‹ La dame aux camélias (volume 2)Chapitre 44 sur 68 · VOTRE PÈRE EST ARRIVÉ A PARIS · texte numérisé non relu

VOTRE PÈRE EST ARRIVÉ A PARIS

- Nous avons, mon cher Armand, à causer de choses sérieuses.

— Je vous écoute, mon père.

— Tu me promets d’être franc?

C'est mon habitude.

— Est-il vrai que tu vives avec üne femme nommée Marguerite Gautier?

— Oui.

- Sais-tu ce qu'était cette femme?

= .ÜUhévtihe entretenue.

— C'est pour elle que tü as oublié de venir nous voir cette année, ta sœur et moi?

— Oui, mon père, Je l'avoue.

— Tu aimes donc beaucoup cette femme?

— Vous le voyez biën, mon père, puisqu'elle m'a fait manquer à un devoir sacré, ce

dont je vous de-

mande humblement

pardon aujourd'hui.

Mon père ne s'attendait

sans doute pas à des ré-

ponses aussi catégoriques,

car il parut réfléchir un instant,

après quoi il me dit :

— Tu as évidemment compris que

tu ne pourrais pas vivre toujours ainsi?

— Je lai craint, mon père, mais je ne l'ai pas compris.

— Mais vous avez dû comprendre, continua mon père d’un ton un peu plus sec, que je ne le souffrirais pas, moi.

— Je me suis dit que tant que je ne ferais rien qui fût contraire au respect que je dois à votre nom et à la probité traditionnelle de la famille, je pourrais vivre comme je vis, ce qui m'a rassuré un peu sur les craintes que j'avais.

Les passions rendent fort contre lés $sentiments. J'étais prêt à toutes les luttes, même contre mon père, pour conserver Marguerite.

— Alors, le moment de vivre autrement est venu.

— Eh! pourquoi, mon père?

— Parce que vous êtes au moment de

La Dame aux Camélias. OI

faire des choses qui blessent le respect que vous croyez avoir pour votre famille.

— Je ne m'explique pas ces paroles.

— Je vais vous les expliquer.

Que vous ayez une maitresse, c'est fort bien, que vous la payiez comine un galant homme doit payer l'amour d’une femme &ëntretenué, c'est on ne peut mieux; mais que vous oübliiez les choses les plus saintes pour elle, que vous permettiez que le bruit de votre vie scandaleuse arrive jusqu'au fond dé ma province et jette l'ombre d'une tache sur le nom honorable que je vous ai donné, voilà ce qui ne peut être, voilà ce qui ne sera pas.

— Permettez-moi de vous dire, mon père, que ceux qui vous ont ainsi renseigné sur mon compte étaient mal informés. Je suis l'amant de mademoiselle Gautier, je vis avec elle, c’est la chose la plus simple. Je ne donne pas à mademoiselle Gautier le nom que j'ai reçu de vous, je dépense pour elle ce que mes moyens me permettent de dépenser, je n’ai pas fait une dette, et je ne me suis trouvé enfin dans aucune de ces positions qui autorisent un père à dire à son fils ce que vous venez de me dire.

— Un père est toujours autorisé à écarter son fils de la mauvaise voie dans laquelle ïl le voit s'engager. Vous n'avez encore rien fait de mal, mais vous le ferez.

— Mon père!

— Monsieur; je connais Ia vie mieux que vous. Il n'y à de sentiments entièrement purs que chez les femmes entièrement chastes. Toùte Manon peut faire un Des Grieux, et le temps et les mœurs sont changés. Il serait inutile que le monde vieillit, s’il ne se corrigeait pas. Vous quitterez votre maîtresse.

— Je suis fâché de vous désobéir, mon père, mais c'est impossible.

— Je vous y contraindrai.

— Malheureusement, mon père, il n’y a plus d'îles Sainte-Marguerite où lon envoie les courtisanes, et, y en eût-il encore, j y suivrais mademoiselle Gautier, si vous obteniez qu’on l’y envoyät. Que voulez-vous? j'ai peut-être tort, mais je ne puis être heureux qu’à la condition que je resterai l'amant de cette femme.

— Voyons, Armand, ouvrez les yeux, reconnaissez votre père qui vous a toujours aimé, et qui ne veut que votre L}

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