‹ La dame aux camélias (volume 2)Chapitre 16 sur 68 · ELLE ME CONSIDÉRA QUELQUES INSTANTS, PRIT SA LORGNEITE · texte numérisé non relu

ELLE ME CONSIDÉRA QUELQUES INSTANTS, PRIT SA LORGNEITE

répondis point, comme pour prendre barres sur elle et paraître avoir oublié, quand elle se souvenait.

Elle crut s'être trompée et détourna la tète.

On leva le rideau.

J'ai vu bien des fois Marguerite au spectacle, je nel’ai jamais vue prêter la moindre attention à ce qu'on jouait.

Quant à moi, le spectacle m'intéressait aussi fort peu, et je ne m'occupais que d'elle, mais en faisant tous mes efforts pour qu'elle ne s'en aperçûl pas.

Je la vis ainsi échanger des regards avec la personne occupant la loge en face de la sienne; je portai mes yeux sur celle loge, et je reconnus dedans une femme avec qui j'étais assez familier.

Cette femme élail une ancienne femme entrelenue, qui avait essayé d'entrer au théâtre, qui n'y avail pas réussi, et qui, complant sur ses relations avec les élégantes de Paris, s'était mise dans le commerce el avail pris un magasin de modes.

Je vis en elle un moyen de me rencontrer avec Marguerite, et je profitai d'un moment où elle regardait de mon côté pour lui dire bonsoir de la main et des yeux.

Ce que j'avais prévu arriva, elle m’appela dans sa loge.

Prudence Duvernoy, c'était l'heureux nom de la modisle, était une de ces grosses femmes de quarante ans avec lesquelles il n'y a pas besoin d’une grande diplomatie pour leur faire dire ce’ que

La Dame aux Camiélias.

l'on veut savoir, surtout quand ce que l’on veut savoir est aussi simple que ce que j'avais à lui demander.

Je profitai d'un moment où elle recommençait ses correspondances avec Marguerite pour lui dire :

— Qui regardez-vous ainsi?

— Marguerite Gautier.

— Vous la connaissez?

— Oui; je suis sa modiste, et elle est ma voisine.

Vous demeurez d'Antin ?

— N°7. La fenêtre de son cabinet de toilette donne sur la fenêtre du mien.

—-On dit que c’est une charmante fille.

— Vous ne la connaissez pas?

— Non, mais je voudrais bien la connaitre.

— Voulez-vous que je lui dise de venir dans notre loge?

— Non, j'aime mieux que vous me présentiez à elle.

— Chez elle?

Oui.

C'est plus difficile.

Pourquoi?

Parce qu'elle est protégée par un vieux duc très jaloux:

— Prolégée est charmant.

— Oui, protégée, reprit Prudence.

Le pauvre vieux, il serait bien embarrassé d’être son amant.

Prudence me raconta alors comment Marguerite avait fait connaissance du duc à Bagnères.

— C'est pour cela, continuai-je, qu'elle est seule ici?

Justement.

Mais, qui la reconduira?

Lui. |

Il va donc venir la prendre?

Dans un instant.

Et vous, qui vous reconduit ?

Personne.

— Je m'offre.

— Mais vous êtes avec un ami, Je crois. |

— Nous nous offrons alors.

— Qu'est-ce que c’est que votre ami?

— C'est un garçon, fort spirituel, et qui sera enchanté de faire votre connaissance.

— Eh bien, c'est convenu, nous partirons tous les quatre après cette pièce, car je connais la dernière. ;

— Volontiers, je vais prévenir mon ami.

donc rue

ss)

— Allez.

— Ah! me dit Prudence.au moment

Page 1