‹ La dame à la plume noireChapitre 10 sur 18 · LA VOYANTE · texte numérisé non relu

LA VOYANTE

Non-seuleniBnt l'empirique Roquefort et la fausse flonuLambule trompaieat le public, mais chose assez particulière, ils ne croyaient ^pas à ce anystère physique qu'on appelle le magnétisme. aimaaL

En v^^yant Hélène, le regard rfise, la poitrine haletante, répondre avec calme aux questions que lui adressait Robert, ils crurent à une comédie jouée dans un but inconnu.

— Voyons, monsieur, dit Roquefort à Robert, je ne comprends pas ce rébus, veuillez me Texpliqucr,

LA DAMB il LA PLUME NOIRJB 2!5

Gomme Biobert, tout occupé d'HélèoB, ne répondait pa$, le magnétiseur continua :

— Poui5q[uoi, je vous prie, toutes ces simagrées? Croyez- vous nous prendre de cette façon? Gela serait singulier, oonvenez-en. Ne prenez pas tant de peine, je vous prie ; Malvina et moi, nous savons à quoi nous en tenir.

Karnix, sans regarder Roquefort,, le. prit par lehra^ et le fit asseoir sur un divan.

— Bn voilà un insolent! cria Malvina. avec aigreur.

— Monsieur, reprit Roquefort, je ne souffrirai pas que chez moi Ton me traite de la sorte, et»..

Karnix se retourna avec impatience. Roquefort s'était emparé d'une canne plombée dont il se servait pour mettre les mystifiés à la raison lorsqu'ils avaient l'inconvenance de se plaindre.

— Je vais vous faire voir, cria l'empirique,, qu'on ne vient point impunément me diffamer, et. troubler mes expériences, entendez-vous, monâeur le diarlatan. Ahl vous m'appelez imposteur, et vous êtes magnétiseur vous-même I Gela ne se' passera pas^ ainsi, vous allez voir.

Sans répondre à ce déluge de paroles, Robert d'une

main robuste saisit le magnétiseur par le milieu du corps et le souleva comme il eût fait d'un enfant de quatre ans. Il s'apprêtait à le lancer dans l'espace lorsque Zidore l'arrêta.

— Bourgeois, cria l'enfant, faut pas secouer les médecins par la fenêtre, ça porte malheur, et on vous met à l'amende.

Robert reposa Roquefort où il l'avait pris et revint à Hélène.

— Cher ange, lui dit-il, voyez- vous encore votre père?

— Oui, répondit la jeune fille.

— Que fait-il?

— Il est à table.

— Seul?

— Non; un homme encore, mais le cœur plein de tristesse, cause avec lui.

— Entendez-vous ce qu'ils disent?

— Non, mais je puis écouter si vous le désirez.

— Écoutez, et rapportez-moi leurs paroles.

— J'entends; l'homme se plaint de sa destinée et prétend qu'il est plus malheureux que mon père.

— Après?

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— Mon père , de son côté , prétend qu'il est plus malheureux que Thomme.

— Deviner que deux hommes qui causent ensemble se plaignent de la destinée, s'écria Malvina en ricanant, voilà qui n'est pas bien difficile.

— Silence! fit Karnix menaçant. Hélène, reprit-il, cherchez bien, regardez avec attention et dites-moi si vous sauriez, si vous pourriez aller rejoindre votre père?

— Non.

— Pourquoi ?

— Je n'ai jamais été dans l'endroit où il se trouve.

— Sortez de la maison , regardez autour de vous ; ne voyez- vous rien d'écrit sur la porte ou aux environs ?

— Si, en vérité.

— Que lisez- vous?

. — Sur la maison même où se trouve mon père, je vois de grandes lettres rouges formant une enseigne.

— Lisez!

— Georges Pudler, ingénieur mécanicien,

— Connu, dit Malvina, j'exécute tout ça.

— Hé veillez- VOUS, ma douce amie, dt Robert en faisant planer ses mains sur la tète de renfant.

— Georges Pudler! s*écria Zidore, je ne connais que ça; c'est Tinventem* de Grenelle, un rude homme.

— Pardon, fit Hélène en s'éveillant, mais la fatigue m'a prise, je m'étais endormie. Oh! madame, ditelle , en voyant Malvina , avez- vous pu donner des nouvelles de mon père?

— Petit serpent, murmura Malvina la somnambule.

— Vous ne répondez pas, madame? reprit la jeune fille, dois-je m'attendre à voir mon malheur s'augmenter?

— Ah çà, dit Malvina en s'approchant d'Hélène, est-ce que vous croyez que vous^ allez nous faire poser longtemps, vous?

Robert, que le, réveil de la fille du docteur avait plongé dans de profondes réflexions, revint à la situation en entendant la voix stridente de la fausse voyante.

— Venez , ma bien-aimée , dit-il en entraînant sa fiancée, venez ; grâce à vqu&^ nous^ avoâis retrouvé votre père, venez.

LA DAME A LA PLUME NOIRE 2i0

Isidore suivit son maitre comme pour protéger sa retraite ; arrivé à la porte il s^arrèta :

— A revoir, m'ame Hudson, dit-il d'un air narquois ; se retournant vers Roquefort, il ajouta : Et vous aussi, mon petit père, au plaisir de vous revoir. Si jamais vous perdez votre tabatière, venez nous voir, portez-nous une mèche de ses cheveux et nous vous retrouverons ça à prix d'artiste»

— Ah I madame Hudson^ s'écria Roquefort, lorsqu'ils furent seuls, pourriez-vous me dire à propos de quoi vous m'avez amené ces gens-là ?

— M'en parlez pas, mon bon monsieur Roi^aefort, m'en parlez pas ; en les conduisant j'avais cru bien faire*

— Ce sont des intrigants^ madame Hudbon, de véritables intrigants ; ils ont voulu pénétrer nos secrets; ce sont des émissaires envoyés par nos rivaux.

— J'en ai bien peur.

--» Et c'est vous qui conduisez ce? brigands chez moi! C'est indigne.

— Monsieur Roquefort^ mon cher monsieur Roquefort, ne me jugez pas défavorablement ; j'avais? iigi pour le bien.

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Je veux le croire, madame Hudson, je veux bien le croire ; mais, pour Dieu, dites-moi quels sont ces gens-là ? Ils logent chez vous, vous devez les connaître»

— Hélas, monsieur, les voyageurs, qui peut les connaître? Ça ment à faire plaisir ; ce Karnix, — maintenant j'ouvre les yeux, — n'a pas de moyens d'existence; il est arrivé chez moi san& bagages, sans rien, sous prétexte qu'on trouve des chemisiers et des tailleurs partout, et qu'il est inutile de s'embarrasser.

— Mais la jeune fille, demanda Malvina, quelle est-elle? -

— Je l'ai vue hier soir pour la première fois ; ce maudit petit misérable guide m'a raconté une histoire à mourir debout. Je vous Tai dite en arrivant.

— Oui, fit Roquefort, et Malvina l'a répétée.

— Naturellement.

— Pas aussi naturellement que je l'eusse désiré.

— Tu n'es jamais content, fit Malvina en colère.

— Ce ne sont pas des reproches que je te fais, reprit Roquefort, je constate un fait, voilà tout ; tes ef- Ibrts sont nerveux, tes sou (fiances paraissent aiguës,

tes ctouffements sont remarquables. Mais tout cela manque de naturel.

— Eh bien! endors-toi toi-même, tu m'ennuies à lafîn!

— Malvina 1

— Eh bien, après! Crois- tu pas me faire peur en me faisant les gros yeux? Tout cela m'ennuie; je te lâcherai.

— Je t'en défle.

— Avec ça que je ne trouverais pas un autre docteur de ton espèce.

— Crois-tu que les sujets c^mme toi sont rares?

— On ne remue pas les somnambules à la pelle.

— Somnambule ! tu me fais rire, tu es somnambule comme ma veste.

— Je suis toujours aussi somnambule que toi médecin.

Madame Hudson interrompit cet aimable entretien.

— M'sieu Roquefort, ditrelle, il me vient une idée !

— Allons donc!

— C'est comme je vous le dis.

— Voyons !

— Voilà. Si, pendant que je suis là,, vous vouliez

endormir mademoiselle Malvina, nous saurions à quoi nous en tenir tout de suite sur nos voyageurs.

Roquefort et Malvina se regardèrent, stupéfaits de tant de naïveté.

— Impossible, dit Roquefort, le sujet est trop fatigué.

— M'sieu Roquefort, reprit la maîtresse d^hôtel, je ne suis pas de ceux qui demandent des services pour rien. Quand je fais travailler, je paye.

Ce disant, elle déposa sur ki cheminée un nouveau billet de caisse.

Roquefort lança un regard sublime à Malvina et lui dit d'un ton impératif :

— Endorme&-vous, je le veux.

Malvina fit quelques grimaces, où le rire se mêlait aux contorsions les plus grotesques.

— Dormez-vous? cria Roquefort,

— Oui.

— Que voyez-vous?

— Une cascade.

— Où êtes-vous?

— En pleine cascade.

— ÇlieFcbca: l'homme qui sort dlci.

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— Je le vois.

— Seul?

— Non ; avec une jeune fille et un jeune garçon 1

— Comment se nomme cet liomme?

— Robert Rarnix.

— La jeune fille ?

— Hélène Garassus.

— Le guide ?

— Isidore.

— Prodigieux! s'écria madame Hudson, prodigieux!

— Silence ! fit Roquefort, silence ! vous interrompez la communication du fluide , vous fatiguez le sujet.

— Que je suis donc fllchée, s'écria la crédule madame Hudson.

— Silence !

— Pourriez-vous, continua Tempirique, nous dire quelle est la moralité de ces gens-là ?

— Ce sont des faiseurs de dupes, répondit la somnambule.

— Jésus, mon Dieu I s'écria Thôtesse, que je suis donc bête de ne pas m'en être doutée. Et elle remer-

GJaavec effusion Roquefort et Malvina, qui la poussèrent dehors afin de pouvoir donner un libre cours à leur folle gaieté.

Robert, Hélène et leur guide avaient pris une voiture de place et étaient arrivés à la demeure de Georges Pudler.

Le jour commençait à baisser, les ouvriers avaient quitté leurs travaux pour regagner leur demeure. Quelques-uns d'entre eux, retardés par le feu des forges qu'ils avaient dû éteindre avant de se retire»', passaient comme des fantômes noirs sous la grande porte de l'usine. Une tristesse lugubre se répandait dans cet endroit de Paris qui, à cette époque, était exclusivement réservé à l'industrie. Depuis la mort de la Mort, la population travailleuse était morne et pensive.

Quand une immense voix passant au-dessus de Thumanité avnt crié : la Mort est morte, désormais l'on ne mourra plus, tous les déshérités de la fortune avaient poussé des clameurs de joie, ils avaient abandonné leurs durs labeurs en se disant qu'alors qu'on ne mourrait plus, on n'avait pas besoin de travailler pour vivre. Ils s'étaient dit également qu'aussi amèrc

que puisse être la vie, elle paraîtrait douce lorsque le travail ne serait plus une nécessité.

Mais la faim était venue et les avait ramenés à leur tâche, moins résignés qu'ils ne Tétaient auparavant.

Chaque jour, leur découragement devenait plus profond et plus sombre. Le travail sans fin, les privations éternelles, la misère immortelle les épouvantaient. Désespérés, ils marchaient en silence, consumés, sans pouvoir mourir, par la nostalgie de la mort.

Zidore, ému par tant de tristesse, agita doucement la cloche de la grande porte. Mais nul ne vint s'enquérir quels étaient les visiteurs.

— Puisqu'on ne veut pas nous annoncer, dit l'enfant, nous allons nous annoncer nous-mêmes. Venez, je connais Tendroit.

Traversant les deux premières cours de l'usine, i conduisit Robert et la fille du docteur vers une charmante petite maison bâtie en briques rouges au mi-' lieu d'un jardin.

Là, la tristesse était plus apparente encore. Ce n'ctaient plus les grands murs gris noircis par la fumée du charbon. Dans les vastes ateliers, tout est

sombre, noir et sale, depuis les figures humaines couvertes de suie et de limaille de fer, jusqu'au sable des cours, qui n'est plus qu'une poussière noirâtre que le vent soulève comme 'un voile de deuil ; mais la tristesse du travail n'assombrit pas le cœur.

Dans le jardin où se trouvaient Hélène et ses deux amis, tout avait été gai, tout avait -dû sourire. Maintenant un désespoir morne planait sur ce logis. Les ardoises mouillées paraissaient noires, les briques étaient rouges comme du sang caillé, la girouette gémissait au lieu de grincer et le lierre et le chèvrefeuille qui couvraient les murs semblaient tordre leurs branches avec douleur.

— Que voulez-vous? demanda un vieillard qui vint à la rencontre des jeunes gens.

— Nous voudrians, dit Karnix, voir M. Georges Pudler.

• — Il ne reçoit pltfô, monsieur.

— Dites-lui, je vous prie, qu'une jeune fille qui a perdu son père vient lui demander quelques renseignements, et que refuser serait manquer à tous les devoirs de l'humanité.

— L'humanité a manqué à tous ses devoirs envers mon maître, répondit le ser?ite«r.

— Peu importe, mon ami, prévenez-le, je vous prie.

Le serviteur obéit et alla trouver Pudler, qui, étendu seul sur un immense divan, tâchait de trouver à travers ses souvenirs une parcelle de bonheur.

— le ne veux recevoir personne, dit l'inventeur, qu'on me laisse.

— Monsieur, c'est une jeune fille...

— C'est une raison pour que je ne reçoive pas.

— Elle prétend, cette demoiselle, qu'elle est la fille d'un ami de monsieur.

— Je n'ai pas d'amis.-

— Elle paraît bien malheureuse.

^- N'ai-je pas assez de mes souffrances?...

— Quelles que soient vos douleurs, monsieur, — dit Hélène , qui, dans l'espoir de voir son père plus rite, avait suivi le vieux domestique, — elles ne sauraient égaler les miennes J'ai seize ans. Depuis deux jours les événements les plus tristes m'ont séparée de mon père ; je suis seule au monde. Notre maison a

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été saccagée par nos ennemis, et sans mon fiance, au quel j'ai confié mon honneur, qui un. jour sera lu sien, je serais morte de désespoir.

— On ne meurt plus, dit Purtler.

— Mais on souffre, fit Kamix qui, debout sur le seuil de la porte, comprimait avec peine son indignation.

Georges Pudler se leva, et, allant à Kamix, il lui dit en riant amèrement :

— Ah ! ah ! jeune homme, c'est toi qui es le fiancé? Ah! ah! tu vas épouser la belle abandonnée, mon maitre? Bonne chance, tu peux préparer ton ballon. Tu ne sais peut-être pas ce que je veux dire et tu me prends pour un fou ; patience, tu vas voir.

L'inviteur allongea le bras et saisit sa longue-vue.

— Comme toi, continua-t-il, j'ai été jeune, ^au^t brave ; j'ai épousé une jeune fille belle et radieuse comme ta fiancée ; comme toi, j'étais son seul soutien sur la terre; eh bieni regarde, et lu vas voir ce que ma fiancée est devenue, et comprendre ce que la tienne deviendra. Regarde, jeune homme, regarde 1/

Rarnix prit la longue-vue, examina un instantl'horrible -machine où la femme de Tinvonteur et son

amant se tordaient dans d'affreuses tortures ; puis, rendant Tinstrument à Pudler, il lui dit tranquillement :

— Eh bien ! maître, après ?

— Après ! s'écria l'inventeur, après ! Mais tu ne comprends donc pas ?

— Si maître, ou du moins je crois comprendre. Cette femme, c'est la tienne, n'est-ce-pas ? L'hommo qui est avec elle est son amant. Est-ce bien cela? Ai-je bien compris ? Eh bien, ensuite ?

— Misérable ! s'écria Pudler, tu n'as donc pas d'entrailles I

— ^^ Écoute, mdtre, dit Rarnix gravement, je vais te dire une chose que je veux depuis longtemps cracher au visage des maris trompés. Vous êtes tous d'insi^ gncs coquins, et je vais te prendre pour exemple. Tu as épousé une- jeune fille pauvre parce que tu l'aimais ; donc, elle ne te doit pas la moindre reconnaissance. T'aimait-elle? tu n'en sais rien. Une fois qu'elle a été ta femme, tu l'as rendue riche ; tu t'es dit en pensant à elle : « Gela est mon bien, » et tu as ci u qu'elle devait te placer dans son coeur comme un meuble par destination. Ah I à partir de ce jour, elle a du

être bien heureuse. Que lui manquait-il ? Elle aivait une voiture, des toilettes, elle «vait tout, excepté Tamour. Le jour où tu Tas possédée n'était pas à «on déclin que déjà tu t'occupais de tes mécaniques. Pauvre créature I elle te demandait de l'amour, tu lui inventais des machines ; elle rêvait le bonheur, toi, tu rêvais la fortune et la gloire. Qiae lui faisait la gloire à elle qui avait passé sa vie à désirer l'amour, l'amour et ses joies, Tamour et ses larmes? Ah î qu'elle a dû s'ennuyer, la pauvre délaissée, derrière les murs enfumés de ton antre, elle qui aimait les bois et les fleurs ! As-tu jamais regardé ce jardin qui pleure depuis qu'elle est partie? Non. Cependant il Saurait dit bien des choses. Il f aurait raconté que chaque matin elle venait avec le jour courber les lH*anches embaumées des jasmins et des chèvrefeuilles, afin que le soir tu pusses abriter ton front chargé d^ennwis sohs l'ombre suave que ses doigts blancs avaient tressée. Le soir, tu ne venais pas. Le compas en main, tu mesurais des roues s*engrenant les unes dans les autres. Elle pleurait. Plus loin, tu aurais vu des bordures de pensées qu'elle arrosait pour toi, tu aurais vu les plates-bandes dévastées regretter les marguerites ^qu'elle

effeuillait pour leur demander si tu Taimais. Ah 1 si tu avais eu du cœur, comme tu aurais pleuré de joie le jour où elle dit à son jardinier : « Jean, autour du petit vivier où sont les poissons rouges, vous mettrez une grille verte. » Tu Tas vue, cette grille, tu Ifes vue et tu ne Tas point remarquée, tu n'as pas entendu une voix douce qui disait tout bas : « Mon petit Georges pourrait tomber dans Teau, pauvre petit I » Mais l'enfant n'est pas venu. Qui saitl tu n*y as peut-être pas pensé, mdtre? Tu préférais inventer que créer, tu aimais mieux te rapprocher de Jacquard que de Dieu. Un jour, la chère oubliée, en ramassant une fleur qu'elle te destinait peut-être, a trouvé le serpent caché sous les feuilles. L*amour, cet ombre douce qu'elle cherchait comme la plante cherche l'eau, l'amour Ta poursuivie à son tour, mais comme Taigle poursuit l'alouette. Quand le pauvre oiseau a été bien meurtri, bien souillé, bien traîné dans la boue, quand l'aigle a eu promené ses serres sur le corps meurtri de la victime, tu t'es aperçu que tu l'aimais, ô inventeur idiot I C'était avant la honte et non après qu'il fallait consulter ton cœur 1 Que vous êtes bien tous les mêmes, vous autres, les trompés I Quand vous avez

tout fait pour être trahis, vous allez par les toits crier : « Je Taimais I je l'aimais 1 » Trop tard, maître, trop tard ; souffre maintenant. C'est ton tour, et croismoi, ne t'emporte pas contre les femmes : celte stupide calomnie a fait son temps. Vous rendez vos épouses infidèles. Quand vous sentez votre faiblesse, vous calomniez pour qu'on vous plaigne au lieu de vous mépriser. Vous préférez dire que celles qui ont partagé votre couche sont des drôlesses, des coquines, que d'avouer que vous êtes des sots ou des ingrats. Souffre en silence et ne cherche pas à jeter ton fiel dans le bonheur d'autrui. Prends garde que la justice des homme?, exerçant un devoir, ne te fasse attacher au pilori et que le bourreau, tordant ta gorge de ses mains ignobles, ne te dise au nom de l'humanité : < Gain, qu'as-tu fait de la compagne que Dieu t'avait donnée ? »

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