Nohs le sommes, répondit Hélène.

— Ah I mes chers enfants, que ne le disiez-vous plus tôt? je vous aimais sans vous conndtre, et mon affection pour votre père m'eût empêché de troubler par d'amères réflexions la joie de vos amours.

— Merci, fit Karnix.

— Maintenant, continua Pudler, dites-moi, de grâce, comment il se fait que votre père ne soit pas rentré en son logis? il m*a quitté pour aller à votre recherche. Toutes mes instances pour le faire rester auprès de moi ont été vaines, tant son désir de vous revoir était grand !

— Pauvre père, murmura Hélène.

— Rien n'est plus facile à expliquer, reprit Karnir. En sortant d*ici, le docteur a dû se rendre à sa maison, qu*il aura trouvée démolie. Ignorant le sort de

sa fille, il doit errer à l'aventure, le cœur plein' d'inquiétude et de douleur, désespérant de retrouver son enfant, dont l'affection lui serait si douce au milieu de ses infortunes.

— Heureusement, le mal n'est pas sans remède, dit rinventeur; j'ai six cents ouvriers qui hier ont vu votre père durant tout le jour et qui ne sauraient manquer de le reconnaître. Je vais les envoyer dans toutes les directions; ils vont fouiller la ville, et nul doute qu'avant la fin de la journée vous n'ayez le bonheur d'embrasser celui que vous cherchez.

— Soyez béni, vous qui me rendez Tespoir, dit Hélène en saisissant la main de Pudler.

— Monsieur, reprit Rarnix, nous n'oublierons jamais, le docteur Garassus et moi, le service que vous nous aurez rendu.

£n entendant prononcer oe nom abhorré, Georges Pudler poussa un cri terrible et fit un bond comme s'il eût été mû par un ressort d'acier.

— Garassus ! s'écria-t-il, n'avez- vous point dit Garassus ?

— Oui, répondit Kamix, qui, vopnt qu'il avait fait

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une faute irréparable, cherchait à faire bonne contenance.

— Quoi ! hurla rinventeur, cet homme auquel J'ai donné Tho-pitalité, cet homme que je tenais dans ma main, c'était cet infâme savant qui a tué la Mort! C'était lui et je ne m'en suis pas douté 1... Malheur à moi qui n'ai pas su me venger. Oh! que n'est-il encore là, que je le déchire de mes propres mains pour jeter un à un ses membres à mes chiens I

— Oh ! monsieur, que vous a donc fait mon père pour le traiter de la sorte? dit Hélène en pleurant.

— Ce qu'il m'a fait, ma douce effrontée, ce qu'il m'a fait, coureuse blonde...

Pudler ne put continuer, une main de fer venait de rétreindre.

Rarnix, menaçant et terrible, lui cria:

— Tu vas mourir.

L'inventeur se débattait de toutes ses. forces afin de se dégager, mais sans pouvoir y parvenir. Sa face était devenue violette et ses yeux sanglants semblaient prêts à s'échapper de leurs orbites.

Cependant à un cri d'alarme poussé par le vieux serviteur de Pudler, cinq cents ouvriers s'étaient

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précipités dans la maison et étaient parvenus, non sans peine, à retirer leur maître des mains de Rarnix. Pendant qu'on s'empressait autour de l'inventeur, Robert, s'emparant du bras de sa fiancée, cherchait à gagner la porte de sortie. Il venait de traverser la première cour ; quelques pas de plu?, il allait franchir la grande porte qui se trouvait ouverte.

— Garde à vous, bourgeois! cria tout à coup Zidorc, qui formait l'arrière-garde.

Karnix se retourna et considéra, avec une certaine

crainte, justifiée par la présence d'Hélène, Tinventeur

qui arrivait en vociférant, suivi de ses ouvriers.

« — Enfant, dit Karnix à Zidore,pars avec elle; fuyez

vite pendant que je vais les contenir à cette porte.

Mais, de grâce, ne perdez pas un instant.

— Je ne veux pas fuir, di.t Hélène ; si je dois le perdre, j'aime mieux mourir.

— Pauvre angel on ne meurt plus, mais on souffre.

— Je souffVirai près de toi.

— Partez, parlez 1 cria Robert, les voici, partez ! .si dore, emmène-la de force.

Puis, saisissant l'une des barres de fer qui jonchaient la terre, il vint se camper fièrement au mi-

lieu de la porte qui séparait les deux cours. Jetant un regard audacieux sor la hord« furieuse, il dit d'ane voix haute mais calme :

. -^ Que Tun de vous avauee, s'il l'ose.

Les ouvriers reculèrent.

•^Ohl les lâches! cria Pudler. Vous ne- m'avee donc pas entendu? Cet homme qui est devant vous est le gendre de cet ignoble médecin qui a tué la Mort ; cette gourgandine qui le suit est la fille de cet infâme Garassus, q^ui est cause que vos souffrances n'auront jamais de fm et que pendant Féternité vous serez rivés à la misère et au travail. Si vous avez encore une goutte de sang daos les veines^ vengezvous!

— Malheur au premier l criait KamiXi

La foule était partage ^tre la haine et la frayeur.

— Swantz,cria Pudler en s'adressantà sou contremaître, Swantz, tu as juré de m'obéir ; souviens-toi que ta vie m'appartient I Swaiitz, mort à cet homme! Si tu ne peux le tuer, brise^le sous tes poignets de fer!

Swantz, un véritable hercule germanique, s'avança vers Karnix.

— Rends-toi, lui dit-il, ou je tf écrase!

Robert, avec une merveilleuse fadlilé, fit tournoyer dans l'espace sa formidable barre de fer^. et frappant d'un coup vigoureux le pauvre Allemand, il fit voler sa tête à quinze pas.

L'assistance poussa un cri àe terreur.

Le corps du décapiié remua les bras^ en signe de détresse^ fit trois pas en avant et tomba raide.

— Vive la Mort 1 cria la foule.

Georges Pulder avait suivi la lutte avec une rage curieuse. Lorsque son contre-maître Swantz tomba, et qu'il vit ses ouvriers, trompés par Ifes apparences, oublier leur ressentiment pour crier : « Vive la Mbrt l jf il fut pris d'un accès die fureur insensée. Saisissant une barre de fer pareille à celle que hrandissait Kamir, il s'approcba de lui.

Dans cette cour si bruyante une minute auparavant, il se fit un silence de mort.

Robert, appuyé contre le mur, attendait son adversaire, en affectant un calme bien loin de son cœur.

Cet homme, qui, à force de braver la mort, avait fini par la rendre amoureuse de lui, cet homme qui

avait souri en face de tous les dangers imaginables, cet homme avait peur.

Il avait peur et cependant il savait qu'il ne mourrait point, il savait la Mort morte, bien morte, et il avait peur.

Il avait peur, parce qu'il aimait!

Ah ! le beau mérite vraiment d'être brave lorsqu'on n'aime personne , et voilà une belle chose pour qu'on y tienne, une vie sans amour!

Quand l'amour ne fait pas faire des prodiges de courage, il fait commettre des prodiges de lâcheté.

Rarnix venait de faire preuve de courage, mais il était en train de passer à la seconde manière, il avait peur. Un mauvais pressentiment parcourait son esprit. Depuis près de deux mois, il ne s'était jamais trouvé seul. Il s'effrayait de cet isolement du dix secondes, tant il est vrai que l'homme le plus fort a besoin de son frère.

Georges Pudler s'avançait, la rage au cœur. Lorsqu'il fat à portée de son adversaire, il leva sa terrible masse. Robert semblait paralysé ; on eût dit que sou courage, son esprit, son sang- froid l'avaient abandonné. Il pensait à^sa fîanc/'O : il se demandait où il irnil l.i

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retrouver si, par un hasard heureux, mais bien invraisemblable, il avait la chance de se retirer sauf du mauvais pas dans lequel il était engagé.

— Défends-toi I hurla Pulder.

Rarnix ne bougeait pas. Mais tout à coup un tressaillement parcourut son corps: il venait d'entendre la voix d'Hélène qui lui criait :

— Sauve-nous, mon Robert, défends-toi I

Cette voix ranima son courage; il venait de comprendre combien il était aiilié par cette frêle enfant qui aurait pu fuir et qui préférait partager ses dani;ers. Levant son bras puissant, il para le coup qu'allait lui porter l'inventeur. Le choc fut si terrible, que Pudier ne put retenir la lourde barre de fer qu'il tenait en main ; il se baissa pour tâcher de la ressaisir, mais lorsqu'il se releva, la massue de Robert lui décolla la tête, ainsi qu'il était arrivé pour TAlleniand.

Saisis d'effroi, les assistants s'enfuirent ; en un instant, la cour fut déserte, on n'entendit plus que des clameurs lointaines qui sVloignèrent peu à peu, ( t il î^e fit un silence profond.

Karnix, épouvanté de son œuvre, restait appuyé

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contre la porte qui séparait les deux bâtiments. Les deux troncs des décapités agitaient leurs bras dans le vide et, comme s'ils eussent voulu reprendre leurs têtes souillées de sang et de boue, poussaient des hurlements plaintifs. Celle de l'Allemand disait :

— Mon bon monsieur, ayez j^itié de moi, je ne suis pas coupable vraiment; si j'ai voulu vous frapper, c'était pour obéir au maître qui me donne du pain ; vous comprenez parfaitement que, dans ma position, je ne pouvais agir que selon ses ordres. Monsieur, ayez pitié de moi*; ce serait fort mal à vous de me laisser chercher mon corps pendant des siècles sans pouvoir l'atteindre. Ce serait fort désagréable.

— Infâme misérable ! criait la tête de Pudler, tu peux abattre ma force, tu n'abattras pas mon courage; un jour ou l'autre, mon corps et ma tête se rejoindront; ce jour-là tu passeras dans ce laminoir que tu entends tourner, tu en sortiras écrasé comme un ruban de fer; ce jour-là tu seras lancé dans la chaudière dont tu entends siffler la vapeur. Va, lâche, abandonne-moi, je suis vaincu, mais j'aurai mon heure.

— Ne récoutez pas, mon bon monsieur, reprenait

la tête de rAllemand. A eu tendre mort maîfre crier ainsi, on le prendrait pour un mauvais homme, mais la vérité est qu'il est très-doux ordinairement;' vous savez qull a eu quelques chagrijos de ménage ; ça a beaucoup changé son caractère,' ça Ta rendu hargneux, grincheux, mais au fond c'est un charmant garçon.

— Te tairas-tu, misérable brute I criait la tête de Pudler . Oses-tu supplier cet assassin ? — Lâchç I lâche I Je me vengerai. — Dieu n'est pas aussi puissant qu'on veut bien l'imaginer. Il a mal fait, il a déplorablement construit cette machine qu'il a appelée l'homme. Si toutes les parties en eussent été soigneusement faites, le corps ne resterait pas inerte alors que la tète pense. Dieu soit maudit I

— Blasphème 1 dit Rarnix, blasphème ! On ne meurt plus.

Hélène et^idore épouvantés sortirent de la retraite où ils s'étaient cachés pour attendre Robert.

— Partons, ma bien-aimée, s'écria Karnix avec transport, fuyons ces lieux maudits.

La fille du docteur était pâle< et tremblante.

— Ami, dit-elle, allons-nous nous retirer en lais-

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sanl CCS doux créatures humaines livrées au désespoir?

— Oh I répondit Rarnix, plus de pitié pour personne. Est-il un seul être sur terre qui ait pitié de nous ou de votre père infortuné? Croyez-moi, Hélène, plus de fausse générosité. Je rendrais la vie à cet homme indigne et lâche, il s'en servirait pour se venger sur vous des griefs qu'il croit avoir contre votre pèpe. Croyez-moi donc, ne vous attendrissez pas sur son sort, il l'a mérité.

— Mon Robert, reprit Hélène, au nom de noire amour, changez de résolution. Vous êtes fort, nul ne saurait vous vaincre ; soyez généreux et pardonnez.

— Je ne voudrais vous rien refuser, chère aimée. Je consens à céder à votre prière. Si ces hommes se repentent, je les sauverai ; tentons l'épreuve.

S'adressant à la tête de l'Allemand, il lui dit :

— Si je te rends ton corps, qu'en feras-tu?

— Je vous bénirai, vous et l'ange blanc qui» vous accompagne, dit la tète.

— Après?

— N'est-ce pas assez ? que faut-il faire encore ?

— Abandonner ton maître dans l'état où il est.

— Je Tabandonnerai.

— Bon, dit Karnix ; et toi, maître inventeur, que feras- tu si je te rends ton corps?

— J'écraserai la tête de ta fiancée sous le marteau de ma forge.

— Vous voyez ? reprit Robert, Tun est ingrat, Pautre est méchant. Partons!

— Cependant, murmura la jeune fille, c'est un bien grand forfait que de laisser deux imes désespérées, alors qu^on peut les secourir.

— Mamzelle, dit tout bas Zidore, partez sans crainte, je me charge de les raccommoder.

— Ohl non-, fit Hélène, tu'es si faible que tu deviendrais leur victime.

— N'ayez donc pas peur, reprit l'enfant d'un ton ipalin; n'ayez pas peur, j'ai trouvé un true.

— Dieu t'assiste 1

— Partez en paix.

Karnix, préoccupé, avait pris le bras de la fille du docteur sans se soucier de son guide. Lorsque son bourgeois fut sorti de la grande cour, Zidore s'approcha des décapités et leur dit :

— Un peu de patience, mes petits agneaux, on

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va vous raccommoder vos boussoles dans les prix doux*

S'approchant avec précaution de la tète de FAllemand, i) la saisil par les chevem: et la plaça délicatement sur le corps de Tinventeur. Puis revenant à la tête de Pudler, il la prit et la poea sur le tronc de l'Allemand.

— Voyons, mon brave homme^ dit-^il^ ne faites pas le mécbant : tout à rheure>vous disiez conune ça que le bon Dieu n'avait pas bien fait les choses ; nous allons mettre ordre à tout ça, il ne s*agit que d'être un peu intelligent. Bon, voilà qui va bien. Vous, voyezvous mon bourgeois, vous, qui êtes ce qu'on appelle un malin fini, vous avez de l'esprit comme vingt-six, et vous faites des inventions épatantes. C'est trèsbien, mais vous êtes \m mauvais garnement, il n'y a pas à dire non. Tandis que voici le bon Swantz qui est bon comme du bon pain ; il ne ferait pas de mal à un soldat, mais en revanche il est bête à faire rougir un m^oQ. Vous hii dites : Cogne» il tape; il ne voit pas plus loin, lui. Eh biea I j'ai mi& vodaw boussole sur le corps du bon Chouflik, ça vous rm^dra bon garçon.

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Comme Zidore Tavait supposé, il se produisit un phénomène assez bizarre. La tête de. Tinventeur, écumante de colère , lançait à l'enfant des regards furieux et un torrent d'injures, pendant que le corps le pressait sur son cœur avec reconnaissance.

— Pas si près, fit Zidore, pas tant de reconnaissance, tu me mordrais.

A quelques pas de là, la tête du bon Allemand appelait Tentant, sa voix était dou€e , son regard souriant.

— Viens près de moi, cher sauveur, disait-elle, viens que je t'embrasse, toi qui m'as donné un corps.

Pendant que la tète parlait le corps gesticulait avec fureur et les pieds essayaient de marcher, le» poings menaçaient le jeune chirurgien.

— Viens à moi, mon jeune sauveur, disait toujours la tête en suppliant. Les bras s'agitaient avec fureur.

— Plus souvent que j'irai ? s'écria Zidore, je la connais, celle-là, mon vieux; c'est moi qui Tai inventée. Et U se mit à courir pour rejoindre son boui^geois.

Robert Karnix et Hélène marchaient pensifs et silencieux. Les événements passaient dans leur esprit et y laissaient une trace sombre.

— Hélas 1 soupira Hélène, je ne retrouverai jamais mon père.

— Espérez, dit Karnix.

— Je n'ai plus de courage , je sens que mes forces sont à bout. N'avez-vous pas entendu avec quel mépris cet homme m^a traitée ? il m'a appelé coureuse en ajoutant un autre vilain mot que je n'ai pas compris ; ce que cet homme a dit , d'autres peuvent le penser. J'ai eu la force de supporter les malheurs qui nous ont frappés, je n'en ai pas pour subir la honte,

•^ Ma bien-aimée, s'écria Karnix, comment se fait-il que vous, si admirablement douée, vous n'ayez pas compris que l'insulte s'adressait à l'enfant du docteur Garassus et non à la jeune fille ? Oh I croyez-moi, je vous aurais vengée si Ton mourait encore.

— Vous aussi, vous allez maudire mon père ?

— Écoute-moi, Hélène, reprit Karnix; si la destinée ne veut pas que nous revoyions ton père , tous nos efforts pour le retrouver seraient inutiles ; viens,

fuyons. Que nous importe le monde ! nous irons sur le Nil, nous vivrons seuls dans ma cange ; ^u lieu des tourments que nous souffrons ici, nous aurons un amour sans fin, un bonheur éternel.

— Mon Dieu I s*écria Hélène, pourquoi mon père a-t-il tué la Mort ? nous serions si heureux.

Zidore allait parler, mais un regard de Rarnix cloua sur ses lèvres les paroles prêtes à s'en échapper.

— Non, reprit Rarnix gravement, votre père n'a pas eu tort de tuer la Mort ; la vie est mauvaise pour ceux qui souffrent, mais elle est douce pour ceux qui aiment. Depuis que je vous ai vue, depuis que je vous ai aimée, je ne voudrais pas, au prix des trésors de TAsie, perdre une minute de mon existence. Tenez, tout à rheure, moi qui n'ai pas tremblé devant le tigre du désert ni au milieu des batailles alors qu'on mourait, j'ai eu peur, maintenant qu'on ne meurt plus, en songeant qu'une blessure pouvait me séparer

'de vous, ou qu'une égratignure à la joue pouvait me défigurer et me rendre ridicule.

XY

L*AVALEUB DB SABRE S^

En quittant le logis de Pudier, le docteur Garassus avait longtemps erré à Taventure.

Comme si la Providence eût voulu lui reprocher son méfait, il n'entendait autour de lui que des infortunés maudissant son nom.

Dans les bazars, aux portes des boutiques, il voyait son portrait exposé aux regards des passants. Des groupes se formaient autour de son image, et c'étaient des cri» et des vocifération» sans fin. Chaque promeneur cherchait à graver les traits du docteur dans sa

mémoire et se promettait de lui faire un mauvais parti dans le cas où il viendrait à le rencontrer.

Dans les rues, les chanteurs ambulants disaient une navrante complainte intitulée: La Mort de la Mort.

Elle avait quatre-vingt-dix-neuf couplets bien comptés, lesquels se chantaient sur l'air de Fualdès,. un malheureux homme qui fut assassiné en la ville de Rodez, dans TAveyron, cent cinquante ans environ avant le temps où se passe cette histoire. — Cette interminable complainte avait la prétention de raconter au public émerveillé de quelle façon le médecin avait toé la Mort. Rien n^était plus étrange et plus faux que ce récit. Une immense pancarte illustrée surmontait le piano sur lequel les chanteurs s'accompagnaient tant bien que mal.

Un fait assez curieux, du reste, à constater, c*est que ce fut à l'occasion de cette célèbre complainte que les eîianteurs des rues remplacèrent par des pianos les orgues de Barbarie qui avaient si longtemps charmé nos arrière-grands-pères.

Un« remarque plus curieuse encore à mentionner ici, c'est le mépris affecté par nos aïeux pour tous les instruments de musique.

Nos ancêtres — cela n'est pas douteux — adoraient riiarmonie. Quelle bizarrerie étrange les portait à se moquer des instruments avec lesquels on fait de la musique ? C'est ce qui n'a jamais pu être éclairci.

Tous les mémoires du temps et les rares livres qui i ont restés de cette époque rapportent à Tenvi les lailleries dont le piano a été victime; la population parvienne, entre toutes les autres, se faisait remarquer par les lazzi dont elle émaillait sa conversation. Entre autres quolibets, lorsqu'on parlait d'une jeune fille dont elle voulait faire Téloge on disait : Elle est jeune, belle, riche, bien élevée, et elle ne joue pas du piano :

« Oh ! les pianos, les pianos ; qui nous délivrera des pianos! » s'écriait- on de toute part. Chose singulière, ces mêmes gens qui déblatéraient contre ce pauvre instrument en achetaient un pour leur fille. Paris, pendant cent ans, posséda deux cent mille pianos, ce qui faisait en moyenne plus de deux par maison. Si Ton veut considérer que bien des maisons pauvres n'en avaient point, on ne sera pas médiocrement étonné en pensant que d'autres en possédaient quinze à seize, ce qui n'empêchait pas les Parisiens de répc-

ter à chaque instant : a Ah ! le stupide instrument. » Ces mêmes Parisiens appelaient le violon, ce sublime pleureur a un ertn-crin, et on peut affirmer qu'au dix-neuvième siècle, un homme du monde qui eût joué de la clarinette eût été plus déshonoré que s'il eût reçu en riant un crachat sur la face. * On sait la réponse que fit Charles Narrey, l'auteur du Quatrième larron^ à un auteur débraillé qui lui reprochait sa mise irréprochable :

— Mon cher, laissez ma cravate tranquille, ou je dirai avL,foyer des Variétés que, dans votre jeunesse,

vous saviez jouer de la flûte.

Le bohème se le tint pour dit.

Les gens qui surent pincer de la guitare ne purent jamais se débarrasser du titre de troubadours français qui leur fut décerné par dérision et qui les rendit malheureux jusqu'au tombeau, où ils descendirent ceints du fameux pourpoint abricot, le suaire du ridicule.

Mais tout cela n'était rien en comparaison de l'orgue de Barbarie, un aimable instrument pourtant, qui ne demandait aucune connaissance musicale, mais du biceps seulement; un instrument qu'on en-

2S4 ta MM& A LA HLJJWË miRB

tendait à bon marché; ua instianaest qui vous réveillsdt gaiement; un iasIarameM (fà ftmait les airs populaires. Ah 1 sans lui» quB de maitreB seraient restés ignorés. Pauvi« ^ brave iiœtrnmentqui à Im e3u1 a fait plus que tous les orphéons du mmide pour dour ner aux masses le goût de la. musique. Gomme on le méprisait!

Pour être juste, il faut dire que parfois l'orgue était importun. Quand on perdait ua ami, un frère ou une maîtresse, quand, le coeur navré, on recueillait saintement le dernier soupir du moribond, il était désagréable d'entendre dans k rue ou dans la cour un orgue miauler : Ah! qu*U fait donc 60», qu'il fuit donc bonmieiUir la fraise.

n y avait dans cette chaasida une certaine demoiselle Thérèse qui s'est trouMée méiée à bien des douteirs^

Il arrivait aussi que Tcoigue égayait les situations tristes de la vie. Plus d'un auteur pataugeant devant m comité datecture a entendu l'orgue lui crier : Il fanH qnCun bon se»etier save^ $aw^ saoe, save^ êaf>e^ âODe,. MDe, — t^ fmU fu'iyi imi mtoHier sove, sa^e^ m^ , «otse son méiier.

L'orgue de Barbarie avait du pour et du contre»

Les bourgeois de Paris avaient deux grands torts à son égard.

Le premier, de déblatérer sans cesse contre lui.

Le second, de jeter des sous à l'homme qui le foit sait grincer.

Il eût été bien plus simple de ne rien dire et de ne pas jeter de sous.

Il est vrai qu'en lisant l'histoire des révolutions, il €St facile de remarquer que les bourgeois de Paris ne proiessent pour la logique qu'une faible admiration.

Donc, le docteur Garassus errait au hasard, ne voyant autour de lui que des gens mécontents de ne pouvoir mourir. Effrayé des malédictions prononcées contre lui, il chercha à s'éloigner de la foule et se dirigea du côté du bois de Boulogne. L'avenue de Tlmpératrice-Eugénie était encombrée de promeneurs, il prit la route de Neuilly et entra par la porte Maillot.

Malgré un soleil radieux, la nature était triste : elle semblait pleurer. Les arbres, dévorés par d'innombrables bandes d'insectes, paraissaient gémir de douleur. Une légère brise soulevant le sable des allées roulait des^ torrents de poussière grise. Les oiseaux

s'égosillaient tristement sans comprendre la révolution bizarre qui s'accomplissait dans la nature. Les papillons voltigeaient étonnés de voir vivre encore des fleurs dont la veille ils avaient dévoré le cœur; des chevaux, vaincus par la fatigue, étaient tombés épuisés sur le chemin, et, ne pouvant plus se relever, ils avaient été abandonnés par leurs conducteurs, qui avaient en vain essayé de les tuer.

— Mon Dieu, qu'ai-je fait en désirant la mort de la Mort! murmura Garassus, qui, épouvanté de tant de tristesses, se laissa choir sur un banc.

Il resta longtemps la tète dans ses mains, l'âme livrée à un profond désespoir. Une légère plainte, douce comme le murmure du vent de mai, le fit sortir de sa rêverie. Il regarda, et près de lui il aperçut une jeune fille vêtue de blanc. Quoiqu'elle eût à peine seize ans, son corps maigre était légèrement voûté, comme s'il eût eu à soutenir la pesante main du temps. Ses yeux, bleu-noir, étaient entourés d'un cercle bistré, que la peau livide de son visage faisait paraître encore plus foncé.

— Souffrez-vous, mon enfant? demanda Garassus, poussé par ses habitudes doctorales. ♦

— Oh ouil dit l'enfant -Où?

— Partout.

— Mais encore?

— Je ne sais.

— Y a-t-il longtemps que vous êtes indisposée?

— J'ai toujours souffert.

— Avez-vous votre mère?

— Elle est morte.

— A quel âge?

— A vingt ans.

— Ne faites-vous rien pour calmer vos souffrances?

— Une seule chose pouvait me guérir.

— Laquelle?

— La chute des feuilles. Hélas! maintenant, il n'y a plus de feuilles mortes !

— Moi aussi, j'avais une fille! pensa le malheureux Gascon. Il se mit à pleurer en dedans de lui.

Jean-Baptiste fut réveillé de sa douleur par le bruit d'une musique barbare exécutée par des saltimbanques.

La musique, bonne ou mauvaise, fait toujours supposer une gaieté quelconque. C'est pour cela que les

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mendiants, qui sont les plus grands physiolo^tes du monde, jouent du flageolet au lieu de lire ou déclamer des vers, ce qui serait plus facile et n'exigerait pas de mise de fonds. Une ritournelle, même déchir rante, ouvre mieux la veine de la compassion que les meilleurs alexandrins de Voltaire, qui n'en fit que de mauvais.

— Ah ! ah ! fit Garassus, voilà des geo» qui s'amusent. Allons voir cela, ça me distraira.

Il demanda à sa compagne si elle ne ^sirail point le suivre, mais elle lui répondit tristement :

— Merci, monsieur, la musique me fait mal. Jean-Baptiste arriva près d'une baraque en toile,

ornée de deux énormes tableaux peints à la détrempe représentant, le premier, im homme chevelu ayant pour tout vêtement un caleçon rouge illustré de paillettes jaunes. Cet hûmme plongeait, satns regarder, son bras droit dans la gufiule d'un lion furieux, tan^ dis que du côté opposé son regard fascinateur faisait reculer un tigre irrité.

Le second, plus naif encore, montrait à l'œil du speetetteur étonné ime jeune fiemme bizarrement accoutrée, assise tranquillement sur le dos d'un hor*

rible caïman, cinq on six serpents des espèces les plus formidables jonaient sur ses genoux, pendant que ses doigts gracieux s'enfonçaient dans un boa qu'elle avait roulé en forme de manchon; un affreux serpent i sonnettes, dont elle s'était fait un collier, montrait son dard vermillon à cinq ou six méchantes vipères entremêlées avec des aspics et formant une espèce de couronne que la belle avait placée sïtr sa tête.

Sur les trétaux, un homme vêtu comme celui du tableau jouait de la clarinette. Une femme maigre, vieille sèche, jaune, qui avait à& jadis poser pour la fille aux serpents, l'accompagnait sur la guitare. .

Autour d'eux une armée d'enfants déguenillés, aux ventres creux, aux regards afiamés, battaient du tambour, frappaient une grosse caisse percée ou des cimbales fêlées. Ceux qui n'avaient pas d'instrument dansaient ou faisaient des tours de force, hélas I

— Enfin, se dit Garassus, en regardant les spectateurs, voici des gens raisonnables. Ils cherchent dans les distractions une trêve aux douleurs qu'ils peuvent avoir. Ce sont des sages, qui aiment mieux oublier que de dire du mal de moi.

H chercha dans là foule une figure sympathique.

CGO LA DAHB A LA PLUME NOIRE

Ayant aperçu un homme qui considérait les tableaux avec une grande curiosité, il s'approcha de lui.

— Monsieur, lui dit-il, à l'attention que vous portez à ces peintures, je pense que vous devez être un voyageur. Vous retrouvez là des animaux que vous vîtes en d'autres contrées, « debout dans leur montagne et dans leur volonté, » comme a dit le poète; cette vue vous rappelle de doux ou de terribles souvenirs, peutêtre un trait d'audace de votre jeunesse envolée et votre cœur se réjouit?

— Vous l'avez dit, répondit l'homme,, je suis un voyageur sur cette terre de misère; mais je n'ai jamais quitté le département de la Seine, où depuis cinquante ans j'erre de douleurs en douleurs. Je n'ai jamais eu de parents; la charité publique se chargea d'étendre l'amertume sur mon pain. Plus tard j'ai travaillé; j'avais toujours l'amertume, mais je n'avais Plus de pain.

— Pauvre homme I fit le docteur.

— Ah ! reprit le spectateur, tout cela n'est rien, j'en ai vu bien d'autres. Un jour, je trouvai une jeune, belle et honnête fille qui m'aima, nous nous mariâmes, et sans doute pour l'amour d'elle le bon Dieu

me pardonna : j'eus deux petits enfants et je fus heureux à faire envie à un homme établi. Ah! comme je les aimais tendrement, si vous saviez. Je travaillais le jour pour les nourrir, la nuit je les regardais dormir, et je pleurais en les regardant; c'était bien bon. Je me disais : voilà comment mon père aurait dû m'aimer. Eh bieni ils sont tous morts, elle et eux, les uns après les autres. Celui qui a passé le dernier, c'était mon garçon, il s'appelait Joseph, il savait lire sans avoir appris, tout Montrouge vous le dira; et vous allez voir ma chance : le pauvre petit est mort la veille du jour où on ne devait plus mourir.

— Je vous plains sincèrement, dit Garassus, votre croix a été lourde à porter.

— Vous me demandiez ce que je faisais ici, je vais vous le dire : tous les miens sont morts, je voudrais mourir.

Le docteur gascon fît une affreuse grimace.

— En passant hier j'ai vu ces deux tableaux; en examinant les maîtres de ces animaux féroces, j'ai pensé qu'ils ne les nourrissaient guère. J'ai vendu quelques loques qui désormais me sont inutiles afîn de pouvoir payer mon entrée dans la baraque où je

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\ms me jeter entre le tigre et le lion pour me lairo dévorer.

— Y pensez-vous! s'écria Garassus.

— J'y pense depui&longtemps, répondit l'infortuné ; j'ai essayé de beaucoup de choses pour me tuer, rien ne m'a réussi; mais cette fois je crois avoir trouvé le joint, et vous ne serez pas assez cruel pour vous opposer à mon projet.

Pendant que le pauvre homme parlait, le maître de la baraque adressait un speech au public pour l'engager à a monter dans Tintérieur de la loge. » Il narrait avec volubilité les exploits de son lion, les cruau tés de son tigre, et il s'étendait avec bonheur sur les qualités du serpent.

Lorsqu'il eut achevé son annonce, la troupe entière se mit à crier :

— Allons, messieurs, suivez le monde I

— Qu'ate sous, qu'ate sous I Suivez le monde ! Quelques personnes se ruèrent dans la baraque.

Parmi elles se trouvaient le médecin et son interlocuteur.

Le saltimbanque arriva, entouré de sa famille, et se plaça au milieu de la salle :

LA DAME A LA PLUME NOIRE 2j3

— Mesdames et messieurs, cria-t-il, la ménagerie est derrière ce rideau, mais avaat de le tirer à vos yeux éblouis, j'éprouve le besoin de placer une observatioa.

— Parlez, parlez, crièrent ses enfants pour entraîner le public qui dit à son tour : « Parlez. »

— Mesdames et messieurs , reprit le bohémien , vous n'êtes pas ici sans savoir qu'un médecin célèbre a tué la Mort en combat singulier, croyant, l'animal bête, faire le bonheur de l'humanité.

Les spectateurs se rapprochèrent avec un empressement marqué.

— Ce stupide praticien, mesdames et messieurs, a par son insigne méchanceté rendu notre métier tout à fait impossible. En effet, mesdames et messieurs, qu'est-ce qui faisait notre gloire à nous autres dompteurs? C'était de braver la Mort aux yeux du public charmé et palpitant; maintenant, bernique, va te promener, n, i, ni c'est fini, bonsoir la compagnie.

Un grand désappointement se peignit sur le visage des spectateurs; le saltimbanque reprit :

— Heureusement, mesdames et messieurs, j'ai pris mes précautions pour que le public n'y perdît rien.

Les spectateurs respirèrent.

— Oui, messieurs, pour me montrer digne de votre confiance, j'ai voulu vous montrer ce grandiose et sublime spectacle de Thomme luttant avec le roi des animaux. Mais en même temps, pour supprimer une bravade inutile et échapper au ridicule inhérent à toute entreprise fallacieuse, j'ai fait préparer les sujets en conséquence.

Ce disant, le descendant de Bilboquet tira un rideau de calicot rouge et montra aux spectateurs un tigre qui jadis avait fait l'ornement de la boutique d'un fourreur de la rue Vivienne; un vieux lion rongé par la vermine était entouré de serpents huileux à la peau crevée. Serpents, lion et tigre étaient empaillés.

— Vous voyez, mesdames et messieurs, vous n'y perdez rien, vous avez la vue du roi des forêts sans en avoir les désagréments. De plus, pour que toutes les émotions viennent en foule assaillir vos cœurs, moi et mes sujets nous allons avaler des sabres et nous livrer aux exercices les plus dangereux.

— Misérable ! s'écria l'homme qui venait pour se

faire dévorer, tu abuses le public. Je vais t'étrangler comme un chien.

— Monsieur, monsieur, dit le saltimbanque en se débattant, auriez-vous le courage de faire du mal à un malheureux comme moi ?

— Cognez, cognez ! criait la foule, qui voulait des émotions pour son argent.

— Ayez pitié de moi, criait le saltimbanque !

— Vous ne méritez aucune pitié, fit le docteur Garassus.

— Ah ! monsieur, répondit en sanglotant le dompteur d'animaux empaillés, je suis Thomme le plus malheureux de la terre. Ne comprenez-vous pas que pour nourrir ma famille, il me laudra avaler ce sabre pendant l'éternité ?

La foule émue retira le pauvre diable des mains du pauvre diable qui voulait Tétrangler.

Garassus reprit la route du boulevard.

— Ah 1 se disait-il, je suis maudit, maudit. Je ne pourrai plus trouver une place sur terre, aussi petite qu'elle soit, pour reposer ma tète, partout où j'irai j'entendrai une malédiction.

Pendant que le vaniteux Gascon se liyrait à ces doléances, deux jeunes et élégantes Pariennes ikassèrent auprès ée faxL

Le docteur les examiBa avec attention.

— Voici, enfin, deux créstures heuceuses,- pensat-il en les suivant dans les Champs-Élysée&y ^m d'écoûter leur conversation.

— Oui^ disait l'une^ c'a été charmant dans les premiers teiB/ps, mon mari faisait toutes mes volontés.

— Comme le mien.

— Il prévoyait tous mes eapnces.

— Connne le mdeoi.

— 1 m'aimait enfin; mais, hélas^l il est bien changé.

— Toujours comme le mien,

— La vie avec lui est intolérable.

— Ce qu'il y a de plus triste dans tout cela, reprit l'autre, c'est que l'arsenic coûte neuf mille six cent cinquante francs le gramme.

— Ah I chère amie, répondit Yamie^ ne m'en parle pas ; m tout continue à augmenter ainsi, qu'allons nous devenir I

Garassas épouvanté, tomba évanoui.

Quand il reprit ses sens, sa fille Hélène était agenouillée devant son père, Zidore debout lui présentait un verre d'eau.

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