SI
LA DAME
et que je veux frapper, les uns dans leur fortune, les autres dans leur amour, d’autres dans leurs enfants...
Si Armand avait pu comprendre ces derniers mots de la vengeresse, il eût certainement frissonné. Elle continua : — Si vous m’aimez réellement, dit-elle, si vous voulez que je ne vous échappe plus, que je ne vous bannisse pas de ma présence, si vous voulez enfin conserver l’espoir de me fléchir un jour, il faut que vous me serviez...
— Je serai votre esclave.
— 11 faut que vous soyez plus et moins encore... il faut que, dans mes mains, vous deveniez un instrument.
— Je le serai.
— Prenez garde! dit la Dame au gant noir, je vais vous demander quelque chose de bien étrange peut-être. Refuserez-vous?
— Parlez, dit Armand avec tout l’enthousiasme de la passion.
— Eli bien, écoulez, poursuivit-elle : demain je vous désignerai une femme. Cette femme est jeune, belle, elle porte un grand iïtmu
— Après? dit Armand. .
— Cette femme, poursuivit la Dame au gant noir, il faut que vous vous attachiez à ses pas, que vous vous trouviez partout sur son chemin, que vous paraissiez l’aimer.
— Mais je vous aime et ne pourrai jamais...
— 11 le faut! il faut qu’avant un mois cette femme vous ait donné son cœur.
Armand passa la main sur son front.
— Mon Dieu! murmura-il.
— Choisissez, dit la Dame au gant noir : partir et ne plus me voir, ou obéir...
— J’obéirai, dit le jeune homme en courbant le front.